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LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
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Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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SOMMAIRE de la SEYBOUSE N° 273
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- Puglisi : Le bal des Sirènes.
- Acep 271 : SOUVENONS-NOUS DE STORA EN 1900
- Echo-d'Oranie ; SAINT DENIS DU SIG
- Mutilé 199 ; Le Général Galliéni
- Alg-catholique 11-1938 : Eglise de La Calle
- Bonjour 85 : On vole, on assassine et on pille.
- Alger-étudiants N°29-1924 : Candidature des Camarades HERGÉ & LÉO
- EXODE DES PN 1962
- PHOTOS ARZEW
- L'Algérien N° 42 - FANTAISIE DIOCANESQUE
- Acep 272 : Alger Capitale de l'Esclavage
- PHOTOS ARZEW
- Feraud : le palais de Constantine
- ACEP 272 : LES CARAVANSERAILS
- Ventura : Jouhaud
- PNHA 187 : Noailly
- Algudo : LA CHAPE de plomb
- Grieu poème : PRISES ET MÉPRISES
- Verdhelan : L’ « Opération Dynamo »
- PNHA 187 : Minucius
- Grieu poème : MUTISME
- PHOTOS Vassalo BONE Victor Hugo 55
- BRASIER Panthéon : 55-Maillot
- Revue de l'Orient 1846-1, P 349-361 :
- PNHA 187 : Kalb el Louz
- PHOTOS Vassalo BONE Victor Hugo 56
- Algudo : « Le mal absolu ! »
- Grieu poème : PRÊTE-NON ?
- Castano : Les disparus d’Algérie : les oubliés de l’histoire
- castano : L’AGRESSION BRITANNIQUE SUR MERS-EL-KEBIR
- Gomez : Petite leçon d’histoire pour les Algériens qui vivent en France
- Paul Achard : SALAOUETCHES Intro et PLACE DEL CABALL'
- Statue ND de la mer à Arzew
- Gomez : Les Barbaresques ne se sont pas arrêtés aux seules côtes méditerranéennes
Puig :
Verdhelan :
- Livre d'Or :
- Vidéos : 221-alat-16.pdf : 222-alat-17.pdf
- Histoire : La chaloupe !!!
Chers Amies, Chers Amis,.
" Bône " lecture et bon mois de mai
A tchao, Diobône,
Jean Pierre Bartolini
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En hommage à M. Janvier OLIVIERI +.
C'est une histoire bien singulière, que, je m'en vais vous conter aujourd'hui. Cependant, il me faut vous dire, qu’elle s'est passée autrefois, au sein même d'un petit port de pêche, sur les côtes de barbarie, lequel, accueillait de nombreux bateaux et chalutiers avec leurs marins pêcheurs.
Au milieu de tout ce monde, se dégageait un jeune et fringuant jeune-homme, Capitaine de son état et Maître de pêche à l'occasion, lequel, de par sa joviale personnalité, était particulièrement apprécié, par les gens de mer et tous ceux du village. Il aimait la fête et les bals et appréciait tous ses amis, avec lesquels, il passait le plus clair de son temps, lorsqu'il était de repos à terre. Ce jeune et bouillant Capitaine, se nommait Gennaro et ses ancêtres venaient sûrement de la région de Naples d'où, ce prénom particulier, qui honorait le saint patron de cette ville.
Toutes les nuits, vers deux heures du matin, il prenait la mer à la barre de « La fée Morgane », dont il assurait le commandement. Alors que tout le reste de l'équipage, se reposait dans leurs couchettes, il prenait le cap, puis, il faisait toujours un petit somme, en ne dormant toutefois jamais que d'un œil et en attendant d'arriver enfin sur les lieux de pêche, alors que jour commençait doucement à poindre. Bien réveillé à ce moment-là, il faisait lever, tous ses matelots de leurs couchettes et demandait au mousse de préparer le café. Comme tous les jours, les filets étaient jetés à la mer et alors commençait le premier chalutage, lequel, était régulièrement suivi par d'autres. La journée était ponctuée, par le travail et le repas de midi pris en commun, qui offrait toujours le même menu, à savoir une bouillabaisse cuisiné par le mousse, avec du poisson fraichement pêché. Ainsi, se passait la journée, pour voir en définitive un retour au port, suivi par le déchargement du poisson, toujours bien rangé dans des casiers, que, des camions venus de Bône embarquaient, pour les acheminer couverts de glace dans cette ville.
Voilà, comment se déroulait tous les jours, la vie de Gennaro et de son équipage. Mais pour notre héros, la journée ne faisait que commencer, car, loin d'être harassé de sa journée de travail, il se pressait de rentrer chez lui et faisait minutieusement sa toilette, pour ensuite se vêtir comme un milord et s'en aller rejoindre tous ses amis, au "Café des Palmiers" où, il passait toute la soirée, à boire des Anisettes accompagnée de kémia et jouer aux cartes. Vers 21 heures, il rentrait chez-lui et se mettait au lit jusqu'à 2 heures du matin où, ensuite, il reprenait la mer encore tout endormi, à la barre de son fidèle chalutier.
Les jours qui se succédaient aux jours, voyaient se dérouler toujours les mêmes scènes et Capitaine Gennaro, assurait fidèlement sa tâche, avec toujours beaucoup de sérieux et la même compétence. Cependant, il arriva un petit matin, un quelque chose de bien inattendu, qui devait sortir Gennaro de son petit somme. Alors que le chalutier voguait parallèlement à la côte, laquelle, s'en allait à l'Est vers la Tunisie et que le jour commençait à poindre, Gennaro encore tout ensommeillé cru distinguer, de vagues silhouettes qui ressemblaient à de très jolies femmes, qui, paraissaient, installées sur les rochers en bordure de mer. Gennaro secoua la tête pour bien se réveiller et descendit sur le pont pour mieux observer le phénomène, alors que comme par enchantement, ces délicieuses et exquises créatures, avaient mystérieusement disparues, alors que le chalutier longeait la côte, soudain ! les rochers apparurent vides de toute présence. Gennaro, pensa un moment qu'il avait dû rêver et ne pensa plus à cette curieuse vision. Cependant, durant un bon bout de temps, tous les matins il jetait un œil inquisiteur du côté des rochers, avec l'espoir de revoir ces belles naïades. Mais, plus rien n'apparue au regard de Gennaro, qui, en fin de compte, classa cette vision dans le tiroir de l'oubli.
La vie repris un cours normal et toutes les nuits, Gennaro à la barre de son chalutier, n'oubliait pas de faire son petit somme, en attendant d'arriver sur son lieu de pêche. La journée se passait toujours de la même façon et il était très heureux, de voir arriver ses filets remplis de poissons. Après une bonne journée de pêche, c'est le cœur léger qu'il rentrait au port, en pensant à tous ses amis qui l'attendaient aux Palmiers.
Par un petit matin, soudain ! alors que le jour s'était levé, comme de coutume, Gennaro jeta un regard inquisiteur sur les rochers qu'il côtoyait, mais, ce matin-là, il resta interdit les yeux grands ouverts. Sur les rochers se prélassaient de splendides créatures = certaines étaient blondes, d'autres brunes, il y avait même une magnifique rousse... A présent, il faisait bien jour et Gennaro pu voir clairement, leurs délicats visages d'une singulière beauté. Il stoppa alors son bateau pour mieux les observer, mais, elles disparurent rapidement dans les flots, laissant Gennaro un moment ébahi. Cependant, il garda pour lui tout seul, cette belle vision et se promis d'en garder le secret.
Le soir, alors qu'il avait rejoint ses amis aux Palmiers, dans le feu de la conversation, sûrement alimentée par la consommation de l'Anisette, il se mit à raconter à la ronde la vision qu'il avait eu. Bien-sûr, ses amis le traitèrent gentiment de "chpakeur", tant cette histoire d'un autre monde les amusaient. Mais, Gennaro avait beau jurer sur sa Sainte Communion, en répétant à l'envie, ce qu'il avait vu à de nombreuses reprises, ce qui ne faisait qu'activer les rires et les quolibets de l'assemblée. Ce soir-là, un peu gris, il se mit au lit, en pensant aux jolies petites femmes qu'il avait aperçues. Cependant, avant de trouver le sommeil, il devait se poser la question = pourquoi ? ont-elles plongé, sans réapparaître en surface.
Il se promis d'étudier ce problème dès que possible.
Plusieurs jours passèrent, sans qu'il puisse revoir ces belles filles et puis, un jour, las de se poser des questions, il résolut de se rendre sur place, à l'aide de son petit canot à moteur. Il connaissait bien la côte et il profita d'un jour de repos, pour prendre la mer de très bonne heure, afin d'arriver sur les lieux avant que le jour ne se lève. Arrivé sur place, il camoufla son canot à proximité des rochers où, étaient apparues ces superbes créatures et trouva un endroit discret d'où, il put observer à loisir l'environnement. Mais, malgré une longue attente, rien ne se produisit et vers midi, Gennaro qui avait emporté avec lui un copieux déjeuné, devait tranquillement se restaurer, tout en gardant un œil sur les alentours.
Après avoir cassé dignement la croûte, il repéra tout près de lui, une petite grotte tapissée par un sable fin, ce qui lui donna envie d'aller faire une petite sieste et c'est ce qu'il fit, ne tardant pas en s'endormir d'un sommeil du juste... La journée s'avançait et Gennaro dormait toujours comme un loir. A un certain moment, il fut tiré de son sommeil, par des chants très doux et mélodieux, provenant semble-il ? du rivage tout proche et parfois, il entendait des rires clairs, qui fusaient gaiment de temps à autre. Attiré par ces bruits, il risqua un œil inquisiteur du côté des rochers et alors il eut le souffle coupé, car, elles étaient toutes là, se baignant ensemble et dansant dans les flots. Manifestement, elles s'amusaient comme des petites folles, en faisant des rondes harmonieuses dans l'eau, tout en chantant et riant à la fois. Combien dura ce petit manège ? Gennaro, fasciné par ce qu'il observait, ne se rendait pas du tout compte, du temps qui passait. Alors, il tenta de doucement de s'approcher de plus près, mais, par maladresse, il fit rouler un gros cailloux qui s'écrasa avec fracas en faisant un grand bruit. Aussitôt, mises en éveil, toutes les créatures disparurent sous la mer et les rochers retrouvèrent leur calme. Cependant, Gennaro devait remarquer, que, toutes ces jolies filles, semblaient avoir un appendice caudal en queue de poisson.
Gennaro resta figé de stupeur et se mit à se poser des questions, pour en définitive comprendre, que, ces jolies naïades - étaient des Sirènes. Pourtant, il avait toujours entendu dire, que les Sirènes étaient un mythe et c'est bien songeur qu'il regagna le port, alors que tombait la nuit. Ce soir-là, il rentra chez-lui, délaissant tous ses amis des Palmiers, pour se mettre rapidement au lit. La nuit fut remplie de cauchemars et Gennaro devait rêver à toutes ces gracieuses Sirènes, à leurs rires, leur danse et leurs belles chansons. Cependant, on raconte qu'autrefois, par temps de brouillard, les marins d'un chalutier ont observé la même scène et avaient pris cette vision pour des sirènes, alors qu'en réalité ce n'était que des phoques. Mais, Gennaro lui, était fermement persuadé, qu'il avait vraiment aperçu des sirènes et non pas des phoques.
Il ne retourna plus sur la côte, pour tenter de les revoir et lorsqu'il passait avec son chalutier, il jetait toujours un œil sur les rochers, qu'il baptisa secrètement le "Rochers aux Sirènes." Mais jamais plus, il ne put observer les Sirènes, qui, dérangées par dans leurs ébats, ont peut-être ? préféré partir sous d'autres cieux.
Pourtant, toujours très loquace, Gennaro, garda pour lui seul son secret et jamais il ne le raconta à personne.
Très ami avec lui, un soir, où, nous étions ensemble, c'est sous le sceau du secret, qu'il devait se confesser à moi, en me racontant cette étrange histoire, qu'il avait vécue, mais, connaissant le personnage, je n'ai pu le croire qu'à moitié.
Gennaro a-t-il rêvé où, s'est-il inventé ? cette histoire de toute pièce.
Difficile à dire !
Mais, à présent, laissons-le toujours rêver = au Bal des Sirènes.
Jean-Jean du Bastion de La Calle.
2 avril. 2026
- de La Calle Bastion de France.
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens en presqu’île - HYERES ( Var )
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SOUVENONS-NOUS DE STORA EN 1900
ACEP-ENSEMBLE N°271
Pour faire barrage à l’oubli
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Adossée au pied d'une montagne à pic vers et au fond d'une rade magnifique, l'anse de Stora était connue des Romains. Le soir venu ils y abritaient leurs trirèmes. Ils construisirent au flanc de la montagne, cinq travées de belles citernes alimentées par l'oued Chaddi, (ruisseau des singes) dont les eaux contournaient le massif montagneux au moyen d'un tunnel. Les toponymes de Sinus Lumidicus, Mers Estora et d'lstoura, port de Rusicade, apparurent dans les descriptions, respectivement laissées par Ptolémée, Edrissi et El-Bekkri. Au XVème siècle, les Génois faisaient escale à Stora désigné sous le nom de port Génois. Dans l'histoire à visage humain de ce village s'inscrit dès 1850, l'arrivée de pêcheurs italiens du golfe de Naples, suivis de ceux d'Ischia. cette île phlégréenne, fut en effet ruinée par plusieurs séismes dont celui de 1883 qui contraignit une partie des 25.000 habitants de huit paroisses, dont celles de Forio, Casamicciola, Lago-Ameno, Barrano d'Ischia et d'Ischia-porto, à émigrer vers les Etats-Unis et l'Algérie. Vingt ans plus tard, en 1903, la pénurie de sardines sur les côtes bretonnes incita des pêcheurs de Douarnenez à s'installer à Stora.
La commune de plein exercice de Stora fut créée en janvier 1848 sur un territoire de 6.923 hectares étendu en 1887, sur 11647 hectares en montagnes et coteaux. Les températures oscillent entre 12°c au-dessus de 0 en hiver et 42°c en été. Le village était relié à Philippeville, distant de 4 kilomètres, par une route en corniche, construite entre la mer qu’elle surplombait à une grande hauteur et les pentes boisées de montagne, où le clocher d'une église se profilait sur un fond de chênes-lièges. La mémoire collective de ce village conserve le souvenir des sinistres maritimes provoqués par les tempêtes de 1841 et de 1843 et 1854.
La rade fermée à I'ouest par la grande plage n'offrait aucune sécurité par « bafagne », d'est ou de nord-est.
ADMINISTRATION MUNICIPALE EN 1900
En 1900, Stora avait une population de 2.484 habitants dont 636 Français et 168 étrangers. Le village d'Aïn-Zouit à 24 kilomètres, ainsi que les douars M'salla et Oued Drader, dépendaient de la commune.
Par la suite cette population ne cessera d'augmenter avec l'afflux des fellahs descendus de ces douars pour travailler dans les exploitations agricoles, les ateliers de salaison d'anchois et accéder plus facilement aux soins médicaux pour eux et les membres de leurs familles.
- Maire : M. Auguste Aquadro
- Adjoint : M. Edouard Niglio
- Conseillers municipaux : MM. Abdelal, Apréa, Arata, Barluet, Ben Taieb, Cauro, Buonacore, El Haoussine, Scotto di Vetimo, Stizi
- Secrétaire de mairie : M. Valentin Roche
- Architecte municipal : M. Joseph Birabent
- Curé : M. l'abbé Vallecalle
- Instituteur : M. Valentin Roche
- Institutrices : Mmes Noklo et Ourleau
- Ecole maternelle : Mme Cousinet
- Inscription maritime : M. Jean-Baptiste Duval, garde
- Douanes : M. Franchi, receveur
- Médecin conventionné : Dr Augier, en résidence à Philippeville
- Postes : M. Jean Duperrin, facteur-receveur
- Télégraphe : M. Conte
ARTISANS ET GOMMERCANTS EN 1900
- Cafetiers-restaurateurs : MM. Apréa, Coppa, Comte, Curci, Niglio
- Pêcheurs : MM. Adragna, Aquadro, Dambra, Dimeglio, Cacciotolo, Pancrace Pilato, Scotto dl Vetimo
- Conserveries de poissons : MM. Aquadro, Conte, Grima, Fandopoulo, Lebot et Grevat.
Le produit de la pêche à la maille débouchait à cette époque sur la conserverie selon des méthodes ancestrales, mises en œuvre par des conserveurs d'origine italienne. Ces ateliers de salaison fournissaient notamment en été de nombreuses journées de travail aux femmes du village. Dès l'aube, à l'arrivée des bateaux elles étêtaient et éviscéraient les anchois qui étaient ensuite mis dans des corbeilles avec du gros sel afin de leur faire perdre leur eau et leur sang. Ces tâches étaient effectuées avec dextérité et rapidité dans bonne humeur, en un langage fleuri où se mêlaient l'arabe, l'espagnol, le napolitain, le sicilien et plus rarement le français.
AGRICULTEURS. VITICULTEURS EN 1900
L'oued Chadi "Ruisseau des Singes" formait à son embouchure une vaste plaine connue sous le nom de la Grande-Plage, entièrement cultivée en céréales vignes. MM. Apréa, Arata, Baldini, Dambra, Diméglio, Ramonatxo, Scala, Spennato, Stiri, Albertlni, Aquadro, Buono, Pascal Di Costanzo, Pilato, Antoine Baldino, Grevat.
Il convient d'ajouter à Ain-Zouit, 14 petits agriculteurs qui ne cultivent que trois ou quatre hectares chacun.
De 185 hectares en 1900, le vignoble fut progressivement étendu en raison de la qualité de ses vins. La céréaliculture elle-même, fit place à des productions maraîchères de primeur et notamment à des cultures de fraises.
STORA EN 1962
Si l’importance économique de Stora fut freinée par la construction du port de Philippeville, ce village conserve jusqu'à la fin un dynamisme qui se manifeste aussi bien dans les activités agricoles que dans celles de la mer. Dès 1887, les propriétés Grosso, Ricoux et Ramonatxo offraient le spectacle de belles plantations arbustives couvrant les sols jusqu'à la mer. Dans une région difficile d'accès, des agriculteurs surent protéger leurs productions pour les mettre à l'abri des prédateurs et des caprices du climat. Ils les adaptèrent aux potentialités locales en tenant compte des besoins des consommateurs.
Issus de générations qui animèrent des rivages inhospitaliers, des pêcheurs courageux, originaires de tout le bassin méditerranéen évoluèrent dans leurs conceptions de la pêche artisanale. En l'absence de port et malgré la soudaineté du changement des conditions atmosphériques, ils adaptèrent leurs techniques de pêche côtière en hiver, aux nécessités de la protection des ressources halieutiques en été. En effet, entre le 1er juin et le 30 septembre, leurs chalutiers ne pouvant mouiller leurs filets qu’au-delà de la limite des trois milles, dans les eaux internationales, ils s’équipèrent pour pêcher les grosses crevettes et autres poissons de fond. Avec l’arrivée de pêcheurs bretons, l’industrie de la sardinerie par salaison ou saumurage évolue vers la conservation par frittage et emboîtage.
Enfin Stora, station balnéaire appréciée et très fréquentée du 15 juillet au 15 septembre depuis le XIXème siècle jusqu'en 1962, sa réputation pour la qualité de son accueil et celle de sa cuisine.
En 1962, quelques-unes de familles vivaient encore à Stora, des attentats qui coûtèrent la vie à quelques-uns d'entre-eux. Citons les familles Apréa, Buonacore, Comte, Georges Di Costanzo, Di Méglio, Lubrano, Muollo, Pinelli, Scotti, Scotto, Di Vettimo, Scotto Monéglia, Michel Torrente, Yacono.
Ces hommes sans passé, voulaient donner un sens à leur vie, à celle de leurs enfants en bâtissant leur avenir et celui de tous ceux qui les entouraient. Conscients de la nécessité d'épargner la ressource, ils respectaient les périodes de reconstitution de la faune marine et notamment de ses espèces les plus appréciées, n'hésitant pas à rejeter à Ia mer une grosse langouste "grainée" c'est-à-dire pleine d'œufs en disant "voici notre pain de demain". Ils étaient des bâtisseurs qui participèrent, notamment dans la marine nationale, à deux grands conflits mondiaux. A la suite desquels, ils ne demandèrent rien, même si cette hécatombe de nombreux jeunes eut de graves conséquences, lors des tragiques "événements" qui les conduisirent au douloureux exode de 1962. Cette note trop succincte sur ce village aujourd'hui oublié, comporte certainement des omissions, des lacunes et des erreurs dans la rédaction des patronymes. Elle permettra peut-être à ceux qui eurent des attaches familiales à Stora de comprendre et de se souvenir du contexte de l'époque, de retrouver et de marcher dans les pas de leurs aïeux. En comblant ces insuffisances, ils permettront de développer cette mémoire, en faisant mieux connaître des hommes sur lesquels on ne sait en fait, rien.
Edgar SCOTTI
REMERCIEMENTS
Il convient d'exprimer nos sentiments de bien vive gratitude à toutes les personnes qui, par leurs archives ou leurs souvenirs personnels contribuèrent à l'évocation de quelques-uns des hommes qui firent Stora. Parmi lesquelles : le Dr Duboucher, MM. Maurice et Jean Maurice Di Costanzo, Lucien et René Patania, Jacques Piollenc. Qu'ils en soient bien vivement remerciés.
CONTE ET RECIT D’UN VILLAGE
Bernard SASSO
Stora était un petit village de l'Est Algérien dans la province de Constantine, devenu au fil des ans presque un faubourg de Philippeville. Malgré ce voisinage Stora était resté un petit port niché dans le golfe du même nom qui marque la fin du monstrueux massif kabyle. Dans cette partie de l'Algérie se déroulait une côte à pentes rapides, aux falaises abruptes, aux gorges étroites et couvertes depuis l'antiquité d'une épaisse végétation de chênes-lièges fréquentée pendant longtemps par des singes et des lions. Cetle végétation fut progressivement détruite par les incendies qui ont dévasté la région à la fin du siècle dernier.
L'histoire de Ia région est riche d'un long passé puisque le golfe fut assidûment fréquenté par les Phéniciens qui le dédièrent à Vénus puis plus tard par les Romains qui installèrent sur les lieux mêmes du village les bureaux de l'Annone des provinces intérieures.
Les traces de l'occupation romaine sont encore visibles par les grandes citernes installées par les Romains à Stora et qui alimentaient le village en eau potable.
C'est dans les magasins de l'Annone encore conservés jusqu'au dix-neuvième siècle que vécurent pendant les premières années de leur installation les pêcheurs siciliens, génois, napolitains. Quant aux maisons elles furent bâties plus tard sur les nécropoles phéniciennes el romaines.
Pourtant l'histoire de Stora et de son golfe ne s'arrête pas avec l'Antiquité mais continue sous Ia domination turque où le trafic est fort actif, dans le golfe en particulier, pour le commerce des grains.
Les marchands génois y arrivaient même si nombreux qu'ils appelaient Stora le port génois, cependant que les Anglais ayant eux aussi des comptoirs à Stora et à Collo se livraient avec la France à une âpre concurrence pour s'assurer le mono pole du commerce sur la côte barbaresque.
Une lettre d'un capitaine français témoigne pour le dix-septième siècle de cette lutte : « 11 y a six ans environ l'ambassadeur d'Angleterre résidant à cette époque à Constantinople était désireux de trouver un bon port pour servir de relâche aux bâtiments de sa nation. Il signale à son roi un lieu situé sur la côte de Barbarie, du nom d'Estora qui est désert et inhabité et que sous prétexte d'y établir des pêcheries de corail on occuperait de manière à empêcher désormais tout corsaire chrétien d'y aborder. Estora est le point le meilleur de la Barbarie et peut recevoir un grand nombre de galères et de galions et on peut s'y fortifier pour l'utilité et le bien de la chrétienté. »
Cette rivalité franco-anglaise continua au dix-huitième siècle sans que les Français puissent entamer les fortes positions commerciales que possédaient les Anglais sur la côte. Il fallut le début de la colonisation et le débarquement des troupes venant renforcer les armées en campagne pour que les Français prennent leur revanche.
Cependant en Algérie et plus particulièrement dans le golfe de Stora les pêcheurs européens ont précédé de très loin les colons el même l'armée française car bien avant 1850 la faune marine, très riche en espèces avait attiré d'importantes flottilles de diverses nationalités. C'est ainsi que des escadrilles marseillaises er génoises vinrent pendant des siècles pour récolter du corail et des éponges qui se trouvaient disséminés un peu partout sur la côte. De même les habitants des îles de Procida, d'Ischia et de tous les villages du golfe de Naples s'engageaient très nombreux au service des armateurs pour la pêche en Berbérie. Ces Italiens venaient sur la côte orientale relâcher une semaine ou plus durant la belle saison, pêchaient aux abords immédiats de la côte, débarquaient le produit de leur pêche dans une baie déserte, séchaient leurs filets, salaient leur poisson et repartaient pour leur port d'attache. Cela malgré l’insécurité qui régnait sur ces rivages à l'époque aux mains des Turcs.
Les premiers temps de l'occupation française ne changèrent guère ces pratiques ancestrales : les pêcheurs italiens pratiquant comme par le passé une pêche saisonnière qu'ils dirigeaient ensuite sur les marchés de l'Europe du Sud.
Les pratiques s'élargirent pourtant. Au lieu de relâcher pour peu de temps, Napolitains, Génois, Siciliens, commencèrent par s'installer par petits groupes pour toute la belle saison dans les criques. Les hommes venaient seuls, sans femmes, et dormaient dans les barques tirées au sec. Pendant plus d'un demi-siècle ils continuèrent à venir pêcher en été seulement. Cependant assez vite nombreux furent ceux qui s'installèrent à demeure. C'est ainsi qu'en 1864, les Italiens constituaient la majorité de la population maritime de l'Algérie.
Mais la pêche ne fut pas l'unique raison qui poussa la plupart de ces pêcheurs italiens à s'installer définitivement en Algérie. Diverses raisons d'origines internationales et locales entraînèrent ces départs. Ainsi la crise qui secoua l'économie mondiale à la fin du siècle dernier fut très profondément ressentie en Italie surtout dans les années 1883-1893 qui furent les années les plus critiques de l'économie italienne.
La crise entraîna un abaissement très sensible du niveau de vie de la population et les chiffres de la consommation pour les années 1881 à 1890 furent les plus bas de toute l'histoire de l'Italie depuis son unité.
Aux effets désastreux de la crise s'ajouta une guerre tarifaire impitoyable avec la France qui provoqua une extension du chômage dans l'industrie et se solda par une grave aggravation du sort des ouvriers. Dans les campagnes les journaliers attendaient des semaines pour avoir une occasion de s'employer et les petits fermiers arrivaient juste à se nourrir. Et le sud de l'Italie était d'autant plus frappé que l'unité italienne loin de réduire les disparités économiques entre le Sud (Mezzogiorno) et le Nord les avaient accentuées au profit d'un Piémont devenu tout puissant et qui bouleversait par ses lois tout le système économique et administratif du Sud, condamnant par là-même les provinces méridionales à la pauvreté.
A ces difficultés s'ajouta pour Naples et sa région un phénomène général de paupérisation qui frappa tout l'édifice social en place de l'aristocrate au valet.
Enfin en 1884 se déclara une violente épidémie de choléra due à l’insuffisance d'eau potable à Naples et surtout à l'extraordinaire concentration humaine dans les quartiers populaires. Les bas quartiers de la ville renfermaient une population de plusieurs milliers de personnes soumises aux pires conditions d'hygiène et à une misère alimentaire intolérable.
Toutes ces raisons expliquent la raison pour laquelle paysans, ouvriers, pécheurs préférèrent abandonner leur pays et se lancer dans l'aventure de l'émigration définitive vers l'Outre-mer qui commencera à partir de 1870 à devenir massive. Emigration définitive qui était un phénomène négligeable dans l'histoire de l'Italie (en 1881 il n'atteint encore que 41600 personnes) mais qui ira s'accentuant dans les régions les plus atteintes par le malaise économique.
C'est ainsi que l'on observe deux foyers d'émigration, l'un au Nord, émigration temporaire, l'autre au Sud, provinces : Basilicate, Calabre, Abruzzes, Campanile, Sicile. Ici les départs sans retours sont multipliés par trois. En Algérie ces pêcheurs italiens s'installèrent dans les quartiers maritimes d'Alger, de Bône, de Philippeville, faisant de cette dernière ville le centre de pêche le plus important de toute l'Algérie.
Stora s'est donc peuplé, lui aussi rapidement, de familles de pêcheurs qui pratiquaient diverses pêches comme :
La pêche à la lampare (lamparo) qui exigeait un équipage au minimum de huit personnes pour capturer selon les saisons les allaches, les sardines, les maquereaux, les anchois, les bonites, les thons, les poissons limon.
La Pêche à la palangre pour les poissons de roche comme les mérous, les rascasses, les sars.
La pêche à la bonitière.
La pêche aux trémail très pratiquée seulement par les membres d'une même famille sur un petit bateau pour la pêche aux marbrés, aux daurades, aux rougets.
La pêche au chalutier qui demandait un équipage d'une dizaine d'hommes pour la pêche aux crevettes roses, rouges, grises et pour tous les poissons de fond.
Pendant l'hiver où les sorties étaient difficiles et rares beaucoup de pêcheurs de Stora venaient travailler comme dockers sur les quais de Philippeville ou bien s'employaient comme cantonniers pour nettoyer les routes battues par la mer.
A côté de l'activité de pêche existait à Stora une importante industrie de salaison et d'immenses quantités de poissons étaient salées, soigneusement alignées dans des barils en bois et transportée dans divers pays dont la Grèce, l'Italie, le Portugal. Dans ces usines le travail des femmes de pêcheurs était essentiel et toutes y travaillaient quand la saison était fructueuse jusqu'à quatorze heures par jour. En hiver elles s'occupaient à faire des filets de pêche.
La sociabilité villageoise dérivait directement de celle du Sud de l'Italie. La famille en particulier restait toujours l’unité de base de la communauté, elle-même d’un certain nombre de familles vivant sur le même espace et du même travail. Les grandes cérémonies et les fêtes religieuses rythmaient la vie du village. Le baptême par exemple était un moment de grandes réjouissances où presque tout le village participait. La Procession de la Nativité de la Vierge le 8 septembre et de Notre Dame de Stora faisait participer dans Ia même ferveur religieuse tout le village.
Les coutumes et les traditions étaient pour la plupart liées au travail de la mer. Elles avaient surtout trait au moyen de se protéger contre les sorts et les ensorcellements les plus divers qui pouvaient frapper un équipage ou un bateau. Dans cette communauté les relations entre le monde réel et un monde surnaturel étaient profondément vécues et les thèmes principaux des contes et récits recueillis sont imprégnés de cette étroite union.
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SAINT DENIS DU SIG
Par ?
Echo de l'ORANIE N°295
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Nos lecteurs se souviendront peut-être de l'article de Marcel Bellier sur Saint-Denis du Sig dans l'Echo de l'Oranie n° 37 (février 1968). Aujourd'hui, nous publions une nouvelle monographie, complétant les origines historiques de cette riante localité de notre Oranie bien-aimée.
A une cinquantaine de km au sud d'Oran, la commune de St-Denis du Sig, qui borde la plaine, était, avec ses 12 542 km2, l'une des plus petites du département. Située à 50 mètres d'altitude, et à une dizaine de km à vol d'oiseau de la mer, elle avait comme limites, au sud, les monts des Ouled Ali, dont le djebel Touakès, 429 mètres, domine l'agglomération, et dans la direction de Mascara, le djebel Bou Sella.
Sur les pentes, une maigre végétation de diss, de genêts épineux, d'asperges et de lavande. Dans les parties les plus basses, les eucalyptus, les faux poivriers, les sapindus, les aloès et les chênes verts.
Au sud les mamelons des Hammar et les plateaux des Cheurfas. Au nord, la forêt de Mulay Ismael et l'Ouggaz. D'où vient ce nom de SIG ?
Certain affirment qu'il viendrait d'un homme célèbre Sig Ben Ahmed, qui aurait vécu dans des temps très anciens et dont le nom aurait été donné à son village.
D'autres voient dans le mot un radical berbère SIK, qui désignerait un campement fortifié établi par les habitants d'alors.
Les plus nombreux estiment que ce nom du SIG lui vient de la rivière près de laquelle on éleva les premiers habi¬tants et qui porte d'ailleurs toujours le nom de Sig. Le mot arabe SIK ou SEKIA ne désigne-t-il pas une rigole destinée à irriguer les terres ?
L'eau, pour les indigènes, était assurément l'élément primordial, et il serait logique que le Sig trouve dans cette eau, l'origine de son nom.
II reste néanmoins certain que le premier nom qu'a porté Saint-Denis du Sig, c'est celui de Tasacorra. Un nom qui existait bien avant les Romains. II est composé de deux mots berbères : Tasa, qui veut dire "défilé" et Kerra, de "Mékerra". Le défilé de la Mékerra. L'oued Sig sort en effet du défilé de la Mékerra pour déboucher dans la plaine du Sig.
Très tôt, on dut établir ici un gué près duquel se dressèrent peu à peu des habitations.
Ce gué devint très vite un nœud de communication impor¬tant et les Romains en firent un carrefour prospère à 18 milles de Perrégaux et 25 d'Arbal, avec une route qui descendait de la mer jusque dans les contrées du sud.
Il ne reste malheureusement rien de cette cité romaine. Quelques vestiges seulement nous donnent quelque idée de la ville à cette époque.
Ainsi cette borne, sur laquelle est gravé le nom de Trajan et qui fut gravée en 114, ou cette inscription qui nous apprend que la 4° cohorte des Sicambres, ainsi qu'un corps de cavalerie romaine, étaient cantonnés à cet endroit.
Ce point stratégique, au passage du fleuve, méritait sans doute la présence d'aussi nombreux soldats pour en préserver la sécurité.
Dès le milieu du II° siècle, le christianisme s'implante en Afrique, où il semble avoir eu un grand succès auprès des tribus berbères.
Au Sig, une inscription chrétienne, datée de 442, est la plus ancienne épitaphe d'Oranie.
Une autre, de 450, marque la sépulture d'une jeune chrétienne de quinze ans, Juliae Puliay, et celle de Decimiae Pusinne, morte à vingt-sept ans.
En 428, ce furent les invasions des Vandales. Tasacorra eut sans doute à subir leurs exactions et leurs pillages. Huneric, fils de Censeric, n'hésitera pas à exiler chez les Maures plus de 4000 fidèles, dont l'évêque du Sig, un certain Poequarius.
Il fut le 108° des évêques de Mauritanie césarienne à être conduit en exil faute d'avoir accepté d'embrasser la foi aryenne.
La ville survécut malgré tout au désastre. II sera en effet encore question de l'évêché du Sig au concile de Carthage en 484.
En 1509, les Espagnols s'emparent d'Oran. Mais les Turcs ne tardent pas à arriver. Ils envahissent peu à peu la région du Sig qui passera en 1708 entièrement sous leur domi¬nation. Une des premières préoccupations des Turcs fut d'assurer l'irrigation des terres. C'est la raison pour laquelle ils furent amenés à relever trois fois le barrage du Sig, entre 1720 et 1786, une dernière fois en 1795 (1).
Les impôts étaient très lourds. Souvent les paysans se révoltaient mais les Turcs étaient impitoyables. Les qua¬rante dernières années de l'occupation turque furent des années de misère.
Peu avant l'arrivée des Français, les tribus qui résidaient dans le pourtour du Sig étaient si démunies que, pour subsister, elles devaient attaquer voyageurs et caravanes. Et on parlera longtemps du fameux Bouzian el Kalai, qui, sur la route de Mascara, détroussait les riches, dit-on, pour distribuer aux pauvres.
1830. C'est la fameuse expédition d'Alger. Avec la conquête, comme la résistance.
En juin 1835, le général Trézel qui s'est avancé près de la forêt de Mulay Ismael, au-devant d'Abd el Kader, essuie, à la Macta, une terrible défaite.
En décembre de la même année. Clauzel contre-attaque, et c'est une magnifique victoire qu'il remporte sur l'Habra. Contre l'envahisseur. les escarmouches et les embuscades sont nombreuses. Excédées par ces harcèlements perpétuels, les autorités militaires ne manquent pas, lorsque l'occasion s'en présente, de riposter par des razzias impitoyables, telle l'opération qui eut lieu en janvier 1841 dans la plaine du Sig et qui rapporta cent bœufs, 1500 moutons, 40 chevaux, 300 charges de blé, six prisonniers et plus de 400 fusils.
Lorsque les Français arrivent au Sig, ils trouvent un pays ruiné, pauvre et misérable, et la farouche détermination des Garrabas à défendre leur terre.
Déjà le général Desmichels leur a fait l'honneur de sa première expédition le 7 mai 1833. Mais c'est seulement en mai 1841 que les Garrabas feront leur soumission. Parallèlement à la conquête, la colonisation fait ses débuts. Un certain nombre de métropolitains, alléchés par une propagande savamment menée, ont déjà posé leur candidature. Parmi eux, un certain M. Massoy, qui avait su habilement se procurer l'appui du gouverneur de la province, pour obtenir au Sig la concession de 300 hectares de terre. Il sera le premier colon du Sig.
La fondation du village de St-Denis du Sig ? C'est Bugeaud qui en avait eu l'idée, dès 1837. Mais c'est seulement en 1839 que le Ministre de la guerre va donner sa réponse, envoyant le projet au maréchal Valée. Comme ce dernier est hostile à cette implantation, le dossier va dormir cinq ans dans ses dossiers. C'est son successeur, le maréchal d'Isly qui prendra enfin l'affaire en main.
Entre-temps, les colons ne cessent d'arriver, et leur misère est grande. Il faudra attendre le 20 mars 1845 pour que, sous l'influence de Lamoricière, soit enfin signé le Décret de création du village de St-Denis du Sig.
En septembre 1845, une insurrection dresse à nouveau les Garrabas contre les nouveaux habitants, les obligeant à fortifier sommairement leur modeste village, au moyen d'une haie d'épineux.
Avec l'insécurité, viennent bientôt les maladies. Avec les chaleurs de l'été 1846, étaient arrivées en effet de fortes épidémies de fièvres qui en quelques semaines avaient décimé 31% de la population. En juin, il ne restait plus que onze familles sur les 50 qui s'étaient installées quelque temps auparavant. De plus, dès 1843, le petit barrage du Sig est en ruine. On décide de le reconstruire. Les travaux sont pratiquement terminés en 1845. L'irrigation peut enfin être assurée.
Sous le patronage de Lamoricière, avec les petites concessions, on parle bientôt de grandes concessions financées par d'importantes sociétés françaises. C'est ainsi que va être fondée en décembre 1845 l'Union agri¬cole d'Afrique, avec 3000 hectares de terres. Les débuts furent remarquables. Mais ce fut bientôt l'échec. Un décret impérial du 18 août 1853 ordonnait le démantèlement de l'Union.
Malgré les maladies, malgré les déceptions, les colons s'acharnent au travail, et la vie continue.
Après la révolution de 1848, le village du Sig reçoit un contingent de 36 détenus politiques, qui s'installent au milieu de la population sigoise.
Le 30 septembre 1853, le territoire de la commune du Sig est officiellement délimité. Il comprend une superficie de 8.184 hectares.
En 1855, le régime civil remplace l'administration militaire. Adrien Barsalou est nommé premier commissaire civil du Sig. C'est alors que commence l'immigration espagnole. Entre 1854 et 1855 la population du Sig va tripler. Les Espagnols sont désormais en plus grand nombre que les Français.
La culture du coton est en pleine expansion, et, en 1859, St-Denis du Sig a passé le cap des 3000 habitants.
Dès 1859, les Israélites arrivent au Sig, où ils monopolisent bientôt tout le commerce intérieur. On a commencé à construire la ligne de chemin de fer, et les routes sont devenues plus praticables.
Menacés sans cesse par la peste, les Sigois font vœu de construire sur le djebel Touakès un sanctuaire à Notre Dame du Bon Remède, qui sera terminé en 1862.
1867 et 1868 seront à nouveau des années de misère avec la sécheresse qui a détruit toutes les récoltes. La per¬sévérance des uns et des autres permettra de franchir ce mauvais pas et, en 1870, St-Denis du Sig devient une commune de plein exercice. Le premier maire, M. Mirguet est un ancien militaire.
Mais la guerre est là, qui va décimer les rangs. Au retour des rescapés, les indigènes sont devenus plus nombreux que la population européenne.
Comme un malheur ne vient jamais seul, en l'année 1873 va connaître plusieurs tremblements de terre dont celui du 22 juillet qui va occasionner des dégâts à l'hôpital du Sig. Le 24 mai 1876, c'est la visite officielle du général Chanzy, gouverneur de la province d'Oran, au Sig.
En 1883, une nouvelle famine entraînera 251 décès. Un grand nombre d'hommes sont sans travail... beaucoup de familles n'ont rien pour vivre.
Et le 8 février 1885 c'est l'effondrement du barrage, conséquence des fortes pluies qui sont tombées. Toutes les terres sont inondées et les récoltes perdues.
La fin du siècle ne verra une lente amélioration mais la guerre de 1914 ramènera la déception sur les visages. 1920 sera encore une année de disette. La population est cependant passée à plus de 10.000 habitants.
Mais la culture devient de plus en plus difficile. Le revenu des exploitations ne permet plus à une famille de vivre. Les inondations catastrophiques des années 1927 et 1928 finiront de convaincre les plus récalcitrants à partir pour des cieux meilleurs.
Nouveau tremblement de terre durant l'été 1927, qui a raison du fronton de la mairie.
Viendront enfin des jours plus sereins où chacun pourri jouir des fruits de son travail, et vivre en paix des jours heureux.
On voit l'avenir avec confiance.
C'est alors que surviennent les "événements".
Des événements qui se passent de commentaires. Avec leur cortège de malheurs, de séparations, de deuils L'arrachement à une terre où pourtant on était né. L'abandon de tout un passé où le plus cher de son cœur était enraciné.
Aujourd'hui, tout cela n'est plus que souvenir et regrets. Mais qui pourra jamais oublier cette histoire qui est-il nôtre ?
Qui pourra jamais oublier ce pays que nous avons aimé ce qui était le nôtre ?
André NORAZ
(1) Ce barrage prit son aspect caractéristique et définitif avec les Français sous le nom de barrage des Cheurfas. Souvent envasé il fut dragué une dernière fois par les Français au début des années 50. Ce fut l'œuvre de la Compagnie des Dragage : d'Oran - Mers-El-Kébir.
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LE MARECHAL GALLIENI
Toute la France a applaudi le vote du Parlement décernant la dignité, suprême, au toujours regretté général Galliéni. C'est la première fois qu'un bâton de maréchal est donné à un mort — car on ne peut compter le titre de maréchal que Louis XVIII avait conféré à la veuve du générai Moreau !
Il est regrettable seulement que cet hommage ait été si tardif, il a fallu presque une polémique inopportune fut engagée sur la nomination de nouveaux maréchaux pour que l'accord, se fît sur le nom de Galliéni, cinq ans, presque jour pour jour, après sa mort. Pourquoi donc le gouvernement de 1916 ne déposa-t-il pas le bâton sur le cercueil du grand chef à l'heure émouvante et inoubliable de ses obsèques qui, partant de la chapelle des "Invalides sous le regard de bronze de Napoléon, allaient se dérouler dans ce Paris qu'il avait sauvé en août 1914 ?
Il serait peut-être facile d'en trouver l'explication rien qu'en, lisant les vigoureux mémoires qu’a laissés Galliéni et qui ont été récemment publiés. Mais je ne viens pas faire ici de la politique rétrospective, et je veux simplement, en quelques mots, rappeler ce que fut Galliéni et plus généralement le rôle qu’il a joué en 1914.
Ce que fut Galliéni, qui ne le sait en France. Même nos écoliers, apprennent - trop sommairement sans doute – qu’il fut le principal créateur et organisateur de notre empire colonial. Le Soudan, le Tonkin, Madagascar, marquent les trois grandes étapes de cette carrière coloniale, magnifique entre toutes, presque unique. Les anglais, qui s’y connaissent en chefs coloniaux, ne lui ont épargné ni la louange ni l’hostilité, alors qu’ils continuaient âprement la lutte séculaire contre l’expansion coloniale de la France.
Puis Gallieni dut accepter les commandements que son grade et ses services lui imposaient en France. Successivement commandant de corps d’armée et membre du conseil supérieur de la guerre, ce colonial silencieux, réservé, auquel certains de ses collègues, tout en rendant hommage au gouverneur de Madagascar, refusaient l'expérience de la guerre européenne, prenait peu à peu une autorité incontestée par sa fermeté froide et son jugement précis. Le général Joffre, colonial lui aussi, qui avait servi sous les ordres de Galliéni à Madagascar et avait été, avoue-t-il lui-même, « bien noté par lui », l'a en haute estime, au point de lui faire délivrer dès 1912, une lettre de service l'appelant au commandement suprême en cas de guerre, si lui, Joffre, disparaissait. Il est considéré même, après qu'il a été atteint par la limite d'âge en 1914, comme l'ad latus du généralissime en temps de guerre.
Désigné comme commandant de la 5e armée, il a étudié et discerné avec le bon sens qui le caractérise, l'importance de la zone d'opérations dans laquelle son armée doit agir, d'après le dispositif du plan de concentration, à l'aile gauche des armées, au voisinage de la Belgique. Il prévoit que la stratégie allemande cherchera la surprise sur cette aile gauche par la violation de la neutralité de la Belgique. Et celui qui lui succédera à la 5" armée, en 1914, le général Laurezac, partagera sa conviction.
Je me rappelle avoir rencontré le général Galliéni, le 4 ou 5 août 1914, dans les couloirs du gouvernement de Paris. La tristesse austère de sa figure, m'impressionna. Je savais qu'il venait d'être éprouvé par un deuil cruel. Je croyais qu'il avait un commandement effectif. Dès les premiers jours de la campagne, je connus les noms des commandants de nos armées, et je fus fort surpris qu'il n'en fût pas, Quand j'appris, le 28 août, en pleine retraite, sur la rive gauche de la Meuse, qu'il était nommé gouverneur militaire de Paris, je me doutai, que les affaires ne, marchaient pas très bien, Ce qui se passait, à la IIIème armée, dont je faisais partie, n'était, déjà pas si rassurant. Mais je me souviens avoir dit, à mon officier d’ordonnance : « Galliéni à Paris, ça va ! »
Et, certes, j'étais loin de penser que Paris n'était, pas en état, de subir le choc de l’ennemi et que, depuis le 2 août, rien, ou à peu près rien, comme allait le constatait Gallieni, n’avait été fait pour mettre Paris à l’abri de l’orage qui se rapprochait avec une vitesse effrayante ! J’ai connu pourtant un plan de défens très complet du camp retranché qui fut préparé et approuvé en haut lieu en 1904. J’ai su, depuis, qu’il était resté sur le papier !
Et puis, le 2 ou 3 septembre, en traversant un village de l’Argonne, je restai stupéfait en lisant le proclamation affichée, annonçant le départ du gouvernement pour Bordeaux, et celle de Galliéni, déclarant que, chargé de la défense de Paris, il remplirait son mandat jusqu’au bout.
Jusqu’au bout ! Ces trois mots, si simple, allaient devenir le mot d’ordre de la France et de ses alliés. Toute la victoire était dans le serment de Galliéni.
Et il semble qu'il a suffi de celte fière affirmation d’un chef conscient de sa responsabilité et de la vertu française pour que le danger terrible qui menaçait Paris et la France fût écarté, et que la retraite qui entraînait nos armées après les premiers revers fût arrêtée et transformée en une contre-offensive victorieuse.
Car le jugement de l’histoire est acquis aujourd'hui non sans qu'on ait essaye de le déformer et de le fausser. Je crois avoir été un des premiers, du vivant même de Galliéni, à définir et préciser la part prépondérante qu'il eut dans la bataille de la Marne.
Dès la fin de 1915, j'avais eu connaissance des documents du gouvernement militaire, et je m'en servis discrètement, dans mes chroniques du Temps, car déjà certains récits prématurés et tendancieux de la bataille de la Marne ; omettaient, avec une persistance singulière, de mentionner le rôle personnel et capital du gouverneur militaire, de Paris, dans les journées des 3, 4 et 5 septembre. Dans l'article nécrologique que je dus - la tristesse plein le cœur - consacrer à Galliéni dans le Temps, le jour de sa mort, je terminais ainsi : « Il y a assez de gloire pour les chefs qui ont gagné la Marne pour qu'on ne dispute ni ne diminue celle de Galliéni. »
Il est, bien avéré par les documents publiés et par les mémoires si fermes et si simples de Galliéni que c'est à son intervention et à son initiative personnelles qu’on dut l’attaque de la 6ème armée contre le flanc droit de la 1ère armée allemande, défiant à l’est de Paris, dans son audacieuse poursuite de l’aile gauche de nos armées et de l’armée anglaise.
Il ne se contente pas d’avertir le généralisme du changement d’orientation de l’aile droite allemande, qui au lieu de marcher droit sur Paris, s'en écarte à partir du 3 septembre ; il prend la résolution de profiter de l’occasion qu'offre soudain le commandement allemand, ignorant ou dédaignant, la garnison de Paris, et de « lui taper dans le flanc » comme le dit énergiquement son chef d'état-major, le général Glergerie. Il donne ses ordres au général Maunoury, et il place, pour ainsi dire, le généralissime devant le fait accompli, tellement il pressent que la victoire en sera arrachée à ces Allemands qui marchent tumultueusement dans l’ivresse du triomphe prochain. Mais sa foi et son énergie sont telles qu'à coups de téléphone il convainc le généralisme que l’heure du destin a sonné.
Et voilà bien, en effet, l’instant, dans cette journée décisive du 4 septembre, que l’histoire marquera à l’honneur des deux chefs, du chef suprême et du chef de Paris, le premier cédant noblement à la sollicitation ardente de l’autre, prenant à son tour sa responsabilité et, contre l’avis même de ses conseillers les plus intimes, décidant « qu’on se battrait sur la Marne »
Mais nous savons aujourd'hui, par les rapports des chefs allemands, que la décision de Galliéni les surprit dans un désordre stratégique extraordinaire, conséquence de la résistance de la Belgique, de la retraite rapide de nos armées échappant à l'enveloppement de l'aile droite allemande et des contre-attaques heureuses de nos troupes à Guise, en Argonne, sur la Meuse, sur la-Meurthe.
C'est ainsi, je l’al expliqué dans le Temps, il y a quelques mois que von Kluck avait porté, de sa propre-autorité, la 1ère armée en avant de la 2ème armée (Von Bulow), au lieu de rester, conformément aux directives du G.Q.G., en échelon à droite, couvrant les 4° et 3° armées, qui étaient chargées de l'attaque principale sur la gauche française et sur Paris. Il dut rappeler, sur un) ordre du G.Q.G., les corps d'armée aventurés au sud de la Marne, et c'est cet ordre, malencontreux en apparence, qui sauva la 1ère armée, car elle eût été engagée tout entière contre l'armée anglaise, et von Kluck n'aurait pas pu jeter, contre la 6*armée française, les deux corps qui ramenés ainsi an nord de la Marne, balancèrent un moment l'heureuse issue de la manœuvre de l'Ourcq, par suite de la lenteur de la marche en avant de l'armée anglaise.
Galliéni restera donc l'initiateur de la bataille de ta Marne. Sur le socle où s'élèvera, bientôt, nous l'espérons, sa statue, devant l'Hôtel des Invalides, le glorieux maréchal mort pourra recevoir le salut fraternel du maréchal survivant qui fut son chef, et qui est bien le vainqueur de la Marne grâce à lui.
«. LE MUTILÉ ».
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Algérie catholique n° 11, novembre1938
Bibliothéque Gallica
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LA PAROISSE DE LA CALLE
A quelques milles du Bastion de France qui fut le premier pied-à-terre de France en Barbarie, sur la même côte, La Calle a pris naissance, il y a de cela quatre siècles. Bien avant déjà, les pêcheurs se réfugiaient les jours de tempête dans le petit golfe abrité et y faisaient escale (d'où le nom). Ils s'y installèrent bientôt pour la pêche du corail abondant dans ses parages. Cette pêche se continua jusqu'à nos jours. Elle fit naître, on le sait, le dissentiment entre le Dey et le Roi, qui entraina la guerre, puis la conquête.
Pour qui ne connaît pas ces lieux charmants, fréquentés assidument par les estiveurs, précisons que La Calle se compose d'une presqu'ile qui, parallèle au reste de la ville, forme le port, ainsi que le ferait une jetée.
Cette presqu'ile était naguère une île car la jetée actuelle qui relie la presqu'île à la ville n'a été construite qu'en 1878 - et La Calle, du moins le village européen, ne comprenait que cette île. Il est probable qu'à l'endroit où La Calle est bâtie aujourd'hui s'éleva l'antique Tunizieda (plus tard Tunisia) dont un écrivain latin dit qu'elle est située entre Hippone et Tabarca et que les catholiques eurent beaucoup à y souffrir des Ariens.
Bien plus, le Père Van V, religieux espagnol, s'étant rendu en 1633 au Bastion de France, excursionna jusqu'au village maure qui correspondait à « l'escale » et qui portait le nom de Mascarez, on Mers-el-Kherez : « Il y a tant de ruines en ce lieu-là, rapporte-t-il, qu'il est à croire que ce fut autrefois quelque bonne et grande ville. Les Maures me dirent que c'était les restes de l'ancienne Utique. Ce n'est plus qu'un douar de Maures. »
La colonie européenne semi-civile du Bastion émigra peu à peu vers La Calle et, en 1677, une chapelle fut élevée au milieu de l'ile, ainsi qu'un hôpital desservi par les Frères de St-J. de Dieu. Nous verrons que cette chapelle, restaurée et consacrée en 1839, devint l'église de La Calle et servit au culte jusqu'en 1890 environ.
Au 18° et 19° siècle, les habitants étaient au nombre de 3 ou 400. La chapelle fut desservie intermittemment par divers aumôniers dont plusieurs maltais ou italiens, comme le voulait l'hétérogénéité de la population. Pendant trois siècles, ceux-là firent en sorte de conserver la foi et les habitudes chrétiennes parmi cette compagnie perdue sur ce point de la côte barbaresque.
L'essor religieux de La Calle remonte à l'avènement de Mgr Dupuch, premier évêque d'Alger, en 1839. Parmi les ruines de la presqu'ile tenaient encore quelques masures, y compris rise l'église l'église qui, par les soins des habitants encouragés par leur évêque, fut restaurée et rendue apte aux exercices du culte. Monseigneur s'empressa d'y nommer un desservant ; ce fut un prêtre espagnol du nom de Joseph Mars, premier curé de La Calle.
Peu à peu, La Calle se peupla. Les corailleurs étaient revenus nombreux et logeaient dans leurs barques. On releva les ruines de la presqu'île et, sur l'emplacement actuel de la ville, on construisit des baraques en planches. Plus tard, on en traça le plan et on concéda des lots urbains.
Mgr Dupuch fut si heureux de voir s'accroitre la petite chrétienté qu'il vint, le 29 avril 1843 consacrer "cette petite église qui depuis si longtemps avait servi de chapelle à l'ancien établissement français de la pêche du corail. » Dans un rapport qu'il en fit, Monseigneur se déclare enchanté de sa visite, se félicite de constater par lui-même comme tout marche à souhait sous le rapport religieux ; le curé s'occupe des enfants et a formé une école dans son presbytère
En 1851, un hôpital commencé en 1843 est inauguré avec sa chapelle comme hôpital civil et militaire. En 1853, deux sœurs de la doctrine chrétienne font l'école dans un ancien café. Le 29 novembre 1860, une quinzaine de personnes reçoivent la confirmation des mains de l'abbé Pavy, vicaire général, frère de l'illustre Mgr Pavy.
En 1872 fut donnée, par le P. Alexandre, franciscain, curé de Bizerte, une magnifique mission. Du 7 février au 14 mars, l'étroite église ne désemplit pas et le prédicateur passa une grande partie de son temps au confessionnal. On compta plus de mille communions. Des hommes et des femmes en grand nombre, qui ne s'étaient approchés des sacrements depuis de longues années, ont fait leur devoir pascal. 43 personnes, toutes avancées en âge et parmi lesquelles s'en trouvaient de plus de 30 ans, ont fait leur première communion. II s'en suivit un renouveau de ferveur et l'église devint vite insuffisante à contenir le flot toujours croissant des fidèles.
L'année de cette fameuse mission, le curé se lamentait de son exiguïté : « Elle mesure 18 m. 40 sur 6 m. 30, dit-il dans son Journal, je ne compte pas, quoiqu'il soit dans l'église, un péristyle de 2 m. de longueur, qui ne peut contenir que fort peu de personnes. Une tribune le domine, qui a environ 3 m. sur 6 m. 30...
Cet état de choses eut une fâcheuse conséquence : « Le nombre des communions pascales, écrit le même curé dans une note envoyée à l'évêché en 1874, diminue tous les ans; il faut attribuer ce résultat lamentable à l'insuffisance de notre église et à sa situation qui est loin d'être centrale; nos femmes françaises perdent peu à peu l'habitude d'aller à l'église, parce qu'elles ne sont pas sûres d'y trouver une place; ou bien encore lorsqu'elles parviennent à s'y placer, parce qu'elles se trouvent confondues et mêlées dans un encombrement des plus mal commodes. »
Dès lors fut conçu le projet d'érection d'une nouvelle et plus vaste église.
Dès 1876, le 23 avril, nous voyons le P. Creusat, jésuite, récemment nommé curé de La Calle, prier l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées de Bône d'engager M. le Maire à mettre immédiatement en adjudication la construction de la nouvelle église, sans attendre l'achèvement des études pour la nouvelle mairie.
Le 24 avril de la même année, c'est une supplique adressée au Maréchal de Mac-Mahon, Président de la République, pour obtenir un subside pour la construction de la nouvelle église.
La commune avait voté un crédit de 40.000 francs. Plusieurs souscriptions avaient été ouvertes. Mgr Robert, évêque de Constantine, faisait l'impossible pour envoyer 3.000 francs avec promesse d'une plus forte somme dès qu'il le pourrait.
Enfin, le 1er août 1876, on commence les fondations et le 4 août, M. le Curé se rend en surplis sur les lieux, avec deux enfants, bénit les fondations et les parsème de petites médailles de la Sainte Vierge.
C'est le 16 octobre 1876 qu'eut lieu la pose de la première pierre de l'église de La Calle. L'arrivée de Mgr Combes, évêque de Constantine et de M. l'abbé Pavy, son vicaire général, pour cette cérémonie, donna lieu à de grandioses et enthousiastes manifestations.
Là se place un fait malheureux autant que mystérieux : le procès-verbal et différents objets de piété avaient été enfermés dans un tube en plomb scellé dans la première pierre. Une dizaine de jours après, dans la nuit du 23 octobre, ce tube disparaissait. « On a volé cette nuit, dit le chroniqueur, le tube en plomb renfermé dans la première pierre bénite de la nouvelle église et scellé d'une deuxième pierre qui a été très habilement renversée. On attribue ce méfait à la malveillance plutôt qu'à l'ambition, aucune valeur n'étant renfermée dans ce tube.
Plus de deux mois après cet incident, les recherches demeurant infructueuses, le Père Creusat, assisté des principales personnalités de la paroisse, procéda, le 9 janvier 1877, au placement d'un nouveau parchemin dans la première pierre.
Les travaux continuèrent, mais lentement ; on manquait de fonds ; ils n'arrivaient que par faibles allocations. La commune avait bien voté 40.000 francs, mais n'avait pu jusqu'ici presque donner ; et le devis présentait une somme de 125.000 francs !
En 1880, l'église est enfin couverte et posées les deux croix qui la dominent, mais les voûtes et tout le reste est encore à faire à l'intérieur. Les tours sont inachevées. Petit à petit cependant s'élancèrent vers le ciel les deux clochers, et, le 12 avril 1890, le chanoine Orsoni bénissait la grosse cloche, « Joséphine », du nom de sa généreuse donatrice. Le 6 juin 1892, Mar Combes consacrait le maître-autel.
L'église était terminée. Elle s'enrichit peu à peu de nouvelles cloches, « Augustine » et « Micheline », bénites le 21 décembre 1902 par le missionnaire diocésain, de lustres, d'un chemin de croix et, tout récemment, sous l'impulsion de M. le Chanoine Bigot et par une souscription des Mères chrétiennes, de remarquables vitraux d'art.
L'église de la presqu'île servit au culte jusqu'à l'inauguration de la nouvelle église, vers 1885. Ainsi, c'est autour d'elle qu'essaima pendant plus de 40 ans la population paroissiale. Pas moins de dix-neuf curés s’y succédèrent.
Le premier, nous l'avons vu, fut le prêtre espagnol Joseph Mars. Le second M. Joseph Boyer. Leur succédèrent le P. Daidon, qui fut ep plus tard curé de la Cathédrale d’Alger ; M. Guillaume, poète à ses heures ; M. Rogalle, qui fut plus tard curé de Douéra, où il faillit soulever une question internationale : se trouvant à cheval et s'étant pris de querelle avec le Consul anglais, il n'hésita pas à le cravacher. En conséquence, le Gouvernement demanda son éloignement. Il partit pour l'Amérique du Sud, après avoir reçu de ses paroissiens... une cravache d’honneur !
M. Bertomieux, ancien sergent-major qui, avec M. Secchi, prêtre maltais, et M. Marincobich, ne firent que passer dans la paroisse.
De 1843 à 1844, l'abbé Roussin ; il fut destitué à cause d'un démêlé avec le commissaire civil qui occupait sa cure. C'est alors qu'il était curé que la chapelle fut consacrée par Mgr Dupuch, le 29 avril 1843.
M. Rostan, capucin, desservit deux ans la paroisse et constitua le Conseil de fabrique » ; M. Galéa, puis M. Feytout, dont la fin mystérieuse donna naissance à la légende de Dar-el-Babas. II fut d'abord curé en 1847, puis en 1848, après avoir laissé un intérim de quelques mois rempli successivement par MM. Daurenque et Ugette. Ce dernier est mort dans l'exercice de ses fonctions, le 2 décembre 1848.
M. Pierre Vincent, d'abord vicaire, puis ordonné à Bône et nommé curé et chanoine. Sa valeur et son zèle lui valurent d'être appelé à de hautes fonctions. Il quitta La Calle au milieu des regrets et des pleurs unanimes. Ses paroissiens l'aimaient et le vénéraient ; il voulut reposer au milieu d'eux 'eux et fut enterré au caveau central du cimetière actuel en 1868.
Retenons la belle figure de M. Trotabas, curé de 1869 à 1876, prêtre plein de talent et de zèle, qui fit beaucoup pour la paroisse, et celle du 19° curé de La Calle, le Père Creusat, jésuite, desservant de 1876 à 1880. Jeune prêtre séculier, il était venu en Algérie sur le désir de Mgr Dupuch et dans le dessein de convertir Abd-EIKader. II entra en 1847 dans la Compagnie de Jésus ; Mgr Lavigerie l'eut en haute estime et fit appel à son concours pour ses écoles kabyles. Pendant 4 ans et demi, il s'est occupé à conjurer les trois fléaux de La Calle : la misère, l'ignorance, l'immoralité. C'est lui qui desservit le dernier l'église de la presqu'île, après avoir contribué à l'essor magnifique de la nouvelle église.
Le chanoine Orsoni, vingtième curé de La Calle et premier desservant de la grande église, démissionna en 1911 pour se retirer à Ajaccio, laissant la paroisse à M. Vallecalle, son vicaire, qui devint curé jusqu'en 1921.
M. Bigot lui succéda le 2 juillet de la même année. Nommé chanoine peu après, il est mort dans l'exercice de ses fonctions en février 1933. I| convient d'évoquer cette noble figure de prêtre.
De suite après sa nomination, la paroisse avait accusé une recrudescence de vie chrétienne. M. Bigot avait repris le programme du Père Creusat et combattait activement la misère, source de bien des maux; de ses propres deniers, il venait en aide aux pauvres et plus d'une fois, nous fûmes, alors enfant de chœur, le messager d'une si grande charité qui touchait parfois jusqu'aux larmes ceux qui en étaient l'objet; il combattait l'ignorance quelle ignorance !- par les prônes toujours prenants et faits pour être compris des plus humbles, où sa foi vive et son prosélytisme se manifestaient si visiblement; les catéchismes furent organisés de façon exemplaire pour les enfants de tous les âges qui bientôt vinrent y assister en grand nombre, « sicut cervi sitientes »
M. le chanoine Bigot fut un prêtre dont la foi égalait le zèle et la probité. Son caractère indépendant et droit, son courage à frapper là où était le mal, son intransigeance sur le terrain religieux donnèrent naissance à de mesquines coteries ou à des incidents malheureux, qui ne servent qu'à élever plus haut dans l'estime de ceux qui le connurent le prestige de son souvenir.
La présence des Sœurs dans la paroisse remonte vraisemblablement à l'année 1845 ; Sœur Léonce fut une des premières à exercer son zèle en ce point de la côte barbaresque. Lorsque M. Ugette, curé de La Calle, est mort subitement en 1848, tout autre prêtre étant absent, Sœur Léonce prit l'initiative de l'enterrement, qui fut aussi liturgique que les circonstances le permettaient. De retour, M. Feytout en dressa l'acte.
En 1853, nous voyons deux Sœurs de la Doctrine Chrétienne faire l'école dans un café.
Depuis ces religieuses si estimées de la population se sont relayées à ce poste laborieux, faisant le bien sans bruit, répandant humblement, sans arrêt, sur les âmes et autour d'elles, le baume et le parfum de leur vertu.
Tout jeune, nous les avons connues et aimées, celles qui étaient encore : Mère Zita qui s'est dévouée plus de quarante ans au service de la population calloise ; Sœur Rosalie, dont on se rappelle l'originalité et la bonté ; Sœur Angélique, décédée à la fleur de l'âge, en 1925.
A la suite de ce décès, les Supérieures rappelèrent les autres Sœurs, au grand regret de tous, laissant cependant à M. Bigot, qui le sollicitait, l'espoir de leur retour. Mais, hélas ! La Calle est demeurée depuis privée de religieuses.
L'année qui suivit la mort de M. Bigot, la paroisse demeura sans prêtre. Aussi M. le Chanoine Decroze, ancien curé d'Héliopolis, nommé curé de La Calle, eut assez de peine à rendre à la paroisse l'élan qu'elle avait perdu pendant cette année de vacance.
De plus, par ses soins, l'église - cette belle église dont la paroisse est si fière s'embellit de jour en jour et si nous avions un souhait à émettre pour conclure, ce serait celui de voir toujours la vaste place qui entoure l'édifice et lui donne une si pleine valeur demeurer interdite à l'installation de commerces tels que cafés-bars, et encore ombragée par la plantation d'autres palmiers dont on admire l'élégant cachet donné par eux à la petite ville. Le temps et la sagesse des autorités y pourvoiront André SAURY.
P. S. Nous apprenons que l'église de la presqu'île, dont nous venons de retracer l'histoire, vient d'être classée « monument historique » et sera incessamment rendue au culte. Toutes nos félicitations à M. le Commandant Pisani et à M. le Chanoine Decroze qui ont pris cette belle initiative.
A. S.
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On vole, on assassine et on pille.
Bonjour, N° 85, 4 décembre 1933 journal satyrique bônois.
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Tous les journaux, sans exception, relatent la recrudescence des méfaits qui se commettent dans notre ville sous toutes les formes.
Tous les fonctionnaires dont c'est le métier de faire respecter les lois et de surveiller les malandrins sont écœurés de la veulerie du Parquet de Bône et surtout de l'acharnement morbide que met son chef à renvoyer dos à dos les malfaiteurs et ceux qui les ont arrêtés.
Dernièrement, nous avions l'occasion de causer avec un chef de brigade des environs de Bône. Il nous disait, en présence de son Maire : « Mes gendarmes et moi, nous sommes dégoûtés. Presque chaque semaine, nous amenons au Parquet des salopards que nous avons pincés, la plupart du temps, en flagrant délit.
Nous les présentons au Procureur. Il nous reçoit, généralement, très mal. Il relâche les individus lesquels, bien entendu, n'avouent jamais et nous donnent les démentis les plus furieux.
Ce qui est plus joli que le reste c'est que lorsque, plus tard, nous rencontrons nos gaillards, ils nous narguent et nous disent : « Tu vois, le Procureur ne nous a rien fait ! »
Il est probable que les bandits qui n'ont pu perpétrer à leur guise le guet-apens signalé ce matin par
« La Dépêche de l'Est » à 4kilomètres de Bône, doivent être parmi les clients que les gendarmes ont amenés au Procureur.
Le chef de notre Parquet a d'autres chats à fouetter que de faire consciencieusement son métier. D'abord, il faut faire de la politique et puis.
Laissons passer les élections consulaires.
P. Marodon
P.S : En 2026, est-ce que cela a changé ou s'est empiré ?
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ALGER ETUDIANT
N° 29, 3 mai 1924 Source Gallica
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ELECTIONS LÉGISLATIVES DU 11 Mai 1924
TRIBUNE ÉLECTORALE
Candidature des Camarades HERGÉ & LÉO
Candidats de Conjonction de Coordination Intégrale
PROFESSION DE FOI
APPEL AU PEUPLE !
Camarades,
On trompe le peuple ! S'il le faut nous descendrons dans la rue pour faire respecter l'intégrité républicaine de notre conscience intégralement démocratique et le radicalisme social de l'équilibre syndicaliste, srongnieugnieu ... les lois laïques....quatre-vingt-neuf... vive le groupe de conjonction de coordination intégrale !...
Noire programme. — Nous ne ferons pas à nos lecteurs cette injure grossière d'adopter un programme pour ne pas le suivre : nous ne voulons tromper personne ; aussi il y aura changement de programme tous les lundis et vendredis. Qu'on se le dise.
Toutefois nous n'estimons pas superflu de donner dès maintenant un aperçu rapide des principes directeurs qui nous inspireront (plus ou moins relativement).
Pour les Corses. — Aux Corses, nous promettons non seulement la ligne régulière Alger-Ajaccio. Mais, moyennant quelques « Cap Corse » nous espérons obtenir du dictionnaire Larousse une nouvelle orthographe plus corsée de notre petite patrie :
L’Algérie. Grâce, également, à des influences ecclésiastiques, et pour réaliser la prophétie d'un Corse bien connu : le prophète Eli, nous avons pu nous assurer l'appui d'une notabilité corse assez considérable qui se nomme « Jésus-Chri », afin de faire du « Paradis » une petite propriété privée à l'usage des Corses.
Pour les Bônois. — Nous aurions été très heureux de faire quelque chose pour les Bônois. Mais au moment de mettre sous presse un de nos amis, plus versé que nous dans les subtilités de la géographie, nous a fait remarquer que Bône était une petite république complètement indépendante du département d'Alger. Qu'à cela ne tienne, avons-nous pensé ; et que la Colonie bônoise trouve ici l'assurance qu'elle est partout chez elle ; et nous ne terminerons-pas sans crier de tout cœur : « Vivent les Bône d'enfants ». (1)
Pour les retraités. — Nos sentiments foncièrement démocratiques nous interdisent de nous occuper plus particulièrement des « petits retraités ». Ayant le plus scrupuleux sentiment d'égalité intangible, nous nous intéresserons à tous les retraités : aux grands comme aux petits !
Pour les cheminots. — Toute notre sympathie va aux Cheminots pour lesquels le spectacle journalier de deux rails parallèles se rencontrant à l'infini seulement, ressemble trop à l'idée de bonheur. Aussi, pour leur changer les idées, nous ferons donner tous les dimanches une représentation « à ouf » du célèbre opéra tiré du poème de Jean Richepin « Le Cheminot » avec Dudule dans le rôle du cheminot.
Pour ces jeunes filles. — De la poudre et des bals.
Pour ces dames. — Le Rouge et le Noir (offerts par la Maison Stendahlis).
Pour les familles nombreuses. — Une diminution des impôts en raison des charges écrasantes proportionnelles, etc....
Pour les ménages sans enfants. — Une diminution des impôts en raison de la tristesse de ces ménages de ne pas connaître le bonheur et la joie d'avoir une famille.
Pour les amantes légitimes. — Tous les samedis soir, après le turbin, grande distribution de berlingots citron à l'amante.
Pour les célibataires. — Mêmes projets. Mêmes raisons.
Le kilo de pain n'augmentera pas. Contrairement à ce qu'on a prétendu, le kilo de pain ne sera pas porté à 1200 grammes. Qu'on se rassure il ne sera pas augmenté. Nos électeurs l'obtiendront gratuitement dans toutes les bonnes boulangeries. Les boulangers leur demanderont simplement de les aider dans ce noble désintéressement par une légère contribution de 1 f. 25 par kilo.
Enfin nos électeurs seront agréablement surpris par l'annonce de deux réunions contradictoires données par nous la semaine prochaine : dans la première toutes les suggestions quelles qu'elles soient, d'où qu'elles viennent, seront contredites. Dans la seconde nous nous bornerons à nous contredire nous-mêmes et un poète délicat déclamera en vers notre profession de foi : « J'aime le rire Non le doux rire honnête ouvrant bouches et cœurs.
Mais le rire ironique aux sarcasmes moqueurs... »
Nous ne terminerons pas sans indiquer à nos lecteurs le signalement infaillible auquel ils nous reconnaîtront (les yeux fermés, allai-je dire) : c'est que parmi les dix-huit candidats de l'heure présente nous sommes les deux seuls, entendez-vous, les deux seuls à être Poincaristes et à nous recommander comme tels !
HERGE, Candidat Ex-Aequo,
Président-Fondateur
du Groupe de conjonction de coordination intégrale,
Citoyen décoré par Mulphin et Quignon}
Rédacteur à « Alger-Etudiant »,
Auteur de plusieurs notules très remarqués,
Abonné à « Alger-Mondain ».
(1) Notule. — Nos lecteurs auront rectifié d’eux-mêmes cette regrettable erreur du typographe dont nous ne nous apercevons qu'en relisant la copie : il faut lire en effet « Vivent les enfants de Bône ».
PROGRAMME Citoyens !!
Vos murs sont souillés. Vos consciences le seront aussi,
Si Vous écoutez les mensonges que des vendus étalent sous vos yeux, les blocs du môle et le broc national vous font des œillades provocantes. Mais, sous le fard multicolore des affiches vous saurez découvrir la prostitution.
Vous voulez des hommes !!!
Vous ne voudrez pas les pitres rancis du cirque électoral.
Ecœurés nous-mêmes, nous vous crions « Haut le Coeur » et... Tous aux urinoirs (faute de typo).
Votez ! ! pour les idéalistes, qui se présentent à vous aujourd'hui ceints de leur virginité et d'une robe de lin blanche.
Votez pour le groupe de conjonction de coordination intégrale.
PROFESSION DE FOI
Citoyens, bonnes d'enfants et soldats !!
Je me présente à vous, armé d'idéal républicain, d'énergie virile, mais, je le sais cela ne vous suffit pas. Il vous faut aussi non seulement « Panen et Circences », mais « Kémias et Pinkés ». Vous aurez tout cela et bien d'autres choses encore car voici mon programme :
1" Monopole pour Bab-el-Oued de la consommation et de la fabrication de l'anisette ;
2" Annexion du Maroc Espagnol à la Cantère ;
3" Remplacement de la journée de 8 heures par la journée de 7 heures 60 minutes :
4" Construction d'un funiculaire (à l'usage des mounistes) partant de la Consolation pour aboutir à Notre-Dame d'Afrique ;
5" L'érection rue du Regard d'un Temple de l'Amour dans le genre de celui du Petit Trianon, avec adaptation d'arabesques style Jonnart ;
6" Réorganisation et augmentation de notre marine par incorporation des pastéras des chantiers navals de Matarèse (ce genre de bâtiment n'ayant pas été compris dans le traité de Washington, il urge de s'en assurer la propriété exclusive ;
7" L'adoption dans l'infanterie et en particulier au 9° zouaves du patin à roulettes ;
8" Le rajeunissement de notre ville en confiant ses destinée, non à Voronoff, mais à M. de Redon qui deviendrait président du « Vieil Alger » ;
9" Etc… Etc....
Je dis, etc.... car j'ai beaucoup d'idées et autant de bonnes intentions. Cela ne me distingue en rien des autres candidate. Mais dans le fond je m'en balance. Je saurai autant qu'eux trouver le chemin de la buvette du père Jannot. C'est pourquoi je crie avec vous : Vive la République laïque et obligatoire ! Vive l'Algérie ! Vive le Groupe de conjonction de coordination intégral !
LÉO, Candidat Ex-Aequo,
Abonné à « Alger-Mondain », Théodoliste diplômé,
Chevalier de l'ordre du Bain,
Décoré de la Croix noire des B. I. M.
Docteur es-pélicanisation.
Itinéraire des Candidats HERGE & LEO
A 11 h. 52, Escargots à l'anisette, rue Henri-Martin. - A 12 h. 09, anisette aux escargots chez Amadéo (Bab-el-Oued.). - A 12 h. 21, grand riz à l'espagnole, - rue des Trois Couleurs. — A 13 h. 17, retour chez Amadéo, omelette à la soubressade et deuxième grand riz au « calamar ». A 15 h. 25 petite sieste (on causera politique) (facultatif). — A 16 h. 48, Alicante et Béni Chama, rue Philippe. — A 17 h. 15 grande réception aux « Bas-Fonds d'Alger », (spécialités de Kémias : 63 tasses différentes), réception arrosée d'une nouvelle marque de boisson : la marque « Aouf » (exiger les guillemets). Accompagnement symphonique par orchestre spécial de gonzes à l'aise. — A minuit souper très froid par toutes petites tables. -— On jouera Zaza et la Vraie de Vraie. — Qu'on se le dise.
(R. S. V. P.) HERGÊ-LÉO.
Noticule. — A la dernière minute nous nous apercevons, navrés, que nous avons oublié de parler de l'inquisition. C'est réellement dommage. Nous nous promettons de réparer l'irréparable, lors du renouvellement de notre mandat.
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EXODE DES FRANCAIS D'ALGERIE
(Envoyé par Mme A. Bouhier)
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Se rappeler d'où l'on vient.
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PHOTOS ARZEW
Envoyée par M. C. Ciantar
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FANTAISIE DIOCANESQUE
Source Gallica
L'ALGERIEN, N° 42, 2 août 1900
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Une animation extraordinaire règne sur la plage Fabre. Quantité de familles ont profité du dimanche pour venir y respirer à pleins poumons l’air pur et vivifiant de la mer. Çà et là des groupes en costumes de pécheurs, accoutrés d’une façon plus ou moins pittoresque et originale. Ici, une famille entière, assise en rond autour d’une toile étendue à terre, sur laquelle se trouve une quantité respectable de victuailles, mange avec un appétit féroce les morceaux distribués par le chef de famille.
Là, un groupe de jeunes gens et de jeunes files dansent au son d’un accordéon, qui joue sans harmonie ce qui, n’empêche pas les couples de se trémousser à qui mieux mieux. Plus loin, c’est une bande joyeuse chantant à tue-tête les chansons du jour avec accompagnement de guitare et de mandoline, y compris le légendaire triangle.
Enfin, à quelques pas de là, deux vieux copains inséparables, Carmousse et Tamaragasse en compagnie de leur dulcinée. Ils s'arrêtent près du groupe de danseurs. Tamaragasse, s'adressant à sa compagne qui a nom Carmen. Viens nous s’fesons la tarse. O ! Carmen ; y a longtemps je m’a plus dansé, dio charnières rouillées.
Carmen. — J’sais pas m’ia danser moi, la tarse, meilleur on se fait la masurk à la liche-liche !
Tamaragasse. — A’rgard, comme t’iès bête ! belli t’ias honte, nous se dansons comme y vient, y vient ; laisse qu’équ’un y nous dit quèque chose, après nous allons voir. (Ils dansent).
Carmousse, à sa dulcinée qui porte le nom de Contchète. — Fais tention t’sais, Contchète, tu danses pas ac personne, dio jalousie ! passe autrement je me tiens la rincune à la mort.
Contchète. — Ça que te veux toi je veux moi, mel n’sornmes pas fiancés à de bon, nous s’avons déjà donnée la bague laute jour, en derrière les remparts.
Carmousse. — Ma parole j’te jure quand est-ce j’te vois-tu danses ac un autre, fou je viens, dio Charento ! (Un camarade s'approche de lui et sollicite l'autorisation de danser avec sa compagne)
Le danseur. — Tu laisses, je m’ia fais la porka, ac ta une.' O ! Carmousse.
Carmousse. — Demande-z’y à elle si y veut y veut, si y veut pas y veut pas, mel moi j'y commande.
Le danseur s’adressant à Contchète. Nous s’ia fesons celle-là O ! z’yeux.
Contchète. — Manque je peux, je suis arrêtée.
Le danseur sur un ton ironique. — A’r gard, moi qué blague elle se tient. Peut- être vous se croyez au bal d’là Colonne, pour que vous disez : « J'suis arrêtée. » D’abord, c’est pas comme ça on dit les gommeuses, on dit « J'suis retenue ».
Carmousse de fort mauvaise humeur. — Alors bel force te veux t’ia prendre la confiance avec ma une ? Je t’as pas dit si y veut y veut pas ? Allez, sauves d’ici, autrement, dio misère, je sens la colère y me monte déjà en dedans la tête.
Le danseur. — Belli la colère y te monte au sixième comme la conduite de Bou-Glès, quès je m’en fouche ! Tu te fais si tant la blague passe t’ias la femme, encore il est vilaine à la mort, dio carricature ! (Ils se prennent au collet).
Tamaragasse, accourant. — Allez quès vous allez se faire la dispute, vous se connaissez depuis si tant longtemps, comme des frères je vous a connu, moi, dio misère I
Le danseur. — Ça fait rien, viens nous s’fesons camarade comme avant D’ousque nous allons se boire l’anisette ? Youscaga.
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EL-DJEZAIR - BENI - MAZRANA
Par Maurice VILLARD
ACEP-ENSEMBLE N°272, mai 2010
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Capitale de l'Esclavage
La baie d'Alger ouverte aux vents d'est et d'ouest n'est pas un port naturel. Elle est propice à abriter un nid de pirates. De très forts courants s'ajoutant à la violence des vents et de nombreux récifs à proximité du rivage rendaient l'accès très difficile au temps de la navigation à voile.
Pour les pirates cela était au contraire un asile difficilement violabie, abrité derrière les îlots rocheux où les vaisseaux de fort tirant d'eau ne pouvaient accéder.
El-Djezaïr-beni- Mazrana « les îles de Beni-Mazrana » nom d'une tribu berbère voisine, avait remplacé, lors de la domination Arabe, le nom antique d'Icosium.
C'est à l'abri de ces îles et de ces récifs, que fut édifiée au XVIe siècle, construite par des pirates, la première darse du port d'Alger.
Quatre frères : Arroudj, Keïr-ed-din, Elias et Isaac, d'origine inconnue, s'étaient acquis une grande réputation d'audace et de bravoure. Ils pratiquaient « la course » au service du Grand seigneur, en réalité pour leur compte. Arroudj était le chef. En 1512, il se trouvait à la tête d'une flotte que le sultan de Tunis avait prise à son service. Arroudj aida les Espagnols à reprendre le Présidion de Bougie, cela fut un échec. C'est alors qu'il s'installa, non loin de là, à Djidjelli. Plus tard on fit appel à lui pour se débarrasser des Espagnols sur l'îlot du Penan (qui devint l'Amirauté). Cela lui permit de s'installer dans El-Djezaïr. Khair-Eddine, son frère qui lui succéda en 1518, afin d'assurer sa position, offrit sa conquête au sultan Selim. Ce dernier accepta et envoya à son nouveau vassal, des canons, des janissaires et lui accorda la permission de lever en territoire turc quatre mille soldats.
Khair-Eddine depuis Alger, organisa sa conquête. Il occupa Collo, Bône, Constantine, Cherchell et Ténès. Puis il soumit la Kabylie et l'arrière-pays jusqu'au Hodna. En 1529, il s'attaqua au Penon, toujours tenu par les Espagnols. Après un siège très dur, il entra dans la place le 27 mai. Il fit massacrer les survivants et mourir sous les coups de bâtons, le gouverneur Vargas. Il devint ainsi le maître du pays, Oran excepté.
Il aménagea dans la baie d'Alger un port, construisant un môle qui rattachait le Penon à la terre ferme - devenue Rampe de l'Amirauté- Ce fut la création durant trois siècles d'une République des forbans » soumise à l'empire Turc dont les maîtres ne s'intéressaient guère à l'intérieur du pays livré à l'anarchie des grandes familles seigneuriales et maraboutiques.
Vue générale de Bougie par W. Wyld Lorsque les Français occupèrent Bougie en 1833,
le lieutenant Amiot fit un croquis du Djebel Gouraya et du port.
Les chefs de cette république que l'on dénommait « Beylerbeys » dans les années antérieures à Barberousse ou « pachas ou deys » après 1569, véritables seigneurs étaient les capitaines de la mer, de la Taîffe, des reis, qui seuls ou grou¬pés, partaient avec leurs galères, à la recherche d'une proie.
Tels furent les Mami-Napolitano, les Ali-Bitchin, les Soliman Reïs qui, à la fin du XVIe siècle et dans une partie du XVIIe siècle, enrichirent El-Djezaïr des dépouilles de la chrétienté. Avec leurs soixante-dix navires de trente à quarante canons, ils devinrent les maîtres de la mer. Même en plein océan, ils guettaient le retour des galions espagnols chargés d'or et d'argent. Ils détroussaient les français jusqu'au golfe de Gascogne, les hollandais jusque dans la mer du Nord, les Anglais jusque dans la Manche et la mer d'Irlande.
Entre 1613 et 1621, ils firent 936 prises qui furent conduites dans le port d'Alger. L'or affluait à Alger mais aussi les esclaves. La petite place de Badestan - place Mahon - devint ainsi le plus grand marché d'esclaves où les malheureux étaient vendus à la criée. Cerventès et Regnard y furent « adjugés ». Une congrégation religieuse, les pères Trinitaires et de la Merci. se constitua au seul effet de recueillir. parmi Ies nations chrétiennes. Ies fonds nécessaires afin de racheter certains captifs ou tout au moins leur apporter quelque réconfort. L'un d'eux, Le père Dan, qui vint à Alger pour la première fois le 15 juillet 1654, nous a laissé un tableau dressant la prospérité qu'un siècle de « course », avait apporté à Ia capitale mondiale de l'esclavage. La ville comptait plus de cent mille habitants, quinze mille maisons, cent fontaines.
Six grands bagnes contenaient une partie des trente mille captifs, occupés à la chiourme et au service de leurs maîtres
Toute la ville vivait de la « course » et y participait. Les plus aisés devenaient des armateurs, les petits marchands se coti¬saient pour acheter et équiper un navire. Les femmes elles-mêmes, d'après le vice-consul Chaix, vendaient quelques bijoux pour participer à ces fructueuses opérations.
Qui étaient ces reis, « rois de la mer » ? pour la plupart, des renégats venus de tous les coins de la Méditerranée, de la mer Egée, de Malte, des Baléares, de la côte d'Espagne, surtout d'Italie, même de France. Gens de sac et de corde qui tentaient l'aventure, fils de famille ruinés ou anciens esclaves en rupture de chiourme comme cet Eudj-Ali, enlevé tout enfant sur la côte de Calabre et qui devait mourir Capitan-pacha du Grand seigneur.
La « Taîffe » était une sorte de Légion étrangère de la mer. Sans peur, sans pitié, elle accomplit ses « exploits » quasi impunément jusqu'en 1830. Alger était protégé par ses accès difficiles tant que dura la navigation à voile.
Charles Quint en octobre 1541, tenta de réduire le nid de corsaires, il échoua pitoyablement. Cent cinquante bâtiments, le quart de sa flotte périrent, jetés sur la côte par la tempête, dans la nuit du 25 au 26 octobre. Les bombardements de la ville par Beaufort en 1669, par Duquesne et 1661 et 1662, par Destrée en 1688 n'eurent aucun effet. L'expédition espagnole d'0'Reilly en 1775 n'obtint pas plus de résultats que celle de Charles Quint deux siècles plus tôt.
Enfin le bombardement de Lord Exmouth, en 1816, n'eut aucune conséquence durable.
Vers la fin du XVIII° siècle, la Régence était le propriétaire presque exclusif de la flotte, mais propriété privée ou étatique, le navire était farouchement protégé par la loi.
La flotte algérienne
La galère, qui fut le principal instrument de la marine méditerranéenne de l'époque de la Régence, était longue d'une cinquantaine de mètres et propulsée par l'aviron, manœuvré par une chiourme de 25 à 26 galériens. La galère algérienne, quant à elle, était beaucoup plus petite et moins encom¬brée de canons, de munitions, de vivres et de pièces de rechanges. Elle « volait » sur les flots et ne mettait que très peu de temps pour atteindre son objectif et disparaître aussitôt.
La galère algérienne (14 à 25 bancs de chiourme), arrondie à l'avant comme à l'arrière, était plus maniable et plus agile, alors que le chebbeck, ce navire à rames et à voiles, était un bâtiment de course adapté aux équipages et au combat. Doté de douze à trente canons, le chebbeck, ce fier et redoutable coursier, se jouait des lourds vaisseaux. Les autres types de navires algériens étaient la tarida, utilisée pour le transport des lourdes charges, la fuste, le brigantin, la frégate, la corvette, le brick, la caravelle, le polacre
Le raïs algérien.
Le raïs algérien, dont les Orientalistes ont brossé un portrait physique fort élogieux même si le portrait psychologique qu'ils en firent était terrifiant, les deux visaient à susciter la haine, n'était pas toujours fait comme une armoire à glace.
Ses yeux n'étaient pas injectés de feu et ses bras ne servaient pas à briser les os. Par contre, il était alerte, intelligent, brave et fort en maniement des armes et en stratégie et capable de faire face aux situa¬tions les plus inextricables. Il avait souvent à faire face à des ennemis impitoyables. Sa survie dépendait de ses nombreuses qualités.
D'origines très diverses, les raïs formaient une société cosmopolite Turcs, Algéro-Turcs - Coulouglis, Andalous et Algériens d'origine n'avaient pas l'apanage du commandement. Des chrétiens islamisés et particulièrement des esclaves libérés accédaient à ces postes très élevés dans la hiérarchie de l'Etat. Calabrais, Siciliens et Vénitiens surtout, mais aussi Français, Anglais, Flamands, Ecossais, Irlandais, Danois, Hongrois, Corses et Slaves convertis ont fait de la marine de la Régence une institution où la compétence et la foi bannissaient les autres frontières d'origine ou de race. En outre de nombreux marins chrétiens persécutés par le despotisme et par l'Inquisition ont trouvé refuge dans la cité la plus tolérante de l'époque où la synagogue, l'église et la mosquée étaient presque mitoyennes. La liberté de culte y était un principe bien avant la laïcité française.
Inspirés par la bravoure de Arroudj et de Khair-Eddine, tous les raïs algériens, quelle que fut leur nationalité d'origine, firent preuve de courage et d'audace. Salah Raïs, qui était un arabe d'Alexandrie, Arnaout Mami et Mourad Raïs, ces Albanais d'origine et Euld Ali, ce Calabrais d'origine étaient tous des marins hors pair. Hadj Moussa et tant d'autres raïs de sa trempe figurent également au Panthéon de l'histoire. Raïs Hamidou, le plus téméraire de tous, était un Algérien natif d'El-Djezaïr.
Les ports de la Régence étaient ouverts à tous les bateaux étrangers dont les gouvernements avaient signé des traités avec le Diwan et ne payaient que les droits stipulés. Quant aux Etats en guerre avec la Régence, ils avaient également la possibilité de commercer dans les ports du pays à condition de payer double ancrage.
Les rivalités entre Européens pour la domination des routes maritimes et du commerce mondial, notamment aux Amériques contraignaient certains Etat dont la France à préférer être en paix avec El-Djezaïr
Références : De la Régence d'Alger à l'Algérie Française par Maurice Villard
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PHOTOS ARZEW
Envoyée par M. C. Ciantar
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VISITE AU PALAIS DE CONSTANTINE,
PAR M. CHARLES FERAUD, INTERPRETE PRINCIPAL DE L'ARMÉE D'AFRIQUE.
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I
De tous les monuments de l'Algérie, le palais de Constantine est celui qui offre le plus d'intérêt, sinon sous le rapport de l'antiquité et des souvenirs, du moins au point de vue de l'architecture, barbaresque. Ce n'est pas qu'il soit d'un aspect imposant, d'un rare fini de détails et d'une parfaite harmonie dans son ensemble ; mais comparé aux autres résidences somptueuses de l'époque turque, il leur est supérieur par ses proportions élégantes et grandioses, et l'on y trouve tout ce que le goût de l'ostentation et le luxe algérien peuvent réunir de plus séduisant, C'est, en un mot, le type le plus complet de l'architecture appliquée à la fois aux nécessités des mœurs et du climat du pays.
La destination que ce palais eut pendant un temps assez court sous les Turcs a changé depuis la conquête française, mais ne s'est pas amoindrie. Si c'est un bey, El hadj Ahmed, qui l'a construit, ce sont les généraux commandant la province de Constantine qui l'habitent, et il reste un emblème du pouvoir aux yeux des populations indigènes.
Souvent les artistes l'ont signalé à l'attention des voyageurs, et on le visite assez fréquemment ; cependant il n'a pas eu jusqu'ici les honneurs d'une mise en lumière, complète : il n'a été l'objet d'aucune étude un peu étendue.
J'essayerai ici de le décrire, et je ferai connaître son origine et son histoire.
II
Aspect extérieur du palais. - Un coup d'œil sur l'intérieur. - Témoignage d'Horace Vernet.

En arrivant aujourd'hui sur la place dite du Palais, on aperçoit une lourde et sévère masse de maçonnerie qui blesse, au premier coup d’œil, le regard le moins exercés, Rien n’annonce que ce soit là un palais. Ces grands murs, en retraite les uns sur les autres, ressemblent plutôt à une froide clôture de monastère ou de prison, qu'à l'enceinte d'un monument princier. Ils rappellent Ies constructions des temps où chaque homme, riche ou puissant, forcé de se garder lui-même, se mettait de son mieux à l'abri de coups de main de la multitude. Leur profil est incorrect, leur ensemble inerte. Ils s’élèvent à quinze mètres environ au-dessus du niveau de la place.
En largeur, la façade n'a pas moins de quatre-vingts mètres de développement.
Une toiture grisâtre, en tuiles creuses, hérissée de grotesques tuyaux de cheminées modernes, complète cet aspect singulièrement triste.
Toute la décoration extérieure se réduit à quelques fenêtres également modernes, irrégulièrement percées çà et là ; en réalité elle ne pressente pas plus d'intérêt que la façade de la plus médiocre maison de la ville, et n'est guère propre à faire soupçonner qu’on est devant un palais.
Mais on ne doit pas s'arrêter devant ce masque froid et presque lugubre ; il faut franchir le seuil du palais et pénétrer à l’intérieur. Le contraste est alors frappant, et l'on oublie aussitôt ce que le dehors a de rude et de disgracieux.
On se trouve alors en présence d'un tableau original et élégant. Le visiteur est tout d'abord agréablement saisi : attiré de tous côtés à la fois, il sent qu'il aura besoin de besoin de quelques temps pour bien voir. Ses yeux s'égarent dans cet (ensemble tout inondé d’air et de lumière ; et l'impression que produisent sur lui ces nombreuses arcades aux colonnades légères et bien détachées est telle, qu'il est difficile d'en donner une idée suffisante même avec le secours de la gravure.
Ce qui contribue surtout à donner beaucoup de charme la cet intérieur, cc sont les jardins avec leurs grands arbres, dont les rameaux, dépassant le faite des toitures latérales, couronnent le tout d'une voûte de feuillage et le remplissent de fraicheur. Dans une ville comme Constantine, où l'ombre et la végétation sont rares, ces agréables ombrages sont véritablement inappréciables.
Pour jouir du palais dans toute sa beauté, il faudrait pouvoir le parcourir une nuit de fête, alors que les galeries sont éclairées par la lueur adoucie d'une infinité de lanternes vénitiennes et les parterres par une constellation de verres de couleur, dont l'éclat se joue heureusement sur les surfaces miroitantes du marbre. On a sous les yeux un spectacle féerique, et l'on songe involontairement à ces palais enchantés dans lesquels nous transportent les contes orientaux. Les rayons de lumière projetés çà et là à travers les colonnades, produisent des oppositions et des fantaisies d'ombre et de clarté qui prêtent merveilleusement à l'illusion.
A coup sûr, nul de ceux qui, à certaines époques, ont assisté aux fêtes données par les généraux commandant la province de Constantine n'en ont oublié le prestige.
Horace Vernet qui visita le palais, alors qu'il brillait de toute sa fraîcheur, l'a beaucoup admiré : Figurez-vous, dit-il, une délicieuse décoration d'opéra, tout de marbre blanc et de peintures aux couleurs les plus vives d'un goût charmant, des eaux coulant de fontaines ombragées d'orangers, de myrtes, etc..., enfin un rêve des Mille et une nuits. »
Mais avant de décrire ce curieux monument avec plus de détails, il convient de rapporter les faits qui se rattachent à son origine et de raconter la manière dont il fut élevé. Je n'aurai du reste qu'à transcrire en quelque sorte les notes que j'ai prises sur place dans le palais même, en faisant appel à la mémoire des habitants et des ouvriers qui ont travaillé à sa construction. J'ai interrogé aussi des personnes qui, dans une position plus ou moins élevée, faisaient partie de l'entourage du bey, même des femmes ayant vécu dans son sérail. Qui saurait, en effet, mieux connaître l'histoire du palais que ceux qui l'habitaient jadis ? Grâce à ces divers témoignages j'ai pu apprendre quelques scènes d'intérieur étranges et faire revivre la figure d'El hadj Ahmed bey, l'une des plus caractéristiques, et, il faut bien le dire dès à présent, l'une des plus odieuses de la période turque qui a immédiatement précédé l'occupation française.
III
Histoire de la construction du palais. - Expropriations forcées.
- Spoliations. - Les fournisseurs. - Les artistes. - Les ouvriers.
Sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui le palais existait, il y a une quarantaine d'années, un amas de maisons particulières accolées les unes aux autres, dans lesquelles on pénétrait par quelques ruelles étroites et tortueuses. La famille d'El hadj Ahmed possédait dans ce quartier deux maisons contigües : l'une d'elles est maintenant l'hôtel de la subdivision, l'autre est affectée au bureau topographique militaire. C'est dans la première, dite Dar oum-en-Noun, qu'est né le dernier bey de Constantine.
Vers 1787. Sa famille était l'une des plus notables de Constantine. Il avait été khalifa sous le bey Braham el-Rabbi. Dans cette haute fonction, il était tout-puissant. Mais des rivalités jalouses ayant excité contre lui les soupçons du bey, il fut obligé de s'enfuir de Constantine pendant une nuit, en se laissant glisser le long des pentes escarpées qui se trouvent derrière le quartier du Tabia. Il se réfugia à Alger, ou il sut se concilier l'affection du pacha, qui le nomma bey de Constantine au mois d'août 1826, en remplacement du bey Manamanni..
La porte principale de ce domaine patrimonial était située dans une impasse dont le fond, debout encore aujourd'hui, forme comme un vestibule devant l'hôtel de la subdivision.
Après quelques zigzags, cette impasse débouchait à peu près à hauteur de l'escalier qui descend maintenant devant l'église, où se trouvait alors une des principales rues de la ville. Elle était fermée à sa sortie par une porte garnie d'épaisses plaques de fer et s'appelait Derb el hadj Ahmed ou passage d'El hadj Ahmed, nom qui a servi plus tard et par extension à désigner le palais lui mème. Le mot arabe Derb signifie la porte, passage, défilé. On l’emploie, en Algérie, pour désigner une ruelle fermée par une porte. Une autre petite porte ouvrait du côté du nord, dans la ruelle où se trouve aujourd'hui la caserne de gendarmerie.
Vis-à-vis des deux maisons d'El hadj Ahmed, se trouvait alors un vieux bâtiment dit Dar el Bechmat ou Dar el Mouna, ayant autrefois servi, comme son nom arabe l'indique, à emmagasiner les approvisionnements destinés aux janissaires de la garnison. Cette masure, utilisée ensuite comme écurie, fut enfin abandonnée à la destruction. Puis l'apathie, l'incurie de l'autorité locale, la négligence traditionnelle des habitants laissèrent s'y former un cloaque dont les émanations nauséabondes infectaient le quartier.
Tant qu'il exerça seulement les fonctions de kaïd El Aouasi, El hadj Ahmed mena une vie très-active au milieu des tribus dont l'administration lui était confiée. Nommé calife ou lieutenant du bey en 1818 et oblige de fixer sa résidence à Constantine, il jugea nécessaire de déblayer et d'assainir les abords de son habitation. Il demanda et obtint facilement la propriété de la ruine de Dar el Bechmat, pour laquelle il donna en échange une petite maison qu'il possédait dans un autre quartier de la ville. La masure et les décombres qui touchaient à sa demeure furent rasés. Sur leur emplacement, qu'il entoura de hautes et discrètes murailles, il planta des orangers apportés de Milana, et créa le jardin qu'on voit actuellement à gauche en entrant dans le palais.
Nommé bey de Constantine en 1826, il s'installa à Dar el Bey, vaste bâtiment affecté depuis longtemps à la résidence officielle des gouverneurs de la province de l'Est.
La majeure partie de sa famille et surtout sa mère, El hadja Rekia, continuèrent à habiter la maison de Oum-en-Noun.
Pendant son pèlerinage à la Mecque et son séjour en Égypte, il avait pu juger de l'effet séduisant des palais orientaux. Son prédécesseur Salah bey avait, du reste, introduit déjà le luxe de ce genre d'habitations à Constantine : plusieurs monuments d'utilité publique et différents embellissements y avaient été l’œuvre de sa munificence éclairée.
El hadj Ahmed, à son tour, ne voulut rien épargner pour se construire un logis dont la splendeur fût à la hauteur de son orgueil. De gré ou de force, il commença par se faire céder, à l'aide de ventes ou par voie d'échanges, plusieurs maisons voisines de Dar Oumen-Noun, afin de donner plus d'étendue à son futur palais. L'exemple suivant donne une idée des expédients odieux qu'il employa.
Une vieille femme, née dans la maison qu’elle habitait et qui tenait à y finir ses jours, ne voulut s’en défaire à aucun prix. En présence de cette obstination, le bey la fit enfermer chez lui, dans une étroite prison et la priva progressivement d'air et de lumière. Elle résista quelque temps, mais il fallut bien qu'elle cédât à la violence ; un taleb complaisant rédigera une déclaration par laquelle la cession de l'immeuble convoité était consentie. La pauvre vieille femme, exténuée par les privations de tout genre qu’elle avait souffertes, n'obtint sa liberté qu'en de ne plus remettre jamais les pieds à Constantine. Elle fut conduite en Kabylie où elle ne tarda pas à mourir de misère.
Dès que la construction de l'édifice fut définitivement résolue, le bey envoya en Italie un témoin, du nom de Schiaffino, qui faisait à Rome un grand commerce d'exportation de grains, et il le chargea d'y acheter des marbres et tout ce qui pourrait être nécessaire à la décoration d'une maison fastueuse..
Lorsque tous ces objets eurent été débarqués à Bône, le bey mit à la disposition de Schiaffino les hommes et Ies mulets nécessaires pour leur transport.
Les colonnes et autres pièces de marbre étaient soigneusement emballées dans des caisses, auxquelles on adapta de longues perches formant comme une sorte de brancard que portaient des mulets. La crainte de mécontenter le bey était telle que des populations entières accompagnèrent au loin ce convoi, aplanissant Ies passages difficiles, soutenant les charges pour éviter les cahots, et maintenant la marche des mulets à une allure régulière. Chose remarquable, malgré la maladresse habituelle des indigènes, leur manque d'ensemble, dans les moindres opérations, tous les matériaux parvinrent intacts à Constantine.
Or il n’y avait à cette époque aucune route tracée entre Bône et cette ville, et les indigènes n’avaient d'autres moyens de transport que le dos des mulets ou des chameaux ; on doit juger par-là de la difficulté que présentait une semblable opération à travers un pays souvent montueux et d'une quarantaine de lieues de parcours. II est vrai que de nombreux cavaliers surveillaient le convoi cheminant à petites journées, et que la moindre négligence de la part des muletiers était punie de coups de bâton, avec la perspective d'encourir, en arrivant, une punition beaucoup plus sévère.
Schiaffino demanda des grains en payement de ses fournitures ; il eut le bonheur que ces grains, bien ou mal acquis, lui furent livrés et embarqués à Bône pour Livourne.
A Constantine, les ouvriers indigènes mirent immédiatement la main à l’œuvre, et déjà le péristyle qui entoure le jardin des Orangers était presque achevé, quand le bey apprit que les habitants, en tête desquels se trouvaient les propriétaires expropriés, avaient adressé une plainte au pacha d'Alger.
Ses envahissements au détriment de ses voisins, les dures corvées exigées pour le transport des matériaux, l'énorme quantité de grains livrés à Schiaffino, en partie aux frais des habitants, pour payer ses fournitures, avaient justement ému le peuple et souleva dans les esprits une excitation qui se manifestait par une protestation d'une énergie peu ordinaire et, à coup sûr, fort imprudente.
Hussein pacha adressa un blâme sévère au bey de Constantine ; il lui annonça sa volonté de prévenir désormais de pareils attentats. El hadj Ahmed répondit mensongèrement qu'il avait indemnisé les propriétaires dépossédés, eu leur donnant de l'argent et même d'autres immeubles en échange ; et il ajouta avec hypocrisie que, par soumission, il aurait égard à toute plaintes, quoique mal fondées, et qu'il leur restituerait leurs biens. Le pacha accueillit cette justification, et la construction du palais projeté fut suspendue.
Mais on peut bien penser que El hadj Ahmed, dont le caractère altier n'entendait souffrir dans sa province d'autre volonté que la sienne, conçut le plus vif ressentiment contre les plaignants et les poursuivit de sa haine. Il n'ajourna son projet que pour peu de temps, très résolu à prendre sa revanche et à faire un jour payer chèrement cette insulte publique faite à son amour-propre.
Après la prise d'Alger en 1830, El hadj Ahmed, devenu maître absolu de Constantine et se croyant bien à l'abri d'une invasion française, prit le titre de pacha. Animé plus que jamais de la passion de manifester son pouvoir par la magnificence de sa demeure, et usant à son gré d'une autorité sans contrôle et sans limites, il ne recula devant aucune considération pour réparer rapidement le temps perdu et poursuivre avec une nouvelle ardeur l'exécution de ses desseins.
« Vous n'avez pas accepté les offres que je vous avais faites pour vous indemniser, dit-il à ses voisins ; vous avez même eu la hardiesse de réclamer auprès du pacha ; aujourd'hui, il n'y a plus d'autre pacha que moi, je suis le maître absolu et je prends vos maisons malgré vous ! »
La lutte était impossible. Les propriétaires n'avaient qu'à baisser la tête : tout autour du palais projeté il fallut déguerpir sans délai devant le caprice du despote.
Immédiatement El hadj Ahmed rassembla des ouvriers et, sans le moindre scrupule de conscience fit démolir toutes les maisons qui avoisinaient son jardin, tant celles qui étaient propriétés particulières que celles des mosquées constituées habous, c'est-à-dire bien religieux. Il s'empara de cette manière de vingt-huit maisons, de quatre boutiques et d'un atelier de tisserand.
Quand il eut fait place nette, les travaux commencèrent, et ce palais dont la construction, dans les circonstances ordinaires, eût certainement demandé les efforts ; de plusieurs générations, s'éleva comme par enchantement et se forma de toutes pièces, à l'aide des corvées.
Les architectes du pays, qui n'avaient point perdu tout souvenir des traditions anciennes, déployèrent dans les plans et les détails de l’œuvre toutes les richesses de leur imagination. Le caïd ed-dar ou grand majordome, charge spécialement de faire exécuter les conceptions de son maître, avait recruté tous ceux d'entre les ouvriers qui, à Constantine ou dans le reste de la province, jouissaient d'une certaine réputation d'habileté. Un maçon de la ville ainsi qu'un Kabyle qui pendant longtemps avaient exercé leur profession à Alexandrie et à Tunis, eurent la haute direction des travaux de leur art ; les peintres, les menuisiers, les charpentiers et autres étaient également des ouvriers indigènes. On fit seulement venir de Tunis quelques juifs qui se chargèrent de placer les carreaux de vitre, les glaces et la plupart des ouvrages de ferblanterie. II est donc inexact que le palais ait été construit par des ouvriers italiens, ainsi que l'ont écrit quelques voyageurs.
Les plâtriers, chaufourniers et briquetiers des environs furent également mis à contribution. Les jardiniers du Hamma durent fournir les roseaux nécessaires pour recouvrir les toitures. Quant aux planches et aux poutres, on les fit apporter des forêts de la Kabylie orientale et de celles qui existent aux environs de Batna. On mit pour cela en réquisition toutes les bêtes de transport que l'on put trouver.
Schiaffino expédia une seconde fois des marbres, des faïences vernies, des carreaux de vitre et des couleurs achetés à Livourne et à Tunis ; mais on ne tarda pas à s'apercevoir que, malgré ces envois successifs, les matériaux dont on disposait seraient insuffisants, car on n'avait pas calculé d'avance le développement définitif qui serait donné aux constructions.
Pour s'en procurer de nouveaux, le bey employa un moyen expéditif et surtout très-économique. Quel besoin avait-il de faire venir ce dont il avait besoin, de si loin, et à si grands frais ? Ne savait-il pas qu'il pouvait disposer non-seulement des biens, mais de la vie même de ses sujets ? Ses satellites, hommes généralement peu scrupuleux, se chargèrent d'ailleurs de le lui rappeler.
Tout ce que les principales maisons de Constantine possédaient de remarquable en marbres, colonnes, faïences, portes et fenêtres, fut extorqué des lors pour la décoration du palais ; on fit du neuf avec du vieux et l'on parvint ainsi, sans bourse délier, avec beaucoup de profusion unie à quelque peu de confusion, à un luxe surpassant tout ce qu'on avait vu jusqu'alors à Constantine.
Afin de capter la faveur du maître quelques individus que l'opinion publique a voués depuis à la réprobation, se constituèrent les exécuteurs passionnés de sa rapacité. Jetant journellement un nouvel aliment à l'avidité du bey, ils lui dénonçaient les lieux où existaient des objets rares ou précieux. Ge fut un pillage, un brigandage en grand, et la ruine de plusieurs des plus belles maisons.de la ville. Dans l'empressement qu'on y mettait, on ne se croyait obligé à aucune précaution. Le chef des maçons fut écrasé à la Kasbah par une galerie qui s'écroula sur lui au moment où il détachait maladroitement les colonnes servant de support. La maison de campagne de Salah bey, située sur les bords du Rhumel, plus maltraitée qu'aucune autre, fut dépouillée de la plupart des marbres, des briques émaillées et des objets de luxe qui faisaient son ornement. De ces provenances multiples provient le disparate que l'on remarque dans les décorations du palais.
Les juifs de la ville reçurent l'ordre de fournir gratuitement, et dans un délai très-court, les nouvelles couleurs et les carreaux de vitre dont on avait encore besoin ; ils durent se cotiser pour ne pas s'exposer à une charge plus lourde.
Le bey, semblable à ces antiquaires passionnés qui ramassent, entassent et collectionnent tout ce qui leur plait, stimulait souvent par sa présence le zèle des ouvriers. Ses exigences ; croissaient sans cesse ; il trouvait à chaque instant que son palais était trop étroit, et, sans le moindre scrupule, faisait abattre d'autres murs mitoyens, pour faire plane à de nouveaux corps de logis.
On ne sait où il se serait arrêté, si les bruits de la première expédition française contre Constantine ne l'eussent forcé de s'occuper de questions plus graves, et à se défendre plutôt qu'à satisfaire sa manie de bâtir.
Les habitants indigènes disent naïvement que si son règne se fût prolongé quelques années de plus, il aurait, dans son enivrement de despotisme, envahi la moitié de la ville pour agrandir son palais, et dépouillé l'autre moitié de tout ce qui aurait pu assouvir ses caprices. En présence de la rapacité de ce tyran, il est, en effet, difficile de déterminer quelle est l'étendue qu'il aurait fini par donner à son palais.
Il faut cependant reconnaître que quelques personnes privilégiées - en petit nombre - reçurent en argent la valeur de leurs maisons, ou bien, par échange, des immeubles qu'El hadj Ahmed avait fait mettre sous séquestre depuis qu'il portait le titre de pacha.
Plusieurs familles importantes du pays, mises dans la nécessité de s'expatrier pour s'affranchir de la tyrannie d'El hadj Ahmed, se réfugièrent à Alger, sous notre drapeau. A leur égard, le despote n'eut qu'à recourir à la confiscation. J'ai vu quelques pièces authentiques constatant ce fait, et j'ai transcrit et traduit notamment un passage conçu en ces termes :
« Un tel étant allé habiter parmi les Français, nos ennemis, que Dieu maudisse et extermine ! ses propriétés ont été confisquées, et nous donnons tel de ses immeubles à tel autre individu, afin de l'indemniser de la maison que nous lui avons prise pour l'agrandissement de notre palais. »
IV
Distribution générale du palais, - Matériaux de la construction. - Les portiques. - Les colonnades.
- Les chapiteaux. - Les dalles. - Les faïences. - Peintures décoratives. - L'inauguration.
Le périmètre du palais a la forme d'un carré long, dont un des grands côtés fait face à la place actuelle, et l'autre à la rue Desmoyen. Sa superficie est de cinq mille six cent neuf mètres carrés. Ayant été édifié sur un terrain très-incliné, on a dû le niveler, en bâtissant, à sa partie la plus basse, de solides constructions, qui servent à la fois de caves ou d'écuries et de murs de soutènement contre la poussée des terres supérieures, (façade de la rue Caraman).
Le palais se compose de trois corps de logis principaux, à un étage, séparés par deux jardins comprenant l'espace réservé à l'ancien harem du bey.
Des murs élevés cachaient aux regards indiscrets cette retraite mystérieuse et solitaire, dont toutes les ouvertures étaient bardées de fer ou de grillages très épais.
Les appartements, distribués autour des galerie, prenaient jour sur les cours et les jardins ; les fenêtres, ouvrant au dehors, étaient petites et peu nombreuses ; elles avaient l'aspect de créneaux ; on a dû les agrandir depuis, pour avoir plus d'air et de clarté.
L'ordonnance architectonique du rez-de-chaussée se reproduit à peu près exactement au premier étage. Sauf quelques remaniements de détail, l'intérieur est encore aujourd'hui tel qu'il était quand le bey l'habitait ; aussi est-il difficile de se diriger dans ce labyrinthe d'appar¬tements, de cours, de galeries et de jardins, lorsqu'on le visite pour la première fois.
Les dépendances qui entourent le quadrilatère ont été ajoutées selon les besoins successifs.
L'aspect même du monument révèle son histoire ; on voit au premier coup d'œil qu'il n'a pas été exécuté d'un seul jet, d'après un plan arrêté d'avance et coordonnant le tout. Si l'on regarde attentivement les murs, on reconnaît facilement les différentes reprises de travaux, les soudures qu'elles nécessitèrent, et la provenance diverse des matériaux employés. Chaque chef ouvrier exécuta séparément, et selon son inspiration, la partie de bâtiment dont on lui avait indiqué les dispositions générales, puis on joignit le tout plus ou moins heureusement. Mais si ces combinaisons ne sont pas irréprochables au point de vue du goût et de l'harmonie, on ne peut refuser d'y reconnaître un certain caractère dû à ces discordances mêmes et qui constitue son originalité.
L'appareil de toutes ces constructions est, à la base, en pierres de taille provenant des ruines romaines, puis en maçonnerie entremêlées d'assises en briques, revêtues d'un enduit de chaux et sable. Les voussures des arcades des galeries sont également en brique.
Entre les deux principaux jardins il existe un pa¬villon que les indigènes nomment le Kiosque actuel¬lement le cabinet du général. Il se relie au reste de l'habitation par une triple rangée de colonnades. On reconnaît là surtout qu'il ne faut pas demander aux indigènes l'exactitude des proportions ; non-seulement les arcades qui surmontent les colonnades n'ont pas toutes le même développeraient, mais les piliers eux-mêmes ne sont point parallèles, et ne correspondent pas les uns avec les autres ; ce qui rappelle que les architectes ont cherché à utiliser, en les raccordant, des piliers qui existaient déjà.
Les jardins que sépare le Kiosque sont carrés et entourés d'une ceinture de portiques ayant la disposition d'un cloître. Ces portiques sont découpés avec une hardiesse et une légèreté merveilleuses ; de gros pans de murs portent sur le vide, bravant toutes les règles de la statique ; aussi ne comprend-on pas comment de si frêles appuis peuvent soutenir les galeries de l'étage supérieur. Il est vrai qu'à chaque angle des carrés on a élevé de solides piliers en maçonnerie, contre lesquels viennent s'arcbouter les colonnades.
Comme dans la plupart des maisons mauresques, des tirants en bois sont horizontalement scellés entre chaque arcade, pour servir de lien aux deux retombées de l'arceau, ou pour supporter des rideaux destinés à amortir l'éclat du jour.
Les arcades sont généralement ogivales et portent sur des colonnes monolithes en marbre blanc de grandeur inégale et d'une grande satiété de formes. Les unes sont sveltes et élégantes, les autres trapues et massives : on en rencontre de carrées, de rondes, de torses et d'octogone ; leur diamètre varie de quinze à vingt-cinq centimètres, et leur hauteur est rarement de plus de deux mètres cinquante. Réparties un peu partout, elles sont au nombre de deux cent soixante- six.
Les chapiteaux présentent un amalgame des styles les plus disparates et les plus incohérents. Quelques-uns, à feuillages et à grappes de fruits entre les tailloirs, rappellent par leur galbe le chapiteau corinthien. D'autres appartiennent à l'ordre toscan ou gréco-byzantin. Beaucoup sont médiocrement sculptés ou à peine ébauchés ; on a même utilisé de simples cônes tronqués, seulement dégrossis, et n'ayant qu'un croissant en saillie pour ornement.
Pour éviter l'humidité, on a élevé les galeries circulaires à plus d'un mètre au-dessus du niveau des jardins. Le sol même de toutes ces galeries est recouvert d'un dallage en marbre blanc.
Les murailles latérales sont garnies, jusqu'à hauteur d'homme, d'un revêtement en faïences vernies – zelaidj - de différentes couleurs et de toutes provenances, dont l'ajustement forme des dessins de fleurs s'entrelaçant ou des mosaïques d'un très-bel effet.
Un amateur exercé trouverait là sans doute des échantillons fort curieux de carreaux émaillés de fabrique ancienne, et pourrait y faire d'intéressantes études sur l'art céramique.
Les dalles en marbre du sol et les faïences du pourtour s'agencent parfaitement et contribuent à entretenir une fraîcheur agréable. On voit que cette condition de température, si appréciée en Algérie à l‘époque des grandes chaleurs, avait été l'objet d'un soin particulier.
Au-dessus des faïences, et pour leur servir de bordure, règne un cordon en plâtre, qui se développe en ruban et court dans tous les sens, dessinant en relief les contours des fenêtres t quelquefois même des portes
Entre cette sorte de corniche et le haut du mur touchant le plafond, l'œil est attiré par des peintures à grands ramages, de fleurs et de fruits entremêlés, aux couleurs éclatantes et variées. De distance en distance, on voit une série de tableaux d'une originalité toute particulière, qui ont pour sujet des vues grotesques de villes, de forteresses et de vaisseaux.
L'encadrement contre les ais du plafond est représenté par l'image de draperies zébrées de bleu, de rouge et de jaune, que retiennent des cordons à gros glands. L'artiste semble avoir voulu imiter un rideau, soulevé avec intention pour laisser jouir les spectateurs de la vue de toutes ces merveilles de peinture. Mais ces fresques, hâtons-nous de le dire, ne peuvent être regardées qu'à distance : d'une exécution qui témoigne de l'extrême imperfection de l'art chez les indigènes, elles sont fortement empreintes d'un caractère barbare. Elles rappellent les essais des enfants ; même rudesse, même oubli des proportions et de perspective. Et toutefois, quelles que soient leur bizarrerie et leur médiocrité, on ne peut disconvenir que l'effet général n'en soit agréable à l'œil. La première impression d'Horace Vernet en est une preuve.
Malheureusement, ces peintures algériennes commencent à être envahies par l'humidité et à s'écailler pendant les chaleurs estivales.
Après six années de travaux consécutifs, c'est-à-dire vers 1835, tous les bâtiments qui composent aujourd'hui le palais proprement dit, étaient à peu près achevés. El hadj Ahmed, fier de son œuvre, voulut la faire admirer à ses sujets et jouir de leur surprise. Après avoir relégué les femmes dans les appartements les plus reculés, on ouvrit les portes du palais.
Toutes les galeries étaient splendidement illuminées ; on s'y promenait librement, on s'y reposait sur des tapis ; du café, des gâteaux et des sorbets étaient distribués à tout venant ; des musiciens placés par groupes dans les cours et les jardins faisaient entendre alternativement leurs symphonies.
Cette fête présidée par le bey et par les hauts dignitaires de son gouvernement dura trois jours et trois nuits, mais ce fut la seule fois que des étrangers mirent le pied dans le harem et furent admis sans distinction à le visiter.
Après la prise de la ville, en 1837, les Constantinois professaient encore pour ce lieu un respect, mêlé de ressentiment et de crainte, qui allait jusqu'à la superstition.
Les personnages les plus influents, dit le docteur Baudens, s'efforçaient de nous faire partager ce culte bizarre. Ils nous détournaient de pénétrer dans le palais, persuadés que la colère céleste ne tarderait pas à en châtier les profanateurs. »
V
L'entrée. - Les cours. - Le pavillon du général. - Logement des généraux inspecteurs. - Les sculptures. - Les portes. - Les serrures du harems. - Le kiosque du beys. - Une dédicace. - L'ancien ameublement. - La chambre du cafetier. – L’éclairage des galeries. - Logements des femmes du harem et des servantes, aujourd'hui salle des Conférences.
Passant de l'ensemble aux détails, nous allons maintenant parcourir l'édifice et essayer de décrire tout ce qui mérite d'être signalé, sans omettre de raconter les scènes trop dramatiques dont chaque partie que nous visiterons aura été le théâtre ; on verra que ce palais est peuplé de souvenirs d'une époque relativement toute récente, mais qui n'en sont pas moins caractéristiques.
Aux renseignements que j'ai pris moi-même sur place, en interrogeant des personnes initiées aux mystères du harem d'El hadj Ahmed, je joindrai plusieurs anecdotes que j'ai trouvées dans une ancienne notice du docteur Baudens, médecin en chef de l'armée expéditionnaire en 1837, et aussi dans divers articles use M. Félix Mornand, qui les tenait lui-même d'Aïcha, favorite du bey.
Les démolitions exécutées depuis une vingtaine d'années pour l'agrandissement de la place ont fait perdre au palais une grande partie de ses dépendances.
Au moment de notre arrivée à Constantine, plusieurs corps de logis masquaient presque entièrement la façade actuelle et atténuaient un peu sa lourdeur et la froideur de son aspect.
La porte d'entrée principale du Derb se trouvait alors, ainsi que je l'ai déjà dit, à hauteur de l'escalier qui aboutit actuellement de la place à l'église. – Après avoir franchi cette porte, on pénétrait dans une ruelle mal pavée et encadrée par plusieurs maisons de médiocre tenue servant au logement des mameluks préposés à la garde du Bey, des nègres ses esclaves et d'une foule d'autres serviteurs des deux sexes, dont le kaïd Priba, sorte d'huissier ou de majordome, avait la haute surveillance.
On ne doit pas oublier que la vie des beys était troublée par des alarmes perpétuelles. Ils n'avaient de valeur politique et de sécurité personnelle qu'autant qu'ils étaient entourés d'un personnel de gardes et de serviteurs suffisamment nombreux pour les rendre redoutables.
Un couloir à droite conduisait à la Mahakma, salle d'audience où le bey recevait les dignitaires et les plaignants.
A gauche, la ruelle tournait à angle droit et aboutissait à Dar ou-men-Noun, dans laquelle habitaient la mère et les quatre femmes légitimes du bey.
En face du point où les deux passages dont je viens de parler se bifurquaient, existait la porte qui encore aujourd'hui donne accès au palais. C'était l'entrée du harem. Cette photo n'a rien de monumental ; elle est encadrée d'un chambranle et d'une corniche cintrée en marbre, que surmonte un fronton à écusson dans le genre italien, sans nulle inscription. Elle donne entrée dans un vestibule qui lui-même a deux portes à peu près parallèles, ouvrant dans les cours intérieures.
La première cour dans laquelle on entre après avoir traversé ce vestibule se lie de trois côtés différents aux autres Cours, par la suppression, dans la longueur des lignes communes, des muret de séparation qui sont remplacés par des colonnades. D'un point de vue central et par les échappées, qui sont mé¬nagées d'une cour à l'autre, l'œil peut, suivant différentes directions, rencon¬trer dans un même plan trois ou quatre colonnades de file.
Les trois cours principales portent aujourd'hui des noms qui indiquent leur destination : cour du logement des généraux commandant la province, cour des bureaux de l'état-major, et cour de la direction du génie.
Ces différentes désignations peuvent servir à qui veut se diriger au milieu de ce dédale de constructions et de cette forêt de colonnades.
Le pavillon du général se présente le premier.
A gauche on voit d'abord le logement dit des généraux inspecteurs. Il a trois entrées sur les galeries.
Ses portes, couvertes de sculptures dans le genre orientai, méritent l'attention. On trouve là, comme dans beaucoup d'autres parties du palais, des échantillons curieux de la menuiserie et de la sculpture indigènes. On y remarque des panneaux en vieux chêne ou en cèdre, ajustés avec art les uns aux autres et relevés par des arabesques assez bien fouillées, s'enchevêtrant avec beaucoup de goût et offrant des motifs d'ornement que nos artistes ne dédaigneraient point. Ce sont autant de travaux de patience qui ont dû être payés très-cher par les propriétaires auxquels le bey les avait pris. D'autres portes sont formées par une série de petites plaques carrées, toujours en chêne ou en cèdre, contenant des rosaces élégantes ou des losanges alternativement disposés en échiquier. Des baguettes en relief couvertes de vives couleurs, vert, rouge ou jaune, circonscrivent les sculptures et les rehaussent encore. Quelques portes sont ornées de moulures peintes jadis vert et or d'un très-bel effet. Les chambranles, en rapport avec le reste, forment un encadrement ogival et festonné très-gracieusement découpé.
Ces portes sont généralement à un ou deux battants, fortes et massives ; des verrous en bois, d’un agencement très original, les ferment intérieurement. On s’arrête avec curiosité devant les serrures des chambres consacrées au logement des femmes, on y avait adapté un timbre très-vibrant, comme une sonnette d'appartement, qui résonnait à la moindre rotation de la clef, de manière à signaler au satrape l'étranger téméraire qui aurait tenté de pénétrer dans le gynécée.
Chaque soir les logements des femmes étaient cadenassés et verrouillés avec soin ; à partir de ce moment, tout devait être immobile et silencieux dans le palais ; néanmoins, pour plus de sûreté, on lâchait une demi-douzaine d'énormes dogues qui, toute la nuit, vaguaient dans les galeries et les jardins.
Le pavillon dit des généraux inspecteurs prend jour par des fenêtres garnies de forts treillages en fer.
C'était le logement de Fetouma, jeune esclave noire favorite du bey.
> Khedidja, fille du kaïd des Harakta, l'une des premières femmes légitimes d'El hadj Ahmed, outrée de l'abandon dans lequel celui-ci la laissait, lui reprocha un jour, dans un accès de jalousie, d'être l'époux d'une négresse. A ces mots, le bey furieux se précipita sur Khadidja et lui porta. dans le bas-ventre un coup de pied dont elle mourut, après avoir langui quelque temps dans l'état le plus misérable.
En face de nous, s'ouvre maintenant la galerie à triple rangée de colonnes qui s'étend devant le kiosque du bey, actuellement cabinet de travail du général. Une balustrade en bois peint très-artistement découpée la ferme du côté du jardin.
Au point de vue de l'effet pittoresque on peut dire que cette galerie est très-habilement conçue ; non pas qu'elle soit faite avec régularité, mais elle est fort appréciée en toute saison comme promenoir. Elle offre à l'air libre un moyen rapide de circulation et de dégagement. Elle conduit au logement particulier du général et dans les salons destinés aux réceptions officielles.
Nulle part les architectes indigènes n’ont déployé plus d'art et plus de soin que dans la construction et l'ornementation de ce kiosque, bâtiment capital de l'édifice, et qui était le logement de prédilection d'El hadj Ahmed. De magnifiques colonnes en marbre, octogonales jusqu'à un mètre au-dessus du sol, puis s'élevant en spirale jusqu'au chapiteau, soutiennent les trois rangées d'arcades qui forment trois nefs devant le kiosque. Leurs chapiteaux offrent sur leurs corbeilles des ornements assez bien fouillés, de manière à faire valoir les oppositions d'ambre et de lumière. Comme dans tout le reste de l'édifice, aussi bien dans les galeries que dans les appartements, les plafonds sont en planches enluminées de couleurs, simulant de longues bandes, alternativement rouges, vertes ou jaunes, qui s'harmonient très-bien avec le style architectural.
II y avait autrefois une vasque avec jet d'eau à l'entrée du kiosque, au milieu de la galerie. Elle donnait trop d'humidité et on a dû la transporter dans le jardin des Orangers.
A l'intérieur le kiosque est une vaste pièce coupée maintenant par des cloisons qui séparent le cabinet de travail du général de celui de ses aides de camp ; elle prend jour presque au niveau du sol par quatre grandes fenêtres sur chacun de ses grands côtés et par deux sur les autres. Ces ouvertures, garnies de beaucoup de fer à l'extérieur, ont, en dedans, des volets à doubles vantaux dont la surface est plaquée de petits miroirs carrée d'un effet charmant.
La position centrale et isolée du kiosque et les douze fenêtres qui le perçaient à jour comme une lanterne, faisaient de ce point une sorte d'observatoire d'où le bey pouvait d'un seul regard voir tout ce qui se passait dans son harem. Cette disposition rappelle celle de l'intérieur de nos grandes prisons, dont toutes les cellules peuvent être surveillées par un même gardien.
Cinq arcades soutenues par quatre belles colonnes en marbre sont disposées dans le sens de la longueur de la pièce. Tous les murs sont couverts de peintures aux couleurs vives, et les parties pleines entre les fenêtres garnies de carreaux de porcelaine.
Le Kouban, ou sorte d'alcôve, que l'on ren-contre dans presque toutes les grandes chambres du palais, est orné de colonnettes en marbre très-gracieuses.
Dans le compartiment servant de vestibule au cabinet du général on voit une plaque de marbre, ornée d'une inscription arabe. Le graveur a eu le soin de couler du plomb dans le creux des lettres et des fioritures, de manière à leur donner une teinte noirâtre, pour les faire ressortir sur le marbre avec plus de vigueur.
Cette inscription était la dédicace de la mosquée voisine du palais, consacrée aujourd'hui au culte catholique. En voici la traduction :

Au nom de Dieu clément et miséricordieux ! que la prière soit sur notre seigneur Mahomet !
« Dans les édifices que Dieu a permis d'élever et dans lesquels son nom est répété, on chanta ses louanges matin et soir.
« Salles décorées par les prodiges de l'art, êtes-vous des palais consacrés au culte, ou bien le paradis de la grâce divine, au sein duquel reposent les justes ?
« Ou bien êtes-vous un temple de bonnes œuvres, dont l'éclat est rehaussé par la gloire de son illustre fondateur ?
« C'est un édifice où sont dressées les colonnes de la religion, à l'ombre de l'observance des commandements de Dieu unique.
« Il est pareil au soleil ; mais cet astre est destiné à perdre sa splendeur chaque soir, tandis que lui conserve éternellement son caractère sacré.
« Sa vaste nef érigée par la main de Husseïn s'ouvre riante devant les humbles dévots.
« Le fondateur espère obtenir sa grâce de celui qui laissera tomber demain sur les pécheurs le voile de la miséricorde.
« Ho toi sublime Bonté ! à qui ne s'adressent jamais en vain les espérances des mortels, daigne combler ses vœux dans cette vie et dans l'autre.
« Si tu veux apprendre, Ô lecteur, la date de la construction, elle est contenue clans ces mots : « Le Bey du siècle, Husein ben Mohammed » qui donnent la date 1143 de l’hégire (de J.C 1730)
La chambre du bey n'avait rien de ce qui, chez les Européens, cons¬titue le luxe de l’ameublement ; on n'y remarquait aucune superfluité. C'était le confortable arabe dans toute sa simplicité. La description de cet intérieur peut donner une idée du goût qui présidait à l'appropriation des autres appartements du palais.
De grands et moelleux tapis à longs poils couvraient le sol dans tous les sens. Le bey s'y tenait allongé ou assis à la turque pendant la journée ; le soir, des négresses lui apportaient des matelas, des couvertures et des coussins, sur lesquels il dormait. Autour du kiosque, on voyait quelques glaces et de belles armes suspendues à des étagères. Des coffres ou bahuts à tête de clous en cuivre, disposés le long des murs, contenaient de l'argent, quelques papiers et des vêtements. On y voyait aussi des meïda ou tables rondes, à pieds très-courts, sur lesquelles on servait le repas du bey quand, par hasard, il se décidait à le prendre dans son harem. D'habitude il mangeait chez sa mère, et sa méfiance de tout ce qui l'entourait était telle qu'il ne touchait qu'à ce qui lui était offert par elle ou par son eunuque Merzoug.
Dans cette chambre, il n'y avait aucune cheminée ; en hiver, on se bornait à y déposer un réchaud contenant de la braise.
Là, pendront l'épidémie de choléra qui, en 1835, causa de si grands ravages à Constantine, El hadj Ahmed reçut les soins empressés de sa mère. En cette circonstance, El hadja Rekia, veillant nuit et jour sur lui, ne se borna pas à lui rendre la santé ; elle eut l'habileté et l'énergie de déjouer un complot tramé pour l'assassiner.
A quelques pas du kiosque, dans un angle obscur, au fond de la ga¬lerie, existe une petite chambre servant actuellement de poste aux spahis de garde au palais : là se tenait, à portée de la voix, l'eunuque nègre chargé d'apporter le café, dont le bey faisait en fumant une consommation extraordinaire. La porte qui ferme ce réduit vers un chef-d'œuvre de menuiserie ; les panneaux sont en bois de noyer, sculptés avec un art infini, figurant des rosaces et des feuillages aux courbes gracieuses. Sur un écusson également en noyer, ajusté à la partie supérieure des panneaux, on lit une inscription gravée en relief en beaux caractères arabes, dont voici la traduction :
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux ! Pour le maître de ce palais, paix et félicité ; une vie qui se prolonge tant que roucoulera la colombe, une gloire exempte d'avanie, et des joies sans fin jusqu'au jour de la résurrection. »
Au-dessous de l'écusson, on voit la trace d'un ornement de forme semi-ovoïde qui a été enlevé d'un coup de ciseau. Sa surface portait autrefois le millésime 1186, correspondant à l'année chrétienne 1772, époque où Salah bey fit embellir la maison qu'il possédait dans le quartier de Sidi el Kettani. L'inscription ci-dessus n'est donc point, comme l'ont supposé quelques personnes, la dédicace du palais. El hadj Ahmed ayant enlevé cette porte de la place qu'elle occupait primitivement, en fit effacer le millésime qui aurait pu indiquer sa provenance.
Une particularité digne de remarque, c'est qu'on ne trouve dans l'édifice aucune inscription commémorative rappelant la date de sa construction. Le nom de son fondateur El hadj Ahmed bey n'y figure même nulle part. Serait-ce un oubli ? Je crois plutôt que le bey, qui ne jouit que peu de temps de son œuvre, n'eut pas le loisir de songer à la consacrer. Se croyant hors des atteintes de la mauvaise fortune, il était loin de prévoir que son palais, ses femmes dont il était si jaloux, toute sa puissance, s'échapperaient bientôt de ses mains pour passer dans les mains abhorrées des chrétiens. A côté de la chambre du cafetier du bey est une porte de communication avec la cour dite du Génie.
Repassant près du kiosque, on a devant soi une grande galerie à double colonnade. Ici encore l'éclat des couleurs prête sa magie aux lignes gracieuses des constructions. Les uns sur lesquels se détachent les ogives et l'épaisseur même des cintres, sont vivement enluminés en rouge ou en vert.
De grandes lanternes aux formes bizarres, également couvertes de couleurs tranchantes, sont suspendues entre chaque arceau. Autrefois un certain nombre de négresses étaient chargées de l'entretien de ces lanternes. On en voyait alors à peu près à chaque arcade. Les tribus kabyles fournissaient l'huile nécessaire à ce luxe d'éclairage, et, pendant que les rues de la ville étaient plongées dans l'obscurité la plus complète, le palais resplendissait chaque soir comme en un jour de fête.
La première chambre que l'on rencontre dans la galerie est la salle des Conférences ou des Conseils On a dû la percer de grandes fenêtres et la garnir d'une porte vitrée pour lui donner plus de clarté. Elle est large plutôt que longue ; deux colonnes torses d'une légèreté remarquable soutiennent les trois arceaux. Cette chambre était destinée au logement des femmes du harem.
A quelques pas plus loin, on se trouve devant une grande porte qui donne accès dans une cour où sont les écuries du général. Il y avait là autrefois plusieurs chambres habitées par des négresses, servantes du palais.
Au bout de la galerie, on est en face d'un escalier en marbre qui conduit à l'étage supérieur. Mais, avant de le monter, on a encore à visiter au rez-de-chaussée trois autres pièces qui s'ouvrent et prennent jour sur la galerie du rez-de- chaussée : elles ne donnent lieu, il est vrai, à aucune observation intéressante : l’une d'elles était grande, mais sans ornementation. C'était encore un logement pour les femmes.
Nous nous arrêterons un moment ici avant de donner quelques détails sur le harem et sur la vie intime d'El hadj Ahmed, trop fidèle représentant d'un pays où régnait la force brutale, où la vie humaine ne comptant pour rien, ou celui qui était investi de l'autorité, de quelque manière que ce fût, pouvait impunément se livrer à tous ses caprices, à toutes ses passions et aux actes de la cruauté la plus atroce, n'étant arrêté par aucune loi, par aucun sentiment religieux ou moral, ni évidemment par aucune répulsion de sa conscience.
VI
Le harem. - Son régime intérieur. - Histoire de la favorite Aïcha. – Meurtre de son frère.
El hadj Ahmed ne se contentait pas de dévaliser et de piller les maisons de ses sujets, il leur enlevait aussi leurs filles et leurs femmes. Les quatre épouses légitimes que lui accordait la loi musulmane et les esclaves amenées d'Orient et achetées parfois très-cher à Tunis ou même à Alexandrie ne suffisaient point à sa vanité. Les femmes ou les filles dont la beauté lui était signalée étaient arrachées à leurs familles et conduites à son palais.
En s'éloignant de Constantine, quelque temps avant le siège, il n'avait emmené avec lui que ses femmes légitimes ; les autres étaient restées au harem, et avec elles, par conséquent, tous les tissus et objets d'approvisionnement destinés à leur usage ; les magasins du palais en regorgeaient, et de là provenaient, pour le dire en passant, les belles couvertures de laine effets de literie qui furent d'un si grand secours aux nombreux brûlés et aux nombreux blessés de l'armée expéditionnaire.
Le palais ou sérail que nous visitâmes, dit un officier, deux ou trois jours après notre entrée dans la ville, était une vaste maison mauresque ouvrant dans l'intérieur du palais ; les appartements en étaient généralement sombres et la plupart communiquaient les uns dans les autres. Leur ameublement, loin d'être somptueux, était fort simple ; il consistait surtout en tapis, matelas, coussins, bahuts. Sortes de malles en boit de cyprès ou de cèdre (bois choisi pour celte destination à cause de son odeur). Les indigènes y mettent tous leurs effets de corps.
Le personnel du harem se composait de trois cent quatre-vingt-cinq femmes de tous les âges et de toutes les couleurs, depuis celle de la négresse jusqu'à celle de la Géorgienne ou de la Circassienne. Cette bigarrure de couleurs était loin d'avoir rien d'attrayant. Aucune figure riante ou seulement quelque peu gracieuse n'apparaissait dans cette agglomération féminine ; peut-être cela tenait-il aux événements qui venaient de s'accomplir, ainsi qu'aux inquiétudes qui devaient s'ensuivre au sérail. En effet quel était le sort réservé à ses habitants ? C'était ce que chacune d'elles devait se demander avec inquiétude. Plusieurs avaient des enfants, ce qui n'ajoutait pas du tout à la propreté des appartements et à la pureté de l'air, malgré les parfums qu'on y brûlait sans cesse.
Toutes ces femmes logeaient séparément et ne pouvaient communiquer entre elle. En revanche, le soir, El hadj Ahmed se plaisait à les réunir autour de lui dans les jardins de son palais, et à devenir le point de mire des craintives agaceries par lesquelles elles s'efforçaient d'éclaircir son front soucieux. Quelquefois il se déridait au point de rire, de plaisanter et de jouer avec elles, à peu près de la façon d'un chat qui fait patte de velours avec une troupe de souris. Heureuses les pauvrettes, quand la griffe, dont chacune d'elles redoutait l'atteinte, ne venait pas subitement faire couler le sang et les larmes ! Dans ses accès de bonne humeur, Ahmed faisait servir le café, envoyait chercher des danseuses et improvisait des espèces de films qui rompaient pour quelques instants la monotonie du harem. A quelques-unes de ces femmes il faisait de riches présents ; mais au moindre sujet de plainte il les frappait comme les autres sans pitié.
Deux ou trois fois par mois, le bey faisait sortir tout le personnel du sérail pour en passer la revue, comme un colonel passe la revue de son régiment.
Les femmes défilaient alors sur deux rangs, que le bey traversait, s'arrêtant plus ou moins auprès de chaque femme pour s'assurer de son état de santé. Cette inspection qu'accompagnait la kaid-en-Nsa, kaïd des femmes, sorte de matrone toute-puissante dans le harem, était toujours suivie d'une distribution de remèdes, de vêtements, d'objets de toilette et de divers cosmétiques, tels que parfums, essences, poudre d'an¬timoine et henné.
Au nombre des femmes du harem se trouvait Aïcha, qui après la prise de Constantine acquit une certaine célébrité. Elle était grande et belle et semblait avoir de vingt à vingt-quatre ans ; ses cheveux, d'un noir d'ébène, descendaient en bandeaux sur ses joues fraiches et roses. Les traits de son visage, sans être parfaitement réguliers, étaient d'urne exquise finesse el avaient beaucoup de charme, grâce surtout à de grands yeux bruns que des cils longs et moyeux voilaient comme d'une gaze transparente et d'où s'échappait un regard à la fois impérieux et caressant. La physionomie d'Aïcha, même lorsqu'elle exprimait l'effroi ou la prière, restait digne et imposante.
Ahmed avait distingué cette femme et les autres esclaves lui obéissaient comme à une reine ; elle marchait l'égale de celui auquel le bey avait confié la garde du sérail. Depuis elle s’est faite chrétienne et a épousé un Français. Son baptême et son mariage ont été célébrés à Alger, au couvent du Sacré-Cœur de la baronne de Vialar, où elle avait été recueillie à son arrivée de Constantine. Elle a eu pour parrain l'évêque d'Alger, alors Mgr Dupuch, et pour marraine une dame de Bordeaux.
Aïcha ignora son origine ; elle se rappelait seulement qu’elle avait été prise fort jeune sur les côtes d'Italie. C’est elle qui a raconté tous les détails d’intérieur qui vont suivre.
Ahmed, quoiqu'elle eut été sa favorite, avait toujours été pour elle un objet de haine et d'effroi. Non-seulement elle fut souvent maltraitée par lui, mais elle avait à lui reprocher le meurtre de son frère, enlevé comme elle par des pirates barbaresques qui avaient massacré sa famille. Ce jeune homme, tandis que sa sœur était exposée à Alexandrie au bazar des esclaves où elle fut achetée pour le bey de Constantine, avait été conduit à Alger et là incorporé dans la milice turque. Après la conquête française. il fut du nombre des soldats de Hassein bey qui suivirent Ahmed dans la capitale de son beylik.
Arrivé à Constantine, il apprit, d'un renégat italien établi dans cette tille, que sa sœur, dont Il n'avait pas eu de nouvelles depuis le jour de leur séparation, était dans le harem du bey. Heureux de cette découverte, il alla aussitôt trouver Ahmed et lui demanda s'il n'avait pour femme une jeune Italienne enlevée par des pirates quelques années auparavant et nommée Aïcha. A ces mots, EI hadj Ahmed fronça les sourcils. Dans leur jalousie excessive, les mahométans non-seulement ne souffrent point qu’on voie le visage de leurs femmes, mais ils prétendent qu'on ignore jusqu'à leurs noms, et ressentent à l’égal d'une injure toute indiscrétion sur ce point délicat.
Qui donc es-tu, dit-il en toisant le jeune homme, pour m'adresser une telle question ?
-Je suis le frère d'Aicha, et je désire voir ma sœur, répondit le jeune janissaire.
- Comment te nommes-tu ?
-Ahmed ; mais ce nom n'a pas toujours été le mien. Dans mon enfance on m'appelait Agostino.
-Où t'a-t-on pris ?
-A l'ile de Chio, Sans en entendre davantage, le bey tourna le dos au jeune homme. De retour au harem, il fit appeler Aïcha, et lui demanda s'il était vrai qu'elle eût un frère.
Sans doute, s’écria-t-elle toute joyeuse. Oh ! mon cher Agostino, quoi ! serait-il ici ?
- Agostino, dites-vous ? Oui, un jeune homme de ce nom est ici et prétend que vous êtes sa sœur ; je viens de le voir.
- Que je suis heureuse ! Et moi, ne pourrai-je pas le voir aussi ?
- C'est impossible ; et si vous tenez à ce que votre frère vive, vous lui écriiez pour l'avertir de ne plus m'offenser par l'indiscrète demande qu'il m'a adressée ce matin.
En vain Aïcha supplia le bey, au nom de cette providence qui semblait prendre par la main les deux orphelins de Chio pour les réunir après une si longue et si cruelle séparation, de lui permettre de serrer dans ses bras, ne fût-ce qu'une fois, le seul parent, le seul ami qu'elle eût au monde. Toutes ses supplications échouèrent, moins encore contre la dureté de cœur que contre la jalousie effrénée d'El hadj Ahmed.
Cependant le jeune homme n'avait pas renoncé à l'espérance de voir sa sœur, et ne cessait de harceler imprudemment le bey pour que celui-ci le laissât pénétrer auprès d'Aïcha. Outré du refus obstiné qui accueillait une si légitime demande, il se laissa un jour emporter au point d'élever la voix en présence de son redoutable beau-frère, et de lui reprocher hardiment l'abus qu'il faisait de sa puissance. Pour toute réponse, El hadj Ahmed appela un chaouch et lui ordonna de trancher la tête du pauvre Agostino, ce qui fut exécuté à l'instant même.
Il n'était pas une seule de ses femmes qui ne ressentit les effets et ne portât souvent les marques de. sa sauvage brutalité. Sa mère elle-même, qui lui avait donné tant de preuves de dévouement et de, tendresse, sa mère, dis-je, fut un jour frappée rudement par le frénétique, au moment où elle s’efforçait de sauver la vie d'un coupable. Ce malheureux condamné à mort avait échappé aux chaouchs qui le conduisaient au supplice, et, apercevant la mère du bey, s'était réfugié près d’elle. Saisissant le bord de ses vêlements, il la supplia de le prendre sous sa protection, et s’attachait à elle comme le naufragé à la planche de salut.
A cette vue, les chaouchs qui le suivaient de près, s’arrêtèrent saisis de respect. Mais El hadj Ahmed, qui accourait sur leurs pas, s'avança vers sa mère et voulut lui arracher le condamné. Celle-ci, émue par les larmes de cet infortuné, intercéda d'abord pour lui, puis, voyant que ses prières étaient inutiles, elle lui dit de s'agenouiller derrière elle et lui fit un rempart de son corps. Furieux de cette résistance, El hadj Ahmed se jeta comme une bête fauve sur celle qui l'avait nourri, la frappa à coups redoublés, et la dégageant violemment de l'étreinte du condamné, prouva à celui-ci, en le livrant aux chaouchs, que nul asile n'était inviolable pour ceux qui avaient encouru sa colère.
Trois négresses qui gémissaient de leur réclusion au harem, ayant été accusées de faire des vœux pour la mort d'El hadj Ahmed, événement qui seul en effet pouvait leur rendre la liberté, celui-ci les punit de ce crime mental de la façon la plus horrible : il les fit saisir, garrotter et amener en sa présence, tira son sabre et les coupa littéralement en morceaux.
Il avait si bien la conscience de la haine qu'il inspirait, que si par hasard il surprenait deux de ses femmes causant ensemble à la dérobée, il leur enjoignait de se séparer sur-le-champ.
« Qu'avez-vous à dire tout bas ? s'écriait-il avec humeur ; du mal de moi, sans doute. Oh ! je sais que vous me détestez ; mais, croyez-moi, retenez vos lan¬ues de vipère, ou je vous les arracherai »
VII
L'étage supérieur du Kiosque. - La salle des Trophées.
La porte par laquelle on entre dans l'escalier qui conduit à l'étage supérieur est encadrée par des montants et un tympan en marbre. Les marches de l'escalier sont également en marbre. On arrive d'abord sur un palier, en face duquel se trouve la porte des cuisines actuelles du palais. Ces cuisines sont installées dans une maison qui faisait partie des dépendances de Dar oum-en-Noun, patrimoine du bey, et n’ont rien d'intéressant : la cour, véritable puits où l'air pénètre avec difficulté, est très étroite et entourée de deux étages d'arcades. Du palier, l’escalier de marbre tourne brusquement à droite et atteint la galerie du premier étage, fidèle répétition du cloitre qui existe au rez-de-chaussée. Seulement ici les colonnades sont plus sveltes, et par suite les arcades plus légères. Autour du péristyle et à hauteur d'appui règne une balustrade en bois peint. Le sol est en marbre et en faïences de couleur. La principale des galeries, celle qui fait face à l'escalier, est aujourd'hui fermée par un vitrage.
Cette galerie servait autrefois d'entrée à plusieurs chambres. On a abattu les anciens murs de séparation et on est parvenu ainsi à faire deux vastes pièces carrées. L'une d'elles sert actuellement de salle à manger et l'autre de salon officiel de réception. Les jours de grande fête, on ôte les portes de communication et on improvise de cette manière deux pièces spacieuses. Le grand salon est décoré d'une immense glace de Venise, surmontée de trumeaux en bois doré que le bey fit venir à grands frais d'Italie. Par l'une des portes latérales du grand salon de réception, on pénètre dans la salle dite des Trophées, dont la physionomie toute particulière séduit au premier aspect.
Trois colonnes de marbre minces et cannelées en spirale se dressent avec élégance, servant de support aux ais du plafond, auxquels sont suspendues des lanternes coloriées d'un fort joli modèle, ainsi que deux lustres avec girandoles en verroterie dans le goût ita¬lien et qui datent du temps du bey. Dans le milieu de la longueur de la pièce, on voit un koubou, entouré de divans. A droite et à gauche de cette alcôve sont deux portes dont les panneaux sont recouverts en entier par de grandes glaces enserrées dans une boiserie garnie d'enluminures. La porte de droite donne dans un petit cabinet ; celle qui lui fait pendant ouvre dans un autre petit salon. Trois fenêtres prennent jour sur une galerie, une autre sur un jardin et enfin au fond existe un balcon, sorte de belvédère, d'où le visiteur peut contempler à loisir les jardins et l'ensemble du péristyle, de la cour dite de l'État-major.
Les murs latéraux de la salle des Trophées sont couverts de grandes rosaces aux couleurs éclatantes ; des faïences vernies garnissent le sol et lambrissent une partie de la muraille entre chaque fenêtre. Celles ci sont garnies de volets à doubles vantail, revêtus de miroirs à l'intérieur et de ravissantes arabesques en cèdre du côté opposé. Ces arabesques sont d'un haut intérêt comme œuvre de sculpture sur bois. On dirait des festons ou des découpures appliquées sur une surface unie ; ce sont autant de lianes s'enroulant avec. symétrie et d'un goût de dessin parfait.
On voit encore dans cette chambre, qui était autrefois le logement de Fathma, fille du bey, un échantillon fort curieux de l'ancien mobilier : c'est une applique pour bougies, ayant la forme d'un coquetier, que l'on surmontait d'un œuf d'autruche. Cette applique est en bronze doré, avec trois branches auxquelles on plaçait des bougies.
A droite et à gauche du koubou, scellées dans les parties pleine du mur, on voit deux plaques en marbre dont la partie supérieure, ornée d'une sculpture dans le genre italien, contient par ordre chronologique les noms des généraux qui se sont succédé depuis 1837 dans le commandement de la province de Constantine.
Une autre plaque de marbre, encastrée à côté de la fenêtre qui ouvre sur le jardin, attire également l'attention. On y lit une inscription arabe sur marbre dont les caractères en relief et dorés ressortent d'un fond vert. C'est la dédicace d'une Hakouma ou lit de justice que Husseïn bey inaugura à Dar el bey vers 1208 (an de J. C. 1793).
En voici la traduction :
« L'étoile su palais s'est levée sous d'heureux auspices,
Et ses parterres se sont embaumés des parfums de la cassie :
Et le palais merveilleux lui a emprunté un charme nouveau.
L'aspect de cet édifice élève l'âme,
Et les salles qu'il renferme sont brillantes comme autant de jeunes filles pudibonde,
Au visage resplendissante aux regards langoureux, dont les vêtements sont parsemés de perles et d'or pur.
Ce sont des salles, magnifiques, dont la splendeur éblouit.
Gloire à Dieu qui a prêté des formes si gracieuses à sa structure
On y reconnait la main libérale de l'illustre bey, du brave des braves,
Hussein, fils de Hassan bey, de sainte mémoire, lequel a trouvé grâce devant l'infinie bonté de l'Eternel.
Si tu désires, lecteur, connaître la date de ce monument, prononce ces mots :
Construction de Hussein, le héros sans rival. »
Ce qu'il y a de plus curieux dans la chambre que nous visitons, c'est, sans contredit, la collection de trophées d'armes et de drapeaux qui garnissent ses murs. Ce sont en quelque sorte, des archives authentiques perpétuant le souverain des faits d'armes et des expéditions de nos troupes dans toutes les régions de la province de Constantine.
L'initiative de cette innovation est due au général de Mac-Mahon ; elle a été continuée depuis par ses successeurs. Des fusils, des sabres, des pistolets, des tromblons et des massues, aux formes les plus diverses, composent ces trophées. Plusieurs sont surmontés de drapeaux en soie rouge, jaune ou verte, autour desquels des marabouts fanatiques et ambitieux, prêchant la guerre sainte, appelaient les populations trop crédules. Sur quelques-uns de ces drapeaux on lit :
IL N'Y A QU'UN DIEU, ET MAHOMET EST SON PROPHÈTE.
UN SECOURS VIENT DE DIEU, ET LA VICTOIRE EST PROCHE.
ANNONCE CETTE BONNE NOUVELLE AUX CROYANTS !
Le trophée de Touggourt contient, outre les armes, une collection fort curieuse d'instruments de musique, des tambours en cuivre de grande dimension, des timbales de même métal, et enfin des clarinettes enlevées à Selman, dernier sultan de Touggourt.
Celui de Tebessa se distingue par deux casques en cuivre, dont la forme rappelle la coiffure des Sarrasins à l'époque des croisades. Enfin, dans ceux de Kabylie, on voit des panoplies d'armes blanches du modèle des glaives romains et des grandes brettes du moyen âge, conservées de père en fils chez ces populations montagnardes. Nous n'osons rien avancer sur l'origine des premières ; maris les secondes proviennent des Espagnols ou de l'expédition du duc de Beaufort à Djidjelli.
Les drapeaux kabyles étaient plutôt un signe de forfanterie ou un point de ralliement qu’un emblème religieux inventé par le fanatisme. Aussi l'étoffe de ceux qui figurent dans le trophée est-elle de la plus grande simplicité. Ce sont, pour la plupart, de simples pièces de mouchoirs en cotonnade, aux couleurs criardes, achetée sur les marchés à des juifs brocanteurs.
La provenance de chaque trophée est indiquée par une tablette suspendue au-dessous des armes, sur laquelle sont inscrits les corps de troupes qui ont pris part aux différentes campagnes, ou le nom de ceux qui, sur les rapports, ont été signalés comme s'étant plus particulièrement distingués.
VIII
Fathma. - Le Rocher du Sac. - Les jouets de Fathma. - Galerie
supérieure du kiosque. - Les jardins. - Cruautés.
Fathma, la fille du bey, dont cette salle des trophées était autrefois le logement, nous rappelle un épisode qui doit être mentionné comme un nouvel exemple de la barbarie des mœurs d'El hadj Ahmed.
Il avait projeté de donner Fathma en mariage à un nommé El hadj Husseïn Tourki, qu'il avait élevé dans cette intention à l'emploi de kaïd Aouassi. Il apprit un jour que son futur gendre s'était épris de Qôhra, jeune veuve d'une grande beauté. Aussitôt il fit enlever Qôhra et ordonna de la précipiter du haut du Chekora.
Le Kaf Chekora, ou Rocher du Sac, portait aussi les noms des Trois Pierres et de Précipice de la femme adultère. Il est situé à l'extrémité de la Kasbah, à côté de la poudrière. Les trois pierres qui avaient donné lieu à l'un de ces noms ont disparu par suite des travaux exécutés à l'arsenal de l'artillerie ; mais M. Carotte en a conservé le souvenir lugubre.
Les trois pierres, dit-il, avaient été placées dans la Kasbah, au bord du rocher qui domine la vallée du Rhumel, en un point où le terre-plein de l'ancien Capitole se termine à une arête vive et à un escarpement à pic de deux cents mètres d'élévation, ce qui fait à peu près cinq fois la hauteur de la colonne de la place Vendôme.
« Disposées de bout à bout, les trois pierres formaient un banc d'environ deux mètres de longueur et elles affleuraient exactement le bord de l'abîme.
Malgré ce garde-fou qui éloignait toute espèce de danger, il était impossible d'avancer la tête et de plonger le regard dans cet effroyable vide sans éprouver un vertige douloureux.
« Avant la prise de Constantine par les Français, il arrivait de temps en temps que deux hommes s'acheminaient silencieusement vers ce lieu à la pointe du jour. L'un portait un sac blanc d'où s'échappaient des sons plaintifs, l'autre une caisse longue, formée de trois planches et ouverte aux deux bouts. Arrivés de¬vant les trois pierres, le second de ces hommes assurait l'extrémité de son coffre sur celle du milieu, tandis que l'autre y déposait son sac ; puis tous deux soulevaient lentement l'autre extrémité ; bientôt l'inclinaison de la planche faisait glisser le sac, qui tournoyait dans le vide, et allait s'arrêter à deux cents mètres au-dessous, sur les roches blanchâtres du Rhumel. Cela fait, les deux hommes emportaient leur caisse et tranquillement s'en retournaient chez eux. Quelques heures après, on voyait deux ou trois personnes descendre par la rampe de la Porte neuve, s'acheminer vers le lit de la rivière, se diriger vers le sac devenu muet, l'ouvrir et en extraire le corps défiguré d'une femme qu'ils emportaient pour lui donner la sépulture.
« L'impression de terreur produite par ces exécutions a survécu au pouvoir qui les ordonnait. II y a quelques années encore, les femmes de Constantine qui descendaient dans les jardins du Rhumel ne prouvaient s'empêcher d'élever avec effroi leurs regards vers la Kaaba, pour y chercher la place des Trois Pierres. »
La jeune Fathma était l'enfant gâtée du bey et du harem ; malheur à qui n'aurait pas satisfait ses caprices ! Vers 1834, le bey envoya en Europe un de ses mameluks nommé Séliman, renégat italien, tout exprès pour lui faire acheter des jouets. Séliman entra plus tard à notre service dans les spahis, où il acquit le grade de sous-lieutenant. Voici la traduction d'une note qu'il me fournit sur les détails de son voyage.
« El hadj Ahmed m'envoya d'abord à Tunis chez un juif, son correspondant, qui me remit une somme d'argent assez considérable et me fit embarquer soir un bâtiment italien en partance pour Livourne. Dans cette ville, j'étais adressé à un autre juif, parent du précédent.
« Je commençai par acheter à un boucher trois énormes dogues destinés à la garde du harem pendant la nuit. Ces dogues me coûtèrent trois cents francs l'un.
« Un jour que je me promenais dans les rues de Livourne, je vis un malheureux cul-de-jatte dans une petite voiture trainée par des chiens ; l'idée me vint de faire l'acquisition de ce véhicule pour la fille chérie du bey : il me fut cédé en effet au prix de mille francs.
Dans la même intention, j'achetai encore un chien sur lequel on mettait une petite selle et qui avait été dressé à servir de monture à un enfant. Je fis l'emplette d'un nombre considérable de joujoux, de poupées, de boites et musique, de petits miroirs et d'objets de toilette pour les femmes.
« De Livourne, je me rendis en France. Là encore je fis une provision de foulards, de pièces d'étoffes pour robes et chemises. J'achetai aussi une grande lunette d'approche que le bey m'avait recommandé de lui procurer pour s'en servir pendant ses expéditions dans le pays.
« Je me rembarquai à Livourne avec tout mon matériel et ma bande de chiens et je revins à Constantine après une absence de cinq mois. El hadj Ahmed fut très-satisfait de toutes les curiosités que je lui rapportais. La petite voiture destinée à sa fille lui causa surtout une joie extrême. « L'apparition de ce carrosse en miniature, raconte Aïcha elle-même, fut tout un événement dans le harem, où les nouveautés étaient rares. Les femmes toutes joyeuses se disputaient le plaisir de prendre place pour la promenade dans ce singulier coach-and-four, comme on dirait au-delà de la Manche. Ahmed, dans ses boutades de jovialité, se divertissait même à y faire monter quelque personnage bien grave, tel que son ministre Ben Aïça ou son khalifa Hamelaoui, lesquels n'osaient refuser, et il riait aux larmes de la plaisante figure que faisait l'austère Bach-hamba, ou le général à barbe grise emporté à toute bride par les quatre molosses dans un équipage d'enfant.
A côté de la salle des Trophées se voit un petit salon orné de deux jolies colonnes torses, restauré par nous et qui sert de salle de jeu les jours de réception
Nous passons ensuite sur une galerie, à peu près carrée, entourée de balustres en bois, découpés à jour et peints avec cette variété de nuances que les Orientaux savent si bien agencer pour le charme des yeux. Cette galerie surmonte et orne la partie supérieure du kiosque du bey. C'est encore un belvédère d'où l'on peut embrasser d'un seul regard une partie des jardins et des péristyles intérieurs. Le plafond, en bois de cèdre peint et sculpté, est soutenu par plusieurs colonnes d'une légèreté remarquable, entre lesquelles sont suspendues de grandes lanternes. Cette partie du palais à laquelle nous avons donné le nom de Salon d'été, est entourée de divans et d'une douzaine de gros vases à fleurs en marbre qui datent encore du temps du bey. Nous y trouvons aussi si différents meubles qui rappellent l'époque de la puissance d'El hadj Ahmed : d'abord un immense fauteuil genre Louis XV, en bois doré, recouvert d'un cuir jadis rouge et dont le fond est tellement vaste que le bey pouvait s'y asseoir aisément les jambes croisées à la turque ; puis, l'ancien koursi ou trône d'El hadj Ahmed. Il était placé sur une estrade dans la Mahakma, ou salle d'audience dans laquelle le souverain réglait les affaires de l'Etat et rendait la justice. Quatre chaises ; également en bois doré et du même style, accompagnent le trône ; c'étaient les sièges des hauts dignitaires qui assistaient le bey les jours de grande réception.
Du salon d'été, on passe sur la galerie circulaire du premier étage et dans les appartements affectés au logement particulier des généraux. Ce logement formait autrefois plusieurs chambres, qui ont été réparées et aménagées avec soin. Le petit salon, dans lequel on pénètre d'abord, est garni de portes et de volets de fenêtres d'une ornementation remarquable.
La partie de la galerie qui se trouve du côté de la place s'appuie contre le grand mur d'enceinte. Au lieu de chambres, il n'y a ici qu'une série de fausses fenêtres garnies de boiseries, servant d'armoires.
Sur l'autre partie latérale, en faisant le fouir de la galerie, on passe devant plusieurs chambres que l'on désigne encore par les noms de chambre bleue, verte ou rouge, qu'elles portaient déjà du temps du bey. C'étaient autant de logements que les favorites d'El hadj Ahmed habitaient en été. Les aménagements intérieurs de toutes les chambres que nous avons vi¬sitées ne satisfont pas complétement aux convenances et aux besoins matériels de la vie européenne ; leur seul avantage est d'être fraîches en été et chaudes en hiver ; mais, d'un autre côté, toutes ces portes s'ouvrant sur une même galerie sont fort incommodes.
Avant de quitter le pavillon dit du général, jetons un dernier regard sur le jardin des Orangers.
Au milieu se trouve la vasque retirée de la galerie qui s’étend devant le kiosque, tout autour sont des arbustes couverts de fleurs, des massifs de verdure et enfin des orangers.
Ce jardin est à peu près carré ; il a vingt mètres d'un côté et dix-huit de l'autre. Le péristyle qui l'entoure présente huit arcades sur sept.
Des banksia, des vignes vierges et des volubilis grimpent en lianes serrées, s'enlacent autour des co¬lonnes du cloître, tapissent les ouvertures des arcades d'un luxuriant rideau de verdure, n'y laissant pénétrer que quelques rayons de soleil, Sur l'emplacement occupé actuellement par la vasque, il y avait autrefois un petit pavillon en bois ; entouré de rosiers et de jasmins, où le bey allait s'asseoir et fumer pendant les soirées d'été. A ce moment de la journée, les femmes du harem parées de leurs plus beaux atours venaient, l'une après l'autre, passer devant leur maître. Elles devaient baisser les yeux et tenir les bras croisés sur la poitrine, dans l'attitude la plus modeste....
Un jour, pendant un de ces défilés, l'une d'elles commit l'imprudence bien légère de cueillir une orange. El hadj Ahmed eut la barbarie de lui faire clouer la main au pied de l'arbre.
Comme certains châteaux féodaux, le palais a des oubliettes. Leur entrée est dans le jardin que nous visitons. C'est un long souterrain bas et étroit, sur lequel on a construit une galerie. Ils servait particulièrement de prison aux femmes dont le bey était mécontent.
Voulant. un jour divertir son harem et lui donner en même temps une haute idée de son adresse, le bey fit amener deux lions qui furent lâchés dans les jardins et les cours, après que toutes les portes en eurent été soigneusement fermées. Des Femmes occupaient les galeries supérieures, hors de portée des bonds prodigieux qu'auraient pu faire les bêtes féroces. Le spectacle commença par un terrible combat entre les lions et les bouledogues du palais. Les plus acharnés des molosses furent écharpés en un clin d'œil ; puis le bey, qui se tenait dans la partie supérieure, se mit à tirer sur les lions et les tua l'un après l'autre à coups de fusil.
IX
La cour du génie. -Le bain. - Une volière. -Triste découverte.
Le trésor du bey. - Ce que devinrent les femmes du harem.
On pénètre dans le pavillon dit de la direction du génie par la petite porte de communication qui se trouve entre le kiosque et le réduit du cafetier du bey.
La cour du génie est également entourée d'un péristyle de cinq arcades ogivales sur chaque côté. On re¬connaît au premier coup d'œil que cette partie du bâtiment était autrefois une maison isolée annexée au palais par la suppression de l'un de ses murs mitoyens, remplacé ensuite par une colonnade. La cour de cette maison transformée en un vaste bassin où les femmes du harem pouvaient prendre des bains froids. L'eau jaillissait de ce réservoir, s'élevait à une grande hauteur et retombait en cascades dans de vastes coupes superposées et d'inégales dimensions, sur le bord desquelles un artiste fort habile avait sculpté d'élégantes rosaces et de gracieux enroulements. Dans les eaux du réservoir vivaient en grand nombre de petits poissons rouges, dont les femmes prenaient soin.
Tout cela a été transformé depuis l'occupation française. On a comblé le bassin avec de la terre végétale, dans laquelle on a planté quelques acacias. De l'ancien jet d'eau, il ne reste que la conque inférieure.
Sur l’un des côtés de la cour, un escalier descend dans de vastes chambres voûtées qui s'étendent sous le palais, le long de la rue Caraman. Là se trouvait une étuve ou bain maure, exclusivement affecté à l'usage du bey et de son personnel féminin.
Chaque jour, un certain nombre de mulets, chargés de grandes outres en peau de bœuf, apportaient de la rivière qui coule au pied de la ville l'eau nécessaire au palais. Cette eau, versée dans une sorte de poterne, arrivait de l'extérieur à l'intérieur du palais par des conduits en poterie.
Au-dessus du bain maure étaient les chambres de repos des baigneuses.
L’une du ces chambres contenait une immense volière, dans laquelle on entretenait des rossignols, chardonnerets, des canaris et autres oiseaux chanteurs.
Le premier étage de la cour du génie, autour duquel règne également une galerie à arcades, contient une série d'appartements ornés avec une certaine élégance. C'était autrefois le logement particulier de Fathma, non pas la fille du bey, mais celle du cheik des Hanencha.
La partie de logement où se trouvent le salon et le cabinet de travail du directeur des fortifications est couverte de peintures à fresque, au milieu desquelles on lit encore quelques restes d'inscriptions araires, dont voici la traduction
« 0 toi qui entre dans cette habitation ! que Dieu te garde. » - « Louange à Dieu ; qu'il répande ses faveurs sur celui qui a édifié cette Habitation. » --- « La patience est la clef du contentement. » « soyez le bienvenu ! »
Il y a quelques années, un domestique en fouillant dans le fond d'un bûcher, en retira les restes d'un crâne humain. On fit aussitôt une perquisition plus minutieuse, qui amena la découverte, au milieu de débris de bois et de charbon, de plusieurs autres cranes. A qui avaient appartenu ces restes ? Quelques in-digènes bien informés nous rappelèrent que, lors de la retraite de notre armée eu 1836, El hadj Ahmet avait mis à prix la tête des Français, et qu'il récompensa tous ceux qui lui rapportèrent ces preuves barbares de notre insuccès.
En quittant la cour du génie, on entre dans celle où se trouvent actuellement les bureaux de l'état-major de la division et ceux de la direction provinciale des affaires arabes. Cette cour est entièrement pavée en marbre et ornée de fort jolies colonnes. Le ciel ouvert du milieu était autrefois garni d'un solide treillis en fer que nous avons supprimé, n'ayant pas les mêmes raisons que le bey pour nous tenir en cage.
On a longtemps prétendu que de ce côté du palais étaient enfouis les trésors accumulés par El hadj Ahmed bey.
Quelques individus dignes de foi assurent qu'en 1836, peu de temps avant la première expédition con¬tre Constantine, le bey fit évacuer par ses femmes les chambres qui se trouvent autour de la cour de l'état-major ; en même temps, il y amena un maçon et son manœuvre, et les fit travailler pendant plusieurs jours, sans que personne communiquât avec eux et pût voir leur besogne, Enfin, un soir, il y eut grand émoi dans le logement où se tenaient les mameluks et les esclaves nègres. Le bey était venu lui-même leur ordonner de fouiller autour du palais pour chercher le manœuvre du maçon, qui, disait-il, venait de prendre la fuite. Malgré toutes les perquisitions possibles, tant dans les dépendances du palais que dans le reste de la ville, cet ouvrier ne put être découvert. Quant au maçon lui-même, les esclaves du bey le retrouvèrent dans la cour où il avait dû travailler, mais il était pourfendu par un épouvantable coup de sabre et noyé dans son sang. Depuis cette époque, le bruit se répandit en ville que le bey l'avait tué pour faire disparaître avec lui le secret du lieu où étaient murés ses trésors.
Quand El hadj Ahmed bey eut fait sa soumission, en 1848, on l'amena à Constantine, et il habita pendant quelques jours le palais où avait été jadis le siège de sa puissance. On se souvint alors des bruits qui avaient circulé, et l'on dit à l'ex-bey qu'il était libre de faire enlever ce qui lui appartenait, si toutefois il était vrai qu'il eût caché de l'argent dans le palais. El hadj Ahmed sourit, dit-on, en entendant cette offre généreuse.
« Je n'ai rien caché ici, répondit-il. Plût à Dieu que j'eusse pris cette précaution, car mes faux amis ne m'auraient pas dévalisé, comme ils l'ont fait, de tout ce que j'avais emporté dans ma fuite. »
Cette réponse parait concluante ; cependant je ne veux pas passer sous silence une circonstance curieuse, qui se rapporte encore à ce sujet et remonte à moins d'une vingtaine d'années.
Un Maltais écrivit un jour de Tunis qu'un indigène, jadis employé comme manœuvre dans l'ancien palais du bey, lui avait révélé l'existence du trésor caché par l'ex-bey, et qu'il demandait l'autorisation d'entreprendre des fouilles. Ce manœuvre était probablement celui qui était parvenu à s'échapper jadis. Aucune suite toutefois ne fut donnée à cette affaire, on s'en est toujours rapporté à l'affirmation du bey.
Dans une chambre du beylik, on trouva de grands flacons remplis de sulfate de quinine, hermétiquement fermés, et dont le bey faisait probablement fort peu de cas. On découvrit aussi des caisses qui avaient ap-partenu au payeur de l'armée, des débris de voitures que nous avions abandonnées, et nous filmes fort surpris de retrouver les roues de ces voitures ajustées à des affuts de canon placés en batterie sur les remparts de la ville. Ces trouvailles éveillèrent en nous de pénibles souvenirs.
Une chambre du palais était remplie de toiles de coton imprimées, à l'usage des femmes du harem. Parmi ces étoffes, on découvrit un morceau de drap blanc, où était tracé en gros caractères le nom de M. Cunin Gridaine, fabricant à Sedan. Je proposai au général Valée d'utiliser une partie de ces percales, en les faisant confectionner en chemises pour nos malades, par les esclaves que le bey nous avait laissées.
Ma proposition fut approuvée et mise immédiatement à exécution. Mais les femmes d'Ahmed, habituées à une vie de mollesse et de sommeil, savaient à peine coudre, et n'avaient ni dés ni aiguilles.
Je me fournis d’aiguilles et de dés auprès des soldats qui gardaient le palais ; je donnai deux cantinières pour chefs ouvrières aux esclaves, et je parvins bientôt à envoyer plusieurs centaines de chemises à nos blessés, qui pour la plupart n'en avaient pas.
Dans les premiers jour, les femmes d'Ahmed s'exécutaient de bonne grâce ; mais ces dés avaient servi à des carabiniers ; ces ouvrières improvisées, pour pouvoir coudre, furent obligées d'envelopper de linge leurs petits doigts. Ces occupations parurent d'abord les distraire ; elles se plaisaient surtout à faire remarquer leurs mains potelées et mignonnes, dont le travail n'avait pas altéré la forme et la blancheur. Bientôt pourtant la couture les ennuya, et elles se couchèrent, en alléguant pour prétexte qu'elles avaient mal à la tête, qu'elles étaient malades, et quand je leur répondais que j'étais médecin, elles n'en continuaient. pas moins à jouer la comédie et à me présenter le bras pour prouver qu'elles avaient la fièvre.
« Toubib merida, médecin, me disaient-elles d'un ton lamentable, je suis malade. »
Cette disposition maladive persista jusqu'à la vue du sabre, dont les cantinières crurent devoir s'armer pour les effrayer.
Aïcha nous envoya plusieurs fois du café préparé à la manière des indigènes. Des ordres sévères furent donnés pour faire respecter les femmes du harem. La plupart se trouvaient naturellement défendues par une laideur repoussante ; les négresses surtout étaient hi¬deuses. L'une d'elles eût été digne par sa carrure monstrueuse de figurer dans un cabinet d'histoire na¬turelle : ses bras étaient de vrais poteaux et tout son corps était taillé bien plutôt sur le patron de l’hippopotame que sur celui de la race humaine.
« Tandis qu'on prenait dans le palais une foule de précautions pour empêcher qu'une communication pût s'établir du dehors avec les femmes renfermées dans le harem ; tandis qu'on remettait le soir toutes les clefs à la belle Aïcha, afin qu'elle pût fermer les portes du sérail sur elle-même, celle-ci profitait de la sécurité qu'elle nous devait, pour travailler sans relâche, aidée de ses compagnes, à faire une brèche dans un mur de clôture. On s'aperçut de la brèche ; mais un grand nombre de femmes avaient déjà pris la fuite et s'étaient retirées chez les habitants de la ville.
Le général Valée ne savait quel parti prendre à l'égard de ces femmes, qui toutes demandaient leur liberté. On ne pouvait les abandonner ainsi et sans asile. Le général eut l'idée de les remettre sous la sauvegarde du muphti, qui, après avoir refusé d'abord, finit par consentir à les recevoir. Deux d'entre elles qui étaient de Constantinople, où elles avaient leurs parents, s'adressèrent au prince, afin qu'il eût pitié d'elles et qu'il les fit conduire à Bône, où elles pourraient s'embarquer pour leur ancienne patrie. Ces deux femmes avaient tout au plus quinze à seize ans ; elles étaient jolies et le son de leur voix était d'une douceur ineffable : on ne résista pas à, leurs prières.
Et Quant aux femmes qui se retirèrent chez le muphti, elles n'ont probablement pas dû s'applaudir beaucoup de la chute de leur ancien maître ; car, dès leur arrivée, le muphti commença par les dépouiller de tous les bijoux qu'elles avaient emportés et qui appartenaient au bey. Je crois bien que, trafiquant de ces esclaves comme d'un vil troupeau, le prêtre musulman les aura vendues par la suite à quelque chef de tribu »
X
Horrible châtiment d'une mascarade. - Un peintre malgré lui. - Fresques. - Vues de villes. - Plantation des jardins. - Férocité du bey. - Un espion - La Mahakma.
Autour de la cour dite de l'État-major sont plusieurs grandes chambres.
Le bureau des officiers attachés à la direction des affaires arabes, situé à proximité, était une habitation de femmes. Il a été le théâtre d'un fait qui montre encore à quelles extrémités se portait El hadj Ahmed quand il était aveuglé par ses instincts sanguinaires.
Plusieurs femmes réunies dans cette chambre étaient un soir à la recherche d'un sujet d'amusement qui égayât leur solitude. L'une d'elles, découvrant par hasard une pipe, s'affubla à la hâte d'un turban pyramidal, et alors commença une mascarade bouffonne et du reste fort inoffensive : on joua au bey. Celle qui remplissait le principal rôle, assise sur des piles de coussins et sa pipe à la bouche, imitait avec un sérieux des plus grotesques la voix et les gestes du maître ; autour d'elle, attifées d'une manière non moins burlesque ; siégeaient des conseillers, des cadis et des gens de loi. De temps en temps, un chaouch féminin amenait de prétendus criminels devant ce tribunal improvisé et, sur un signe du bey en jupons, on simulait des distributions de bastonnade.
Mais, au milieu de leurs jeux innocents, les pauvres femmes oublièrent la règle sévère du lieu où elles se trouvaient, et leur gaieté devint si bruyante qu'elle éveilla le cerbère rébarbatif. A ce bruit inusité, El hadj Ahmed s'avança à pas de loup vers l'appartement d'où partaient les éclats de rire : à travers les fenêtres, il vit ce qui se passait et comprit que l'on s'amusait à ses dépens. Tout autre eût ri de la plaisanterie ; le barbare, au contraire, entra comme la foudre au milieu de ses esclaves, arracha de son trône la malheureuse qui présidait à la mascarade, lui fit d'abord coudre les lèvres pour avoir osé y porter le bout de sa pipe, puis ordonna de la conduire cette nuit même au-delà du Koudiat Ali, où on l'enterra après l'avoir égorgée.
De la cour de l’état-major, on suit une galerie qui entoure le grand jardin. Le haut du mur latéral est couvert de peintures qui méritent quelque attention.
On raconte à ce sujet, disent les voyageurs, une anec¬dote qui prouve qu'avec de la volonté, de la patience et la crainte des coups de fouet, il n'est rien qu'on ne soit capable, de faire.
El hadj Ahmed bey, trouvant les murs de son palais d'une couleur trop monotone et voulant égayer ses yeux par des allégories ou des symboles qui rappelassent sa toute-puissance, fit venir l'intendant général de sa maison et de ses chenus plaisirs et lui ordonna de faire peindre à fresque toutes les murailles inté¬rieures de ses cours.
L'intendant reçut l'ordre sans murmurer, bien que l'exécution lui en parût peu praticable, attendu qu'il ne se trouvait pas à Constantine un seul artiste indigène capable de répondre au désir du bey. Mais une idée lumineuse jaillit de son cerveau au moment où le désespoir allait s'emparer de lui : il se rappela qu'un chien de chrétien gémissait depuis deux ans dans une des prisons de la ville. Il le fit venir, lui donna couleurs, brosses et pinceaux, et après lui avoir expliqué ce que désirait le bey, il ordonna au Raphaël improvisé de se mettre à l'œuvre sans désemparer.
Mais, Votre Seigneurie se trompe, lui dit avec effroi le malheureux prisonnier ; je n'ai jamais peint, ni dessiné de ma vie ; je suis cordonnier de mon état et je n'ai jamais manié d'autre instrument que l'alène et le tranchet. »
« Tu vas te mettre à peindre, répondit l'intendant à toutes ces observations. Demain matin, je reviendrai voir ton ouvrage, et si je ne suis pas content, je te ferai administrer vingt-cinq coups de fouet. Si au contraire tu exécutes mes ordres, je te promets la liberté. »
Le pauvre cordonnier passa les deux premiers jours entre les larmes et les coups de fouet, sans toucher aux brosses et aux couleurs. Cependant, le troisième jour, la réflexion lui vint avec les coups de fouet. Il se mit à brosser sur les murs des images représentant des bateaux, des arbres, des canons, comme en ferait un enfant à l'école quand il dessine des bonshommes.
Il enlumina tout cela à sa manière et il attendit la visite de l'intendant dans une anxiété horrible, s'attendant à ce qu'il doublerait la dose des coups de fouet, pour le punir de s'être permis une aussi mauvaise plaisanterie. 0 miracle ! L'intendant parut émerveillé. Des encouragements furent donnés à l'artiste, qui bientôt eut terminé son œuvre et reçut pour prix sa liberté.
On ajoute que le bey disait à ses familiers :
« Ce chien de chrétien voulait me tromper ; mais je savais bien, moi, que tous les Français étaient peintres ! »
Certes voilà une histoire de touriste qui mérite à plus d'un titre l'application du proverbe italien ; Se non e Item, e ben trovato. Mais il sera curieux pour le lecteur de comparer ce récit où la fantaisie tient la plus large place avec les renseignements que m'ont fournie quelques-uns des artistes indigènes qui ont exécuté ces peintures.
Quand les travaux de construction furent assez avancés pour permettre de s'occuper de l'ornementation des murs, le bey fit réunir tous les peintres de la localité et leur en confia le soin. Plusieurs individus, dont quelques-uns vivent encore, se mirent à l’œuvre et peignirent à fresque ces rosaces aux couleurs éclatantes, ces pots à fleurs fantastiques et les autres bariolages étranges que nous voyons sur les murailles des galeries et des appartements du palais.
Pour l'exactitude des faits ; je dois ajouter qu'il, ne furent que les grossiers imitateurs de certaines peintures à fresque qui existaient déjà sur les murs d'une chambre de la maison du calife, où se trouve actuellement le trésorier payeur. Ces peintures, assez médiocres du reste, avaient été faites en 1793 par un des ouvriers mahonnais que Salah bey avait employés à la construction du pont d'EI Kantara, qui s'est écroulé il y a quelques années. Ces premiers travaux d'embellissement étaient déjà en voie d'exécution quand arriva à Constantine un indigène originaire d'Alger, qui reve¬nait d'Égypte, où il avait servi d'apprenti auprès d'un peintre décorateur en renom. Le nouveau venu, nommé El hadj Yousef, offrit ses services au bey et lui proposa de reproduire sur les murs de son palais la vue des villes qu'il avait visitées pendant son pèle¬rinage, depuis Alger jusqu'à la Mecque. Le bey, enchanté de cette proposition, donna carrière au talent du peintre et l'on peut constater, en effet, que l'imagination la plus libre dirigea ses œuvres. Ce serait donc à cet indigène et non au cordonnier européen inventé par les touristes que l'on devrait ces images burlesques de villes et de forteresses armées de plusieurs étages de canons impossibles; ces citadelles pavoisées de drapeaux plus grands que la citadelle elle-même ; ces vaisseaux, ces tartanes, ces bombardes de toute forme, dont les moindres détails de cordages, d'ancres et de voiles sont rendus avec une scrupuleuse exactitude ; enfin ces oiseaux fantastiques et ces arbres indescriptibles couverts de fruits jaune-surin ou rouge écarlate.
En 1860, toutes ces peintures étaient delà Considé¬rablement abimées par suite de l'humidité. Il eut été imprudent de confier leur restauration à des ouvriers européens, qui inévitablement eussent voulu les perfectionner et, par cela même, leur ôter le cachet es-sentiellement original qui les distingue. On eut donc le bon esprit de confier cette besogne à deux indigènes que la notoriété publique nous signalait comme ayant contribué aux premiers embellissements du palais.
Rien de plus primitif que leurs travaux, ainsi que les ustensiles qu'ils employaient pour les exécuter. Quelques barbes de plume liées au bout d'un roseau leur servaient de pinceau et une demi-douzaine de tasses à café posées sur un réchaud contenaient sans cesse à l'état liquide les couleurs à la colle dont ils avaient besoin. J'ai suivi attentivement les travaux de ces artistes, perchée sur l'échafaudage avec le sérieux imperturbable du maâlem indigène, qui, ayant conscience de sa valeur, est le premier admirateur de ses œuvres. Bien souvent je les ai surpris se servant de leurs doigts en guise de pinceau pour arrêter une li¬gne, ou bien à l'aide d'une éponge trempée simplement dans la tasse à rouleur, tamponnant le feuillage trop fané des arbres pour lui redonner du ton.
Quand on pénètre dans l'intérieur du palais, ces peintures se présentent dans l'ordre suivant :
Le premier tableau a pour sujet la ville d'Alger, bâtie en amphithéâtre et dominée par la Kasbah. Les murs d’enceinte sont garnis de clochetons entre lesquels apparaissent des canons verts à volée rouge, entourés de nuages de fumée. Le phare, bordj el Senar, est armé de cinq étages de canons ; partout sont des drapeaux rouges gigantesques,
Dans le port on voit des vaisseaux à la voile, puis des chaloupes portant d’énormes et grotesques canons montés sur roues. On voit aussi, se croisant dans l'espace, des boulets que l'on prendrait volontiers pour autant de pains à cacheter collés sur le mur. Devant le port, arrivent d'autres vaisseaux à pavillon et à flamme blanche, ce qui me fait supposer que le tableau représente l'attaque d'Alger par notre escadre en 1830.
Vient ensuite une vue de Constantine dont un des côtés est orné d'une série d'arceaux représentant l'ancien pont d'El Kantara, sous lequel coule le Rhumel.
Tunis, la Goulette et Tripoli sont entourés de jardins et. de vergers. Alexandrie et le Caire sont défendus par de nombreuses batteries entremêlées de coupoles, de minarets et de tombeaux do marabouts. Candie, Rhodes, sont peuplés de vaisseaux et de moulins à vent tracés au compas. Djedda, bâtie sur le bord de la mer, a une grande porte sur laquelle sont les mots Porte de la Mecque, par où passent les pèlerins musulmans se rendant dans les lieux saints. Les eaux du bahar Suez sont tellement transparentes, que les câbles et les ancres des vaisseaux se voient à travers.
Les murs de la cour de l'Etat-major contiennent les images de tous les monuments vénérés de la Mecque et de Médine', toujours avec leur nom à côté. Le temple de la Mecque est représenté par un vaste bâtiment quadrangulaire recouvert d'une infinité de coupoles,
Au milieu est une sorte de fer à cheval contenant la pierre noire sur laquelle est écrit : Il n'y a d'autre Dieu que Dieu, Mohammed est son prophète. A droite est un minaret avec ces mots : Minaret de Satan, qu'il soit maudit et lapidé !
Le jardin qui sépare le kiosque de la cour de l'État-major est le plus vaste du palais. La colonnade qui l'entoure n'a pas moins de vingt mètres de large sur vingt-cinq de long, et présente dix arcades sur sa face la plus étendue. L'ouverture des arcades est en moyenne de deux mètres d'un pilier à l'autre.
Il faut descendre cinq marches pour entrer dans ce jardin. On y remarque un bassin carré en marbre avec jet d'eau, dont les parois sont richement couvertes de sculptures.
Lorsque le bey voulut créer ces parterres, il mit en réquisition tous les juifs de la ville, et les força à apporter dans des coussins la terre végétale dont il avait besoin. Les travailleurs devaient entrer dans le palais pieds nus, successivement et en silence, et avoir la précaution, pour ne pas s'exposer à une grêle de coups de trique, de ne laisser tomber aucun atome de terre sur les marches des galeries.
On planta ensuite de nombreux arbres fruitiers, des figuiers, des vignes et même des oliviers. Pendant longtemps ce parterre, où ne se voient aujourd'hui que des fleurs et des arbustes d'agrément, offrit l'aspect d'un verger touffu, où vivaient en liberté des gazelles, des paons et des pintades, ce qui devait égayer cet intérieur.
Le grand bâtiment à un étage qui sert actuellement de façade au palais, contient un certain nombre de chambres qui servaient jadis à l'habitation clos des femmes ou à serrer des effets. Dans le logement qui est aujourd'hui celui du commandant de place, se trouvaient deux jeunes filles d'une grande beauté, enlevées, l'une chez les Hanencha, l'autre à Oukès, près de Tebessa. S'étant parées un jour de leurs plus riches costumes, elles attendaient ensemble l'heure du défilé officiel devant le bey. Un des nègres de la driba, voulant sans doute prouver son zèle, accourut auprès de son maitre, et le prévint qu'il avait vu les deux jeunes femmes regarder par une fenêtre et faire des signes à quelqu'un de la ville. El hadj Ahmed monta dans la chambre des deux esclaves et commença par les rouer de coups. Les pauvrettes protestaient de leur innocence ; mais, de plus en plus animé par la colère, El hadj Ahmed les mutila avec un raffinement de barbarie qu'il nous répugnerait de raconter ; puis les deux malheureuses, presque mourantes, furent conduites à la Kasbah et précipitées dans les citernes romaines, où gisaient déjà tant d'autres victimes.
Quelques, mois avant notre seconde expédition contre Constantine, un Maure d'Alger, nommé Mustapha, fut envoyé dans cette ville pour examiner les moyens de défense préparées en prévision d'une nouvelle atta¬que. En même temps que lui arrivait aussi un autre agent secret, porteur d'une lettre d'avis écrite par un grand personnage indigène d'Alger, qui entretenait avec le bey une correspondance d'espionnage très-suivie.
El hadj Ahmed, prévenu de la mission du Maure Mustapha, se le fit amener immédiatement, et le reçut dans la chambre où est actuellement le bureau de l'état-major de la place. Il commença par lui faire raconter ce qui se passait à Alger, si de nouvelles troupes étaient envoyées de France, et enfin si nous avions réellement l'intention de faire une nouvelle tentative sur Constantine.
Quand il eut appris tout ce qu'il voulait savoir, il montra à Mustapha la lettre qui dévoilait sa mission. Celui-ci, éperdu, se jeta aux pieds du bey, implorant sa clémence. Un ricanement étrange accueillit ses lamentations. El hadj Ahmed le repoussant impitoyablement, lui ouvrit le ventre d'un coup de yatagan.
Nous écartons les souvenirs de beaucoup d'autres actes atroces qui témoignent de ce qu'il y avait d'infâme dans le régime auquell1a population de Constantine était soumise. Quel que soit son éloignement pour notre civilisation, elle ne peut méconnaître combien sous notre autorité la vie humaine est plus sûre et plus douce. (Ce que El-Hadj-Amed avait fait couper les têtes, en dehors du palais, sous prétexte de bien gouverner, est à peine calculable. On pourrait s'en faire quelque idée en lisant sa biographie dans l’histoire de Constantine sous les Beys, par E. Vayssettes (1869).)
Au fond d'un couloir, à côté du bureau de la place, est urne vaste chambre, ornée comme toutes celles du palais, et qui nous a longtemps servi de salle d'audience du conseil de guerre. C'était jadis la Mahakma, où se réglaient les affaires à la fois administratives et judiciaires. Le bey donnait chaque matin audience à ceux de ses sujets qui avaient des plaintes à lui soumettre, et de plus, il tenait tous les vendredis, après la prière de midi, un lit de justice solennel, où il recevait publiquement les réclamations des habitants de la ville et de la campagne. Les plaignants se prosternaient au pied du trône (koursi) et criaient : Nous demandons la justice de Dieu contre notre caïd, notre cheik, ou tel autre qui nous a lésés.
Le plus souvent, c’étaient des Arabes qui venaient accuser leur chef. Celui-ci alors était mandé, et s'il n'avait pas de protecteurs assez puissants pour lui assurer l’impunité, Ahmed bey prononçait la destitution. Dans le cas contraire, les plaignants étaient em¬prisonnés, et quelquefois même le prince en profitait pour frapper toute la tribu d'une amende au profit du beylik.
Lorsque des condamnations à mort étaient pronon¬cées, on conduisait les victimes hors du palais, par une porte voisine de l’appartement des femmes, et on les entraînait à la driba, maison de supplices, où elles étaient, suivant leur rang, étranglées ou décapitées. On jetait leur corps ensuite dans un puits profond qui existait au centre de ce lieu lugubre. Rien m'était plus fréquent que ces tueries, ordonnées souvent sous le plus léger grief, et Aïcha, de qui nous tenons cette particularité, nous a affirmé qu'il était peu de jours où, des fenêtres grillées du harem, elle ne vit franchir à quelque malheureux le seuil de la terrible porte qui conduisait à la driba.
II est un reproche que l'on ne saurait épargner aux architectes du palais. Ils ne lui ont pas donné assez de solidité.
A la suite des tremblements de terre de 1856, qui causèrent tant de désastres sur le littoral de la province, surtout à Djidjelli, on ne fut pas surpris de voir qu'il s'était produit dans le palais de nombreuses lézardes ? quelques colonnes avaient perdu leur aplomb, et les ogives qui ornent l'ancien kiosque du bey avaient menacé de s'affaisser ; mais lorsque l'en voulut étayer ce pavillon, à l'aide d'un fort éperon en maçonnerie et de barres de fer solidement scellées, pour empêcher l'écartement les murs latéraux, on s'aperçu, qu’il n'existait pas de fondations, et que le kiosque repo-sait sur des substructions mouvantes.
Cet édifice mériterait, ce nous semble, d'être classé au nombre des monuments historiques. On ne se bornerait pas alors à réparer périodiquement les dégradations : on pourrait entreprendre des travaux qui lui assureraient plus de solidité.
Charles FERAUD.
Il se peut que le lecteur désire savoir comment s'est terminée la vie de El hadj Ahmed. Après la prise de Constantine (13 octobre 1937), il se dirigea vers Biskra, s'empara de la ville, mais en fut bientôt chassé par un khalifa d'Abd-el-Kader. Pendant les six années suivantes, il erra de côté et d'autre, soulevant les populations arabes contre la domination française. Vaincu dans toutes les rencontres, il fit enfin sa soumission au mois de juin 1848. On le conduisit à Alger, où le gouvernement lui donna une pension de douze mille francs. II y vécut dans la retraite, et mourut paisiblement, le 30 août 1850, à l'âge d'environ soixante-trois ans. Il est enseveli dans la mosquée de Sidi Abd-er-Rahman, au-dessus du jardin de Marengo.
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LES CARAVANSERAILS
Par Maurice Villard
ACEP-ENSEMBLE N°272, Mai 2010
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A l'origine, ils sont des logements de caravanes. Leurs constructions fut jugé nécessaires pour jalonner les routes par des établissements dans lesquels, à l'exemple de la Perse et de la Syrie, les voyageurs et les caravanes et leurs marchandises pouvaient se loger en sécurité.
Dans les premiers temps de la colonisation seuls existent quelques fondouks tenus par des indigènes, mais cela uniquement dans les villes. Les marchands et les voyageurs n'étaient alors assurés que d'une sécurité toute relative.
Aussi dans le but de développer les échanges et le commerce, il fut décidé de jalonner les routes de vastes cours, entourées de bâtiments où il serait possible d'y faire une halte en toute sécurité.
Ces caravansérails jouèrent, pendant toute la période de la pacification, un grand rôle pour le maintien des liens commerciaux. Ce furent des relais assurant la sécurité sur les routes qui relient les centres éloignés les uns des autres.
Ils fournirent aux voyageurs un gîte d'étape, un toit pour la nuit à l'abri des malfaiteurs et du mauvais temps. Ils permirent ainsi de régulariser les échanges commerciaux en offrant ainsi un gage de sécurité.
Ils purent également servir d'abris fortifiés permettant le regroupement et la défense des populations pendant les périodes troubles.
Plus tard, la paix, la tranquillité établie, leur utilité n'étant plus nécessaire, ils furent réaménagés en bâtiments publics pour les besoins des centres.
Consignes générales pour les gardiens des caravansérails.
Le libre accès du caravansérail est accordé à tous les voyageurs européens et indigènes. Ils ont le droit de place dans les écuries, dans tous les hangars et dans les cours, pour eux, leurs animaux et leurs marchandises, sans aucune rétribution. Ils ne doivent y séjourner plus de deux nuits consécutives à moins de circonstances atmosphériques exceptionnelles. Ils doivent apporter pour leur consommation et celles de leurs animaux toutes les denrées et fourrages nécessaires. Ceux d'entre eux qui auraient recours à la cantine du gardien, devront payer sur la base du tarif suivant : Repas du matin, trois plats, un litre de vin et une livre de pain blanc : 2 frs. Repas du soir, un potage, quatre plats, une bouteille de vin et du pain blanc 2,50 frs
Pour une nuit en chambre meublée 1.50 frs
Pour une nuit en chambre non meublée mais chauffée et éclairée : 0,50 frs
Pour la nourriture d'un cheval pendant le jour, 2 kg d'orge et 2 kg de foin 0,75 frs
Pour la nuit avec les rations du matin et du soir : 1,25 frs
Le pain sera payé pour la première qualité : 0,45 le kilo pour la deuxième qualité 0.35 le kilo.
Le vin ordinaire sera payé : 0,40 frs le litre.
Les gardiens sont tenus d'avoir en permanence pour trois mois d'avance en approvisionnement d'orge et de fourrage pour une moyenne de 4 chevaux par jour soit 15 quintaux d'orge et autant de foin et de paille.
Toutes les denrées doivent être de bonne qualité. Sur la réclamation fondée d'un voyageur, le gardien est passible d'une amende variable de 5 à 20 frs. Le gardien est responsable de la propreté, du confort, de la conservation du bâtiment.
Le voyageur qui passe la nuit dans les écuries ou dans la cour est tenu d'enlever le fumier et les ordures causées par les animaux.
Le gardien est tenu d'avoir un registre sur lequel seront enregistrées les réclamations des voyageurs, ce registre doit être présenté au Bureau arabe tous les mois.
1853. - Extrait du rapport du commandant Dargent : « La ville de M'Sila est le centre d'un important commerce en sellerie, burnous, céréales et moutons.
Il s'y tient un marché tous les mercredis, les gens qui y viennent sont obligés de coucher dans les rues du centre qui n'est pas clos et, sont ainsi exposés aux vols. »
Le caravansérail de M'Sila sera construit en 1856.
Maurice Villard
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LE GENERAL JOUHAUD :
Envoyé par M. J.L. Ventura le 15 mai 2026
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Edmond Jules René Jouhaud, né le 2 avril 1905 à Bou-Sfer en Algérie et mort le 4 septembre 1995 à Royan, est un général d'armée français. Il participe au putsch d'Alger d'avril 1961 puis à l'Organisation de l'armée secrète (OAS), ce qui lui vaut une condamnation à mort puis une grâce présidentielle en 1962. Il est amnistié en 1968.
Né de parents instituteurs, à Bou-Sfer (future base aérienne française), près d’Oran en Algérie, il est le benjamin d'une famille de six enfants, dont les grands parents originaires de Limoges se sont établis en 1870 en Algérie.Il fait ses études primaires à Oran puis obtient le baccalauréat au lycée Lamoricière d'Oran.
Colonel en 1946, il est sous-chef d’état-major de l’air en 1947 et est appelé au commandement de l’armée de l’air en Tunisie en 1948.
Promu général de brigade aérienne en 1949, il commande les forces aériennes tactiques en Afrique du nord, puis l'école des mécaniciens de l’armée de l'air. En 1951, il est nommé commandant de la 1re région aérienne, puis désigné auditeur au Centre des hautes études militaires. En 1952, il est nommé commandant de la 1re division aérienne puis commandant des forces aériennes françaises en Allemagne.
En 1954, promu général de division aérienne, il dirige l'armée de l'air en Indochine dans le contexte de la dernière année de la guerre d'Indochine. De retour en métropole, il est nommé major général de l’armée de l’air puis, le 1er février 1955, chef d’état-major des forces de l’armée de l’air. Il est promu général de corps aérien en 1956. Il prend le commandement de la 5e région aérienne en Algérie en 1957, au temps de la guerre d'Algérie, et devient adjoint interarmées au général Salan, commandant supérieur interarmées en Algérie.
Après le putsch d'Alger du 13 mai 1958, il devient vice-président du Comité de salut public Algérie-Sahara.
Général d'armée aérienne en 1958, il est nommé en septembre de la même année chef d'état-major de l'Armée de l'air, puis, en 1960, inspecteur général de l'armée de l’air. Ce poste honorifique l'écarte de toute responsabilité et il lui est interdit de se rendre en Algérie. Sur sa demande, il est mis en disponibilité en septembre et devient président d'honneur du Rassemblement national des Français d'Afrique du Nord et d'outre-mer.
Partisan de l'Algérie française, il appelle publiquement à voter non au référendum sur l'autodétermination de l'Algérie de janvier 1961 voulu par le général de Gaulle.
Jouhaud est l'un des quatre généraux cinq étoiles organisateurs du coup d’état d’Alger du 22 au 25 avril 1961, avec Challe, Salan et Zeller. Il est le seul pied-noir parmi eux. Après son échec, il est condamné par contumace à la peine de mort le 11 juillet 1961, vit dans la clandestinité et devient l’adjoint du général Salan à la tête de l’OAS, responsable de la région d’Oran.
Il est arrêté le 25 mars 1962 à Oran, amené en métropole et incarcéré à la prison de la Santé. À la suite de son arrestation, le général Jouhaud est remplacé à la tête de l'OAS d'Oranie par le général Paul Gardy.Il est déclaré coupable des cinq chefs d'accusation retenus contre lui et condamné à mort le 13 avril 1962, pour avoir participé au putsch de 1961 mais aussi pour avoir couvert certains assassinats de l'OAS .Le général Partiot, qui fut à Saint-Cyr le « binôme » de Jouhaud, refuse de désigner le peloton d'exécution qu'il aurait dû diriger. Edmond Jouhaud échappe finalement de très peu à l’exécution .Sa peine de mort est commuée en peine de détention criminelle à perpétuité le 28 novembre 1962, après plus de sept mois passés dans une cellule d'abord à la prison de la Santé au régime pénitentiaire des condamnés à mort, puis au Centre pénitentiaire de Fresnes. Il est alors transféré à la prison de Tulle, à l'instar du général Salan. Libéré de la prison de Tulle en décembre 1967, il est amnistié en 1968, et réintégré dans ses grades et prérogatives en 1982.
Il devient le porte-drapeau des associations de rapatriés, lutte pour l'amnistie et l'indemnisation et publie plusieurs livres justifiant son combat en faveur de l'Algérie française. Il préside le Comité national des rapatriés et spoliés, formé en 1970 et le Front national des rapatriés, fondé en 1969, qui cherche à unifier tous les groupements de rapatriés mais qui coexiste cependant avec d'autres associations comme l'Association nationale des Français d'Afrique du Nord, d'Outre-Mer et de leurs amis (ANFANOMA) et le Rassemblement national des Français d'Afrique du Nord et d'outre-mer (RANFRAN), plus anciennes.
Il meurt en 1995 à 90 ans.
jlvlino@gmail.com
jlventura@netmarine.net
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FRANCISQUE NOAILLY
AMOUREUX DE L’ALGERIE
S’Y INSTALLA
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°187 - Juillet 2010
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Francisque Noailly est un peintre français et cise¬leur sur cuivre, né à Marseille le 11 mars 1855, mort à Alger en 1942.
Après avoir étudié à l'École des Beaux-Arts de Marseille, il fut l'élève de Bouguereau et de Robert
Fleury à Paris. À partir de 1875, il effectue son ser¬vice militaire en Algérie dans les zouaves.
Il se marie à Alger et installe son atelier à La Redoute. Directeur de l'École d'Arts Industriels à Alger Mustapha en 1890, (qui compte 500 élèves en 1905). Il la dirigea jusqu'en 1928.
Professeur à la Société des Beaux-Arts, Noailly excelle dans la peinture des scènes algériennes.
Il fut également ciseleur sur cuivre et sur étain.
Vice-Président avec Alfred Chataud de la Société des Artistes Orientalistes Algériens, il est également sociétaire de l'Union Artistique de l'Afrique du Nord (UAAN) qui lui donne son premier Grand Prix en 1935.
Dans toutes ses œuvres, Noailly fait preuve d'une rare sûreté de main et d'un dessin impeccable.
Quelques œuvres : Alger 1880, "Fête du tam-tam" et "Café Maure".
1881, "Boutique de Mozabite", "Prière à la Mosquée", Société des Beaux-Arts, Tunis
1897 Salon Tunisien. "Route de Biskra à El Kantara", "Le village Zaraouia", Rivière El Kantara",
Alger 1903 Salon des Artistes Orientalistes Algériens, "Paysage de M'Sila",
Alger 1913 " Les Porteuses d'eau de Téniet ",
et 1934 Exposition artis¬tique de l'Afrique Française ""Marabout à Bouzaréah" "Villa arabe à la Bouzaréah", et, Société Libre des Artistes Algériens.
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Piqûre de rappel
Le 31 Août 2012
Envoyé par M. Alain Algudo
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LA CHAPE de plomb
Elle est en train de s’installer sur notre pays ! Facilement ! Le laxisme issu de l’arrivisme politique, l’inconscience d’un peuple conditionné par la désinformation et en face, « le progressisme » enfanté en mai 68 qui met en place ceux qui, sans coup férir, observent et profitent de cet état d’esprit suicidaire qui mène notre pays droit dans le mur de l’obscurantisme.
Cet obscurantisme les révolutions dites du « Printemps arabes» le mettent en place en Afrique du Nord face à la France, l’Espagne et l’Italie d’abord, mais a l’Europe du Nord aussi.
Et ces évidences ne suffisent pas à notre peuple de vacanciers qui se plaint seulement de ses conditions de vie, malgré tout uniques au monde, sans se soucier une seconde que la chape islamiste qui s’abat, avec l’aide de la France, entre autres, sur des pays qui n’étaient certes pas dirigés par des modèles de démocrates, mais qui maintenant sont ouvertement les pourvoyeurs des hordes de la « djihad » qui s’installent tous les jours un peu plus sur l’occident Chrétien, tels ces essaims ravageurs propres à l’Afrique.( cf., à ce sujet, l’avertissement du Juge BRUGUIERE dans sa lettre du 20.12.2011 sur l’affaire AZF de Toulouse)
Et encore, devant les exemples de l’emprise de « la fascismlamisation » de ces pays, devant cet échec retentissant de ce qui n’était que d’utopiques « libérations » qui se transforment en radicalisations rétrogrades prévisibles, si ces mêmes soutiens des « libérateurs » sinon reconnaissaient leurs erreurs, mais au moins se taisaient, nous pourrions comprendre, l’erreur étant humaine.
Eh bien non, ils s’en vantent encore et critiquent ceux qui ne les suivent pas aujourd’hui dans un autre conflit où, encore, « les barbus » ont déclenché les hostilités !
Cependant, comme nos porteurs de valises suppôts de nos assassins de 1954 à 1962, ils n’iront jamais s’installer ou prendre des vacances dans ces « paradis retrouvés ! »
Ils provoquent le chaos et ils se tirent ! N’est-ce pas Monsieur SARKOZY ? affublé de votre « tartarin » BH.Lévy, l’anti-France personnalisé, triste, néfaste et pitoyable complice qui aujourd’hui n’a même plus la « reconnaissance du ventre » pour son « bienfaiteur ! »
Les barbares-destructeurs de TOMBOUCTOU vous disent aujourd’hui…Merci !
Alors depuis votre « refuge de luxe, » ayez au moins la décence de vous faire oublier ou partez « agir» contre les « libérateurs islamistes de la Libye » que vous avez aidés et qui mettent en pièce le nord MALI …..grâce à vous et à l’OTAN comme au KOSOVO, province Chrétienne historique Serbe devenue aujourd’hui islamiste et indépendante.
Tout est en place dorénavant sur le pourtour Méditerranéen. Une logistique terrifiante nous fait face, avec le réservoir de l’Afrique Subsaharienne où les moyens matériels et humains sont d’une ampleur rarement atteinte dans l’histoire.
Il ne s’agit même plus d’une simple réalité mais d’une menace immédiate puisqu’une puissante « 5°colonne » est en place sur l’étendue du territoire Européen et que tous les rouages de la société sont touchés, gangrenés, cancérisés.
Et ce ne sont que les prémices, une goutte de l’océan des possibilités de ce monstre d’une duplicité calculée et d’intolérance affichée, aux moyens financiers considérables qui, déjà, approvisionnent cette menace qui nous infiltre sur le territoire Européen, avec la complicité des financiers de l’immobilier, du sport et des politiciens véreux avides de pouvoir, les pétrodollars font la loi et ne se cachent plus pour installer leurs faisceaux de « baïonnettes »(dixit ERDOGAN) à l’ombre des minarets qui se multiplient, inaugurés par nos Ministres irresponsables d’un État soi-disant laïc, pendant que disparaissent beaucoup de nos églises.
Alors, quand une élection concernant les plus hautes instances de la direction de notre pays et de la promulgation de nos lois mettant l’avenir de notre Nation en jeu, se fait par le basculement des voix des tenants de cette hégémonie menaçant notre civilisation millénaire, le pire est à craindre et il est clair qu’une CHAPE de plomb s’abat sur notre avenir et celui de nos descendants immédiats.
Sans sursaut rapide : « Aléa jacta est »
« La tolérance, c’est le mépris bourgeois de l’autre. La tolérance, c’est le cache misère d’une société qui se suicide lentement, par persuasion publicitaire, dans le confort et le conformisme intellectuel »
J.H HALLIER (+)
Alain ALGUDO
Président C.D.F.A./U.C.D.A.R.A
Vice-Président de VERITAS
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PRISES ET MÉPRISES
De Jacques Grieu
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L’homme est un grand preneur ; il prend plus qu’il ne donne.
Passant sa vie à prendre, il n’épargne personne.
« Je prends, tu prends, il prend », la prise est son pactole,
S’il prend froid ou prend peur il perd son auréole…
La prise est son domaine et sa façon de voir ;
Ou bien il prend son pied, ou il prend… le pouvoir.
On le prend comme il est, on le prend à son jeu,
Mais prendre sa défense est le prendre… au sérieux.
D’ailleurs, prendre parti n’est pas prendre à partie ;
S’habiller le matin n’est pas prendre l’habit.
La prise de judo n’est pas prise électrique,
La prise de tabac n’est pas prise de chique…
« C’est la mer qui prend l’homme » a proclamé Renaud ;
La mer l’avait bien pris : il l’avait pris de haut.
Peut-on prendre la fuite en prenant le bateau ?
Souvent prise de terre exclut la prise d’eau…
On peut rester derrière en prenant les devants,
Tout prendre à contre-pied en prenant du bon temps.
On peut prendre la mouche et ne pêcher qu’au vers,
Car prendre du poisson est un art très divers…
Quand tout est bon à prendre, alors, il faudra rendre :
On usera la terre à ne faire que prendre.
Rendre c’est recycler ; tout cela nous regarde,
Il faut le prendre en compte et aussi prendre… garde.
Le monde appartiendra à qui saura le prendre
Et cent sortes de prises essayent d’y prétendre.
Sans se prendre, un baiser peut-il être... donné ?
On peut prendre congé sans prendre des congés !
Et puis, on prend… de l’âge ; et même un peu de ventre.
On se prend… en pitié ; de soi, on est le centre.
De ses prises de langue, on se prend… à témoin.
Reste à prendre son vol et puis… à prendre fin.
Jacques Grieu
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« On ne gagne pas les guerres avec des évacuations ! »
(Winston Churchill 23 mai 1940)
« Les Anglais se battront jusqu’au dernier Français. »
(Message de propagande allemand au début de l’« Opération Dynamo »)
Quand on parle de l’offensive de mai-juin 1940, la légende gaulliste veut qu’on cite la bataille de Montcornet, présentée comme « une défaite qui est un appel à la résistance ».
J’ai écrit moult fois ce qu’a été réellement la bataille de Montcornet : une défaite française, soldée par 14 tués, 9 disparus et 6 blessés, transformée en victoire par la geste gaullienne. Ce fait est attesté par TOUS les historiens, y compris les gaullistes, de gauche comme Jean Lacouture (1) ou de droite comme Henri Amouroux (2). Avant de parler d’esprit de résistance », il faut se replonger dans le contexte de l’époque, et le faire honnêtement, sans parti-pris, à partir de faits réels, de chiffres, et éventuellement de témoignages vécus. L’historien Roger Bruge, avec lequel j’ai collaboré (pour son livre Les hommes de Diên-Biên-Phu), a réalisé, sur cette période tragique, un énorme – et remarquable – travail de mémoire (3). Un bref rappel historique s’impose.
Le 1er septembre 1939, l’Allemagne envahit la Pologne. Le 3 septembre, l’Angleterre, puis la France déclare la guerre à l’Allemagne. En France, cinq millions d’hommes sont mobilisés.
L’intendance est incapable de subvenir aux besoins de tous. Pendant plusieurs mois, certains bidasses garderont leurs vêtements civils ; il n’y a pas d’armes, de munitions et d’équipements pour tout le monde (4). Si en théorie, sur le papier, les forces en présence sont comparables (et même plus importantes en France qu’en Allemagne), en réalité le « bordel à la Française » fait la différence.
Depuis le Front Populaire notre pays connaît des grèves à répétition et une désorganisation générale, mêlée à un antimilitarisme encouragé par les partis de gauche et admis par le pouvoir.
Le 3 septembre 1939, donc, l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne, selon l’accord passé avec Édouard Daladier, mais les deux gouvernements n’avaient rien entrepris pour prêter main forte à leurs alliés polonais. Depuis la capitulation de la Pologne, Hitler avait déplacé ses troupes vers l’ouest, mais il ne se passait rien de plus. Les Français renforçaient mollement leurs lignes de défense.
Les Anglais leur avaient envoyé un corps expéditionnaire pour les soutenir en cas de menace sérieuse mais, en fait, personne n’y croyait vraiment. Au contraire, tout le monde ironisait sur ce simulacre de guerre. Les Anglais l’appelaient phoney war (semblant de guerre), pendant que les Français parlaient d’une drôle de guerre. Les journaux insistaient sur « le confort de la ligne Maginot ». Elle remplissait son office en immobilisant notre armée. Nos soldats tapaient le carton tandis que la Wehrmacht achevait la Pologne en laissant, face à l’armée française, quelques divisions de réserves. Les antagonistes s’observaient de loin, à l’abri de leur ligne de défense, Maginot pour les Français, Westwall pour les Allemands. Gamelin, notre généralissime, avait 67 ans, le prestigieux Weygand, 72 ans ; et le maréchal Pétain, futur chef de l’État français, 83. En face, Guderian avait 51 ans, Rommel, 48, Hitler, 50. De part et d’autre, l’audace n’était pas également répartie. À peine les Français tentent-ils une incursion dans la Sarre qu’ils rebroussent chemin de peur de la riposte allemande. Une opération qui nous coûte 300 morts pour rien. Nos soldats ont reçu l’ordre d’éviter de tirer de l’autre côté du Rhin afin « d’éviter les représailles » ; ça laisse rêveur !
Le 9 avril 1940, cette supposée guerre tourne au drame sanglant. Les troupes allemandes débarquent en force au Danemark et en Norvège sans avoir déclaré la guerre à ces deux pays.
Les Norvégiens, soutenus par 35.000 soldats anglais, français et polonais, leur opposent une résistance désespérée. Mais ils subissent de lourdes pertes et doivent abandonner la lutte. Le triste bilan de cette attaque (qui porte le nom de Weserübung), est de 2700 morts du côté allemand et 5800 du côté allié. À partir de ce moment, les offensives s’enchaînent.
Le 10 mai commence le fall gelb, l’offensive de l’ouest. Hitler prévoit cette attaque depuis l’automne 1939. Attaque qu’il n’a cessé de repousser (29 fois en tout !), freiné par les atermoiements de ses généraux, car en fait, l’Allemagne n’était pas encore prête à entrer en guerre !
La conquête de la France ne peut se faire par voie directe car les Français ont construit la ligne Maginot pour protéger leurs frontières. Les troupes allemandes font donc un détour via les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg. Les Pays-Bas capitulent dès le 15 mai.
La veille, plus de 800 civils ont péri dans un bombardement aérien sur Rotterdam. Peu de temps après, la Belgique et le Luxembourg déposent les armes et se rendent à leur tour. Personne ne peut plus arrêter les Allemands. Nos pertes sont impressionnantes : 85.310 morts en 6 semaines. C’est pire que la moyenne hebdomadaire de la Première Guerre mondiale (qui, rappelons-le, a fait 1,5 million de tués français). On peut comprendre le vent de panique qui frappa alors l’opinion.
Personne n’avait cru à cette guerre ; le réveil était douloureux !
L’Opération Dynamo : rembarquement des troupes britanniques
Le 17 mai, les premiers soldats allemands se trouvent sur la rive française de la Meuse. Dès la fin du mois, ils contrôlent le nord du pays. Le corps expéditionnaire britannique, peu préparé à de véritables combats, est aussi rapidement dépassé que l’armée française par l’avancée des troupes allemandes. Des centaines de milliers de soldats, français et britanniques, se retrouvent soudain encerclés par les Allemands le long de la côte. À Dunkerque, ils se précipitent vers les plages dans l’espoir de trouver une embarcation pour fuir en Angleterre. Voulant ménager l’Angleterre, le général Von Rundstedt va interrompre son avancée pendant quelques jours.
C’est là que débute l’« Opération Dynamo » que de nombreux historiens ont appelée « La bataille de Dunkerque » or la vraie bataille a été menée par… les Français autour de Lille, pour permettre aux Britanniques de rembarquer.
Plus de 800 embarcations de toutes sortes sont rassemblées à la hâte. Il y a là des bateaux de guerre, de plaisance, des cargos, des barques de pêche… En l’espace de 10 jours, entre le 26 mai et le 4 juin, 338.226 soldats, majoritairement des Anglais, sont ainsi évacués du port et des plages de Dunkerque. Chassés par les rafales et les bombes des Stukas allemands, ils doivent abandonner la quasi-totalité de leur armement, leurs munitions et leurs véhicules. Si l’histoire a retenu l’appellation de « bataille de Dunkerque » c’est parce que cette retraite a été présentée par Winston Churchill comme une victoire (85 % des troupes ayant été évacuées) et il est vrai que, quand le dernier bateau quittera Dunkerque, le 4 juin à 3 heures, 338.226 hommes auront été évacués.
L’embarquement des troupes a donné lieu à de sévères empoignades, les Britanniques privilégiant leurs soldats. Les troupes françaises et les troupes belges ne purent embarquer qu’après les Britanniques, mais cela a permis de sauver environ 120.000 soldats français et belges.
Lord Gort, en charge de l’« Opération Dynamo », avait reçu l’ordre de Churchill de ne pas informer les généraux français et belge du début de l’évacuation, laissant sept divisions françaises seules face aux troupes allemandes. Elles combattirent jusqu’à l’épuisement de leurs munitions. Au moment de leur reddition, les Allemands leur rendirent les Honneurs militaires.
Après ce que les Anglais appelleront « le miracle de Dunkerque », miracle qu’ils doivent en grande partie au sacrifice de nos troupes – au prix de 1800 morts – la campagne de France ne va durer que deux semaines. Le 14 juin, les troupes allemandes occupent Paris, déclarée ville ouverte.
Le 17 juin, le gouvernement démissionne, et le peuple français dans son immense majorité, sonné par la plus mémorable raclée de son histoire, applaudit quand le vieux maréchal Pétain, 84 ans, le « vainqueur de Verdun », déclare : « … Je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur… C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités… ».
Pour bien comprendre les raisons de la demande d’armistice du maréchal Pétain, il faut avoir à l’esprit les pertes françaises et alliées durant l’offensive de mai-juin 1940 : Belgique : 12.000 morts, 15.850 blessés et 300.000 prisonniers ; Pays-Bas : 2890 morts et 6889 blessés ; Pologne : 6000 morts et blessés ; Royaume-Uni : 3458 morts, 13.602 blessés, 48.052 disparus ou prisonniers (dont 45.000 prisonniers à Dunkerque). À ces morts s’ajoutent d’importantes pertes civiles : 2500 morts aux Pays-Bas ; 21.000 en France ; 6000 en Belgique.
Pour la France, le chiffre des pertes militaires du 10 mai au 22 juin 1940 est d’environ 95.000 morts et 250.000 blessés. En outre, 1.800.000 soldats français sont faits prisonniers et internés dans différents types de camps. Oflags pour les officiers, Stalags pour les sous-officiers et la troupe.
De plus, du 10 mai au 22 juin 1940, les pertes en moyens militaires sont énormes : le corps expéditionnaire britannique a abandonné tout son matériel à Dunkerque.
La RAF a perdu plus de 1000 appareils et 435 pilotes, dont plus de 400 chasseurs. Notre armée a perdu 320.000 de ses 400.000 chevaux, et tout le matériel lourd qu’ils tractaient.
En clair, la belle armée française, partie la fleur au fusil, gonflée par des slogans idiots du genre « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » n’existe plus.
« L’esprit de résistance » en cette triste période, nous le devrons au maréchal Pétain et au général Weygand. Lors de la négociation d’armistice, le maréchal Pétain, conseillé par Weygand, va donner des instructions formelles : « … Rompre immédiatement la négociation si l’Allemagne exige premièrement la remise totale ou partielle de la flotte, deuxièmement l’occupation de toute la métropole, ou troisièmement l’occupation d’une partie quelconque de l’empire colonial ».
C’est à partir de notre empire colonial que le général Giraud va mobiliser l’armée d’Afrique ; celle-là même qui débarquera en Provence le 15 août 1944…
Éric de Verdelhan
Éric de Verdelhan
1) « De Gaulle », de Jean Lacouture ; Le Seuil ; 1965 ; nouvelle édition en 1971.
2) « Le 18 juin 1940 », d’Henri Amouroux ; Fayard ; 1964.
3) « Les combattants du 18 juin » de Roger Bruge. Tome 1 « Le sang versé » ; Fayard ; 1982. Tome 2 « Les derniers feux » ; Fayard ; 1985. Tome 3 « L’armée broyée » ; Fayard ; 1987. Tome 4 « Le cessez-le-feu » ; Fayard ; 1988. Tome 5 « La fin des généraux » ; Fayard ; 1989.
4) Un de mes vieux amis, canonnier en 1940, me disait qu’il est parti faire la guerre, avec un étui-jambon à pistolet… vide. Plus tard, on lui a donné un mousqueton et… 5 cartouches.
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Si pour beaucoup, l’esprit « n’est que l’art de se taire »,
C’est ce que l’écrivain est à même de faire ;
Car écrire est se taire et crier en silence :
Rien de moins terre à terre et surtout de plus dense …
La terre est bien petite à qui la voit des cieux,
Et c’est la plume en main qu’on peut la voir le mieux.
Oui, le silence est d’or, ce n’est plus un mystère ;
Il faut tourner sa langue avant que de se taire.
Si tout vient de la terre, aussi tout y retourne
On peut toujours le taire : aucun ne le contourne.
Bien dire nous fait rire et bien faire fait taire,
Mais trop parler fait taire avec le manque d’air !
Le mot "taire" est discret comme un souffle léger
Mais de son éloquence on connaît la portée.
Au temple du silence, c’est la poésie muette,
L’histoire sans parole, sans écho qui répète.
Porteur de lourds secrets ou d’idées romantiques,
Ses clés sont des mystères et restent énigmatiques.
Les rumeurs faisons taire avec leurs quiproquos :
On peut voir des terre-pleins vides de toute auto !
Natif de Terre-Neuve, on peut aimer l’ancien,
Et de sa terre mère accepter tous les liens.
Ma couleur préférée est la terre de Sienne :
Ma sœur, pourquoi le taire, en a faite la sienne …
« S’il est bon de parler, mieux vaut encor se taire »
A dit ce vieux sourd-muet avec les pieds sur terre.
Mais « si haut que l’on monte, à terre tout retombe »
A dit ce dignitaire à deux doigts de la tombe.
C’est en terre de France où tout pousse le mieux,
Pas en Terre Adélie ni en Terre de Feu !
Ce n’est que terre à taire, disent les dédaigneux ;
Mais les grandes envolées feraient-elles vraiment mieux ?
Ce que la terre attend : la sueur ! Et pas le sang !
Plutôt que du guerrier, il faut du paysan.
Nos belles théories, le réel met à terre :
C’est quand Dieu vous entend, qu’alors, il faut se taire …
Jacques Grieu
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MINUCIUS FÉLIX,
ÉCRIVAIN DE LANGUE LATINE
PNHA - N'187 - Juillet 2010
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Marcus Minucius Félix est un écrivain latin chrétien du IIe ou du IIIe siècle. Originaire d'Afrique du Nord, il se convertit au christianisme à la fin de sa vie.
Il est l'auteur de l'Octavius, dialogue philosophique dans lequel il montre que la foi chrétienne peut se concilier avec la culture traditionnelle, notamment avec la philosophie : les grands philosophes ont été les précurseurs de la doctrine chrétienne et ont approché de la vérité sans y parvenir pleinement.
Cet ouvrage ne mentionne pas le nom du Christ mais est indéniablement chrétien. C'est un texte de haute tenue littéraire et philosophique, mais peu original sur le plan dogmatique. Minucius Félix est rangé parmi les Pères de l'Église.
L'Octavius inspirera, des siècles plus tard, une démarche analogue de Louis Laneau, évêque de la Société des Missions étrangères de Paris et auteur d'une Rencontre avec un Sage Bouddhiste où le christianisme est présenté, sur le même mode implicite, comme la vraie sagesse - dans les catégories du bouddhisme.
Un auteur probablement... d'origine kabyle ! Cet apologiste chrétien du troisième siècle est peut-être originaire de la ville de Béjaïa. Minucius Félix est célèbre dans la littérature chrétienne de langue latine mais on ignore presque tout de lui.
Les quelques rares informations dont nous disposons proviennent de son ouvrage, Octavius. D'après cet ouvrage donc, on sait que Minucius Félix, qui vivait à Rome exerçait la profession d'avocat. Il était païen et ce n'est que quelques années avant la composition de son livre qu'il se convertit au christianisme. Il est possible d'ailleurs qu'il ait rédigé son ouvrage pour donner la preuve de sa foi ; On sait qu'un autre écrivain d'origine africaine, Arnobe, avait dû rédiger une apologie du christianisme pour recevoir le baptême.
Minucius Félix, qui semblait appartenir à une famille aisée, avait la possibilité d'exercer de hautes fonctions dans l'administration romaine mais il refusa. Il pensait, en effet, qu'un chrétien devait refuser les honneurs et ne pas servir dans une administration qui comportait des rites païens. Comme Arnobe, il fustigera cette administration ainsi que toutes les institutions romaines, empreintes de paganisme. Il ne dit rien de ses origines mais son ouvrage laisse croire qu'il était Africain, c'est-à dire Berbère. En effet, il ne cesse d'évoquer l'Afrique, son climat, ses dieux, ses mœurs, ses anciens souverains dont il célèbre les exploits.
Il connaît les auteurs africains et les cite abondamment et il met lui-même en scène des personnages qui semblent porter des noms fictifs mais que l'on a retrouvés sur des stèles à Tébessa (Théveste) et surtout Béjaïa (Saldae). II n'est pas impossible qu'il soit originaire de cette dernière ville et que c'est en souvenir de celle-ci qu'il lui a emprunté les noms de ses personnages. Minicius Félix n'a écrit qu'un ouvrage, Octavius, ou plutôt, c'est le seul ouvrage qui nous soit parvenu. C'est une apologie de la religion chrétienne dont l'auteur veut montrer la supériorité sur le paganisme. Le texte est conçu sous la forme d'une causerie, les personnages échangeant leurs points de vue au cours d'une promenade. Comme dans le drame, la causerie comporte cinq parties : un prologue qui annonce les intentions de l'auteur, un réquisitoire, un intermède, un plaidoyer et un épilogue.
Les personnages principaux sont au nombre de trois : l'auteur qui joue le rôle d'arbitre, Octavius Januarius qui représente les Chrétiens et Caecilius Natalis qui représente les Païens. L'arbitre donne à chacun la possibilité de défendre son point de vue mais tout le dialogue est construit de sorte à préparer la victoire finale du christianisme, présenté comme supérieur au paganisme. L'apologie de Minucius Felix présente une analogie frappante avec celle de Tertullien : un autre écrivain d'origine africaine. On relève, en effet de grandes similitudes dans la méthode d'exposition des arguments et les références culturelles De nombreux auteurs croient que c'est Tertullien qui a paraphrasé Minucius Felix qui lui serait antérieur, d'autres, comme Monceaux, auteur d'une Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, pensent qu'il faut plutôt envisager l'inverse.
Quant à la possibilité que Minucius et Tertullien aient copié un auteur romain, Apollonius, elle est aujourd'hui écartée. L'œuvre de ce dernier n'est pas à proprement parler une apologétique mais seulement des réponses d'un condamné chrétien à son juge païen. Apologie de la religion chrétienne, Ociavius est aussi un réquisitoire contre l'empire romain. Il dénonce l'arrogance de l'empire et la tyrannie de ses souverains. Pour lui, l'histoire de Rome, se confond avec celle de ses conquêtes, et cette histoire n'a été qu'une suite de crimes et d'infamies : « Dépouiller les voisins, détruire leurs cités, leurs temples et leurs autels, emmener des captifs, s'agrandir par la ruine des autres et par les crimes, telle a été la politique de Romulus, de tous les autres rois et chefs qui ont suivi. Ainsi, tout ce que les Romains tiennent, adorent, possèdent n 'est que le butin conquis par leur audace ».
J-M L
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MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française
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A SUIVRE
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PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. E. Vassalo
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ECOLE VICTOR HUGO 1956
Est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms à cette photo ?
Si OUI, contacter le webmaster, SVP, d'avance merci.
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DES DIVERSES RACES QUI PEUPLENT L'ALGÉRIE.
Gallica : Revue de l’Orient 1845-2, pages 349-361
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LES ARABES ET LES KABYLES.
Constitution de la race arabe. - Les cultivateurs et les pasteurs. - Tribu arabe et ses divisions. -- Répartition du territoire - Des Ketaa. - Des différentes classes de la société chez les Arabes et de la noblesse, CHÉRIF, DJOUAB, MARABOUT. -- Des différences qui existent entre les Arabes cultivateurs et les Arabes pasteurs. - De la race kabyle.
Les détails qu'on va lire sont extraits d'un Exposé de l'état actuel de la société arabe, du gouvernement et de la législation qui la régit, rédigé à la direction des affaires arabes par ordre de M. le gouverneur général de l'Algérie, qui, après avoir revu avec soin cet exposé, l'a approuvé et a apposé sa signature, le 10 novembre 1844, sur le manuscrit original.
Le travail dont M. le maréchal, duc d'Isly accepte ainsi la responsabilité, a été distribué à tous les commandants Supérieurs et aux officiers chargés des affaires arabes ; il est déposé dans leurs archives et destiné à leur servir de guide dans la pratique du gouvernement.
Nous pensons qu'il nous sera possible d'en donner d'autres extraits à nos lecteurs.
En attendant, et pour mieux faire apprécier toute la valeur de cet ouvrage important nous dirons qu'il est divisé en six chapitres, précédés d'un lavant - propos on sont nettement exprimées les vues qui l'ont fait entreprendre, et l'analogie que dans l'ensemble, sinon dans les détails, la tribu arabe présente avec la commune du moyen âge. « C'est dans la constitution du douar, dit l'illustre rédacteur, ce premier élément de la tribu, qu'il faut étudier la société arabe. Là se retrouve la plus fidèle image de la vie intérieure, de la vie de famille, constituée d'une façon si puissante par Mohammed...
« L'autorité excessive accordée au père de famille par le Koran, tend, comme les faits le prouvent, â créer dans l'État un grand nombre de petites nations presque indépendantes, et engendre sans doute beaucoup d'autres inconvénients... Mais les Arabes sont profondément attachés à la constitution de leur société, et cette constitution noème a résisté presque sans altération à l'action du temps. C'est en adoptant une organisation parfaitement en harmonie avec le caractère des Arabes `et en respectant les traditions populaires, qu'Abd-el-Kader était parvenu à se créer une puissance, tout en faisant chérir son gouvernement des tribus...
« Le Koran, qui renfermé à la fois les lois religieuses et les lois civiles les plus importantes, a lié d'une façon si intime les intérêts de la religion à ceux de l'État, qu'il sera toujours fort difficile de substituer un système d'administration entièrement français à celui que les habitudes, les mœurs et les croyances ont développé en Afrique, sans froisser profondément la population. »
Après avoir reproduit ces idées, passons à l'examen sommaire de l'ouvrage.
Le premier chapitre est consacré aux diverses races qui peuplent l'Algérie ; c'est celui que nous publions.
Le deuxième, qui a pour titre Des bases de l'organisation d'Abri-el-Kader, expose les principes sur lesquels reposait le gouvernement de l'émir, la hiérarchie qu'il avait établie pour les chefs indigènes, son organisation judiciaire, son système financier relativement à l'assiette et à la perception des impôts, à l'administration des biens du beylik, etc.
Le troisième chapitre, en traitant des bases de l'organisation française, détermine les principes qui doivent guider les agents de l'autorité dans leurs fonctions, compare notre gouvernement en Algérie avec celui de l'émir, et montre quels sont le caractère de l'autorité française, le but de l'organisation adoptée et de la hiérarchie établie parmi les divers fonctionnaires employés.
Le quatrième chapitre est plus particulièrement consacré à l'exposé des attributions des autorités indigènes établies par nous, et qui relèvent des commandants des subdivisions, sous la surveillance spéciale des officiers chargés des affaires arabes.
La justice est l'objet du cinquième chapitre, qui traite des tribunaux arabes et de leur compétence, ainsi que des cas réservés aux conseils de guerre, des formes de la procédure, de la nature des peines, de la police des marchés et des routes, etc.
Enfin le sixième chapitre, relatif aux impôts, en fixe la nature, les bases et le mode de perception.
Ces divers chapitres sont suivis de circulaires administratives et de règlements relatifs soit à l'organisation de la force armée arabe ( makhsen, khiela et askar ), soit à la responsabilité des tribus pour les vols et crimes commis sur le territoire ; règlements où l'on trouve, avec la connaissance profonde de ce qui convient aux Arabes, les prescriptions les plus efficaces pour obtenir d'eux, autant que possible, ce qu'une administration intelligente et régulière exige des populations européennes dans l'intérêt de la société et de la civilisation.
A. H.
Constitution de la race arabe. - Les cultivateurs et les pasteurs.
Les habitants de l'Algérie se divisent en deux races distinctes : la race arabe et la race kabyle. L'une et l'autre suivent le culte mahométan ; mais leurs mœurs, la constitution de leur société, aussi bien que leur origine et leur langue, en forment deux grandes divisions distinctes que nous nous proposons d'examiner.
La race arabe doit d'abord attirer notre attention comme étant à la fois la plus nombreuse et celle que des relations plus fréquentes nous ont permis de mieux suivre dans ses détails.
Il n'existe point de document historique qui nous permette d'apprécier les transformations de la société arabe avant d'être arrivée à son état actuel. Tout nous porte à croire que tel que nous l'observons aujourd'hui, cet état est voisin de sa forme primitive. Ce sont donc les faits actuels que nous nous bornerons à constater.
Une faible partie de la population arabe s'est fixée dans les villes. Ces musulmans, auxquels nous donnons le nom de 3/laures, sont compris sous la dénomination générique de hadar. Nous ne nous occupons point de cette faible minorité qui vit aujourd'hui dans un milieu qui n'est pas exclusivement le sien, et qui n'y a point formé de société à part ayant droit à une administration particulière.
Les Arabes dont nous parlerons ici sont ceux qui vivent sous la tente ou sous le chaume, et que l'on désigne sous le nom générique de Ehel-el-Badia. Ils habitent une étendue de pays immense, que la nature a divisé en deux zones très-distinctes. La première comprend un pays fertile en grains et d'une culture facile, qui s'étend entre les hautes chaînes de montagnes et la mer. Les hauts plateaux forment la seconde, qui est pauvre en céréales.
Nous disons dès à présent que la première de ces zones est occupée par les Arabes cultivateurs, et la seconde par les Arabes pasteurs, Rehhala. Nous aurons bientôt l'occasion de nous occuper séparément de chacune de ces divisions, et de constater les différences, pour la plupart locales, par lesquelles elles se distinguent. On peut déjà, d'après ce qui vient d'être dit se rendre compte d'une façon générale de la division que nous venons de rappeler, et dont la nature du sol a été la cause principale, Il est nécessaire d'examiner maintenant, avant d'aller plus loin, la nature des divisions intérieures dues à des influences morales, d'examiner, en un mot, la société que le caractère arabe et la religion musulmane ont développée en Algérie,
De la tribu arabe et de ses divisions
La société arabe repose sur trois caractères généraux qui se retrouvent jusque dans ses plus petites divisions ; ce sont :
1° L'influence de la consanguinité ;
2° La forme aristocratique du gouvernement ;
3° L'instabilité des centres de population, ou, si l'on veut, la répugnance des Arabes à se fixer d'une façon permanente sur un point donné du sol.
Le premier de ces principes dérive de l'interprétation que les Arabes ont adoptée de la loi de Mohammed ; le second résulte à la fois des préceptes religieux et des habitudes nationales ; le troisième de ces principes enfin est Étranger à la religion, et ne tient absolument qu'au caractère du peuple arabe : raisons tirées de la culture et de la nature du pays que ce peuple habite.
Quelle que soit du reste, dans ces bases de la société, la part qui revient la croyance ou aux habitudes, leur existence une fois admise, et on ne saurait la nier, l'explication des phénomènes de la vie arabe devient aisée.
C'est ce que nous allons essayer de démontrer en exposant à la fois la naissance, la formation de la tribu arabe et ses divisions actuelles.
Un coup d'œil jeté sur le coran suffit pour faire comprendre que son esprit est éminemment favorable à l'autorité du père de famille, et qu'il a dû, sinon établir, au moins consacrer les habitudes de la vie patriarcale chez les Arabes. Non-seulement la parenté est plus étendue chez les musulmans que chez nous, puisqu'elle comprend, par exemple, les sœurs et frères de lait, mais elle est encore établie sur des bases plus solides. On comprend, en remontant vers le passé, que par ces liens de la consanguinité tous les descendants d'une même famille se trouvaient étroitement unis et soumis à l'autorité d'un seul par droit naturel. Quelquefois, par l'action seule du temps, cette réunion grandissait se multipliait et formait une petite nation à part : D'autres fois, quand une pareille famille était puissante par ses richesses ou illustre par ses faits d'armes, la protection qu'elle était en mesure d'accorder à ceux qui voulaient en partager le sort attirait à elle d'autres familles d'une parenté plus éloignée, ou même étrangères, mais qui bientôt par des alliances venaient se rattacher à la famille principale. Ce sont de pareilles agglomérations de familles ou d'individus, formées à des époques reculées sous le nom d'un chef commun, qui, après avoir traversé des siècles, ont formé la tribu arabe, Il ne faut donc point être surpris de trouver chez elle ce qu'ailleurs on ne rencontre que dans les grands États : une histoire nationale vivante dans les traditions, des alliances fixes, des antipathies incessantes, enfin une ligne de politique tracée et une grande intelligence des intérêts généraux.
C'est, comme nous l'avons dit, la réunion de familles qui se croient généralement issues d'une souche commune qui ferme la tribu arabe. Ce qui distingue cette petite société, c'est l'esprit de solidarité et d'union contre les voisins qui de son berceau a passé à ses derniers descendants, et que la tradition et l'orgueil aussi bien que le souvenir des périls éprouves en commun tendent encore à fortifier. Comme on le voit le principe de l'influence de la consanguinité a non-seulement contribué puissamment à former la tribu, mais c'est encore lui qui l'empêche principalement de se dissoudre.
Ceci parait encore plus vrai si on considère la forme du gouvernement de ces tribus, que nous examinerons bientôt, et la noblesse noue un si grand rôle. Ainsi toutes les familles nobles d'une tribu se regardent comme unies plus particulièrement par les liens du sang, alors mème qu'à des époques très-reculées elles auraient eu des souches distinctes. Nous aurons bientôt l'occasion de parler en détail de la noblesse chez les Arabes.
Le sort des tribus a été extrêmement variable : quelques-unes sont entièrement éteintes, d'autres sont extrêmement réduites, d'autres encore sont restées puissantes et nombreuses. On peut dire que le nombre des individus formant une tribu varie de 500 â 40,000; il est en tout cas fort inférieur au chiffre de la population que les terres occupées par la tribu pourraient nourrir. Il n'est point difficile de se rendre compte de cette inégalité de population dans les tribus ; leur genre de vie les soumet à mille vicissitudes, et nous avons vu nous-même en peu d'années plusieurs exemples de tribus qui naguère puissantes et nombreuses, sont presque éteintes aujourd'hui.
Quel que soit, du reste, le chiffre de la population d'une tribu et son état de fortune,. nous la regarderons toujours comme une unité politique et administrative. Ce principe entraînera pour nous deux conséquences, dont l'une est relative aux hommes et l'autre au territoire, savoir : la tribu sera administrée par des hommes tirés de son sein, et elle aura en second lieu un droit exclusif sur son territoire, sauf les réserves dont il sera question plus tard. C'est cette dernière conséquence, admise déjà par le fait, qui constitue aujourd'hui la garantie la plus précieuse de l'ordre public, puisqu'elle nous permet en tout droit de rendre la tribu responsable des actes commis sur son territoire en temps de paix, et lorsque les coupables ne se trouvent pas entre les mains de la justice.
Les tribus sont divisées en un plus ou moins grand nombre de fractions, selon leur importance. Les noms donnés à ces différentes fractions sont très variables en arabe ; on les appelle ordinairement, Kasma, Parka ou Rouabaa, Fekhad ou Khoms, etc. Nous allons examiner ces différentes divisions. A cet effet, nous reconstituerons la tribu en prenant pour point de départ sa division la plus restreinte, ou, si l'on veut, son premier élément.
Nous croyons utile de dire en même temps un mot des chers de ces fractions sur les attributions desquels nous reviendrons plus tard), afin de nous rendre compte de la limite à laquelle l'État intervient pour imposer un agent qui veille aux intérêts généraux.
De même que la tribu est un élément politique et administratif dans le gouvernement, de même le douar est l'élément de famille dans la tribu. Tout chef de famille, propriétaire de terres qui réunit autour de sa tente celle de ses enfants, de ses proches parents ou alliés, de ses Fermiers, forme ainsi un douar (rond de tentes) dont il est le chef naturel, dont il est le représentant ou cheikh dans la tribu, et qui porte son nom. L'autorité de ce cheikh, comme on le comprend déjà, est indépendante de toute délégation extérieure ; ni l'État ni la tribu ne peuvent intervenir dans sa nomination, si on peut appeler ainsi l'acte qui d'un consentement tacite, mais unanime, confère l'autorité à un seul. Les besoins de la vie nomade, aussi bien que les préceptes religieux, expliquent, du reste, la formation du douar et sa constitution. Le besoin de sécurité pour les individus, la garde des richesses et des troupeaux, ont porté les hommes d'une même souche à se réunir, à voyager ensemble, et à se soumettre à une autorité non contestée.
L'histoire de tous les peuples nomades nous offre des faits analogues.
Divers douars réunis forment un centre de population qui reçoit le nom de farka, etc. Cette réunion a principalement lieu lorsque les chefs de douars reconnaissent une parenté entre eux ; elle prend souvent un nom propre sous lequel sont désignés tous les individus qui la composent, et agit ordinairement de concert. Le territoire occupé par un pareil groupe de douars constitue ordinairement une circonscription distincte dans la tribu, tandis que dans une même farka, les propriétés des douars sont mêlées.
La farka constitue encore, comme on le voit, une famille assez unie dont les terres sont partagées comme au hasard entre les douars. Ces derniers ne restent guère sur leur terrain qu'à l'époque où les travaux des champs les y retiennent ; pendant le reste de l'année, ils campent à proximité les uns des autres et se déplacent simultanément. Les chefs des douars se réunissent en assemblée (djemda) pour discuter les mesures communes et veiller aux intérêts de leur famille ; ils forment une sorte d'aristocratie qui a ses chefs (E1Kebar). Bientôt encore l'homme le plus influent ou le plus illustre parmi ces grands devient d'un commun accord le chef de la farka. En général, l'État n'intervient ordinairement pas encore dans la nomination du chef d'une farka, qui ne doit son élévation qu'a la confiance générale qu'il inspire.
C'est la réunion de plusieurs farka en nombre très-variable qui forme les grandes tribus ; les petites tribus, au contraire, ne sont, souvent constituées que par la réunion des douars.
La nomination du chef d'une tribu, si faible qu'elle soit, ou 'du chef d'une farka dans une tribu puissante, n'est plus abandonnée au choix seul des membres de la réunion. L'État intervient ici, nomme ce chef, qui reçoit le nom de kaïd, et en fait le représentant de ses intérêts.
Hors des cas tout à fait extraordinaires le kaïd doit être choisi dans la tribu même, sous peine de n'avoir qu'une influence factice. Du reste, les familles que leur influence autorise à aspirer à l'emploi de kaïd pour l'un de leurs membres sont parfaitement connues dans les tribus : c'est parmi elles que la bonne politique prescrit en général de le choisir. Nous ajouterons encore que souvent le nombre des individus propres aux fonctions de kaïd est très-restreint, parce que les tribus regarderaient comme une humiliation d'être gouvernées par un homme dont la famille ne serait pas illustre. Ce trait peut donner une idée du caractère essentiellement aristocratique des Arabes.
Après avoir examiné la formation d'une tribu et ses divisions intérieures, il convient d'étudier la manière dont la propriété territoriale y est répartie. Les détails relatifs à la distribution du sol dont nous allons nous occuper ne sont pas, en général, applicables aux hauts plateaux habités par les Arabes pasteurs. Nous ferons, dans un paragraphe particulier, ressortir les différences qui existent sous ce rapport entre eux et les Arabes cultivateurs.
Le territoire occupé par une tribu est nettement délimité et exclusivement partagé entre ses enfants. Nous avons déjà insisté sur ce point important du droit exclusif d'une tribu sur son territoire ; la suite nous apprendra la nature des exceptions que souffre ce principe. Contrairement à ce qui a lieu dans la province de Constantine, la tribu est propriétaire du sol qu'elle cultive, au moins en très-grande partie. On peut établir trois catégories parmi les terres qui sont la propriété réelle de la tribu :
1° Une partie des terres appartient à quelques grandes familles, et ne passe jamais à l'état de propriété commune ;
2° Les bois et les terres laissés en friche sont â l'état de propriété commune, et utilisés comme telle par les membres de la farka ou de la division de la tribu à laquelle ils appartiennent ;
3° Les terres ensemencées d'une farka sont considérées jusqu'après la récolte comme sa propriété particulière.
Nous avons dit qu'entre les terres appartenant en toute propriété à la tribu, son territoire en renfermait souvent d'autres sur lesquelles elle n'avait aucun droit. Ces dernières sont de deux espèces différentes ; elles appartiennent ou au gouvernement, ou à des corporations religieuses appelées zaouïa.
Les terres du gouvernement sont en général bien connues des tribus ; elles comprennent la plus grande partie des forêts et une grande quantité de terres labourables ; elles se sont accrues des biens de la Mecque et Médine, qui, par suite de nouvelles dispositions, sont rentrées dans le domaine de l'État. Il n'entre pas dans notre sujet d'examiner en détail les causes qui ont rendu l'État propriétaire d'immeubles aussi considérables ; nous dirons seulement que les plus importantes sont les donations, les confiscations et les successions tombées en déshérence. Nous aurons l'occasion de parler du mode d'exploitation de ces terres du gouvernement.
Enfin une partie du sol appartient à des congrégations religieuses, dont la constitution sera exposée quand nous parlerons de la noblesse militaire et religieuse. Nous nous bornerons à faire remarquer ici que le territoire de ces zaouïa forme une circonscription distincte dans la tribu qui pendant longtemps n'a point été soumise au payement des impôts.
Bien que l'étendue du pays occupé par une tribu soit en général hors de rapport avec le nombre de ses habitants on rencontre cependant des douars qui ne possèdent aucune partie du sol en propre. Les douars désignés sous le nom de ketâa (pièce, morceau) ne comptent pas d'une façon fixe dans telle ou telle division de la tribu. Chaque année ils passent un marché avec une farka, louent sur son territoire la quantité de terre nécessaire à leur subsistance, et se considèrent pour ce temps comme membres de la fraction de tribu avec laquelle ils ont traité. Ces douars, dont la composition est moins fixe que celle des douars de propriétaires, se recrutent dans la classe des fermiers qui, ayant acquis quelque fortune, désirent mener une vie plus indépendante. Ces fermiers mêmes se désignent ordinairement sous le nom de khammès (de khoms, cinquième), parce qu'ils ont droit au cinquième de la récolte semences prélevées.
Les renseignements que nous venons de donner sur la constitution d'une tribu seraient fort incomplets si nous n'y ajoutions point des détails sur les hommes qui la composent, et surtout sur ceux qui la commandent et la dirigent. C'est ce que nous allons faire en parlant des différentes classes de la société et de la noblesse chez les Arabes.
De différentes classes de la société chez les Arabes
et de la noblesse : chérif, djouad, marabout.
Il est bien rare qu'une société puisse subsister bien longtemps sans faire naître dans son sein des classes distinctes jouissant de privilèges, soit matériels, soit moraux. Au premier abord, on pourrait être tenté de supposer que chez un peuple d'un caractère indépendant, ces divisions, seraient moins tranchées ; mais les faits prouvent que, rapportée aux Arabes, cette supposition serait très-inexacte. Chez eux, en effet, cette distinction des classes est profondément gravée dans les esprits, bien que nous ne nous en rendions pas toujours exactement compte. Accoutumés comme nous le sommes à discerner le plus souvent à des signes extérieurs les classes de notre société les unes des autres, nous sommes portés à regarder comme égaux entre eux des hommes dont le costume est assez uniforme, et dont les relations réciproques nous offrent le spectacle d'une familiarité étrangère à nos mœurs. Les habitudes de la vie de famille et les circonstances où se trouve le pays, expliquent cette apparence d'égalité. Quant au fond, ici comme ailleurs, le serviteur n'est point l'égal du maître ; l'homme ne pèse pas dans la balance autant que l'homme que sa position ou sa famille appelle à jouer un rôle principal.
Le peuple arabe a non-seulement ses chefs militaires, mais il a encore ses chefs religieux. Chacun peut juger à sa manière le degré de fidélité et de soumission que les Arabes ont montré pour les hommes influents de l'ordre spirituel ou temporel ; mais nul ne saurait révoquer en doute que ce sont ces chefs qui tiennent le fil de la politique dans les tribus. C'est donc de l'aristocratie militaire et religieuse que nous croyons devoir nous occuper, en premier lieu.
Il existe chez eux trois sortes de noblesse :
1° La noblesse d'origine ;
2° La noblesse temporelle ou militaire ;
3° La noblesse religieuse.
Examinons en quelques lignes ces différents ordres.
1° On appelle noble d'origine (chérif) tout musulman qui peut, au moyen de titres en règle, prouver qu'il descend de Fathma Zohra, fille du prophète, et de Sidi-Ali-ben-Ebi-Thaleb, oncle de ce dernier. On peut dire que c'est Mohammed lui-même qui a fondé cette sorte de noblesse, très-considérée chez les Arabes. Il prescrit en effet, dans plusieurs passages du Koran, aux peuples qui ont embrassé sa foi, de témoigner les plus profonds égards aux hommes issus de son sang, en annonçant qu'ils seront les plus fermes soutiens et les purificateurs futurs de la loi musulmane. Les Arabes montrent en général une grande déférence pour les cheurfa (pluriel de chérif), et leur donnent le titre de Sidi (monseigneur). Toutefois, comme leur nombre est très-considérable, au point de former des farka particuliers dans certaines tribus, les marques extérieures de respect qu'on leur témoigne varient avec les lieux. Le chérif est sujet aux lois, mais il a dans le pays musulman le droit d'invoquer un jugement rendu parses pairs. C'est ainsi qu'Abd-el-Kader s'était réservé le droit de les juger lui-même.
Les cheurfa jouissent de prérogatives plutôt morales que matérielles, et leur influence ne doit pas se mesurer sur les honneurs qu'on leur rend.
Un grand nombre de cheurfa ont été marabouts, terme que nous définirons plus tard ; mais cette réunion de deux caractères distincts n'est qu'accidentelle.
2° Les membres de la noblesse militaire chez les Arabes portent le nom de djouad. Ce sont les descendants des familles anciennes et illustres dans le pays, ou bien encore les rejetons d'une tribu célèbre, les Koraïches, dont Mohammed et sa famille faisaient partie. Dans ce dernier cas, ils se désignent par le nom de dhouaouda, et représentent une noblesse supérieure aux djouad ordinaires.
La plus grande partie des djouad tire son origine des mehhal, conquérants venus de l'Est à la suite des compagnons du prophète.
Quoi qu'il en soit, les djouad constituent l'élément militaire dans la société arabe. Ce sont eux qui, accompagnés de leur clientèle, mènent les Arabes au combat. Par le fait, ces derniers sont presque leurs sujets.
L'homme du peuple a beaucoup à souffrir des injustices et des spoliations des djouad ; ceux-ci cherchent à faire oublier ces mauvais traitements et à maintenir leur influence en accordant généreusement l'hospitalité et leur protection à ceux qui là réclament. Du reste, l'habitude, qui fait endurer les plus grands maux, a fortement rivé la chaîne qui unit aux djouad l'homme du peuple. Ces cheiks, car c'est le nom que les Arabes leur donnent, quels que soient leur âge et leur position, réunissent deux traits saillants du caractère national l'avidité du gain et un certain amour du faste, quoique, au premier abord ces deux penchants semblent opposés.
3° La noblesse religieuse mérite plus encore que la noblesse militaire d'être étudiée avec soin, car son influence sur les peuples est encore plus puissante, quoiqu'elle ne soit pas basée sur les mêmes fondements. Le marabout, en effet, est l'homme spécialement voué à l'observation des préceptes du Koran ; c’est lui qui, aux yeux des Arabes, conserve intacte la foi musulmane, il est l’homme que les prières ont le plus rapproché de la Divinité. Ainsi ses paroles deviennent des oracles auxquels la superstition ordonne d'obéir, et qui règlent à la fois les discussions privées et les questions d'un intérêt général.
C'est ainsi que les marabouts ont souvent empêché l'effusion du sang en réconciliant des tribus ennemies ; c'est ainsi que leur protection (aännuya) a souvent suffi pour garantir de toute atteinte les voyageurs ou les caravanes. Bien des fois encore ils ont, le coran en main, prêché la guerre contre les infidèles. Ces exemptes suffisent pour démontrer que leur influence s'étend sur les questions religieuses et politiques ; elle est d'ailleurs d'autant mieux assurée, que l'exercice du culte, l'explication des livres saints, la consécration de toutes choses, mettent les marabouts en relation continuelle et intime avec les musulmans. Il faut remonter très haut dans notre histoire pour retrouver : le temps où nos évêques jouaient le rôle de marabouts, et où leur influence spirituelle et temporelle était assez grande pour allumer aussi une guerre sainte en entraînant les croisés vers la Palestine.
Un des caractères principaux de la noblesse religieuse est qu'elle est héréditaire comme les précédentes. Les premiers marabouts étaient en général des hommes, rigoureux observateurs du Koran, qui passaient pour avoir donné des preuves de leur nature supérieure en produisant des miracles.
Tels sont Mouley-Thayeb, Mohammed-ben-Aaissa, Hhasnaouy, Abd-el-Kader, mort à Bagdad, etc., en l'honneur desquels on trouve en Algérie une foule de chapelles. C'est ordinairement autour de ces zaouïa (chapelles), que les marabouts réunissent une sorte de douar qui prend le nom de zaouïa, précédé du mot sidi. Une partie des terres voisines, provenant en général de donations pieuses, est cultivée par les hommes de la zaouïa, et sert à les nourrir.
De larges offrandes, des provisions de toute espèce, sont offertes au marabout et à ceux qui, vivant près de lui, étudient la loi ; quelquefois même, par suite d'anciennes obligations que la religion prescrit d'observer, les voisins de la zaouïa lui payent l'achour ou la dire ; toutefois ce tribut n'a jamais eu de caractère obligatoire devant la justice.
Les zaouïa sont commandées par l'homme le plus influent de la famille des marabouts ; l'exercice de l'hospitalité envers tous les voyageurs et les étrangers musulmans est un des premiers devoirs de sa position, les criminels mômes doivent trouver un abri chez lui ; c'est ainsi que quelques chapelles (que nous appelons vulgairement marabouts) sont un asile inviolable aux yeux des Arabes.
Du reste, ces congrégations religieuses sont tellement nombreuses dans quelques tribus, telles que les Hacheur par exemple, qu'elles y forment des divisions ou farka particuliers.
Les marabouts ne se livrent ordinairement à aucun travail manuel ; ils se vouent, dans l'intérieur des zaouïa à l'instruction d'un certain nombre d'hommes ou d'enfants qui leur ont été confiés par les tribus. Ces disciples ou desservants de marabouts prennent le noua de tolba (de taleb, lettré). Ces tolba étudient la religion dans le Koran, et les diverses branches de connaissances exigées pour leur état. Ils ont le droit de consacrer les mariages, de prononcer les divorces, etc. etc., et â ce titre, ils jouissent d'une certaine considération. Toutefois, il arrive rarement de nos jours qu'à l'extinction d'une famille de marabouts, un de ces tolba monte d'un degré et devienne marabout à sa place dans la zaouïa ; le plus souvent ils aspirent â devenir soit maîtres d'école dans les villes, soit assesseurs du kady, soit même kady ; d'autres fois encore ils ne suivent aucune de ces carrières, et vivent du produit des terres affectées â l'entretien du marabout de leur ordre.
On commettrait une grande erreur eu tirant de ce qui précède la conséquence que tous les cheurfa, djouad ou marabouts occupent une position élevée dans la société arabe ; on en voit, au contraire, journellement occupés à tous les métiers. Mais si tous les membres de ces classes ne jouissent point d'une part égale de considération et d'influence, on peut affirmer au moins que la puissance et l'autorité ne se trouvent que chez elles.
Les classes inférieures, celles qui constituent. la masse du peuple, n'offrent pas à beaucoup près chez les Arabes la même variété que chez nous.
On ne trouve en effet, au-dessous de l'aristocratie, que les propriétaires fonciers, les fermiers et domestiques ou manœuvres. Chez les tribus des Arables pasteurs où, à de très-rares exceptions près, la propriété ne consiste qu'en troupeaux, cette uniformité est plus grande encore. (Nous devons encore répéter ici que nous faisons abstraction entière des habitants musulmans des villes.)
Peut-être serait-il convenable de dire quel est l'état de l'esclavage chez les Arabes, mais il serait trop long de donner à cet égard des renseignements suffisants. Nous nous bornerons à dire que l'esprit du Koran autorise l'esclavage, mais en établissant des dispositions qui paraissent avoir rendu très-tolérable la position des esclaves. Les lois relatives aux relations entre le maître et l'esclave sont conçues dans un but tout paternel, et elles ont pour résultat de faire de l'esclave une partie intégrante de la famille.
La lacune qui frappe le plus dans la société arabe tient à l'absence complète des marchands et des ouvriers proprement dits. On peut dire que l'industrie est presque nulle dans les tribus chez les hommes, et celle des femmes ne s'étend guère au-delà de la confection des objets nécessaires à l'habillement. Autant les Arabes aiment à se livrer au petit commerce, autant ils éprouvent de répugnance à s'attacher aux grands travaux de l'industrie, et ce n'est que grâce à bien des efforts et à une grande ténacité qu'Abd-el-Kader était parvenu à fonder quelques usines, qui depuis longtemps sont tombées en notre pouvoir. Les habitants des villes suppléent à cette insuffisance de l'industrie chez les tribus, ce qui donne naissance au principal commerce qui a lieu aujourd'hui : l'échange des produits manufacturés contre ceux du soi et des troupeaux.
Des différences qui existent entre les Arabes
cultivateurs et les Arabes pasteurs.
Nous avons déjà eu l'occasion de dire que l'Algérie pouvait être regardée ' comme formée de deux zones distinctes et renfermant des hommes dont la manière de vivre n'était point la même : la première de ces zones porte le nom de Tell, et comprend le terrain en général fertile que la nature a borné au nord par la mer, et au sud par les hautes montagnes et les plateaux.
Les tribus qui habitent cette contrée se désignent sous l'appellation générique de rallia ; sa population consiste soit en Arabes cultivateurs, soit en Kabyles, dont nous parlerons plus tard.
Les Arabes du Tell, selon qu'ils sont plus ou moins fixes sur le sol, c'est à-dire selon qu'ils habitent des villages de gourbis, des fermes, ou qu'ils vivent seulement sous la tente, sont désignés par les appellations de Eliel el-grava (pluriel de gourbi) Ehel-el-haouacla (pl. de haouch) et Ehel-bit-el chaar. Les tribus de cette région sont propriétaires d'un sol fertile en céréales, plus propre à la culture qu'à l'entretien de troupeaux nombreux. Aussi les terres sont-elles divisées d'une façon assez régulière et y forment-elles une grande partie de la richesse des tribus. Dans le Tell, les troupeaux consistent en bœufs et en moutons : ils forment la fortune mobilière.
La position de ces tribus et leurs habitudes de culture permettent de les atteindre dans leurs propriétés et leurs intérêts ; aussi ont-elles déjà été soumises par les Turcs et rendues tributaires. II n'en a pas été de même pour les Arabes Rehhala, ou pasteurs qui occupent la zone des plateaux, laquelle forme la transition entre le Tell et le désert. Cette région d'une étendue immense n'offre, à l'exception de rares oasis, que des parcelles de terrain propre à la culture. La propriété de la terre cesse pour ainsi dire de former la richesse foncière, qui consiste plutôt dans la possession des sources et des ruisseaux ; aussi les terres, presque sans valeur, ne sont-elles plus partagées chez les Arabes pasteurs : la fortune tout entière de la tribu consiste en grands troupeaux de moutons ou de chameaux, qui sont conduits de ruisseau en ruisseau à des époques où ceux-ci sont connus pour fournir encore la quantité d'eau nécessaire aux hommes et aux animaux. On comprend déjà que chez les Arabes pasteurs, les limites des tribus ne sont plus nettement marquées comme dans le Tell, et leur fixation d'ailleurs n'a plus le même intérêt ; mais la possession des cours d'eau et des sources y est bien déterminée, et les tribus connaissent parfaitement leurs droits à cet égard.
Dans les vastes espaces que ces nomades parcourent en poussant devant eux leurs troupeaux, se trouvent quelques centres de populations, quelques villes ou villages dont les habitants sont leurs alliés naturels. C'est chez ses amis que la tribu dépose le superflu de ses provisions, soit pour être plus légère dans la marche, soit pour parera une éventualité de guerre. Ces amis eux-mêmes sont pauvres, et ne vivent que du commerce qu'ils font avec des Arabes pasteurs, Ehel-et-keçour, auxquels ils vendent les produits d'une industrie peu avancée. Les Laghouat, les Beni-Mezab, etc. etc., sont au nombre de ces alliés que les tribus des plateaux trouvent dans le désert.
On s'explique aisément que les tribus de la région dont nous parlons aient presque toujours échappé au joug étranger. Leur mobilité est en effet extrême, et elles n'ont pas à regretter le sol d'où on les pourrait chasser ; d'ailleurs, la difficulté de se procurer des subsistances sur leur territoire a longtemps été une autre garantie puissante de leur indépendance. Cette indépendance toutefois n'a jamais pu être absolue pour elle, car leur pays ne produisant que très-peu de grains et ne produisant pas encore de dattes, ces tribus ont été de tout temps obligées de venir s'approvisionner chez les Arabes du Tell, et de faire acte de soumission en payant un certain droit pour leurs achats.
Les Arabes cultivateurs et les Arabes pasteurs ont du reste la même origine ; ils parlent le même langage, et les divisions intérieures des tribus, farka, etc., leur sont communes. Nous ferons de plus remarquer que la transition des tribus du Tell à celle des Arabes pasteurs ne se fait pas brusquement, et que souvent les populations cultivent la terre tout en conduisant une partie de l'année leurs troupeaux dans des territoires semblables, quant à leur aspect et leurs limites, à ceux des nomades. La fertilité plus ou moins grande du sol, le chiffre des troupeaux, et des causes analogues expliquent chez ces populations des habitudes dont il faut tenir compte, et qui. participent des mœurs des habitants des hauts plateaux et du désert autant que de celles des tribus du Tell.
DE LA RACE KABYLE
La conquête du nord de l'Afrique par les Arabes, et plus tard par les Turcs, n'a jamais été complète de temps immémorial une partie du territoire est restée presque indépendante de la domination étrangère. On comprend sous le nom de Kabyles des populations d'une origine très-différente de celle des Arabes et des Turcs, et qui, pour la plupart, habitent des pays de montagnes d'un accès très-difficile, et où l'invasion arabe parait n'avoir point pénétré.
Depuis longtemps on cherche en vain à retrouver dans les documents historiques des données positives sur l'origine de ces montagnards, et on a émis sur leur compte les opinions les plus diverses. Ces dissertations sur un point de l'histoire qui peut-être ne sera jamais éclairci ont assez peu d'intérêt pour nous en ce moment, il nous importe assez peu que les Kabyles soient aborigènes ou qu'ils descendent des Numides, des Berbères ou des vandales ; "opinion la plus probable, la plus sage à nos yeux, est que cette race singulière est le résultat du mélange des différents peuples vaincus, qui sont venus chercher dans les montagnes un asile contre des ennemis implacables.
Quelle que soit la vérité à cet égard, il est constaté que les contrées habitées par les Kabyles n'offrent point le mène aspect que celles occupées par les Arabes, qu'elles sont beaucoup mieux cultivées, et qu'elles renferment un assez grand nombre de villes ou de villages importants et solidement bâtis. C'est assez dire qu'ils n'ont pas, comme les Arabes, le goût de la vie errante. Mais la différence extérieure la plus remarquable qui sépare ces deux peuples consiste dans leur langage, qui n'offre aucune espèce de ressemblance, et qui probablement a constitué un des plus grands obstacles à la fusion des deux races.
Les Kabyles paraissent avoir embrassé l'islamisme à l'époque de l'invasion arabe ; mais les dogmes de la loi musulmane ne sont pas conservés parmi eux dans le même état de pureté que 'chez leurs voisins de la plaine ; ils passent au contraire pour vivre dans une ignorance très-grande des préceptes de la religion, et pour ne se souvenir que de ceux qui leur commandent la haine des infidèles.
Le Kabyle est en général fanatique, bien qu'il soit ignorant en matière de religion ; il est robuste de corps, brave dans le combat et laborieux. II fabrique dans ses montagnes une partie des armes et de la poudre dont il se sert, et en fait mème quelquefois un objet de commerce avec les Arabes.
Son industrie s'étend encore à d'autres branches. Quand le travail lui manque dans ses foyers, le Kabyle quitte son pays natal pour travailler dans les villes, y faire tous les métiers et s'y amasser quelque argent ; car chez lui comme chez l'Arabe, la soif de l'or l'emporte sur toute autre considération ; mais bientôt il retourne dans ses foyers, car sa haine de l'étranger, qu'il soit Français ou Arabe, est profonde.
Cette aversion, du reste, a toujours été réciproque, et les habitants des plaines n'ont jamais pardonné à ceux des montagnes d'avoir su conserver leur indépendance. C'est ainsi que, du temps des Turcs, il était défendu, sous les peines les plus sévères, aux Kabyles d'entrer en condition dans les villes ; ils ne pouvaient être admis ni dans les établissements publics ni dans les maisons consulaires, et ils ne pouvaient être autorisés à passer la nuit sous le même toit que leur maître. Ces dispositions, qui ont été abrogées par les deys d'Alger il y a à peine cinquante ans, prouvent suffisamment que les Kabyles étaient peu soumis du temps des Turcs, et profondément détestés par eux. Tout porte à croire que le témoignage de l'obéissance des tribus kabyles, même les plus rapprochées d'Alger, se bornait au payement de faibles tributs en argent ; quant aux autres tribus plus éloignées, non-seulement elles ne payaient rien aux Turcs, mais encore elles exigeaient d'eux des indemnités quand ils voulaient traverser leur territoire.
Comme les Arabes, les Kabyles se divisent en tribus ou frach (pluriel d'arclz), dont les chefs portent le nom d'amine ; les fractions de ces àrach sont désignées d'une façon variable, selon les localités. La réunion de plusieurs tribus forme chez les Kabyles des confédérations auxquelles ils donnent. le nom de kabila. La forme du gouvernement de ces tribus parait être entièrement démocratique ; elles forment autant de petites républiques, dont les chefs fréquemment renouvelés n'ont que peu d'autorité ; elles vivent entre elles dans un état d'hostilité continuelle. Il parait que l'aristocratie, si puissante chez les Arabes, est moins considérée dans les montagnes des Kabyles ; mais les marabouts y jouissent d'une influence presque illimitée. Ce sont eux qui dirigent la politique de toutes les tribus, et qui, seuls, parviennent de temps â autre à rétablir une paix peu durable parmi elles.
Jusqu'à présent les Kabyles ne sont pas tous également connus de nous. Les renseignements que l'on possède sur leur compte sont très-incomplets, et la connaissance de leur langue, qui pourrait guider dans ces recherches, offre de grandes difficultés.
La transition entre les deux grandes races arabe et kabyle, qui se partagent le sol de l'Algérie, a lieu dans quelques localités où les deux langues sont en usage ; mais les caractères généraux qui les distinguent suffisent pour reconnaître chacune de ces races au premier abord.
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Kalb el Louz
PNHA N° 187, juillet 2010
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A la semoule et aux amandes
Préparation ;10 minutes
Cuisson : 45 minutes
Ingrédients :
1 kg de grosse semoule,
700 gd de sucre cristallisé,
200 gr de beurre,
1 litre d'eau
300 gr de sucre,
1 dl d'eau de fleur d'oranger,
100 gr d'amandes mondées blanches.
Préparation : Tout d'abord, préparer la détrempe la veille en mélangeant intimement la semoule, le sucre cristallisé et le beurre fondu, puis humecter légèrement d'un verre rempli d'eau en faisant le mélange comme le couscous
Assembler la pâte et laisser reposer toute une nuit à couvert
Le lendemain, arroser encore une fois la pâte avec 1/2 verre d'eau et en étaler la moitié sur un plateau en cuivre huilé
Saupoudrer la surface avec 300 gr d'amandes en poudre mélangées avec 100 gr de sucre, humecter de 2 cuillères à soupe de fleur d'oranger et couvrir avec le reste de la pâte.
Égaliser la surface, tracer au couteau des carrés réguliers de 5 cm de côté puis piquer chaque carré d'une belle amande.
Faire cuire de préférence au four chauffé 15 minutes à l'avance
Enfourner et régler le thermostat à température modérée. Laisser cuire, puis au sortir arroser peu à peu avec un sirop pas trop épais.
Parfumer en dernier lieu d'eau de fleur d'oranger et ne consommer que le lendemain.
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PHOTOS D'ECOLE BÔNE
Envoyé par M. E. Vassalo
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ECOLE VICTOR HUGO 1955
Est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms à cette photo ?
Si OUI, contacter le webmaster, SVP, d'avance merci.
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Pour deux peuples frères !
VERITAS N°149 Janvier 201
Envoyé par M. Alain Algudo
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« Le mal absolu ! »
La narration d’une histoire commune passe hélas par d’inévitables évocations de moments douloureux, cruels, voire insupportables pour les victimes, leurs familles et leurs proches. Mais personne ne pourra jamais contester que le ressenti de chaque parti doit se concevoir partagé et que la peine, la révolte devant l’insoutenable ne peuvent être l’apanage que du côté auquel on appartient. Il nous faut donc faire, ensemble, la part des choses.
Alors dans la réflexion imposée par le temps qui passe, nous pouvons nous rendre compte, qu’effectivement, nous avons été les jouets et les victimes d’un double « mal absolu » qui a exclu, avant d’agir, tous comportements que des êtres normalement constitués ne peuvent et ne pensent même pas mettre en œuvre. Cet état de schizophrénie, marque de fabrique de tous les dictateurs qui parsèment l’histoire de l’humanité a généré pour nous un cataclysme humain, tremblement d’âmes dont les répliques n’ont cessé de se faire ressentir de nos jours.
La tragédie de nos deux peuples a commencé en 1954 par un conciliabule secret de machiavels qui terminèrent en criminels associés !
De notre côté, une orchestration sournoise en 1945 à Sétif occasionnant un massacre sans nom dont furent victimes non seulement des européens mais encore plus de musulmans fidèles à la France, suivi par une réplique de maintien de l’ordre à une révolte sciemment organisée par l’autre côté, et amplifiée exagérément par médias interposés qui portent la plus lourde responsabilité du soutien révoltant aux instigateurs : celui d’une information tronquée, mais peu leur importe, encore aujourd’hui, que sans l’ intervention des forces de l’ordre à cette époque cela aurait été une innommable boucherie. L’éloquent et remarquable ouvrage de Maurice VILLARD sur cette tragédie mérite amplement que l’on s-y arrête, le drame est suffisamment terrifiant et lourd de conséquences pour ne pas rester dans la rigueur historique !
Certes les raccourcis sont faciles, mais les faits sont là : « le commencement de la fin » était en route, le premier tour de manivelle du processus d’un film dramatique, qui devait durer 17 ans, venait d’être donné.
Ensuite un enchaînement de preuves indéniables de connivences allait voir le jour au cours des événements tragiques dans les années qui suivirent.
Les deux partis savaient que le point de non-retour était arrivé.
Et ces premiers événements où les victimes innocentes d’un côté, voyaient soudain de manière imprévisible la terreur s’abattre sur eux, et en face des « exécutants », clones de ceux qui allaient se « distinguer » à El Halia et ailleurs, téléguidés par des pleutres bien à l’abri, ceux qui savaient que le sang engendrait le sang, ce sang qui ne cessera plus de couler dans des conditions effroyables avec les résultats que nous connaissons aujourd’hui : le malheur de deux peuples vivant majoritairement en symbiose, puis manipulés ; l’un, déraciné et traumatisé à jamais, l’autre, cherchant sa survie dans la fuite…par tous les moyens, même souvent au prix de sa vie, fuyant ce qui ne fut, fugacement, qu’un mirage qui se transforma, au fil des ans, en une indépendance cauchemardesque.
Et les responsables de ce scénario catastrophe, que deviennent-ils ?
Que deviennent les auteurs d’une tragédie où leur implication mortelle à des fins personnelles inavouables au détriment de deux peuples crédules, ne fait plus aucun doute, l’actualité nous le prouve journellement.
La simple logique, vu les résultats catastrophiques, voudrait que plus d’un demi-siècle après, ils soient relégués à une retraite honteuse forcée, ou condamnés ……Eh bien non, des deux côtés de la rive nos deux peuples souffrent, eux persistent dans leurs agissements coupables et nous assistons encore au spectacle de leurs effusions indécentes pour les familles des victimes, faisant abstraction totale du résultat mortel de leurs forfaitures communes impunies !
Non seulement l’idéologie perdure de notre côté par le biais d’un héritage que nos édiles ne renient pas, au contraire, puisque le responsable suprême est fait héros d’une nation conditionnée faisant d’un criminel de guerre avéré une icône posthume.
De l’autre côté, les responsables directs des exactions meurtrières sont toujours en place, mais même si cette présence digne de toutes les Républiques bananières, sans partage, et à vie n’est plus notre affaire, nous constatons que les tueries n’ont pas cessé, et un immense désarroi précipite des masses malheureuses vers « l’Eldorado » des anciens « colonisateurs, » remplacés par une néo-colonisation asiatique qui fait « rire jaune » (c’est le cas de le dire) une jeunesse victime d’un des taux de chômage les plus élevés au monde. Nous n’irons pas plus loin dans la dénonciation de l’état dans lequel se trouve notre pays natal placé aux premières places mondiales de l’insécurité de la corruption et des émigrations massives dont la misère est la cause, il suffit de lire leur presse nationale, terribles constats d’un pays à la dérive.
Alors que penser de ceux qui se gargarisent encore, des deux côtés de la rive, d’avoir « libéré » un peuple et les autres de s’être libérés du « joug du colonialisme ? »
Doit-on les qualifier d’aveugles ou d’irresponsables ? Pas du tout, ils affichent leur « fierté » du résultat obtenu et s’entendent, malgré les apparences, comme larrons en foire.
Devant un tel résultat cataclysmique qui a ouvert « la boite de Pandore » faisons un retour en arrière, oh ! pas trop loin, car tout a été dit et prouvé sur certains actes de lâchetés, de forfaitures, de reniements, de mensonges et de crimes précédant 1958, mais simplement depuis les événements du 13 mai, ou l’espoir trahi :
Son « Je vous ai compris » de sinistre mémoire, sonnait le glas de l’Algérie Française et ceux qui n’étaient pas dupes, les rares visionnaires connaissant sa duplicité, savaient que c’était le tocsin qu’il fallait donner, l’ennemi public de deux peuples venait de surgir, ses mains tendues ne nous étaient pas destinées, ses mensonges étaient le message attendu par ceux d’en face, ainsi des larmes de sang allaient commencer à couler.
Il était dit, il était écrit que nous serions tous victimes de ces hommes sans foi ni lois, fait pour se rencontrer dans d’inavouables besognes,
Il était dit, il était écrit que la solution la plus pacifique, réalisable pour des hommes normaux faisant passer la paix avant les ambitions personnelles, ne pouvait convenir aux rêves de « grandeur » et de « libération » de PARIS et du CAIRE, et pour cela il était exclu pour eux de faire appel aux plus pacifistes des protagonistes qu’ils n’eurent cesse d’éliminer, le plus souvent physiquement, pour arriver à leur fin.
Alors aujourd’hui nous sommes en mesure d’affirmer qu’une simple politique de franchise immédiate après la date propice du 13 mai 1958, quel qu’en soit le prix à payer pour les égos, une simple mise noir sur blanc d’un plan d’accession à la transformation d’un statut de dépendance vers celui d’une indépendance au bout d’une période raisonnable à déterminer, avec une garantie respectée de protection des personnes et des biens sur place, même en employant des moyens coercitifs s’il le fallait, et d’un accueil fraternel et dédommagé en Métropole pour ceux qui s’y refuseraient, des éléments clés qui, même s’ils avaient entraîné des réactions violentes des plus radicaux d’entre nous, n’auraient jamais été à la hauteur du terrible drame qui s’ensuivit.
Songeons aux milliers de morts dans les deux camps évités, aux opérations militaires inutiles avec leur corollaire tragique des morts inutiles dans les deux camps, aux attentats et aux représailles FLN/OAS qui n’ont plus lieu d’être ; pas de 26 mars, pas de 5 juillet, pas de massacres de harkis, pas de « corvées de bois », et aujourd’hui encore bon nombre des nôtres conservant leurs racines, leur cadre de vie, leurs amis et leurs cimetières.
Mais ce rêve est passé, car le diable est le père des cauchemars, et le nôtre un monstre l’avait programmé ; la duplicité de ses déclarations ne pouvait nous parvenir qu’après avoir passé les portes de l’enfer : Ainsi naissait une immonde trahison que, depuis un demi-siècle, les différents gouvernements et les médias complices cachent encore sciemment au peuple Français et au monde entier. Un silence qui transforme la lâcheté d’un abandon en victoire, et la calomnie des victimes diabolisées en alibi d’une politique criminelle en l’état !
Nous pourrions, à foison, de Novembre 1956 au 22 octobre 1960, citer des déclarations fracassantes et sans ambiguïté venant d’abord de Michel DEBRE, puis du Chef de l’État, mais à quoi bon se répéter, le bon peuple de France a besoin de ce héros préfabriqué. Alors son revirement total et soudain où la bête cachée en lui a montré sa vrai face, installant méthodiquement et inexorablement son plan mûri depuis de longues années transformant, à la suite d’un référendum violant la constitution, une victoire militaire écrasante en déroute politique, alors qu’en même temps la répression s’abattait en complicité avec celui devant lequel sa ceinture ne retient plus rien. On expulse, on interne, on pourchasse, on livre parfois à l’ennemi, on fusille finalement ceux qui se sont opposés par les armes à la perte de leur parole d’honneur donnée à ceux qu’on livre en même temps aux égorgeurs, par une déclaration sans ambiguïté dévoilée en son temps par l’académicien Éric ROUSSEL.
Apprenant par Michel DEBRE que les Français se faisaient massacrer à ORAN le 5 Juillet 1962, il répondit : « Eh bien, ils n’avaient qu’à rentrer avant ! », « s’apitoyer » étant un mot inexistant dans son vocabulaire, comme sa répartie à Alain PEYREFITTES l’avait prouvé.
En connaissance des ordres de non intervention donnés aux forces de l’ordre auparavant, les intentions génocidaires de l’énergumène n’offrent plus l’ombre d’un doute : Sa déclaration d’amour pour ORAN du 7 juin 1958 allait se terminer par un baiser mortel !!!
Mais que pouvons-nous attendre aujourd’hui encore de celui qui préside la Nation, Nicolas SARKOZY, quand on connaît l’étendue de ses déclarations et lettres compassionnelles de promesses d’Avril 2007, quand on sait que le 5 Décembre (aïe, ça fait mal) de la même année, il déclarait dans son discours à l’Université de CONSTANTINE au début de son allocution : (vous êtes bien assis ?) :
« Monsieur le Président de la République, Cher Abdellaziz, (j’allais écrire Adolphe), qu’il me soit permis en commençant de vous dire mon amitié, mon respect et mon admiration ! »
Par pitié pour votre taux d’adrénaline J’arrêterai là la narration de ce discours !
Alors la complicité avec l’ennemi pour combattre les patriotes fidèles à la parole donnée étant avérée, la complicité dans les 26 mars et 5 juillet 1962 étant avérée, la complicité dans les massacres des harkis étant avérée, la complicité dans les milliers de disparitions étant avérée, la complicité dans l’abandon des soldats Français prisonniers du FLN étant avérée, cette complicité l’étant tout aussi maintenant par ses héritiers pour faire le silence sur cette entente criminelle, un silence de cimetières !
Les récentes initiatives de rapprochements unilatérales, pleines d’effusions et de mea culpa, de toute la classe politique Française au nom de cette sacro-sainte « raison d’État » inoxydable et pour d’autres raisons qui puent l’arrivisme électoral, prouvent que plus aucun doute ne subsiste.
Mais que peut-on espérer d’héritiers d’un parjure au pouvoir absolu et de ceux qui depuis un demi-siècle maintenant, sont le pouvoir absolu ; que peut-on espérer en effet, sinon la démonstration de la représentation complice encore vivante sur les deux rives d’un état de fait qui ne peut générer pour l’avenir que :
« LE MAL ABSOLU !!!
Alain ALGUDO ex Président fondateur Comités de Défense des Français d’Algérie
ex Vice Président du Comité et de la revue VERITAS VERITAS
Auteur de « Mon Combat »
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| PRÊTE-NON ?
De Jacques Grieu
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« Prêter est charitable », nous disent les sermons.
A y voir de plus... prêt, pas sûr qu’ils aient raison ;
Comme « la charité commence par soi-même »,
Prêter est prendre un risque et présente un dilemme.
Si, en ne prêtant pas, on perd de bons amis,
En prêtant hardiment, on a des ennemis.
Prêter est un danger qui produit des ingrats ;
Donner n’est guère plus mais résout bien des cas !
Les plus grands démunis sont en telle inaction
Qu’ils ne peuvent même pas vous prêter... attention !
Alors donner aux pauvres serait prêter à Dieu ?
Et « Dieu vous le rendra », ajoutent les gens pieux.
D’autres, plus avisés, exposent, malicieux,
Que cela prête… à rire ! Un rire sulfureux.
« On ne prête qu’aux riches » renchérissent les sages.
Qui ne sont quelquefois que des prêteurs sur gages.
Je suis fier des défauts que le monde me prête
Et tout contrit des vices que j’ai vraiment en tête.
L’ignorance est toujours trop prête à s’admirer :
Elle prête... une oreille aux louanges et leurs reflets ;
Mais à en prêter deux, aux critiques, elle devrait !
Il faudrait même trois quand c’est par trop mauvais.
Avant que de prêter, il faut ouvrir les yeux :
Prêtez l’oreille au sourd ; il n’entendra pas mieux.
Ne prêtons pas nos livres, car l’oubli les emporte ;
Sauf pour les plus mauvais ; on craint qu’on les rapporte...
Il faut donc les garder, les retenir présents,
Mais surtout retenir... ce qu’il y a dedans !
On prête du génie à certains politiques :
Jamais ils ne le rendent et ils vous font la nique !
La banque vous prêtant parapluie au soleil,
Vous le retirera quand la pluie appareille.
Le bonheur que l’on prête à ceux que l’on connaît,
N’est souvent qu’un malheur qui plus tard transparaît.
Au présent, l’usurier vous flatte et vous rassure,
Prête au conditionnel et vous ruine au futur.
Avec les citations, je suis prêt à apprendre,
Mais d’avoir des leçons, je préfère me pendre !
Je suis prêt à tout faire, mais à faire à ma tête ;
Et mes vers, après tout, ont le sens qu’on leur prête…
Jacques Grieu
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Les disparus d’Algérie : les oubliés de l’histoire
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LES DISPARUS D’ALGÉRIE : LE SILENCE DEVANT LE MUR
“Seules les victimes auraient éventuellement le droit de pardonner. Si elles sont mortes, ou disparues de quelque façon, il n’y a pas de pardon possible”
(Jacques Derrida)
Le 8 mai 2026, Madame Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, se rendait à Sétif pour participer aux commémorations organisées par les autorités algériennes autour des événements du 8 mai 1945. Lors de cette visite officielle, l’accent fut mis sur la répression exercée par l’armée française. En revanche, aucune évocation ne fut faite des victimes européennes tombées dans les violences qui précédèrent ces événements, ni de la souffrance des familles frappées par cette tragédie. Pas un mot pour cette autre mémoire, pourtant elle aussi inscrite dans l’histoire tragique de l’Algérie française.
Dès lors, une question demeure : pourquoi certaines mémoires bénéficient-elles de la reconnaissance officielle de la Nation quand d’autres semblent encore condamnées à l’ombre et à l’oubli ?
Trois semaines plus tard, le 29 mai, la ministre était présente dans les Pyrénées-Orientales pour inaugurer notamment le musée du Mémorial de Rivesaltes. À cette occasion, Louis Aliot, maire de Perpignan, et Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste, exprimèrent le souhait qu’elle profite également de son déplacement pour se recueillir devant le Mur des Disparus, érigé à Perpignan en mémoire des milliers de civils disparus en Algérie dont les familles n’ont jamais retrouvé la trace.
Ce geste n’aurait rien eu d’un acte politique. Il aurait simplement constitué un hommage de compassion et de respect envers des victimes qui n’ont jamais retrouvé ni sépulture ni justice, et envers des familles condamnées depuis plus de soixante ans à vivre dans l’attente, l’incertitude et l’absence.
Car les morts ont leurs tombes… Les disparus, eux, n’ont que les larmes de ceux qui les cherchent encore.
Ce vœu ne fut cependant pas exaucé. Une fois encore, le Mur des Disparus demeura seul face au silence.
Et pourtant, derrière chacune des pierres qui le composent, derrière chacun des noms qui y sont gravés, il y a un visage, une famille, une vie brisée. Il y a surtout une tragédie humaine dont l’Histoire n’a jamais totalement rendu compte et dont la mémoire semble encore embarrasser les consciences officielles.
C’est à ces oubliés de l’Histoire, à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants disparus dans le chaos des derniers mois de l’Algérie française, à leurs familles qui attendent toujours des réponses, que cet article est consacré.
LES DISPARUS D’ALGÉRIE : LES OUBLIÉS DE L’HISTOIRE
Il y a plus de soixante ans, l’une des plus grandes tragédies de l’histoire française contemporaine sombrait dans le silence.
Lorsque s’acheva la guerre d’Algérie, des milliers de familles basculèrent dans une nuit dont elles ne sont jamais réellement sorties. Des hommes, des femmes, parfois de très jeunes gens, furent enlevés, engloutis par le chaos des derniers mois de la présence française. Ils disparurent sans laisser de trace, emportant avec eux leurs visages, leurs voix et leurs destins.
Derrière eux ne restèrent que des parents hagards, des épouses sans réponses, des enfants condamnés à grandir dans l’attente.
Car il existe une souffrance plus déchirante encore que la mort : celle de ne jamais savoir… Ne jamais connaître la vérité… Ne jamais pouvoir se recueillir sur une tombe… Ne jamais pouvoir refermer le livre d’une existence.
Le drame des disparus d’Algérie est d’abord celui-là.
Au lendemain des accords d’Évian du 18 mars 1962, alors que la paix était officiellement proclamée, une autre tragédie commençait. Les enlèvements se multiplièrent. Dans les villes comme dans les campagnes, des Européens furent arrêtés, emmenés, parfois sous les yeux de leurs proches, puis engloutis dans un univers dont ils ne revinrent jamais.
À mesure que les semaines passaient, les familles s’adressaient aux autorités civiles, aux responsables militaires, aux élus, aux organisations humanitaires, au clergé… Elles écrivaient, suppliaient, imploraient. Elles voulaient savoir.
Où étaient-ils ? … Étaient-ils vivants ? … Pouvait-on encore les sauver ? À ces questions, elles ne recevaient que le silence… Un silence administratif… Un silence politique… Un silence qui allait durer des décennies.
Pourtant, de nombreux témoignages et diverses déclarations publiques allaient alimenter l’espoir que certains disparus étaient encore détenus plusieurs années après les événements. Des informations faisaient état de captifs maintenus dans des camps ou des lieux de détention isolés. Souvent prouvées, ces révélations eurent un effet terrible sur les familles : elles ravivaient sans cesse une espérance qu’aucune certitude ne venait confirmer ni démentir.
Ainsi commença pour des milliers de proches une interminable attente… Une attente qui dura des années… Puis des décennies. La guerre était terminée pour le monde. Elle ne l’était pas pour eux.
Que de cris ont dû déchirer les nuits algériennes ! … Que d’appels au secours ont dû monter de ces camps oubliés, de ces prisons sans nom, de ces lieux d’effroi où des hommes, des femmes, des enfants, attendaient encore qu’une main se tende vers eux, qu’un drapeau se souvienne d’eux, qu’une patrie prononce enfin leur nom.
Combien de regards se sont tournés vers l’horizon, vers cette mer qui séparait leur supplice de la France ? Combien ont attendu jusqu’à leur dernier souffle l’arrivée d’un secours qui ne vint jamais ?
Pendant des années, un silence immense recouvrit leur détresse. Un silence plus cruel encore que les chaînes. Un silence plus lourd encore que les murs. Un silence capable d’effacer les visages, d’effacer les noms, d’effacer jusqu’au souvenir même de ceux qui avaient disparu.
Et pourtant, ils étaient là. Ils respiraient encore. Ils souffraient encore. Ils espéraient encore. Ils vivaient dans l’attente obstinée d’un miracle.
Dans l’obscurité de leurs cellules, derrière les barbelés, au fond de camps perdus dans l’immensité du désert, ils regardaient passer les saisons. Les années s’écoulaient lentement, interminablement. Les plus faibles tombaient. Les autres continuaient d’attendre…
Attendre une visite de la Croix Rouge… Attendre un signe… Attendre la France.
Et tandis que leurs familles vieillissaient dans l’angoisse, tandis que des mères consumaient leur existence à guetter un retour impossible, tandis que des épouses demeuraient suspendues entre l’espoir et le deuil, eux continuaient de lutter contre l’oubli.
Car la pire des morts n’est peut-être pas celle qui arrête le cœur. La pire est celle qui efface jusqu’à la mémoire. La pire est celle qui transforme un être aimé en absence. La pire est celle qui condamne une mère à ne jamais savoir où repose son enfant.
Que sont devenus ces disparus ? … Où ont-ils rendu leur dernier souffle ? … Qui a fermé leurs yeux ? … Qui a entendu leurs dernières paroles ? … Qui a recueilli leur ultime pensée pour ceux qu’ils aimaient ?
Autant de questions demeurées sans réponse. Autant de blessures que le temps n’a jamais refermées. Car il existe des douleurs qui survivent aux générations. Des douleurs qui traversent les décennies comme un feu souterrain. Des douleurs qui ne demandent ni vengeance ni haine, mais seulement la vérité… Seulement la justice de la mémoire… Seulement le droit de savoir.
Aujourd’hui encore, leurs familles portent ce fardeau. Aujourd’hui encore, des noms gravés sur la pierre attendent que l’Histoire leur rende ce que l’oubli leur a volé. Aujourd’hui encore, des enfants devenus vieux continuent de chercher un père qui n’est jamais revenu. Et lorsque le soir descend sur le Mur des Disparus, lorsque les visiteurs s’éloignent et que le silence reprend possession des lieux, il semble parfois que ces noms murmurent encore.
Ils ne réclament ni gloire ni honneurs… Ils demandent simplement qu’on se souvienne… Qu’on se souvienne qu’ils ont vécu… Qu’ils ont aimé… Qu’ils ont espéré… Qu’ils ont attendu… Et qu’ils ont disparu.
Alors, tant qu’un seul de leurs noms sera prononcé, tant qu’une seule fleur sera déposée devant leur mémoire, tant qu’un seul cœur continuera de battre au souvenir de leur destin, ils ne seront pas tout à fait morts. Car l’oubli est la seconde tombe. Et la mémoire est la dernière patrie des disparus.
C’est là qu’ils demeurent désormais. Dans les larmes de leurs enfants. Dans la fidélité de leurs proches. Dans le recueillement de ceux qui refusent d’effacer leur histoire.
Et peut-être aussi, dans cette part secrète de l’âme humaine où vivent éternellement ceux que l’on a perdus, mais que l’on n’a jamais cessé d’aimer.
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3 JUILLET 1940… L’AGRESSION BRITANNIQUE SUR MERS-EL-KEBIR
Par José CASTANO Avril 2026
Envoyé par M. J. Castano
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En mémoire des 1585 marins français morts sous le feu « allié »
(Une page d’histoire occultée)
« Le souvenir de ces morts dérange tout le monde parce que l’évènement échappe à la logique. Il est à part des tragédies de la guerre. Personne n’a intérêt à ce que l’on en parle trop » (Amiral Marcel Gensoul)
Mers el-Kébir — le « Grand Port » — porte dans son nom même la marque de sa vocation maritime. Depuis l’Antiquité, cette rade profonde, ouverte sur la Méditerranée occidentale, constitue un point stratégique majeur entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Située à proximité d’Oran, à quelques centaines de kilomètres seulement du détroit de Gibraltar, elle commande l’un des passages les plus sensibles du monde maritime : celui qui relie la Méditerranée à l’Atlantique.
Tour à tour repaire de corsaires, escale commerciale, puis base navale moderne édifiée par la France entre 1928 et 1945, Mers el-Kébir fut longtemps considérée comme l’une des rades les plus sûres et les mieux protégées d’Afrique du Nord.
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, sa mission était essentielle : garantir la défense des côtes algériennes, assurer la maîtrise des communications maritimes et maintenir la présence française en Méditerranée face à une Italie devenue hostile (en 1939) et à une Espagne d’une neutralité bienveillante envers les pays de l’Axe Berlin-Rome.
L’armistice franco-allemand du 25 juin 1940 consacre l’effondrement militaire de la France sur terre, mais la flotte française demeure intacte, libre et invaincue. Ni l’amiral Darlan, ni le général Weygand n’ont l’intention « …de livrer à l’ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre » et de Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes « La flotte ne sera jamais livrée, d’ailleurs, c’est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n’y consentirait pas ».
Les Anglais, de leur côté, désirent que notre flotte, riche en unités lourdes et légères, se rende dans leurs ports. Elle aurait pu le faire, le 16 juin 1940, mais personne ne lui en donne l’ordre et la Marine reçoit l’assurance, « qu’en aucun cas, la flotte ne sera livrée intacte », mais qu’elle se repliera probablement en Afrique ou sera coulée précise l’Amiral Darlan. Hitler ne demande pas livraison de notre flotte (le projet d’armistice ne le prévoyant d’ailleurs pas), pas plus que de nos colonies, sachant qu’il n’est pas dans nos intentions d’accepter de telles exigences.
Dès les 18 et 19 juin, plusieurs navires français sont sabordés ou détruits dans les ports métropolitains afin qu’ils ne puissent tomber aux mains de l’ennemi. D’autres appareillent vers l’Afrique du Nord ou vers des ports britanniques. Le cuirassé Jean Bart, pourtant inachevé, parvient même à rejoindre Casablanca.
Mais à Londres, la méfiance l’emporte sur les assurances françaises. Le 27 juin, Churchill ordonne la mise hors d’état de nuire des escadres françaises stationnées dans les ports britanniques et nord-africains. Cette opération aura pour nom « Catapult. »
Le 30 juin, dans un accès de colère, l’amiral North s’adresse à l’amiral Somerville :
- Qui a eu cette fichue idée (opération Catapult) ?
- Churchill ! répondit Somerville
- No « Catapult », but, « Boomerang » ! Cette opération nous met en danger, répliqua North. Winnie (Churchill) est fou ! Je vois ce qu’il veut mais c’est une solution criminelle.
Le 3 juillet 1940, à Mers el-Kébir, les bâtiments français sont au mouillage le long de la jetée. Les cuirassés Bretagne et Provence, les croiseurs Dunkerque et Strasbourg, le transport d’hydravions Commandant Teste ainsi que six contre-torpilleurs : Mogador, Volta, Tigre, Lynx, Terrible, Kersaint… les fleurons de la flotte française. Au mât du Dunkerque, flotte la marque de l’Amiral Gensoul, commandant en chef…
Les clauses de l’armistice ont été respectées : les culasses des pièces d’artillerie ont été démontées, les avions désarmés, les munitions regroupées sous contrôle. Il en a été de même dans les batteries de côtes et de D.C.A. Dans les hangars d’aviation, les mesures de démobilisation ont été prises ; on a vidé les réservoirs de leur essence, démonté les canons des chasseurs et les mitrailleuses de tous les appareils ; les munitions ont été rassemblées et mises en dépôt. Rien ne laisse présager l’imminence d’un affrontement avec l’allié britannique d’hier. Les équipages, qui croient la démobilisation proche, se préparent à descendre à terre pour quelques heures de détente...
À l’aube, cependant, une puissante escadre anglaise apparaît devant la rade : le croiseur de bataille Hood, bâtiment de 42000 tonnes, l’un des plus grands cuirassés du monde, armé de pièces de 380, les cuirassés Valiant et Résolution, le porte-avions Ark Royal, escortés de destroyers et de torpilleurs, à l’instar du Foxhound.
Sur les bâtiments français, l’arrivée inattendue de cette imposante armada provoque de l’étonnement, qui sera bientôt de la stupeur. Un officier d’état-major français est envoyé par l’amiral Gensoul à la rencontre de l’officier britannique, le commandant Holland. Celui-ci est porteur d’un document qu’on peut résumer ainsi :
« La flotte de l’Atlantique est invitée à rallier la flotte britannique, ou à défaut, un port de l’Amérique, avec équipages réduits. En cas de refus de cette offre, elle devra se saborder, sinon, par ordre du gouvernement de Sa Majesté, la flotte britannique usera de la force. »
L’amiral Gensoul réaffirma au parlementaire britannique que les craintes de voir les bâtiments français tomber aux mains des Allemands et des Italiens étaient injustifiées : « La marine française n’a pas l’habitude de manquer à sa parole ! », s’exclama-t-il.
Plus tard, il affirmera qu’il ne pouvait accepter « un ultimatum se terminant par : « ou vous coulez vos bateaux ou je vous coule. C’est exactement : la bourse ou la vie… quelquefois, on donne sa bourse pour sauver sa vie. Dans la Marine, nous n’avons pas cette habitude-là ». Servitude et grandeur militaires !
Au moment où l’officier britannique sort de la rade, le commandant de la flotte anglaise signale : « Si les propositions britanniques ne sont pas acceptées, il faut que je coule vos bâtiments. »
Les bateaux français, aux feux éteints, disposés pour un désarmement rapide, reçoivent l’ordre à 7h55 : « Prendre dispositions de « combat », puis à 9h10 : « Flotte anglaise étant venue nous proposer ultimatum inacceptable, soyez prêts à répondre à la force par la « force ». Dans le même temps, des avions britanniques mouillent des mines magnétiques à l’entrée de la rade afin d’empêcher toute sortie.
Pendant plusieurs heures, l’amiral Gensoul tente de gagner du temps. Il espère réarmer les batteries côtières, remettre les navires en état de combattre et obtenir une solution diplomatique. Mais à 16h56, la flotte britannique ouvre le feu.
La violence du bombardement est foudroyante.
Le cuirassé Bretagne, frappé de plein fouet, explose et sombre en quelques minutes : 150 hommes seulement sur 1300 fuient la mort, soit à la nage, soit en chaloupes. Le croiseur Dunkerque, n’ayant pu prendre la mer, à cause d’une avarie à son gouvernail, reçoit un obus qui tue 150 marins, plus de 100 mécaniciens et chauffeurs, 2 ingénieurs… Le bâtiment est hors de combat. Le croiseur Provence s’échoue pour éviter de couler. Le contre-torpilleur Mogador est éventré par une explosion causant une vingtaine de morts. Le Rigaut de Genouilli est atteint à son tour. Seul le Strasbourg parvient à forcer la sortie de la rade et à rejoindre Toulon.
Et partout ces mêmes visions apocalyptiques ; parmi les carcasses d’acier éventrées, calcinées, retentissent les cris déchirants de centaines et de centaines de marins agonisants, mutilés, brûlés ou suffoquant au milieu d’une fumée âcre et d’un mazout noirâtre qui étouffent leurs dernières plaintes.
Aussitôt, les secours s’organisent. Pêcheurs, pompiers, gendarmes, médecins, habitants d’Oran et de Mers el-Kébir participent au sauvetage des survivants. Une chapelle ardente est installée dans la salle du cinéma de Kébir.
Les obsèques des 1380 marins – assassinés – ont lieu le 5 juillet, au cimetière de Mers El-Kébir, en présence du Maire, du Préfet et de l’Amiral Gensoul qui s’adressera une dernière fois à ses hommes en ces termes : « Vous aviez promis d’obéir à vos chefs, pour tout ce qu’ils vous commanderaient pour l’Honneur du Pavillon et la grandeur des armes de la France. Si, aujourd’hui, il y a une tache sur un pavillon, ce n’est certainement pas sur le nôtre. »
Mais le drame ne s’arrête pas là...
Le 6 juillet 1940, à 6h30, par trois fois en vagues successives, des avions britanniques reviennent attaquer les navires encore indemnes notamment le Dunkerque, pourtant déjà immobilisé. Des torpilles frappent le navire ainsi que des bâtiments auxiliaires venus participer aux secours. Cette nouvelle attaque fera encore 205 tués et 250 blessés atteints gravement. Au total, la marine française déplore plus de 1585 morts ou disparus et plusieurs centaines de blessés dont la plupart gravement brûlés.
Ce qui est horrible, c’est que les marins anglais ont tué en une semaine plus de marins français que la Flotte allemande pendant toute la seconde guerre mondiale. Nous ne sommes pas loin des 2403 morts du drame de Pearl Harbor, l’un des grands événements de cette guerre puisqu’il décida de l’entrée en guerre des Etats-Unis d’Amérique. Mais les Japonais étaient leurs ennemis, les Anglais étaient nos alliés. C’est là un crime inqualifiable… impardonnable.
Le 8 juillet, De Gaulle, parlant au micro de la BBC, déclara :
« En vertu d’un engagement déshonorant, le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l’ennemi… J’aime mieux savoir que le « Dunkerque » notre beau, notre cher, notre puissant « Dunkerque » échoué devant Mers El-Kébir, que de le voir un jour, monté par les Allemands, bombarder les ports anglais, ou bien Alger, Casablanca, Dakar. » … et pas le moindre mot de compassion envers les victimes de cette tragédie.
Pour la première fois se trouvait ainsi affirmée, dans la bouche même d’un général français, une contrevérité : Alger, Casablanca, Dakar, donc les clés de l’Empire, allaient être utilisées contre les alliés britanniques. Et comme il vouait une haine viscérale à « l’Empire » qu’il considérait comme « Pétainiste » et qu’il fallait absolument mettre au pas pour la réalisation future de ses desseins, il donna à la flotte britannique, le 23 septembre 1940, la consigne de bombarder Dakar. Ce fut l’échec. L’insuccès des Britanniques fit comprendre aux uns et aux autres qu’il était vain de vouloir détacher l’Empire français de la Métropole et que la poursuite des attaques servirait de prétexte à une intervention allemande.
Dans ses mémoires, Churchill n’a pas caché son embarras. Il a comparé Mers El-Kébir à une tragédie grecque : « Ce fut une décision odieuse, la plus inhumaine de toutes celles que j’ai eues à partager », écrira-t-il.
Les historiens, les politiques, les « moralistes » et les censeurs qui ont eu à juger des hommes, des gouvernants, et à écrire l’Histoire, ont dédaigné de prendre en considération le traumatisme dévastateur que cet événement tragique avait produit dans les esprits…
Mers El-Kébir explique en grande partie l’attitude de bon nombre de nos gouvernants de Vichy durant le conflit comme elle explique aussi celle des autorités civiles et militaires d’Algérie en 1942-1943 et d’une population acquise au Maréchal Pétain mais volontaire pour poursuivre la lutte avec Darlan et Giraud contre les puissances de l’Axe.
L’Afrique du Nord, malgré son traumatisme, accepta de rentrer en guerre en 1942 et sera avec son « armée d’Afrique », l’une des composantes de la victoire finale. Elle conservera, néanmoins, son hostilité à De Gaulle, que ce dernier, devenu président du Comité de la Libération devait justifier… Il se souviendra toujours de ce sentiment d’inimitié à son égard et, dès 1958, remis au Pouvoir par ceux-là mêmes qui l’avaient blâmé, leur fera supporter amèrement le poids de sa rancune…
Ces morts Français, bannis de la mémoire nationale, auraient pu reposer en paix. Or, le 5 Juillet 2005, jour anniversaire d’une autre tragédie (Le massacre de deux mille Européens, le 5 Juillet 1962 à Oran), le cimetière de Mers El-Kébir fut saccagé sans qu’aucune autorité gouvernementale française, aucun média, aucune association humanitaire et « antiraciste », n’élevassent la moindre protestation, préférant s’humilier à « commémorer » la « répression » (beaucoup plus commerciale) de Sétif par l’armée française en 1945.
Aujourd’hui encore, le souvenir de cette lâche agression britannique contre une flotte au mouillage et désarmée demeure vivace dans la Marine et, paraphrasant Talleyrand, on peut affirmer que « Mers El-Kébir a été pire qu’un crime, une faute ».
Quant aux survivants de cette tragédie qui défilèrent devant les cercueils de leurs camarades, ils ont conservé depuis, ce visage dur des hommes qui n’oublient pas. La mer se souvient des siens.
Le 24 mai 1941, dans l’Atlantique Nord, le cuirassé allemand Bismarck coula le Hood, fleuron de la Royal Navy engagé à Mers el-Kébir. Trois jours plus tard, le Bismarck était lui-même détruit par une imposante escadre britannique au terme d’une traque restée célèbre dans l’histoire navale.
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Petite leçon d’histoire pour les Algériens qui vivent en France
PAR MANUEL GOMEZ 8 juin 2026
https://ripostelaique.com/petite-lecon-dhistoire-pour-les-algeriens-qui-vivent-en-france-3/
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Petit rappel historique pour les Algériens qui vivent en France, ceux qui sont devenus français et les Français, qui ne l’ont jamais su, car on ne le leur a jamais appris, et peut-être même pour le président Emmanuel Macron qui, apparemment, nous semble assez nul sur ce sujet !
Mais également pour répondre à Recep Tayyip Erdogan sur son accusation de « génocide » commis par la colonisation française en Algérie et sa récente appréciation sur « les Français racistes qui n’aiment pas les musulmans ».
Et, par cette même occasion, apprendre aux millions de jeunes Franco-Algériens actuellement en France (considérés par le gouvernement algérien comme des « ressortissants algériens ») ce qu’ils devraient savoir sur ce que fut l’Algérie française de 1830 à 1962. Ce que la France, et bien entendu l’Algérie, ont occulté totalement de l’Histoire qu’on leur a enseignée.
Le pays qui se nomme aujourd’hui Algérie n’était pas, avant 1830, un État constitué comme l’étaient la Tunisie et le Maroc. Ce vaste territoire était habité par un ensemble de tribus animées les unes envers les autres d’une hostilité que l’occupant turc entretenait afin de mieux régner.
Le sentiment de patrie totalement ignoré
Que la peste, la variole, le typhus, le paludisme, la tuberculose, le trachome et d’autres maladies y régnaient à l’état endémique.
Que le chiffre total de la population était inférieur à deux millions d’habitants : environ 5000 Turcs, 100.000 Koulouglis, 400.000 Arabes et 500.000 Berbères (sans comptabiliser les esclaves blancs et noirs).
Qu’avant l’arrivée des Français, les plaines étaient pratiquement inhabitées car les cultivateurs ne pouvaient se mettre à l’abri des pillards, les nomades, éternels ennemis des sédentaires, qu’en se réfugiant dans les montagnes.
*Sur 220 millions d’hectares, l’Algérie n’avait que 11 millions d’hectares de terres cultivables, soit une proportion de 5 % et que c’est une grave erreur de croire que ces terres cultivables auraient été réquisitionnées par l’armée française pour les offrir aux colons car, sur ces 11 millions d’hectares, 9 millions, donc plus des trois quarts, appartenaient à la population musulmane et seulement deux millions d’hectares aux colons européens.
Et que la plus grande partie de ces deux millions d’hectares avaient été gagnée sur des terres incultes ou des marais mortellement insalubres.
(À Boufarik, à 30 km d’Alger, de 1837 à 1840 on a comptabilisé 335 décès sur 450 colons installés.)
Que le vignoble algérien, créé par les colons européens, qui occupait 372.000 hectares, distribuait chaque année entre 1950 et 1960 plus de vingt milliards de francs de salaire, et la plus grande partie à la main-d’œuvre musulmane.
Qu’il n’y avait qu’environ 20.000 colons sur les plus d’un million d’Européens qui peuplaient l’Algérie et que, sur ces 20.000 colons, un peu plus d’une centaine possédaient des propriétés de plus de 200 hectares et environ 7000 pas plus de dix hectares.
Elle est bien loin l’image que l’Algérie était une terre d’une richesse fabuleuse (avant la découverte du pétrole) où des dizaines de milliers de colons tenaient en esclavage une population indigène dans une misère noire, comme la presse et les politiciens de gauche vous le faisaient croire, et vous le font toujours croire.
En raison de leurs méthodes archaïques, les agriculteurs musulmans n’obtenaient, au cours du premier siècle de colonisation, dans la culture des céréales que des rendements très inférieurs à ceux enregistrés par les agriculteurs européens. Quatre quintaux et demi à l’hectare au lieu de neuf.
Ce chiffre de 9 quintaux à l’hectare très inférieur lui-même, à cause de la pauvreté du sol, aux rendements de la métropole, qui atteignaient de 23 à 25 quintaux à l’hectare.
Dès lors furent organisés des formations techniques des agriculteurs musulmans sur une grande échelle par la création d’organismes nommés Secteurs d’Amélioration Rurale (SAR), en grand nombre dans le bled. Ils mettaient à la disposition des fellahs du matériel moderne et leur enseignaient les méthodes rationnelles du travail de la terre.
Plus de 700 centres furent créés et aménagés, devenus ensuite des villages et même des villes, comme Sidi-Bel-Abbès, Boufarik, Tizi-Ouzou, Bordj-Bou-Arreridj, etc.
Outre les milliers de forages pratiqués dans les régions dépourvues d’eau, onze grands barrages furent construits, permettant d’irriguer plus de 140.000 hectares.
Il y avait en Algérie 1.180.000 Européens qui n’étaient pas tous des colons mais surtout des artisans, des employés, des ouvriers, des fonctionnaires, des commerçants, des médecins, des professions libérales, tout comme en métropole et, qu’en dehors d’une classe privilégiée, tout comme en métropole également, le revenu moyen des Européens d’Algérie était inférieur de 20 % à celui des Français de métropole.
L’enseignement primaire comptait, en Algérie, 12.000 classes, fréquentées par 523.000 enfants, dont 350.000 enfants musulmans.
Que l’enseignement secondaire était donné dans 51 lycées et collèges à 35.000 élèves, tant européens que musulmans.
Que l’université d’Alger, la troisième de France, comptait 5200 étudiants, dont 550 musulmans.
Que la formation professionnelle était offerte à plus de 12.000 élèves, composés des deux groupes ethniques.
Qu’un décret de mars 1956 prenait en compte que les jeunes musulmans éprouvaient, du fait de certaines coutumes familiales, un retard dans leurs études et a donc reculé la limite d’âge les concernant dans tous les examens et concours.
Que dans toutes les écoles, les enfants musulmans et européens étaient reçus sans aucune distinction.
Que la nationalité française avait été offerte à tous les musulmans algériens par un sénatus-consulte de 1865.
Qu’une loi du 20 septembre 1947 proclamait l’égalité absolue des droits entre Français d’origine métropolitaine et Français musulmans.
Que cette loi de 1947 ordonnait que toutes les fonctions dans les administrations, les services publics, les armées et la magistrature soient également accessible aux deux éléments ethniques.
Que les Français européens payaient, à eux seuls, 80 % des impôts directs, lesquels étaient consacrés pour 80 % à l’amélioration des conditions de vie des populations musulmanes.
Que les salaires agricoles étaient identiques pour les Européens et les musulmans et cinq fois supérieurs aux salaires des musulmans des autres pays arabes (il n’y avait, en Algérie, que 9000 ouvriers agricoles européens, les dizaines de milliers autres étaient musulmans).
Que l’Algérie était, à l’époque, le principal client mais également le principal fournisseur de la France métropolitaine.
Que la France colonisatrice c’était 150 hôpitaux, avec plus de 30.000 lits (qu’occupaient neuf musulmans pour un Européen). Un institut Pasteur, plus de 2000 médecins.
Un réseau routier de 80.000 kilomètres.
Un réseau ferroviaire de 4350 kilomètres.
32 aérodromes, 14 ports modernes, 16.000 kilomètres de lignes téléphoniques et une production électrique d’un million de kilowatts-heure.
Et il serait trop long de développer l’avenir qui était programmé pour l’Algérie, par la colonisation française, par l’industrialisation du Sud et les découvertes, au Sahara, des poches de gaz naturel, l’existence de très importants gisements de fer, de cuivre, de plomb, de potasse, de tungstène, de nickel, d’étain, de chrome, d’uranium.
Le seul gisement de fer de Tindouf pouvait fournir dix millions de tonnes annuellement, ce qui dépassait largement les besoins de l’industrie française.
Les réserves en pétrole du Sahara étaient de même importance que celle du Venezuela mais le sous-sol saharien avait bien d’autres richesses : ses nappes d’eau artésienne (l’une d’elles, dite de l’Albien, était d’une capacité de dix mille milliards de mètres cubes, à une profondeur de d’environ quatorze cents mètres et d’une superficie supérieure à celle de la France.
Le gouverneur M.E. Naegelen avait déclaré, devant l’Académie des sciences morales et politiques : « Le Sahara peut devenir demain une prodigieuse oasis qui étonnera le monde ».
Depuis plus de soixante ans le monde attend toujours que l’Algérie l’étonne !
**Toutes ces informations, et les suivantes, proviennent d’un document officiel et authentique émanant du gouvernement français et rédigé en 1954.
Voilà donc les crimes contre l’humanité commis par la colonisation française, pour le président français Emmanuel Macron.
Moins de deux millions d’habitants en 1830 et plus de dix millions en 1962, avec environ 230.000 naissances annuelles. Comme génocide on peut faire mieux, et cela pour le Turc Recep Tayyip Erdogan.
Toutes réflexions faites, la France colonialiste s’est montrée trop humaniste après la conquête. Sans cela, selon l’exemple des Amériques et de l’Australie, l’ayant été moins, l’Algérie serait-elle toujours française.
Manuel Gomez
16 avril 2026
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SALAOUETCHES
Envoyé par M. J.C. Gatto
Mai 2013
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EVOCATION PITTORESQUE
DE LA VIE ALGÉRIENNE EN 1900
PAUL ACHARD chez Balland
AVANT - PROPOS
POUR NOS ENFANTS
Dans le glossaire que j'ai cru devoir ajouter au dernier chapitre de l'Homme de Mer afin de rappeler - oh ! approximativement - le sens des termes empruntés à l'argot algérien et au pataouète, employés dans cet ouvrage du terroir, j'ai défini, un peu à la hâte, le Hot salaouetche. J'ai écrit en regard de salaouetche « vaurien, débraillé, voyou (avec sympathie). »
Cette définition, exacte en soi, est loin d'être complète. Comme disait un jour Savona, brillant linguiste sur le chapitre du folklore algérois : « Il faudrait parler pendant huit jours sans cracher pour faire comprendre à un babaô de Français de France qu'est-ce que c'est un salaouetche. »
Et, une lueur attendrie filtrant entre les cils bleus de ses petits yeux sans cesse clignotants, comme s'ils avaient voulu ne livrer qu'à demi les trésors de Méditerranée qui roulaient au fond de leurs pupilles som¬bres, Savona ajoutait simplement, en levant son verre d'opale liquide et parfumée : « A la tienne ! A la Saint-Guerba ! »
Puis il trempait dans l'anisette sa rude moustache de charbon, qui, paraissant posséder une sensibilité propre, une personnalité comparable à celle d'un Charlot avant la lettre, avait l'air de boire pour elle toute seule, à petits coups. Alors, nous nous taisions. Au large, ourlant l'horizon mauve d'une frise mouvante, roulaient les sardinales de légende, montrant, au revers de la vague, les flancs dorés de leurs carènes antiques, lorsqu'elles ramenaient dans leurs filets, telle une marée fabuleuse dont Pline n'eût pas su dénombrer les espèces, toutes les pêches des Mille et une Nuits, ruisselante aux pieds des timoniers aux oreilles percées, aux faces de corsaires et dont la voix d'or faisait retentir la mer latine des mêmes chants qui durent charmer Ulysse.
Ceux de ce temps-là savent tout ce qui tient dans les douze lettres de salaouetches : douze couleurs, douze formats, douze patries. Plus encore : douze classes de la société ; car, du mauvais garçon des bars de la Casbah, avec son visage tailladé de coups de rasoir, jusqu'au plus authentique « fils de bonne famille », devenu aujourd'hui diplomate, général, maître de l'Université, académicien, archevêque ou simplement ministre, tous les enfants de cette génération ont été, plus ou moins, une fois ou mille fois, des salaouetches.
De l'illettré tatoué de la rue du Cheval à l'étudiant dont le programme culturel comportait tout ce qui s'est écrit depuis l'Iliade jusqu'au divin Cagayous de Musette, on peut dire que tout ce qui à Alger avait alors une personnalité, a eu son heure de salaouetchisme : salaouetches, les repris de justice de la haute ville ; salaouetches, les donneurs de sérénades de Bab-el-Oued ; salaouetches, les marchands de poisson de « la Marine » courant en chantant, leur panier d'oursins sur la tête ; salaouetches, les tondeurs de chiens de « la carrière à Madame Jaubert » ; salaouetches, les cigarières « de chez Berthomeu » ; salaouetches, les garnements du port, les ouaîlliounes du bassin de radoub ; salaouetches, les petits cireurs aux regards bougeurs et aux caisses redoutables ; salaouetches, les élèves du Lycée qui, au retour des classes, allaient se baigner au « Petit Bassin », pour un sou, ou se livraient à des brimades dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles étaient déplacées : mozabites bombardés (baldés) à coups de tomates, grosses Mauresques assaillies et s'éta¬lant parmi les écorces de pastèques et prenant Allah à témoin de l'impertinence de ces fils de roumis, gambettes tendues aux porteurs d'eau dans le seul dessein d'entendre leurs horribles imprécations devant les cru¬ches renversées, marchands d'œufs bousculés, gitanes « marchandes della dentella » suivies et imitées, caïds irrévérencieusement appelés « Ho, Ahmed ! », gestes inconvenants autant que symboliques adressés à ce négociant de la rue de la Lyre qu'on surnommait « Le juif pourri », mimique qui avait le don de mettre ce vieillard dans un état indescriptible, éventaires de marchands de beignets mis à sac, tas d'oranges dispersés à coups de pied, razzia de babouches déposées par les Croyants à la porte des mosquées ; salaouetche, cette marmaille remuante, inculte ou instruite, effrayante, impossible, aussi bien capable d'adresser des madrigaux orduriers aux jeunes filles « de chez les Sœurs » ou de « la Ligue de l'Enseignement », que de courir au long des rues étroites avoisinant le Lycée afin d'interpeller les filles soumises, dans un latin de la décadence que ces créatures simples prenaient pour autant d'injures ; salaouetches, les « jeunes gens » des « soirées artistiques et dansantes » et des « sauteries » de la Lyre Algérienne, du Petit Athénée et de l'Estudiantine de Bab-el-Oued qui, respectueux de l'injonction figurant au bas des cartes d'invitation : « Une tenue décente est de rigueur », « se mettaient en noir », et « s'habillaient en dimanche » pour régler à coups de tête, pendant les entr'actes, leurs comptes sentimentaux ; salaouetches, les spécialistes du coup de classe et du mindja galette ; salaouetches, ces étudiants, fils de notables commerçants et de hauts fonctionnaires, dont les farces cruelles, au cours de crapuleuses « vadrouilles », dépas¬sèrent souvent le niveau du classique bidon à pétrole coiffant la statue de Maillot ; salaouetches, ces harkas de gosses de tous poils se livrant à des poursuites épiques derrière de pitoyables fantoches de la rue qui allaient dans la vie au milieu d'un cortège de quolibets, de cris et d'insultes : ombres de « Sans culotte ! », de « Huo-huo ! », de « Barragouia », de « Madame Bourata » et de « Marie-l'Anisette », pardonnez-nous, du plus profond de la fosse commune où votre poussière anonyme repose dans l'oubli, pardonnez-nous, car nous fûmes ces monstres déchaînés, rigolards, insolents, impitoyables et fiers de nos exploits. Pardonnez-nous, nous n'étions pas responsables : le soleil nous portait à la tête.
Le soleil de cette époque-là, bien entendu, qui, sûrement, n'a ressemblé à aucun autre des soleils du monde. Pardonnez-nous, nous ne savions pas ce que nous faisions... Et, faut-il le dire, nous le déplorons aujourd'hui, mais nous ne le regrettons pas. Nous avons eu une jeunesse unique, à une époque unique, dans un pays unique.
Au revoir, notre pays, mais adieu notre époque, adieu, notre jeunesse. A la recherche de ce temps perdu, de ce temps gagné, rappelons-nous qui nous fûmes, les uns et les autres. Il en est qui sont morts. Il en est qui vivent. Il en est qui « viendront » vieux. Tous, du poète au portefaix, de l'humoriste au souteneur, de l'enfant de chœur au reléguable, du gavroche à l'apa¬che, nous avons connu ces joies coupables et délicieuses.
Comme eût rimé l'éminent docteur Trenga, que nous surnommions Sarouel-Sebath, pour son front touranien et sa morphologie « arabe-française » :
« Choisis dans le tas
Nous avons tous été ce salaouetche-là ».
Mes enfants, nos enfants, c'est pour vous que j'écris cette préface. Peut-être n'employez-vous plus dans le langage courant ces expressions aussi savoureuses que des fruits de mer. Je ne sais. Je ne veux pas le savoir. Combien je vous plaindrais si vous en étiez là et si tous n'aviez pas trouvé un autre pataouète, plus moderne, évolué, riche de vos apports. J'espère que vous avez compris, mieux que par une pauvre définition encyclopédique, ce qu'est un salaouetche : « voyou » quelquefois ; « débraillé », souvent ; « vaurien » ? La plupart du temps : « sympathique » ? Toujours.
Jeunes Algériens, si vous n'avez pas compris, on vous fera un dessin. Ou alors on vous répétera ce que nous disait le père Fatah lorsque nous feignions de ne pas saisir la différence qui existe en arabe entre un ta et un ta marbouta :
« Miz alors, Sapirlipoupite
Vos ites bites ! »
Il se peut qu'oublieux de l'histoire, vous ne ressentiez pas en le lisant l'émotion que j'éprouve en inscrivant au fronton de ce modeste portique, le nom familier du « père de Galland », ce nom prestigieux qu'avec le temps on prononcera peut-être un peu comme celui du « Père de Foucauld », parce que chacun d'eux marque un moment particulier du génie français, éternel et multiple, et qui, en notre vieux maître à la barbe socratique, trouva une incarnation totale, synthétique, avec ce sens miraculeux de l'adaptation, d'où le complexe méditerranéen fit jaillir des étincelles.
La colonisation digne de ce nom n'a pas besoin que de muscles, d'énergie, de capitaux et d'enthousiasme ; il lui faut ses étoiles. Dans le ciel d'Alger, éclairant la colline sacrée, à l'heure violette, la douce lumière d'un esprit universel a longtemps scintillé, tel un feu follet dansant sa ronde autour de grandes stèles pour en éclairer les noms : Platon, Virgile, Beethoven Souvenirs algériens des temps héroïques, il convient de vous saluer ; bien qu'aucun Renan ne vous ait gravés dans le livre de la renommée, vous méritiez votre prière sur l'Acropole. Charles de Galland l'aurait écrite ; mais pour ce violoniste, la plume demeura un violon d'Ingres. Il était pareil aux conteurs de l'Orient : sa parole et sa mémoire suffisaient à son art ; jamais elles ne dédaignèrent le parfum salé de la verve populaire.
C’est pourquoi, en écrivant ces lignes, j'ai souvent cru revoir l'image « classique » de Charles de Galland, et lui trouver un air de famille avec cette tête d'Homère découverte à Herculanum et exposée à Naples, d'Homère qu'il commentait si joliment et dont les récits bercèrent notre imagination, à l'âge où, petits salaouetches, nous osions assimiler ses apostrophes ailées à notre infâme jargon à demi barbare, qui faisait rougir nos parents eux-mêmes.
Paris, 28 juillet 1939.
PAUL ACHARD.
PLACE DEL CABALL'
- Ho, Gomila !
- Ho, Lobato !
Les deux jeunes hommes s'arrêtent et échangent les civilités rituelles, de forme elliptique, dont la sobriété même évoque tout un monde de pensées secrètes.
- Y alors ?
- Hé ben oilà...
Un silence suit ces graves confidences. Lobato fume avec lenteur. Il est nu-tête, tient son chapeau à la main pour essayer d'aérer une tignasse frisée qui fait le désespoir des coiffeurs. Gomila, lui, a le cheveu rare, plat et noir, descendant en pattes effilées jusqu'à l'angle de ses maxillaires proéminents ; pour l'instant, on n'entend que le bruit produit par sa forte mâchoire en broyant des cacahuètes ; son camarade l'écoute manger. Lobato est maçon à Bad-el-Oued, Gomila garçon de café à la « Consolation », où il sert à boire aux gens qui reviennent du cimetière.
C'est naturellement l'autre qui rompt les chiens, si l'on peut dire, car le verbe est exclu de cette façon de s'exprimer : le maçon introduit sa main dans la poche du loufiat afin d'y prendre une poignée de caca¬huètes ; l'autre feint de s'opposer à ce projet et Lobato répond à cette fin de non-recevoir par un cordial coup de poing dans les côtes ; à quoi Gomila, baissant le front tel un bélier d'Assur, riposte par un affectueux coup de tête, simulé, bien entendu ; puis tous deux rient, se poussent du coude pour parvenir à bousculer un marchand de « galettes sucrées à la vanille », qui s'avance, portant sur la tête un immense panier d'osier. Malin, habitué au pire par les farces de la rue, qui se multiplient sur son passage, le vieux, d'une main, assure sa manne sur son turban, et, de l'autre, il ramasse son sarouel afin de faire plus rapidement un crochet sous l'arcade pour éviter la « gambette » qu'il prévoit ; puis il lance son cri de victoire :
- Galitt soucri, à la vanille... On sou y do sous li galitt
Lobato, humoriste, répond à cette provocation par un bruit inconvenant qui se prolonge grâce à l'amplifi¬cation sonore produite par ses deux grosses mains join¬tes, disposées en forme d'olifant. Un vrai paladin, quant à l'attitude seulement, car, pour le soupir du cor, on doit reconnaître que ce bruit ne le rappelle que de très loin, tandis qu'au contraire l'effet grossier est parfaitement obtenu.
Les deux compères rient de plus belle et se remet¬tent à grignoter de concert, quand arrive un troisième personnage, colporteur de son état ainsi que l'indique _e sac qu'il porte en écharpe et d'où pendent pêle-mêle colliers, bretelles et chaînes de montre, le tout repré¬sentant une valeur de cent sous de camelote. Le maçon l'appelle :
-Ho, Caroubi !
-Ho, Joseph ! Adieu vous autes !...
Qu'on ne s'y trompe pas : « Adieu » veut dire bonjour et « vous autes » est singulier. Il serre les mains et s'informe :
-Y alors ?
-Hé ben oilà...
C'est tout. Ils peuvent désormais se quitter ou rester deux heures ensemble, grignoter ou suçoter quelque Infime produit sucré ou salé et même aller boire une mi.;:jette, en trois verres, sur le zinc, chez Sintès, le cafetier de la place Mahon, où l'on jouera la tournée au tchic-tchic pour savoir qui déboursera les deux sous. Qu'importe ? Ils ont pris contact en se disant les cinq mots que tout salaouetche qui se respecte connaît en venant au monde : Y alors ?
-Hé ben oilà...
Pour apporter un peu de fantaisie à ce protocole verbal, il faut le passage de Faraggi, l'agent corse, qui les connaît tous trois parce qu'ils font partie d'une même société de gymnastique, « La Patriote », dont il est le moniteur en second. Noir comme la nuit sous son casque blanc, l'agent rigole en conduisant au poste un jeune indigène qui a dérobé une paire de grosses babouches choisie entre cent, devant la porte de la Mosquée Djemâa-Djedid, où elles sont alignées pen¬dant que les fidèles accomplissent leurs dévotions dans la salle des prières. Faraggi n'a pas le temps de s'arrê¬ter pour causer ; il se borne à cligner de l'œil avec force en retroussant très haut sa lèvre ourlée d'une moustache cirée, puis il lance, de loin, quelques mots sympathiquement interrogatifs :
- Ça va, bande de salaouetches ?...
Sans un mot, les trois amis répondent par un geste des bras et un regard échangé entre eux, comme si chacun désignait son voisin en disant : « Rends-toi compte ». Mimique qui signifie exactement : Hé ben oilà... »
Le trio s'attarde sous les palmiers poudreux qui répandent chichement une ombre douteuse, étoilée sur les dalles rongées par le soleil. Ce jour-là, en effet, n'est pas un jour comme les autres. La place du Gou¬vernement a un air de fête. C'est jeudi et la musique du 1'r Zouaves exécute « les morceaux les plus choi¬sis de son répertoire ». On vient d'entendre Sigurd. C'est la pause. Sur la place Mahon, les corricolos qui font le service de Cheragas et de Birkadem sont ran¬gés côte à côte : deux étuves, où les voyageurs ne péné-treront qu'au dernier moment, pour ne pas perdre un souffle d'air ; les chevaux, endormis, se battent les flancs plutôt par habitude que par nécessité : ils n'arri¬vent pas à faire lâcher prise aux mouches assoiffées de sang. Le marchand de crème glacée se presse de liquider son fonds qui fond. Il appelle à l'aide : Hé, la :ré-è-me ! Puis on entend :
- Cacaôu ! Cacaôu ! Tramoussos ! Torraïcos
Il est impossible de se représenter l'épiderme du marchand de cacahuètes qui pousse ces cris rauques, si l'on n'a pas regardé de près le cou d'une tortue, d’une autruche ou d'un rhinocéros. C'est un craquelé du plus beau ton ; deux petits yeux noirs y brillent comme des escarboucles, au-dessous de deux touffes de crins gris. Un serre-tête déteint entoure le crâne que coiffe un immense sombrero rabattu sur les yeux. L’homme vend de ces pois chiches rôtis appelés bliblis, les tramousses qui donnent la colique, les petites patates qui ont goût de terre. Il reste là immobile pendant des heures, se dérangeant à peine pour servir les acheteurs. Il incarne la morgue, la paresse et la sobriété espa¬gnoles. On ne le voit jamais boire ni manger, ni courir. Le soir, dans le galetas perdu où il loge, il se régale d'une sardine salée, d'un bout de pain sec, ouvre une tomate, la hume et l'avale en fermant les yeux, après l'avoir saupoudrée de sel ; puis il vide un alcarazas d'eau fraîche ; ensuite il fume jusqu'au dernier brin de tabac une cigarette longtemps roulée entre ses doigts secs comme des sarments, il met ses tramousses à tremper, descend laver ses petites patates à la fontaine et remonte se coucher. Il dort tôt, ce qui économise la bougie. Il ne lit pas, ne joue pas, n'a pas de besoins, pas de maî¬tre sauf le tabac. Mais il a un Dieu ; il le prie ouver-tement. Il a une famille, quelque part aux Baléares. Il s'appelle Pepe comme tout le monde. Demain il se lèvera avec le soleil, réapprovisionnera son stock chez un marchand en gros de la rue des Trois-Couleurs, boira un verre de café, y trempera une grosse tranche de pain mahonnais, puis retournera à son poste jusqu'au soir.
-Cacaôu ! Tramoussos ! Torraïcos !
Il est assis, plié en cinq. Mais vous l'avez vu à l'église dans une autre position : à genoux, toujours au même endroit, embrassant la pierre usée par sa dévotion.
La pause est terminée. Les zouaves, rangés en cer¬cle, se lèvent et jouent une polka. Autour des auditeurs « bien » qui, eux, sont assis, des centaines d'ama¬teurs - la jeunesse en général - tournent sans cesse, pareils à des chevaux autour d'un puits.
-Régarre-moi-les faire la noria, observe Lobato.
Mais soudain les têtes se tournent, un mouvement se dessine vers le café de la Régence. Il se passe quelque chose sous les arcades.
-Il y a baroufa ! crie un commissionnaire qui passe en courant, suivi d'une bande de décrotteurs et de por¬teurs d'eau. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Des jeunes gens s'interpellent :
-Cagnoli, tu viens ?
-Oh ! Calleja, y a baroufa
La foule s'est rassemblée devant la librairie Jourdan, autour d'une marchande de dentelles qui a cra¬ché à la figure d'un représentant de commerce nommé Mesguiche qu'elle importunait et qui refusait de se laisser lire dans la main. Les passants se sont attroupés et ont excité les deux acteurs de cette scène de rue. Il n'en a pas fallu plus pour qu'on entende des cris et des protestations : un tumulte. Ce quartier est souvent visité par des gitanes, hommes et femmes, qui reviennent de leur « zone », au-dessus de Bab-el-Oued, eu qui y rentrent, au retour de leur travail. Les femelles lisent la bonne aventure, vendent des dentelles et volent les sacs ; les hommes tondent les chiens, coupent les chats et emportent le linge. Au moment où nos trois amis arrivent sur le théâtre de l'incident, on entend le cri caractéristique qui annonce cette profession hono¬rable mais peu enviée :
-Tondor ! Tondor !
La bohémienne l'appelle. Le gitano, un grand sau¬vage basané à rouflaquettes, accourt.
-Il m'a insoultée, hurle la mégère en prenant les assistants à témoin.
-Je vous demande pardon, Madame, vous m'avez incommodé.
-Y céloui-là, il ba té commoder, djodio !
Le paquet de chiffons qu'elle porte, lancé à toute volée, atteint le visage de l'infortuné israélite et fait tomber son lorgnon. Tandis qu'il se baisse pour le ramasser, le tondeur le bouscule, l'autre lève sa canne pour se protéger, mais le gitano prend ses longs ciseaux par la pointe et assène un vigoureux coup de manche sur le nez du malheureux en disant :
-Adrob, tchaaîbab
On les sépare. On les emmène, mais les assistants restent là, à discuter. D'autres tondeurs se mêlent au groupe. D'autres israélites quittent leur boutique et viennent aux nouvelles. Les éclats de voix couvrent la musique, car justement à ce moment l'orchestre s'est tu pour laisser la parole à un solo de flûte. De nouveaux curieux abandonnent la « noria » et viennent voir ce qui se passe en face. Le mot court, qui, par avance, allèche les amateurs :
- Baroufa !
On se presse. Au passage, un marchand de gâteaux arabes est renversé. De grosses savates piétinent les pâtes aux amandes et les soufflés au miel. Des badauds plus batailleurs se défient du regard, se frôlent, cherchant un prétexte pour se battre. L'agent Faraggi arrive enfin et enquête vainement : les auteurs de l'al¬garade sont loin, l'incident est clos, mais il y en aurait dix autres, si à ce moment même la musique des zoua¬ves n'attaquait la marche d'Aïda dont les accents belliqueux dispersent immédiatement le rassemblement.
Les cuivres s'en donnent à cœur joie. C'est le triom¬phe de la trompette. Alger raffole de cette musique héroïque. Ce morceau forme, avec l'ouverture de Poète et Paysan et celle de Guillaume Tell, une sorte de tri-logie musicale qui constitue un régal pour les « vrais » amateurs, qui abondent dans la ville.
Une foule debout, muette d'admiration, a cessé de tourner autour du cercle enchanté d'où s'envolent des flots d'harmonie que les riches, eux, reçoivent assis.
- Un sou la chaise, pensez : il faut avoir les moyens, dit la fille de salle du Café de Bordeaux, qui a traversé la rue, car elle se consume d'amour pour le « basson ».
C'est qu'ils ont belle allure, les zouaves musiciens, avec leurs guêtres blanches, leurs larges falzars garance, leur courte veste bleue à la turque, et leur chéchia crânement rejetée en arrière pour découvrir le front bronzé, entouré d'un turban aussi dur qu'un câble de marine. Ils traînent après leurs jupes un peu de la gloire de l'armée d'Afrique. Ils évoquent de rudes figures de maréchaux : Bugeaud, Randon, Clauzel, trois noms inséparables de ce panache militaire qu'on a beau blaguer quand on est salaouetche, en forgeant des expressions telles que : « La main de ma sœur dans une culotte de zouave », « Mon zouave ! », « Zoua¬vis », « Fauteuil de zouave », « Dache le perruquier des zouaves », mais dont l'Européen d'Algérie, qui doit tout à l'armée, a besoin autant que du pain qui fait vivre et du vin qui fait rire.
Bugeaud, Randon, Clauzel, trois noms de rues
Alger. Ceux qui les habitent ont peut-être oublié l’Histoire ou ne l'ont jamais sue. Souvent leur igno¬rance convient mal à la célébrité de semblables par¬rains, car la gloire inscrite en blanc sur les plaques d'émail bleu des villes ne choisit pas ceux qui se loge¬ront à son ombre. Le choléra a tué Bugeaud, l'échec devant Constantine a discrédité Clauzel, mais le seul nom des maréchaux, lu sur un mur, rappelle une épo¬que de grandeur dont le souvenir doit durer dans un pays où chaque Durand est entouré de dix Ahmed, sans parler des José, des Roméo, et des Miguel, qui semblent justifier leurs noms d'opéra-comique, en enva¬hissant la scène où le nombre des figurants menace de noyer les protagonistes du drame algérien. Car, sous cette truculence, derrière cette fresque haute en couleurs et cette grosse gaîté, se cache un dur problème de races, que « l'Affaire » va rendre encore plus délicat. La situation, du reste, se trouve symbolisée par la masse humaine qui entoure la statue du duc d'Or¬léans ; toute la Méditerranée y est représentée, des Colonnes d'Hercule aux limites asiatiques de l'Em-pire Romain : Arabes, Kabyles, Espagnols, Italiens, Maltais, Grecs, Turcs, Juifs, Arméniens, toutes les races du Levant, entourent la victoire de la croix sur le croissant, représentée par cet homme de bronze qui, du haut de son carcan, semble diriger la pointe de son sabre vers un autre chef et le désigner comme cou¬pable : Couture, le chef de musique, le voilà, c'est lui...
Et, de fait, c'est lui, Couture. Effectivement, pour l'instant, les trombones attaquent une valse qu'il a composée. Il est ému, ses longues moustaches blondes à la gauloise tremblent, ses lorgnons sont mal assurés sur son nez bourbonien que la confusion fait rougir lorsque la foule éclate en vivats. Alors, pour la récom-penser, Couture la gâte ; il donne, en bis, une nou¬veauté, qui fait fureur à Paris et qu'Alger n'a pas encore entendue : « Quand l'amour meurt », d'un nommé Crémieux.
-Encore un ! a dit le colonel lorsque le maestro lui a montré le programme de la semaine.
-Ce n'est pas celui du décret, a répondu Couture, en souriant finement.
Les femmes se pâment derrière leurs éventails. Les hommes s'épongent. Il fait si chaud. Les musiciens vont suer sang et eau pour remporter la grosse caisse jusqu'à la Casbah. Quant au tuba, il est déjà à bout de souffle ; alors, pour se consoler, il regarde le basson qui, lui, n'en peut plus.
-Le quart de vin ne sera pas volé ce soir, cré vingt dieux ! s'exclame le piston, qui est Charentais.
Mai touche à sa fin. La place du Gouvernement sent les aisselles, l'ylang-ylang et le tabac maure ; à cette combinaison d'odeurs, déjà peu ordinaire, se mêle un relent de cuir de bottes et de marée, qu'apporte le courant d'air de la Pêcherie ; enfin, les tas d'Arabes groupés près de la Mosquée ne sont pas étrangers à ce parfum particulier dont la violence vient renforcer l'atmosphère de la place del Caball' et qui fait recon¬naitre le bouc à distance, sans le voir.
Aujourd'hui on sera doublement favorisé par les dieux : ou aura, au square Bresson, un beau programme de l'orchestre municipal, solo de contrebasse et chant : Mademoiselle Arabatro interprétera les Noces de Jeannette ; on entendra l'air fameux qu'apprennent toutes les jeunes filles de la bonne société, soit aux Beaux-Arts, soit aux cours de Mademoiselle Scizes et de Monsieur et Madame Laville. Il se chante en arrondissant la bouche et avec une certaine affectation :
Voix légeoère,
Chanson passageooère
Babil gracieux
Qui réjouit l'air et les cieux...
-Vous y allez, Mademoiselle Mouchito ?
-Mais oui, Madame Benichou, nous y allons ; toutes celles du cours sont là : Rosalinde Boumendil, Mignon Chouraki, Bernadette Ben-Soussan et Magali Bouchara, enfin toute la bande... A ce soir...
-A ce soir... Pensez ! On donne aussi la « Bacchanale » de Samson et Dalila ! Vous savez, avec le tam-tam... Ah ! ma pauvre, cet air-là, il me rend malade, à moi, ça me rappelle mon premier mariage, avec Bou-Khabza... Ah ! comme il passe, le temps !... Déjà quinze ans ! quel malheur !... Enfin, qu'est-ce que vous voulez, hein ? Vous, vous vous en fichez pas bien mal, hein, vous êtes jeune ? Allez, au revoir, ma fille...
-Au revoir, Madame. Donnez bien le bonjour à votre sœur ; si j'ai le temps je passerai à son magasin la voir.
-Oui, parce qu'avec le Bal du Gouverneur, elle vient folle...
Un arabe, plein de Kif, a écouté cette conversation titubant comme un homme ivre, le regard perdu dans le vide, dodelinant de la tête, agitant les mains près de son front, il soupire avec force et laisse tomber ces mots, sur un ton navré : « Pauvre Algérie ! »
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Notre-Dame de la Mer
Par C. B.
Echo de l'ORANIE N°99
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Peut-être, chers amis, avez-vous reconnu sur notre couverture la photo de Notre-Dame de la Mer qui s'élevait au-dessus d'Arzew, près du Fort du Nord, centre de repos de la Légion étrangère, et qui dominait toute la baie jusqu'à Mostaganem.
Ce monument, œuvre du sculpteur Sarrade, de l'architecte-décorateur Lucien Cassar et d'artistes anonymes de la Légion qui gravèrent les écussons, fut inauguré et béni le dimanche 22 septembre 1957 par Mgr Lacaste. évêque d'Oran, assisté de son vicaire général : Mgr Lecat, de l'abbé Podesta, curé d'Arzew, et de l'abbé Charpentier, aumônier de la Marine. Une foule nombreuse, où se côtoyaient toutes les croyances, assistait à cette inauguration, et l'on y remarquait : M. Marc Tournut, maire d'Arzew, le capitaine de frégate Guillon représentant le commandant d'armes, le colonel Georgeon du 1er R.E.I., tandis que les honneurs étaient rendus par un détachement de la Légion sous les ordres du lieutenant Fratello.
Et en regardant cette photo de Notre-Dame de la Mer, je ne puis m’empêcher d'évoquer cette petite ville d’Arzew où j’ai passé les toutes premières années de mon enfance, et dont je garde un souvenir attendri, malgré le temps écoulé.
C'est I'Arzew d'autrefois que je revois dans ma mémoire, non le port méthanier, aboutissement de l'oléoduc, mais ce gros bourg de pêcheurs, abritant dans sa baie si bien protégée les nombreux chalutiers, palangriers et madragues, qu’animaient ces gens de la mer, la plupart d’origine espagnole, rudes travailleurs, durs à la tâche et si pittoresques dans leur parler imagé.
Arzew ! c'était une petite cité où le palmier était roi, on en avait planté partout, autour de l'église Sainte-Marie, sur la place, mais surtout dans I' esplanade longeant la mer et qui partant de la gare aboutissait au jardin public. Elégants et racés ils s’alignaient sur six allées parallèles et on voyait leurs palmes s'agiter sur un fond de mer bleu azur. L'été, c'était "le boulevard", comme la rue d'Arzew ou le Bd Seguin à Oran. On s'y promenait d'un bout à l'autre avec une halte de temps en temps à la "Nueva lbense" pour boire l’Agua limone" ou déguster la crème à la vanille-chocolat.
C'était là aussi que se groupaient les baraques foraines et les manèges de toutes sortes au moment des fêtes d’Arzew.
Qui n’a pas assisté à ces fêtes n’a rien vu et ne sait rien des réjouissances de village ! Elles duraient plusieurs jours, attiraient une foule innombrable, laquelle, faute de place dans les hôtels, couchait sur la plage sous des guitounes improvisées. Dans une odeur de beignets, de pommes frites et de sardines grillées, c'était la plus formidable kermesse dont je n’ai plus jamais retrouvé l'atmosphère. Dans les cafés qui ne désemplissaient pas (il faisait si chaud) on servait toutes sortes de "kémias" où les "tramousses" étaient rois avec les petits "sépionets" frits, et sur la place, les bals d'enfants, les jeux de ciseaux, les courses en sacs mettaient une animation extraordinaire. Que dire alors des grands bals nocturnes, en plein air, se terminant vers 2 ou 3 heures du matin !
On s’y écrasait tandis que les familles s'attablaient sous les palmiers de la place pour voir évoluer les danseurs. Paso-doble, valses, tangos se succédaient sans arrêt jusqu’à la fin de la "série" où tout le monde (musiciens et danseurs) allait boire. Mon Dieu ! que d'idylles sont nées sous ces palmiers, pendant ces fêtes du 15 août !
Arzew ! c'étaient aussi les plages et les calanques se succédant jusqu’à la "Fontaine des Gazelles" ! Que de cabanons et de villas éparpillés sur cette côte un peu sauvage, baignée d'une eau si claire où foisonnaient les oursins !
Arzew ! c'étaient les "taillos" et les "pelaïas" du vieux Santiago dont la boutique sentait le beignet et le sucre caramélisé. C'étaient les petits marchands de .. clovisse" déambulant dans les rues, aux heures chaudes de l'après-midi, avec leurs seaux de coquillages. C'était la maison à arcades des Religieuses Trinitaires où la vieille Sœur Sainte Clémence nous enseignait le catéchisme.
C'était... c'était... mais je suis bien loin de Notre-Dame de la Mer ! Pardonnez-moi, Vierge Marie, dans le flot de mes souvenirs je vous avais un peu oubliée, ne m'en veuillez pas si les fions-fions des bals de ma jeunesse m'ont éloignée de vous ! Pourtant c'était votre fête qui servait de prétexte à toutes ces réjouissances, Arzew célébrant sa fête paroissiale le jour de la Sainte-Marie l D'ailleurs, dans l'église même, Notre-Dame, refuge des pêcheurs, trônait dans l'abside, au-dessus du tabernacle.
Bien sûr, vous protégiez vos enfants et en particulier tous ces marins qui avaient une telle confiance en votre bonté généreuse.
Qu’a-t-on fait de votre statue ? où a-t-elle échoué ? L’a-t-on laissée face à la mer, sur la colline ou a-t-elle, comme nous, connu l'exode ? Qui pourra nous dire ce qu’il est advenu de ce monument érigé par la dévotion mariale des Arzeviens ?
Où que vous soyez, Vierge Sainte, n'oubliez pas vos enfants ! lis ont, plus que jamais, besoin de votre protection, car ils ont perdu, avec le sol natal, ce qui faisait le sel de leur existence, cette douceur de vivre, ce quelque chose d'indéfinissable où se mêlent la grâce, la tendresse et l'esprit et qui s’appelle le goût du bonheur.
C. B.
Est-ce qu'un lecteur, pourrait nous dire où cette statue a été déportée ? D'avance merci pour les réponses.
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Les Barbaresques ne se sont pas arrêtés
aux seules côtes méditerranéennes
PAR MANUEL GOMEZ 20 juin 2026
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Certains « historiens » officiels voudraient nous faire croire que si ce territoire, qui ne s’appelait pas encore l’Algérie, a été conquis en 1832, ce serait parce que le 30 avril 1827, donc trois ans plus tôt, le Dey d’Alger (à l’époque El Djezaïr) avait souffleté, avec son éventail, le consul de France Duval.
Bien entendu cela est un prétexte. Il y aurait certainement eu, à l’époque, un Emmanuel Macron pour s’excuser et promettre de faire repentance durant un siècle.
Non, la raison véritable fut de mettre fin à la piraterie barbaresque en mer Méditerranée, aux razzias incessantes sur toutes les côtes des pays voisins, de l’Espagne jusqu’à l’Italie et, notamment, l’île de Minorque et sa capitale, son Port Mahon, dont l’une des artères principales, qui descend jusqu’au port, a longtemps était baptisée « Calle de la Sangre » (Rue du Sang) car les pirates arabo-turques y avaient décapité des centaines d’habitants.
Ce que l’on sait moins, mais il n’est jamais trop tard pour apprendre, c’est que les pirates barbaresques avaient poussé leurs incursions bien au-delà de la Méditerranée et cela jusqu’aux îles Britanniques et même jusqu’aux côtes du Danemark, de la Norvège et aussi de l’Islande.
Trois navires pirates turcs se sont rendus jusqu’en Islande, en 1627, et, après des razzias, massacres, viols et vols, ont emporté environ 400 Islandais, femmes et hommes, qui seront vendus comme esclaves sur la « Place du marché » d’Alger, dès leur arrivée.
Nous l’avons appris grâce à l’enquête de l’auteur islandaise Guoriour Simonardottir : en l’an 1636, le représentant du roi du Danemark avait dû payer les rançons, après de longs marchandages, pour parvenir à libérer et faire rapatrier vers leur pays d’origine, 28 femmes islandaises et 22 hommes danois, norvégiens et islandais.
La facture payée pour ces rançons nous indique :
– le 9 juin 1636, Ornia Jondochter, 100 riksdals plus 60 pour le voyage, soit 160 riksdals ;
– le 11 juin 1636, Abdraham Molet, 215 riksdals plus 63 pour le voyage, soit 278 riksdals ;
– le 12 juin 1636, Gudridur Simonsdochter, 180 riksdals plus 62 pour le voyage, soit 242 riksdals.
Il est impossible de convertir ces sommes en « riksdals » en « euros » actuels mais il est indiqué dans les commentaires que ce furent des sommes « assez élevées ».
Donc, après six années d’esclavage dans la région d’Alger, et comme cette pratique se reproduisait chaque année, soit par les représentants des rois de divers pays européens, soit par les chevaliers de Malte, les esclaves pouvaient être « revendus » à leurs pays d’origine, grâce au paiement de rançons et avec un bénéfice important pour leurs propriétaires.
Il est intéressant de noter que, à l’époque donc de l’occupation ottomane de toute cette côte méditerranéenne du Maghreb, il existait tout de même à Alger, la capitale, lors du XVIIe siècle, une église dont les prêtres étaient autorisés à exercer leur culte catholique et recevoir, à deux dates principales, Pâques et Noël, certains esclaves de religion catholique qui, après plusieurs années d’esclavage et ayant acquis la confiance de leurs maîtres, pouvaient s’y rendre, accompagnés et surveillés par un garde.
Les enfants de ces captives étaient convertis dès leur plus jeune âge et détachés de leurs mères, ou de leurs pères, quand ils en avaient un officiellement, donc il n’était pas question de pouvoir les récupérer.
Quelques femmes esclaves se convertissaient également, soit pour s’assurer une vie dans de meilleures conditions, soit par mariage.
Près de quatre siècles plus tard, les chrétiens, ce qu’il en reste, des pays ottomans (la Turquie) et du Maghreb, n’ont ni le droit, ni l’endroit pour se recueillir (quand ils ne sont pas massacrés) et l’on peut affirmer que les frères Barberousse étaient bien plus tolérants que l’actuel dictateur turc Erdogan qui, sans la moindre protestation du Pape actuel, soi-disant défenseur de la chrétienté, transforme ses églises en mosquées, notamment la plus illustre « Sainte-Sophie ».
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MISE A JOUR
Par M. J.P.B.
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LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS
Par J.C. Stella et J.P. Bartolini
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Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône et la Province du Constantinois méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.
Jean Claude a effectué toutes les recherches et il a continué jusqu'à son dernier souffle. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous, des pages qui pourraient être complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir. Jean Claude est décédé, et comme promis j'ai continué son oeuvre à mon rythme.
Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.
De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.
Ce travail fait pour Bône, Guelma, Philippeville, etc. a été fait pour d'autres communes de la région de Bône et de Constantine.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et du Constantinois
Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :
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La chaloupe !!!
Envoyé Par Jean Claude
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A lire lentement pour savourer...
Il y avait deux pêcheurs, frères jumeaux. L'un était marié et l'autre célibataire.
Le célibataire avait une chaloupe de pêche déjà assez vieille.
Il vient de la perdre, elle a sombré en mer.
Le même jour, la femme de l'autre meurt.
Une vieille dame qui a appris le décès décide de présenter ses condoléances au veuf, mais confond les deux frères jumeaux et s'adresse au frère qui a perdu sa chaloupe.
"Je suis triste pour vous de cette énorme perte. Cela doit être terrible"
"Oh oui, répond-t-il. Je suis effondré. Mais je dois être fort et faire face à la réalité.
Vous savez, elle était vieille, elle avait déjà des fuites, une forte odeur de poisson, elle avait une fissure devant et un petit trou peu accessible derrière.
Mais ce qui l'a achevée, c'est que je l'ai prêtée à des copains pour s’amuser.
Je leur ai pourtant bien dit d'aller doucement, mais ils sont montés dessus tous les quatre en même temps, c'en était trop
et cela lui a été fatal !"
Et la vieille dame s'est évanouie ..
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Notre liberté de penser, de diffuser et d'informer est grandement menacée, et c'est pourquoi je suis obligé de suivre l'exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d'information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d'expression, tel qu'il est reconnu par la Résolution 59 de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d'expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
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