N° 269
Mars

https://piednoir.fr
    carte de M. Bartolini J.P.
     Les Bords de la SEYBOUSE à HIPPONE
1er Mars 2026
jean-pierre.bartolini@wanadoo.fr
https://www.seybouse.info/
Création de M. Bonemaint
LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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SOMMAIRE de la SEYBOUSE N° 269

-        Puglisi : Retour fugace dans le passé. (3)
-        Acep 280 : Chronologie du boulisme en Algérie
-        Echo-d'Oranie ; LE BAPTEME DE DOLLY
-        Mutilé 152-1920 ; Le Casque du Poilu
-        Alg-catholique 1-1938 : L’Eglise Sainte Marie Saint Charles de l’Agha
-        Donato : Je m’souviens - (4) On ne se connaît jamais assez.
-        Bonjour93: Ah ! la bonne blague !
-        Alger-étudiants N°28 : La Maison qui se bâtit
-        PHOTOS ECOLE ST-CLOUD 1957, CE1
-        Acep 276 : LES TERRITOIRES du SUD
-        PHOTOS ECOLE Garibaldi maternelle 1952-53
-        Bonocori : Prise de Bône (3)
-        ACEP 276 : Francis RIOUX, UN GRAND SPORTIF CONSTANTINOIS
-        PNHA 185: Le hockey sur gazon
-        Algudo: LES PIEDS NOIRS A LA MER
-        Grieu poème : GOÛTIÈRES
-        Perez : « L’ETRANGER » CONTRE LA FRANCE
-        Grieu poème : PARITÉ
-        Discours prononcé par M. Pierre BORDES en 1928
-        PHOTOS ECOLE MERCIER 7em_1945_46
-        BRASIER Panthéon : 51-Laveran
-        Revue de l'Orient 1846-1, P 112-118 : Les mines de fer de Bône et alentours
-        Algudo : OUBLI ou CONTINUITE PREMEDITEE ?
-        Grieu poème : ADIEUSERIES
-        Gomez : Des milliers de Maghrébins ont combattu la France aux côtés des nazis
-        Voltaire : Rousseau, Tout est de notre faute (et de celle de l’OAS !)
-        Livre d'Or : Mise à jour
-        Vidéos : 215-alat-10.pdf ; 214-alat-9.pdf ; jarrige-371-Il-etait-une-fois-laventure.pdf
-        Histoire : Eliane : Ce n’est pas parce qu’on est vieux...

        Chers Amies, Chers Amis,.

        " Bône " lecture et bon mois de Mars
        A tchao, Diobône,         
     Jean Pierre Bartolini          


Retour fugace dans le passé.
3ème partie

S'il m'arrive très souvent, d'avoir des pensées, qui me ramènent vers ce passé, qui ne cesse de venir toujours m'obséder ; c'est très habituel, qu'une pensée vagabonde vienne soudain m'envahir et fait dérouler dans mon esprit, une brève scène que j'ai jadis vécue, là-bas ou, ailleurs, chez-moi en Algérie et que, je revois très clairement, dans le fond de ma mémoire, avec tous mes sens en éveil et les yeux grands ouverts. Ces manifestations, peuvent se produire, à n'importe quel moment du jour ou de la nuit, surtout, lorsque je pense, remarque ou assiste, à certaines choses qui m'entourent, comme = une odeur - un plat cuisiné - une lecture - une musique - une conversation, etc. Toutes ces pensées, peuvent me ramener vers cet horizon lointain et déclencher en moi des images du passé, qui, sont depuis, hélas ! Bien longtemps révolues.

        25° - "Il faut le dire, que, les légendes Calloises, ne faisaient pas défaut autrefois et il faut savoir, qu'on y croyait ferme grands ou petits. Alors, un jour, à l'âge de 10 / 11 ans avec mon habituelle bande de copains, nous évoquions toutes sortes d'histoires effrayantes, qui parlaient de revenants, de fantômes, d'esprits et de "Mounagel" (moinillon Napolitain qui effraye) ... Nous étions là, à causer très sérieusement, de toutes ces choses qui font peur et qui n'étaient pas loin de nous effrayer. A moment donné, l'un d'entre-nous, devait évoquer "la grotte de l'esprit", dont on avait entendu parler et qui devait fortement nous intriguer. Elle devait se situer, disait-on ? quelque part du côté des grottes du Lion. On disait alors, qu'un esprit démoniaque sortait parfois de cette grotte, pour effrayer tous ceux qui s'aventuraient à proximité.

        C'est ainsi qu'un beau jour, nous avions tous décidé d'un commun accord, de nous rendre sur place, pour tenter d'observer le curieux phénomène, armés bien entendu d'une grande prudence et prêt à prendre les jambes à notre cou, si cet l'esprit que tout le monde évoquait, pouvait se manifester en sortant de la grotte.

        Ce fut un jeudi, jour de la semaine où il n'y avait pas d'école, que nous nous sommes décidés à l'unanimité, d'aller "courageusement" explorer l'endroit hypothétique de la grotte de l'esprit. Nous avions emporté quelques menus matériels = une corde - une lampe torche - une binette... Enfin, tout ce qui nous paraissait utile à cette expédition.

        Alors que nous arrivions en sein même des rochers du Lion, un endroit que nous connaissions bien, nous nous mimes prudemment à l'œuvre, afin de trouver cette mystérieuse grotte. Des adultes nous avaient révélé l'endroit où, devait se situer la fameuse grotte et arrivés à proximité, c'est avec une grande prudence, que nous nous sommes approchés et mis à explorer le secteur. Nous avions trouvé, cachée sous un grand rocher, une espèce de cavité de plus de 1 mètre de circonférence, qui pénétrait perpendiculairement dans le sol et l'un d'entre-nous - René Arnaud - qui manifestement était le plus courageux de la bande, s'est introduit avec précaution dans ce trou, mais, sans aller bien loin puisqu'il était borgne. Nous étions tous prêt, à décamper en vitesse, si l'esprit se venait à se manifester. Mais, rien ne se produisit et pas d'esprit à l'horizon, ce qui devait bien nous rassurer.

        Nous sommes restés là assis à discuter, tout prêt de l'endroit dont la rumeur locale, évoquait souvent cette "grotte de l'esprit". Nous avions alors compris, que la grotte de l'esprit, ne pouvait être qu'une légende, mais, sans en être parfaitement convaincus, car, était-ce bien l'endroit de cette mystérieuse grotte ? Nous n'en étions pas si sûr et dans nos esprits, la légende de la grotte de l'esprit, devait nous poursuivre encore très longtemps.

        La preuve, c'est que j'en parle encore bien des années après..."

        26° - "C'était vers les années 1942/43 et mon oncle Gaby Pêpe + était chez-nous à La Calle. Il avait un bon copain en la personne de Toto Tarento, qu'il fréquentait régulièrement. Toto travaillait à la Poste où, il lui arrivait de livrer des télégrammes chez des particuliers. Or, un jour, il devait apporter un télégramme à un jardinier de la route du lac et c'est en compagnie de mon oncle Gaby, qu'il devait se rendre sur place.

        Ce fut par un beau matin d'été où, les deux amis prirent la direction du jardin là, où résidait la personne à qui le télégramme était adressé. Les voilà donc partis, tout heureux d'être ensemble, d'autant que le temps était splendide et la nature radieuse. C'est sans se presser, qu'ils entamèrent la montée de la route de Bône, pour arriver aux 4 chemins et poursuivre leur chemin sur la route du lac. Il devait être 11 heures du matin lorsqu'enfin ils atteignirent la petite ferme du jardinier. Il faisait très chaud ce qui les conduisit à s'assoir confortablement à l'ombre bienfaisante d'un grand arbre. Le télégramme fut délivré et le jardinier conscient, que ces jeunes gens accablés par la chaleur, devaient sûrement avoir soif leur proposa une boisson fraîche, que nos deux compères acceptèrent volontiers. Se dirigeant vers le puits le jardinier remonta un sceau dans lequel émergeait des bouteilles. C'était disait-il pour les garder bien au frais.

        Mais qu'y avait-il dans ces bouteilles ? C'était un petit vin blanc, que notre homme avait lui-même fabriqué et qui titrait disait-il fièrement les 16°. Des verres, furent promptement installés, bien à l'ombre du grand arbre et le bon petit vin blanc, dont la fraicheur enchanta nos deux amis, coula à flot dans les verres. Le temps passait et il fallut penser au retour et les deux copains prirent congé du jardinier. Mais, chemin faisant, l'effet de l'alcool devait se faire sentir et c'est bras dessus-bras dessous et au radar, que nos deux amis arrivèrent à La Calle en titubant, avec des idées pas très claires.

        Toto s'est empressé d'aller se coucher, imité par Gaby dont la mama avait vertement sermonné, de voir son fils dans cet état d'ébriété.

        Cette histoire fit le tour de La Calle et le lendemain, quelques amis, se décidèrent d'aller discrètement prendre des nouvelles de Gaby. Ils furent reçus par ma grand-mère, qui de bien mauvaise humeur, leur raconta les exploits de son fils.

        Voilà comment cette affaire se termina, mais, il n'empêche, que ce petit blanc 16°, n'était pas mauvais du tout !"

        27° - "Une Macaronade sur l'Île Maudite."
        "C'était au cours de l'été 56 ou 57 ? Ce jour-là, le ciel était bleu et la mer d'un calme olympien. Allez savoir pourquoi ? En ce dimanche d'août, notre bande d'amis, avait décidé d'organiser un repas particulier et en plein air, dans un lieu bien insolite - à savoir l'île maudite... Mais, je me demande encore, qui a eu cette curieuse idée ? Et bien, j'avoue, que je suis incapable de le dire aujourd'hui. Je sais, que je suis arrivé un peu tard au sein de la bande, alors que les choses étaient déjà depuis longtemps décidées et bien entendu et j'ai marché dans le coup, sans trop me poser de questions. Après tout, aller sur l'île maudite casser la croûte, n'était pas une si mauvaise idée que cela et je dirais même, que cette idée devait m'enthousiasmer

        Nous voilà donc partis, pour passer une bonne journée d'été au soleil et bien entouré par le bleu de la mer, à une bonne distance de la plage de l'usine, qui à cette époque était toujours noire de monde. Chacun avait apporté sa contribution au cours de cette expédition = certains s'étaient chargés des ustensiles de cuisine - assiettes et verres - cuillères, fourchettes et couteaux - couverture en guise de nappe... D'autres, des boissons = apéritifs - vin rosé - limonade et bouteilles d'eau... Pour le menu du jour était au rendez-vous = une belle pizza toute chaude de chez Tarento et une énorme Macaronade accompagnée de sa viande, apportée par les frères Arnaud Alain + et René. Cette superbe Macaronade, nous la devions à la grande générosité de leur Mère, l'excellente Mme Alice Arnaud +, qui, ce jour-là, pour nous faire plaisir, n'avait pas lésiné sur la marchandise.

        Tout était prêt à emporter et il ne restait qu'à assurer le transport de toute cette cargaison. Un temps, Marc Falki ? s'était proposé, de la conduire par la route à bord de sa voiture, mais, restait ensuite, le problème du transport sur l'île par la mer, ce qui bien entendu était une inconnue, qu'il nous fallut tenter de résoudre... Ce furent les frères Arnaud, qui ont apporté la solution du problème, à la grande satisfaction de toute la bande = ils proposèrent de s'adresser à « la Caroline », une modeste petite barque leur appartenant, rangée le long des petits quais et qui ne demandait qu'à prendre la mer. Ainsi, tout l'attirail et la Macaronade, furent embarqués prestement et maniant leurs pagaies Alain + et René, devaient sortir du port, pour rejoindre la plage de l'usine et aller tranquillement se ranger au sud de l'île maudite, dans un petit recoin rocheux bien abrité. Quant au reste de la bande, nous avions rejoint la plage et nous nous sommes mis à l'eau, direction l'île qui ne se trouvait qu'à deux pas. Puis, chacun s'employa à décharger la Caroline et à monter toute la cargaison à son sommet, dans un endroit bien à l'ombre avec vue superbe sur la mer et situé sur une plateforme entre deux gros rochers, bien à l'abri du regard des curieux venus de la plage.

        Enfin tout fut bien en place et déjà nous nous étions tous installés confortablement, dans une ambiance toute amicale et plus que festive... La pizza et la Macaronade sentaient bon tant qu'elles pouvaient et nous ne manquions pas de loucher dans leur direction. Je dois dire, que le ballet des fourchettes, commença sans se faire bien attendre. La pizza accompagnée de généreux verres d'anisette, puis, ce fut le tour de la grande gamelle, qui fut bientôt vidée de ses spaghetti et de sa viande. Comme le petit rosé avait coulé à flot, bientôt, certains le cœur chaud, devaient s'adonner sans façon à la sieste... Pour tous les autres, chacun disait la sienne et le temps passait très agréablement, bercé par une bienfaisante brise marine qui s'était levée.

        Mais, l'après-midi avançait et il devait être 16 heures, le ciel était toujours d'un bleu superbe, mais, cependant, nous avions noté, que le vent commençait à se lever et que la mer devenait presque houleuse, ce qui nous fit prendre la décision de plier bagages…Mais combien étions-nous ? au sein de la bande d'amis. En cherchant dans mes souvenirs, je note qu'il y avait nos aînés = Tounsi Selib, Joseph Giglione, Claude Landrein (le gardien de phare du Cap Rosa), puis, la jeunesse = Jean-Jacques Sébire, René Hisselli +, Norbert Gasnier, les deux frères Arnaud et moi... Peut-être ? que j'en oublie avec le temps qui a passé !

        La Caroline fut prestement chargée, mais, il fallut penser, à ramener certains d'entre-nous qui ne savaient pas nager, j'en veux pour preuve = Tounsi Sélib, Joseph Giglione et Claude Landrein, lesquels furent à leur tour les derniers embarqués. Cependant, il semble, que la Caroline était vraiment trop chargée et alors qu'elle venait à peine de quitter l'île, lorsque la mer commença doucement à envahir le canot. Ce fut tout d'un coup la panique à bord et l'abandon du bateau commença, d'abord, par Tounsi, qui bien heureusement avait encore pieds sur le fond, puis, se fut Joseph, qui compte- tenu de sa petite taille, avait de l'eau jusqu'au menton, restait Claude qui ne pouvait quitter l'embarcation, car, l'un de ses pieds était pris dans un cordage et il s'était mis crier, « j'ai le pieds pris, j'ai le pieds pris... », lorsqu'enfin on le libéra, il sauta vivement dans l'eau pour rejoindre Tounsi et Joseph, qui avaient prestement regagné le rivage de l'île. Le bateau fut délesté de tout son matériel sur la plage et retourna prestement embarquer nos trois naufragés, qui furent tout heureux de regagner la terre ferme... Pour les autres, ils n'eurent aucun problèmes, pour gagner la plage à la nage où, ils devaient subir tous les quolibets des baigneurs, qui avaient assisté hilares à ces péripéties.

        La Caroline avec les frères Arnaud aux pagaies, devait arriver clopin-clopant le long des petits quais et le matériel ramené à La Calle en voiture par Marc Falki ? et chacun de nous est rentré à pieds, rêvant encore de cette superbe et inoubliable journée d'été où, nous pourrions fièrement le dire, que nous avions été les premiers et peut-être ? les seuls Callois, a avoir dégusté une Macaronade sur l'île maudite - par un beau jour d'été.

        Lorsqu'il m'arrive de penser à ces temps heureux, qui, aujourd'hui n'existent hélas plus, il ne me reste qu'à me murer dans mes souvenirs, afin de revivre un moment la Macaronade de l'île maudite et me rappeler de tous mes chers copains de jadis."

        28° - "Aujourd'hui, un très vieux souvenir, est venu envahir ma tête. Sans tambour, ni trompette, peut-être ? mais, je dois dire, qu'il a réveillé en moi, un moment de ma prime jeunesse Calloise, alors que nous étions autour des années 1944 et que, la grande guerre, n'était pas encore tout à fait terminée.

        Je devais avoir 6 ans et en cette après-midi-là, ensembles, avec ma chère grand-mère Pétronille, nous nous sommes mis au lit, pour faire un moment de sieste. Mais, malgré mon jeune âge, au lieu d'essayer de faire un petit somme, je passais mon temps à jouer au pitre, montant et descendant gaillardement du lit et autres cabrioles enfantines Des exploits, qui, bien au contraire, au lieu d'agacer ma grand-mère, ne faisaient que l'amuser et la faire rire, ce que devait m'encourager, à continuer à jouer au clown.

        Depuis un bon moment déjà que je poursuivais ce manège, quand, soudain ! sans que l'on ne s'y attende, Zinouba + notre voisine de palier, trouvant notre porte d'entrée grande ouverte, s'introduisit dans la maison et fit brusquement irruption dans la chambre. Je ne sais pourquoi ? un moment effrayé, je remontais rapidement sur le lit, pour aller me réfugier auprès de ma grand-mère, tant il est vrai, que cette intrusion inopinée m'avait fait peur au plus haut point. J'éclatais alors en sanglots, alors que ma grand-mère et Zinouba tentaient de me consoler.

        Dans les jours qui suivirent, mon attitude devait radicalement changer. Je sursautais au moindre bruit, j'avais très peur de rester seul dans la maison... etc. Au total, tout m'effrayait, même un petit rien. Comme le disait ma chère maman ="j'avais la peur dessus !" Les jours passaient, mais, mon état, ne s'améliorait pas du tout, ce qui ne manqua pas, de commencer à inquiéter ma mère. En a-t-elle parlé ? avec quelques personnes, qui travaillaient avec elle à l'hôpital de La Calle. Lui ont-ils donné des conseils ? à vrai dire, je n'en sais que trop rien, mais, un matin, elle me prit par la main et m'emmena sans rien me dire, auprès d'une vieille dame qui habitait une petite maison située à gauche, dans une rue qui menait dans la propriété des DELERNIA.

        Cette vieille dame était très gentille et après m'avoir amadoué, elle prit son chapelet et se mit à prier en Italien, tout en me faisant des signes de croix sur le front. En fait, cette vieille dame, était bien connue à La Calle où, souvent on la consultait, car, par des prières elle "signait" toutes les affections qui se présentaient à elle. Pour moi, "elle signa ma peur" par des prières et pour le reste, j'étais bien jeune et je n'ai plus aucun souvenir de la suite de cette histoire.

        Par contre, ce que je sais et que je me rappelle clairement, c'est qu'à partir de ce jour, ma peur avait mystérieusement disparu ?

        Il y a parfois dans l'existence, des moments bien étranges, qui nous font poser des questions. Les prières ont-elles le pouvoir de "signer" toutes choses ? Pour moi ce fut la peur et je dois avouer, que cette vieille dame a un jour - "signé ma peur » par ses prières et cela - je peux en témoigner."

        29° - " Durant ma jeunesse, c'est à dire vers l'âge de 9 / 10 ans, certains souvenirs resurgissent en moi, pour me rappeler le temps où, j'étais toujours de corvée, pour aller faire les courses.

        C'était toujours pour aller = acheter du pain chez Malléa - faire remplir deux bouteilles de vin chez Miniquebrique - récupérer des copeaux de bois, chez le menuisier, Monsieur Souss Krief, afin d'allumer notre potager - en fin d'après-midi, sur les quais, à la rentrée des chalutiers, afin de récupérer un panier de poissons, qui revenait à mon grand-père... et puis, tout le reste ! Pour les légumes du marché, c'était bien heureusement l'affaire de ma mère, car, comment un gamin ? aurait pu faire le choix de ces denrées, sans se faire embrouiller par certains jardiniers.

        A l'origine de tout cela, c'était ma chère grand-mère, qui, avait un jour décrété, que, je devais sans rouspéter, aller faire toutes les commissions nécessaires à nos besoins familiaux. Il faut dire, que cette pénible corvée, se faisait tous les matins et rarement l'après-midi, notamment, lorsque ma mémé avait oublié quelque chose. J'obéissais toujours mais de bien mauvais cœur et ces courses qui duraient parfois toute la matinée, m'empêchaient d'aller jouer avec mes petits copains et cela m'ennuyait fort. En été, le problème était beaucoup plus sérieux, car, pas de bain de mer, avant que ne soient terminées ces maudites courses.

        Bien heureusement, avec les années qui passaient, ce fut ma pauvre maman, qui se chargeait des commissions le matin, avant de se rendre à son travail. C'est ainsi, que je fus débarrassé définitivement de ces courses, sans que je ne pense une seule fois à ma chère maman et tout le travail que je lui avais laissé.

        Puisque j'évoque les jours d'été, il me revient en mémoire le temps où, avec mon cousin Alain Jardino - qui avait deux ans de plus que moi - nous avions décidé de gagner un peu d'argent de poche. Pour cela nous nous sommes mis à pêcher les oursins et pour les vendre, faire un tour de ville en criant "oursins - oursins..." En fait, c'était toujours moi qui faisais cette annonce, car, mon cher cousin marchait discrètement vers l'arrière et quand je lui disais de me rejoindre, je l'entendais régulièrement me chanter la même romance, qui disait ="moi, j'ai honte de défiler dans la rue !" Autrement dit, tout le boulot était pour moi. En fin de matinée, nous avions gagné quelques petits sous et pour un premier jour l'avenir s'annonçait heureux.

        Rentrés à la maison, c'est fiers comme Artaban, que nous avions montré notre recette à ma grand-mère, qui, s'en saisie, sans le moindre espoir de nous la rendre, malgré nos vives protestations. Elle prit pour excuse l'achat de tissu, qui devait lui servir à nous faire des pyjamas ? A partir de ce jour, nous avons abandonné le "commerce" des oursins, tout en sachant comment finirait notre recette.

        C'était cela notre chère grand-mère, une Sicilienne autoritaire, mais, toujours aux petits soins pour nous. C'est pourquoi aujourd'hui, je souris en pensant à elle, même, si faire des courses et nous confisquer les quatre sous gagnés honnêtement, elle restera toujours notre mémé chérie que nous n'oublierons pas.

Jean-Claude PUGLISI
- de La Calle Bastion de France.
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens en presqu’île - HYERES ( Var )


 LE BOULISME AU KROUBS  
ACEP-ENSEMBLE N°280
Par M. LE FENNEC

Chronologie du boulisme en Algérie

       Bien que des boules aient été retrouvées dans les tombeaux des pharaons, la pratique du boulisme fut depuis toujours une activité de loisirs propre aux Nord-Méditerranéens. Elle lut naturellement introduite en Afrique du Nord à partir de 1832 et s'implanta progressivement dans toutes les communes au fur et à mesure de leur création. Pour les pionniers, aventuriers ou expatriés par nécessité ou malgré eux, ce fut avec les jeux de cartes, un dérivatif premier à leurs activités, leurs angoisses et leur isolement, avant l’introduction d'autres activités sportives plus élaborées. Des boules anti-stress en quelque sorte, qui, sphères de bois cloutées artisanalement, au début, devinrent finalement des objets perfectionnés et performant, tels que nous les connaissons actuellement. Les différents migrants apportant chacun leurs variantes et leurs propres règles, tout le monde s'en accommoda jusqu’à concevoir un compromis dans une entente cordiale : le "jeu algérien" qui coexista avec la Lyonnaise ou le National, le Provençal et la Pétanque.

     Activité ludique au début, ce jeu engendra progressivement des compétitions et certains n'hésitèrent pas alors à le qualifier de sport en le parant de toutes les subtilités et arguments pouvant le justifier afin d'être considérés comme des athlètes.
     La plupart des communes du Constantinois, comme celles du reste du pays comprenant une population immigrée conséquente, s'étaient dotées d'un espace adéquat pour cette activité et El Kroubs ne fut pas en reste. Rappelons que la pétanque, issue du jeu provençal ne fit son apparition en France qu'en 1907, avant de traverser la Méditerranée et ne nécessitait pas de terrain spécialement aménagé. Bien qu'ouvert et accessible à tout le monde, le boulisme, s’il éveilla la curiosité des autochtones n'engendra pas une adhésion aussi rapide et massive que pour le football.

     Cela tarda longuement et la participation à ce jeu se fit pratiquement à doses infinitésimales pour atteindre en 1956 une proportion de trois à quatre indigènes sur une trentaine de licenciés au Kroubs. Néanmoins, à la pétanque, dans certains quartiers tel celui de la gare, certains jeunes acceptaient volontiers de faire une partie lorsqu'on leur prêtait les boules.
     Ce non engagement, ne s'apparentait donc pas à un refus systématique mais pouvait avoir des raisons dont on laisse aux exégètes comportementalistes le soin de l'analyse. Une constatation confirmée par les confidences, sur son site internet, de M. Benhalima Yahia. Il débuta au jeu long à l’âge de 17 ans en 1933 soit près de cent ans après et un seul joueur musulman d'après lui, l'avait alors précédé : Adel Mahfoud. Très adroit, il se révéla au cours des compétitions, associé parfois à son frère jusqu'à atteindre un niveau international. Avec deux joueurs de l'Alma, près d'Alger, Champions Nationaux de Promotion, MM. Pujol et Moutet, j'ai eu l'occasion avec mon frère aîné de l'affronter dans un tournoi à Cherchell et je peux témoigner de sa valeur. Passionné par ce jeu, il devint une locomotive pour les Musulmans et un prêcheur inlassable et convainquant qui, en 1962, fut membre fondateur de la Fédération Algérienne de Boules. Son action prépondérante propulsa celle-ci vers de nombreux succès internationaux.

     Au Kroubs
     Situé à l’arrière de la toute première école communale, sur le côté du groupe scolaire et en haut du chemin menant au stade à travers une pinède, le boulodrome occupait un espace où trois courts réservés à la "lyonnaise" étaient délimités, ombragés par quelques arbres et agrémentés de quelques bancs judicieusement placés. Six quadrettes pouvaient s'y affronter simultanément. Le troisième court servait le plus souvent à l'entraînement des tireurs et malgré tous les soins apportés à son maintien en état, était quelque peu délaissé. A l'extrémité des jeux, des traverses de chemin de fer servaient de butoirs de protection et résonnaient sourdement et agréablement à chaque impact des boules tirées. Les courts recouverts de tuf, étaient régulièrement balayés pour en enlever les aiguilles de pin, et parfois les chenilles processionnaires.

     Arrosés ensuite, ils étaient roulés pour permettre une surface bien plane et régulière. Le même soin était apporté au traçage du terrain et durant le déroulement des parties. Chacun avait à cœur d’effacer le plus souvent avec ses semelles, les marques des boules au sol pour éviter les contestations : emplacements, zones de tirs, impacts des tirs, etc... Vers les années 50, un local fonctionnel, en dur, fut construit entre le terrain de tennis et le boulodrome pour entreposer le matériel nécessaire à l'entretien des terrains, quelques chaises, un coffre de rangement pour les boules et outre point d'eau, un bar sommaire aménagé.
     L'inauguration du tout fut l’objet d’une manifestation festive et d’un concours. M. Lagier, l’imposant président de l'époque, aidé par son bureau sut avec sa bonhomie habituelle maîtriser l’événement et le dynamiser chaleureusement. Préposé au bar ce jour-là entre deux parties, il me fit remarquer avec beaucoup de délicatesse, d’humour et en souriant, que les doses d’anisette que je servais étaient trop généreuses et que j’allais faire couler la boutique.

     Le boulodrome était surtout fréquenté en fin d'après-midi, après le travail, dès qu'un peu de fraîcheur se faisait ressentir. Le Dimanche matin, les non participants à des concours dans la région s'affrontaient amicalement dans une ambiance que chacun a agréablement mémorisée. Quelques noms ne se sont pas encore effacés de nos mémoires.
     Souvenons-nous, toutes générations confondues, mais avec une majorité de licenciés que j’ai connus entre 1945 et 1962 de : Gilou Danna, aussi performant dans cet exercice que sur 1es terrains de foot, de Cisternino, Oriente, Miéli, Garriga, Canavaggia, Peyre, Moulinier, H. Bentorcha, R. Coraini, Andréani, Morel, Blaisius, Grégoire, Pacifico, Paluel, Mounier, Marchetto, Rodriguez, Castello, Lachler, Guiseppi, Besson, Pompidou, Spiteri, Aoubida, Collignon, Floris, Piéri, Antona, Buono, Artz, Massoni, Valvo, Monti, Durante, Sammaria, Rimlinger, Girard, etc... Des noms rappelant des individuels mais aussi des fratries et parfois même, des familles de membres. Pas de dames cependant parmi les licenciés, mais de la parentèle curieuse et supportrice et des amies. Une explication à rechercher dans le contexte culturel et social de l’époque. Néanmoins présentes, elles recherchaient aussi un moment de détente, flânant entre le terrain de tennis et le boulodrome, mini parc attractif et animé. Pas touche aux boules cependant ! Dommage !

     Les licenciés de l’A.S.B.K. participaient régulièrement aux différents championnats organisés par la ligue dans toutes les catégories : promotions, honneur et excellence, que ce soit individuellement, en doublette ou en quadrette. Ils étaient également présents dans la plupart des concours organisés par les communes environnantes (Ouled-Rahmoun entre autres), là où les horaires de trains pour les non motorisés, pouvaient permettre un aller-retour pour rentrer le soir. A Philippeville, un concours richement doté attirait chaque année, une multitude de quadrettes du département d'alors, les unes pour réaliser des performances et les autres pour s'étalonner et avoir eu l'honneur d'affronter le gratin du moment. La consolante expédiée, certains se rabattaient sur les plages en attendant l'heure du retour.

     Les Kroubsiens et tous ceux, qui, en mal d’hébergement, arrivaient le samedi, étaient hébergés dans les vestiaires du stade où se déroulait la compétition, pour être à pied d'œuvre le dimanche matin, de bonne heure. Les virées du Samedi soir : restaurant, bars et autres joyeusetés laissaient inéluctablement des traces dans les organismes. A Constantine, tout proche, Ia plupart des quartiers possédaient un club et des boulodromes bien aménagés. Chacun d'eux organisant des tournois, les Kroubsiens y étaient de fidèles compétiteurs et la saison était bien garnie. Pour ne pas être en reste, l'ASBK faisait dans la démesure, ce que lui permettait le stade municipal en terre battue. Une organisation colossale mais minutieuse permettait de voir s'affronter jusqu'à cent vingt quadrettes.
     Des barnums, réalisés avec une armature de tubulures et des bâches, alignés sur une largeur du terrain, près des buts, côté pinède, abritaient des buvettes, des vestiaires et le PC de l'organisation. Des tableaux bien en évidence permettaient de suivre les épreuves du général et de la consolante en temps réel. Une ambiance presque surréaliste avec annonces au micro, coups de sifflets des arbitres itinérants sanctionnant des fautes ou encore démêlant et jugeant les contentieux.

     Le soleil, la chaleur, la poussière et la tradition de "payer à boire" au vainqueur de la partie, assuraient des recettes non négligeables. La presse régionale "La Dépêche de Constantine", dans son abondante rubrique du lundi consacrée au boulisme rapportait les résultats des différents concours et certains noms revenant régulièrement, avaient fini par marquer les esprits jusqu’à en faire des intouchables. Des dominants dans un troupeau de sans-grade recherchant une gloire éphémère par un exploit qu’ils n'arrivaient pas à confirmer par la suite. Citons les Margié, Casa, Mazurier, Malossène, Sana, Bourillon (toute une famille) qui cumulaient les victoires et les titres.

     Des portraits, des comportements, des styles, des voix, des accessoires, des tics et des tocs.
     Indéniablement, les activités ludiques, pour quiconque, sont des champs d'observations révélateurs. Elles lui permettent en outre de mémorise durablement dans leur globalité, des individualités marquantes ou non. Des voix, des mimiques, des gestes, des mouvements, des présences sont pour mol, restés gravés. Je vous invite donc à un petit jeu de piste avec des indices assez pertinents pour vous permettre de mettre un nom sur les personnages évoqués.
     Le Président tout d'abord, qui, peinant à se baisser, suivait sa boule après l'avoir lancée en se penchant tantôt à droite, tantôt à gauche, une sorte de téléguidage mental, les bras repliés en ailerons, dans le vain espoir de modifier sa trajectoire en cours de route et tapant du pied à terre, de dépit, lorsque le résultat escompté n'était pas atteint ou parce qu'une autre boule s'était malencontreusement trouvée sur le chemin de Ia sienne.

     Autre profil : celui de cet enseignant, sec et nerveux, violoniste à ses heures, recherchant la perfection dans tout ce qu'il entreprenait. Très adroit au tir, jusqu'à 70 et 80 % de réussite, il n'admettait pas ces déchets et à chaque ratage, laissait libre cours à ses imprécations, frappant du pied le sol et balançant son chiffon d'une main dans l'autre avec force gesticulations et marmonnant des "c'est pas possible ! " avant de venir examiner le point de chute de sa boule. Il cherchait toujours une explication possible qu’il soumettait à ses partenaires dans le secret espoir qu'on lui dise que c’était la faute à "Pas de chance".
     Je ne me souviens plus du nom de cet autre joueur local, très distingué, mais par contre, je ne rappelle de son surnom.

     On l'appelait "sparayouns", sobriquet évoquant dans le coin, un diablotin espiègle et plein de ruses, qui portait la poisse à tous ceux qui le rencontraient. Effectivement, il déstabilisait ses adversaires aussi bien par sa tenue, son style de jeu que par ses coups de Trafalgar.
     Avant lui, il fallait bien marquer les emplacements des boules pour éviter les contestations. Coiffé d'une calotte en tronc de cône rouge vii, un Fez pour tout dire, il soufflait compulsivement sur son gland noir baladeur pour le rejeter en arrière chaque fois qu’il se baissait. Il se présentait sur la ligne de lancer, dans une position non académique, le bras lanceur en balancier entre les jambes écartées, la boule dans la paume de la main ouverte vers l'avant. Pas maladroit du tout, on s'attendait toujours à un coup fumant parce que ne tirant pas, il pointait en second et donnait à sa boule assez de force pour déblayer la surface de jeu dans les limites réglementaires.

     Autre profil ayant marqué les esprits, celui du garde-champêtre dont le nom porté par un futur Président de la République s'est imprimé dans nos mémoires. Blagueur et râleur, il considérait le terrain comme une scène sur laquelle il jouait la comédie face à ses partenaires, ses adversaires et devant un parterre conquis. Beaucoup de tchatche, les bras toujours en mouvement dans toutes les directions pour accentuer ses propos ra\rageurs. Plus qu'un sémaphore, mais un jeu efficace car joueur complet, tirant et pointant avec réussite. Lorsqu'il se présentait sur son pas de tir, il tournait et retournait sa boule plusieurs fois dans son chiffon, la faisant tressauter dans sa main, puis, et c'est là que tous ceux qui le connaissaient, attendaient son numéro. Après avoir fait semblant de démarrer, il suspendait son envol et regardait la galerie d'un œil réprobateur, laissant entendre que quelqu'un avait bougé ou émis un bruit incongru et relevait toutes sortes d'événements possibles qui l'auraient perturbé, ce qui par avance pourrait expliquer son ratage éventuel.

     De toute façon, avant son démarrage, son regard avait déjà désigné par avance un trublion, future victime expiatoire en cas d'échec. La galerie se tenait donc immobile, silencieuse et craintive. A carreau donc car du truculent au comminatoire, il n'y avait parfois qu'un tout petit pas.

     Parmi toute une palette de comportements d'autres personnages sont restés gravés dans notre mémoire. Rappelons-nous d'un Miéli mince et jovial qui animait les mènes par de l'humour permanent et des saillies à prédominance philosophique. Il se disait lui-même, sans caqueter et par autodérision être une poule parce que "c'est Ia poule qui fit lozofs". Autre genre... M. Durante, cheminot d'ascendance italienne, amateur de Bel Canto et de jurons italiens dont je ne vous en citerai aucun pour ne pas froisser certaines susceptibilités religieuses.
     Spontanément il se laissait aller à chanter au micro et en gare, des couplets hilarants mélangeant le Français, l'Arabe, l'Italien et le Pataouète. Au boulodrome, même sans être allumé et dans des moments d'euphorie, il poussait la canzonetta au grand ravissement de tous.

     Autre figure au comportement remarqué : M.G... (près de 20 ans de fidélité au club, qui, en cheminot connaisseur. Sur sa ligne de lancer, se permettait assez souvent de se faire un rail de tabac à priser (la Nifa) sur toute la longueur du dos du pouce. Il snifait ensuite le tout, avec extase, puis se pinçait le nez et s'essuyait ensuite sur la poche arrière du pantalon avant de se saisir de sa boule.
     Familièrement appelé le "père François", ce Breton d'origine, toujours coiffé d'un béret noir, bien que biberonné au cidre, s'était converti et se désaltérait exclusivement au rosé, contrairement à la majorité de ses autres compagnons qui carburaient à I'anisette.
     Orangina ? Connais pas ou presque ! Sa devise : "Je mets toujours du vin dans l'eau mais jamais d'eau dans le vin !"

     Autre acteur en vue : M.P... gendarme de son état. Affable et pince sans-rire, il relevait sans cesse son pantalon au niveau de la ceinture, une main ouverte devant et une main ouverte derrière et avec les pouces de celles-ci pour ne pas le salir sans doute. Sa lèvre supérieure accompagnait toujours Les mouvements de son nez en perpétuelle agitation. Lors de discussions avec ses partenaires, il acceptait les décisions prises en ponctuant néanmoins ses propos d'une sentence immuable "Vous êtes de drôles de cocos I"

     Le style des tireurs en action, était tout un spectacle et les esthètes et les puristes se plaisaient à admirer ou rire sous cape à la vue des jeux de jambes et des mouvements de bras dont la chorégraphie séduisait ou non. Les réactions d'humeur aux résultats des tirs étaient aussi appréciées. Je vous fais grâce enfin de tous les jurons et grosses plaisanteries plusieurs fois ressassées de la part de bien des joueurs où le cocufiage était maintes fois évoqué jusqu’à en devenir une banalité.
     Des formules et propos faisaient le régal de quelques-uns mais tout le monde ne les goûtait pas et les visés incitaient leurs auteurs à claquer leur bec de la main, le pouce rejoignant les quatre autres doigts par saccades, imitant, en cela, le craquètement des cigognes. Du théâtre de boulevard dans la verdure.

     Une énigme pour faire bonne mesure. Souvenons-nous d'un dénommé Montaciel. La rumeur disait qu’il avait un jour brisé une ampoule en levant trop haut sa boule et qu'il avait alors été baptisé "Monte à l’ciel !" Vrai nom ou surnom ? Un ancien Kroubsien l'ayant bien connu est certain de son vrai nom : Oriente ou Orient.
     Les boules étaient l'objet d'une attention particulière de la part de chacun et les accessoires servant à les transporter, divers et variés. On a ou en voir dans des sacoches ou des chaussettes de cuir mais aussi et ce qui n’était pas banal, dans une sorte dc plumier en bois fabriqué artisanalement. Le plus souvent, elles étaient encagées séparément dans des sphères de lanières de cuir, reliées entre elles par des anneaux, pour permettre à la paire d'être portée à la main, bien pendante ou encore en bandoulière ou autour du cou. Un bourrelier seller, en haut du village et près du marché, M. Zaradez en confectionnait à Ia demande.

     Les événements et une tragédie.
     Rodriguez, licencié à I'ASBK, maçon de son état, marié, trois petits enfants, habitait le quartier de la gare. Avec lui, M. Mounier et mon frère aîné nous avions constitué une quadrette et durant quelques années, nous avions participé à divers concours. Dont celui mémorable de Philippeville. Des bosses de rigolade, un plein de plaisanteries et de souvenirs indélébiles. Les vestiaires du stade où nous étions hébergés avec d'autres équipes, doivent encore retentir de nos éclats et autres sonorités qui dérapèrent ce soir-là, en concours. Une opportunité professionnelle s'étant présentée, M. Rodriguez, nous quitta pour rejoindre Philippeville justement, où il fut affecté à la carrière de marbre et à Ia mine de pyrite d’El-Halia.
     Malheureusement pour lui, il y eut ce jour tragique du 20 Août 1955 où un massacre d'européens avait été programmé. Absent au chantier ce midi-là, il échappa à un carnage qui fit des dizaines de victimes civiles, toutes mutilées. Les cadavres découverts présentaient de telles blessures que les autorités civiles et militaires parvenues sur les lieux n'avaient pu retenir leur émotion, Des appelés, présents, avaient manifesté leur écœurement devant une telle boucherie dont les photos firent le tour du monde... Plus tard, au cours d'un déplacement à Philippeville, j'avais retrouvé par hasard, M. Rodriguez, prostré dans un bar près de la gare, tenu par un Kroubsien, M. Bentorcha. M'a-t-il reconnu ? Toujours est-il que tout en m'observant longuement, il ne m'a pas du tout répondu. Le patron du bistro m'avait alors dit qu’il imaginait sans cesse les scènes des atrocités commises.
     Il voyait sa femme sans défense, se débattant et hurlant de voir ses trois enfants (4,5 et 7 ans) égorgés sous ses yeux avant d'être à son tour éventré puis dépecée. Il était devenu un mort parmi les vivants et devant son mutisme, ma gêne n'en fut que plus grande.
     Qu'est-il devenu ? Le bourreau de sa famille, désormais distingué pour l'ensemble de son œuvre a avoué à des journalistes, avoir, après son acte, dégusté les sardines que cette dame avait préparées pour le retour de son mari.
     LE FENNEC

     Un bonjour d'exiles du Nord de la Loire de la part de Constantinois du Kroubs,
     Victorine Campus -Mounière, née Ricard Agée de 99 ans et de son petit-fils Jean-Michel Leray

 
    


LE BAPTEME DE DOLLY
Gilbert Espenal
Echo de l'ORANIE N°251, juillet-août 1997

       La Grand-mère ouvrit la porte.
       Angustias, épuisée, se tenait devant elle.
       - Ah I exhala cette dernière, Aouela, vot' algéroise de concierge, un jour, je vais me la tuer ! A patas, cet' salope, elle m'a fait monter les cinq étages sous preteste que la censeur elle était en Panne !
       - Tu sais pas la prend ! répliqua la grand'mère. En passant devint sa lôge t'y aurais dû lui dire "Le bonjour de Bab-el-Oued !". Si seulement t'y as marmonné dans ta barb' qu'Oran c'était la capitale économique de I'Algériô ou que j'y étais de la Calère ça suffit pour qu'elle coupe le courant ; à portée de sa main elle a un interrupteur caché sous la tab' où elle fait semblant de travailler... Entr', entr', et détend toi que je te sens tendue comme une corde de derbouka...
       Angustias s'effondra sur un inconfortable tabouret que lui tendit la Golondrina.
       - Moi que je venais vous raconter le voyage qu'on a fait Bigoté, Consuelo et moi à Douarnenez, au baptême de"la fi' à Mimimi, l'aînée de mes cousins Lopec'h, lança Angustias.
       - Elle a eu une fi' ! s'exclama la Grand-mère. Moi que j'avais parié avec la Golondrina que ça serait un garçon ! Encore cinquante francs de foutus ! Et comme elle s'appelle ?
       - Dolly ! fit Angustias.
       - C'est un clone ? demanda vivement la grand'mère.
       - Non ! C'est un clown ! Si vous verriez les mimiques de petite vieille qu'elle fait en tchoupant son biberon : elle est à croquer ! s'extasia Angustias.
       - Et on sait qui c'est le père ? interrogea sévèrement la Grand'mère.
       Bien sûr qu'on sait ! s'offusqua Angustias. Vous savez que Mimimi c'est une fi' sérieuse ; qu'à elle, le devoir et l’ordre avant tout ! Et elle respète l'honneur ! Elle a fait des recoupements, elle a consulté son agenda et c'est tombé que le père à Dolly c'est le médecin qu'y l’y a fait des rayons z'X quand elle a eu ces douleurs l'été dernier.
       - Le docteur qu'y l'a ultra-violée ? s'étrangla la grand'mère.
       - Oui-là même ! fit Angustias.
       - Et y va réparer ? questionna la grand'mère d'une voix angoissée.
       - Qu'est-ce vous voulez qu'il répare ? ricana Angustias.
       Il est marié avec une veuve qu'elle a déjà six enfants du premier lit !
       - Et du second ?
       - Cinq, et y z'attendent le sixième ! proféra Angustias avec confusion.
       - Ma fi' ! s'encoléra la grand'mère, avec ton docteur à tous les coups on gagne !
       - Qu'est-ce vous voulez, fit Angustias, c'est le destin !
       - Le destin il a bon dos ! sauta la grand'mère. Dis-moi que ta Mimimi elle savait pas dans quel engrenage elle a aventuré son pied !
       - C'était dans l'obscurité de la cabine, conclut Angustias, et c'était la première fois qu'on lui faisait des rayons z'X.
       - Tu pourrais me donner l'adresse de ce docteur ? intervint la Golondrina. Moi z'aussi j'ai des douleurs en dessous mes seins et j'aurais bien besoin...
       - Tais-toi, calentona ! coupa la grand'mère : toi, t'y as besoin de ta mère y basta !
       - Quel voyage ! soupira Angustias pour faire diversion. Bigoté et moi on est sténués. Y a que Consuelo, la princesse Zouina, qu'elle est fraîche comme une rose.
       - C'est vrai, déclara la Grand'mère, j'ai oublié de te remercier d'avoir invité Consuelo à aller avec toi et ton mari à Douarnenez ; elle m'a débarrassé le plancher pendant plus de huit jours. J'ai respiré pasque depuis trois mois qu'elle squatte mon deuxième matelas, je ferme plus l’œil de la nuit, des bosses que les ressorts du sommier de mon lit y me font dans le dos.
        Si vous sauriez l'accueil que lui ont réservé les journalistes et le public à Douarnenez vous z'en reviendriez pas ! s'ésclama Angustias. Mon mari et moi on l'a eu mauvaise pasque, c'est nous qu'on se déplaçait et que y en avait que pour elle. Sur toutes les premières pages des journal, y avait sa photo en buste, arec, comme titre "Une Altesse en Bretagne" et un commentaire des plus mirifiques. C'est mes cousins Lopec'h, flattés comme des pous qu'une Princesse vienne les visiter, qu'y z'avaient battu le rappel.
       - Sa photo elle était réussie ? interrogea la grand'mère.
       - Comme elle a pas voulu enlever son haïk de dessur sa tête et qu'elle avait caché ses yeux, sous préteste que son prince Yennah Bésèf el Bathroul il aurait pas admis, on aurait dit un pain de sucre. Mais qu'a-même, le Sous-Préfet et sa femme, le Maire et le Conseil Municipal y sont venus l'accueillir à la gare. La seule gamine qu’elle avait réussi au certificat d'études de la ville, elle l'y a offert un bouquet de genêts ; et les gosses des écoles, tout au long du chemin qu'y criaient "Vive Madame la Princesse Zouina du Tarbouch"' Elle est monté dans la décapotab' du Sous-Préfet. Nous z'aut' on suivait à pied : on aurait dit un enterrement ; horosement que y avait tous mes cousins Lopec'h et toute la fami ! les enfants, la bel mère et tata Pepette qu'y faisaient que nous z'embrasser à bouche que veux-tu.

       La fanfare au grand'complet elle jouait...
       - La fanfare aussi ! s'écria la grand'mère; et qu'est-ce qu'y z'ont joué ? "Sambre et Meuse" ?
       - Qué "Sambre et Meuse" ni otcho quartos ! s'offusqua Angustias. Y l'y ont joué un remake des Trompettes de la Revanche "No coméra patatas mas"; vous vous souvenez pas, à Oran ?
       - Qu'est-ce c'est cet' marche ? s'enhardit la grand'mère ; je m'en souviens plus !
       Angustias se mit à chanter et en même temps à imiter la trompette (ami lecteur, ne vous avisez pas de vouloir faire comme elle : y a qu'elle qu'elle réussit ce tour de force. NDLR) :
       "No coméras patatas mas
       "No coméras patatas mas
       "No coméré
       "No coméras
       "No coméras patatas mas.
       - Main'nant ça me revient, affirma la grand'mère ; c'était dans les grandes occasions qu'on jouait cet air là : pour le 14 juillet et l'arrivée du Président de République.
       - Moi, ça m'a fait venir les larmes z'aux z'yeux ! s'embruma Angustias : c'est la marche que les copains à Bigoté y z'onf joué quand on a dissout les Unités Territoriales.
       - Raconte nous la suite, supplia la Golondrina ; je suis déjà tchalée !
       - Eh ben, reprit Angustias, on a traversé la ville, nous à pinces, la princesse le derrière bien calé dans la décapotab' ; le peuple il acclamait en brandissant des drapeaux aux couleur de Ia Principauté qu'elle représentait Consuelo...
       - De quelle couleur y sont les drapeaux ? interrompit la Golondrina.
       - Cacadoie, précisa Angustias, avec un liséré noir tout autour pour que ça ressorte bien !
       - Et le fête s'est bien passée ? interrogea la grand'mère.
       - D'abord on est allés à I'Eglise, fit Angustias ; le Curé il a été, charmant ; il fixait fixement Zouïna. Dans son homélie il a parlé de l'Auguste Présence de la Princesse. Y s'est emberlificoté dans le mystère des religions comparées ; à un moment il a déclaré que dans ce domaine "il aimerait bien pouvoir soulever un coin du voile". Zouïna elle est devenue toute rouge sous son Tchador el elle m'a dit à l'oreille "Tu vois : y sont tous les même ! Curé ou pas Curé y a toujours l'animal qui sommeil !"
       - Et la réception ? sauta la grand'mère.
       - Une merveille ! répondit Angustias. Mieux ça pouvait pas ! Une réception de pieds-noirs ! Toutes les z'autoritées étaient présentes. Mon cousin Lopec'h y jouit de la considération générale. La maison croulait sous les guirlandes et les cadeaux ; nous z'aut', Bigoté et moi, on l'y a offert un cocotier que nous z'avions à la maison depuis la naissance de not'fi Martyrio : les patrons pêcheurs y l'y ont envoyé, un casier de sardines qu'y leur manquait plus que la parole de fraîches quelles z'étaient et la communauté musulmane de Douarnenez une bassine de zélabias.
       - Tes cousins y s'étaient mis en frais ?
       - Bouh ! s'exclama Angustias : y avait de tout, des torraïcos, des tramoussos, des tchuffas, des z'olives farcies au noyau, de I'anisette à gogo, des couronnes à I'anis, des mantécaos, des cachuètes, des mounas.

       Mes cousins y z'avaient tué le cochon : y nous z'ont fait un de ces méchouis à te lécher les babouines. Les blanquicos, la longanisse, la soubressade étaient esquis !
       - Et Zouïna aussi elle a mangé du cochon ? interrogea perfidement la grand'mère.
       - Non ! Elle a bouffé des sardines et des zélabias, rétorqua Angustias. Au milieu de la fête tata Pepette elle a voulu lui met la coiffe de Bigouden sur le tchador à Zouïna. Au lieu de rigoler cette bourrique elle s'est mise à pleurer comme une madeleine en disant qu'elle pouvait pas supporter "que ça lui rappelait trop son mari !"
       - Y z'ont mis des disques ? s'enquit la Golondrina.
       - Oh ! des disques ! ricana Angustias. Pendant toute la réception, y avait le Bagad de Lan-Bihoué qui nous z'interprétait des morceaux à se mettre à genoux devant. Et appropriés ! Durant le méchoui un animal superbe de près de deux cents kilos y nous z'ont joué "la truie vagabonde" d'un qu'y s'appelle Chouber.
       - C'est Ia "truite vagabonde" qu'y faut dire interrompit la Golondrina ; je le sais pisque quand j'ai tenté, le concours pour être Premier Prix de Castagnettes du Conservatoire de Paris c'était inscrit au programme.
       - Quelle maladie t'y as Golondrina, explosa Angustias, de toujours vouloir prend ma vessie pour une lanterne ; peut'êt que le Chouber que tu connais toi il habitait au bord d'une rivière. Mais le Chouber qu'y vit en Bretagne et qu'il écrit pour la cornemuse et les binious du Bagad, c'est pour les cochons qu'y travaille ! y fait l'élevage ; tu vas pas me dire à moi que j'en viens ?
       - Bon ! Main'nant, on va pas se disputer pour des détails ! coupa la grand'mère. Tout le monde il était content, c'est le principal !
       - Le Maire il était aux anges, reprit Angustias ; de sa vie il avait aussi bien mangé !
       Il a demandé à mon cousin de se présenter sur sa liste aux prochaines élections municipales ; mon cousin y l'y a pas dit non, mais quand y l'y a précisé qu'il votait Front National, ça a jeté un froid...
       - Et le Sous-Préfet et sa femme y z'étaient ivres de boustifaille ; les mantecaos leur sortaient par les z'oreilles. Le Sous-Préfet y faisait que dire "ça me rappelle quand j'étais Sous-Préfet des Habibas ! Ces oronnais y a pas z'a dire mais y sont forts ! Je me demande pourquoi la France les a laissés tomber !" "A bueno hora ! je l'y ai répondu moi : une fois que le bourricot il est mort vous vous posez des questions !"
       La Sous-Préfète elle en avait après la princesse. Elle l'interrogeait avidement sur son existence en Orient, sur ses vêtements, sur ses bijoux sur le harem, sur la position qu'elle occupait auprès de Yennah Besef al Bathroul, sur le rôle social qu'elle avait auprès de ses sujets, sur le Khol, sur le rahat-loukoum, enfin, elle essayait de la confesser, pire que le Curé. En une demi-heure elles se sont mises toutes les deux comme q.. et chemise.
       - Qui faisait la chemise ? interrogea la grand'mère
       - Chacune à son tour ! rétorqua Angustias. A un moment donné la Sous-Préfète elle l'y a dit à Zouïna : "je sais que vous z'ètes d'orlgine européenne ; toutes ces grandeurs, Ça vous z'a pas tourné la tête ? " " Oh ! elle l'y répondu Zouïna, j'avais déjà été mariée à un Grand d'Espagne et j'étais préparée à ma Destinée. "
       " A un Grand' d'Espagne ! s'est exclamé la sous-préfète stupéfaite ; mais quel nom portait-il ? "Consuelo elle , elle y a répondu : "Marqués de tragamonos y Bola"' La sous-préfète elle a souri et elle l'y a demandé : "De l'illustre famille, dont parlait déjà Calderon, des Bolava y Bolviené sans doute ?"
       La Princesse, devant le suffoco, elle s'est enfermée.
Gilbert Espenal

LE MUTILE du N°152, 3 janvier 1920

Le Casque du Poilu
THEODORE BOTREL

L'humble chansonnier des grands libérateurs

Avec ses félicitations et ses vœux de victoire - encore, toujours.
Au ‘Poilu de France’.
Après mes quatre ans de campagne,
Passés, tous les quatre, à l'Avant,
Je suis rentré dans ma Bretagne
Simple en « truffard » comme devant ;
Je n’ai pas eu la croix de guerre
(Par deux fois, peu s'en est fallu)..
Mais, ma fi ! je ne m'en plains guère
Car j'ai mon casque de Poilu !

Le vieux Tigre, la Guerre faite.
Nous a dit : « Adieu mes garçons !
« Rentrez chez vous le casque-en tête
Et gardez-le dans vos maisons !»
Aussi ma mère a-t-elle - vite
Contre son lit clos vermoulu
Pendu, près de son eau bénite,
Mon bon vieux casque de Poilu.

Il a pris de drôles de formes.
Des tons bizarres : verts et roux,
Ayant reçu des « gnons » énormes
Sous deux cents marmitages tous ;
Le Boche m'en voulait — faut croire !
Tant de schrapnells sur nous, ont plu
Qu'il a tout l'air d'une écumoire
Mon pauvre casque de Poilu !

Là-haut, ce trou de mitrailleuse
Est un souvenir de l’Artois
Celui-là nous vient de la Meuse ;
Ceux-ci de l'Aisne et du Vaudois ;
Et pourtant, tel qu'il est je l'aime :
Nul képi neuf ne m'aurait plu
Le képi d'or de Foch, lui-même

Comme mon casque de Poilu.
Si, quelque jour je me marie
Avec la fillette au voisin
Je lui dirai, gaiment : « Marie,
« Ce casque est tout mon saint-frusquin ! »
Devenu vieux (tel Bélisaire)
D'après un livre qu'on m'a lu).
J'irai, sans honte en ma misère,
Tendre mon casque de Poilu.

Puis, quand je mourrai, dans ma bière
Etendez-moi le casque au front
Car je suis certain qu'à saint Pierre
Saint George et saint Martin diront :
« Ouvre-lui la Porte de Gloire !
« Qu'il entre, ce nouvel Elu
Car il a fait son Purgatoire,
Jadis... quand il était Poilu ! »
Théodore BOTREL.
Du 41ème R. I.
(Le chansonnier des Poilus.) Nous remercions vivement le bon chansonnier Théodore Botrel de son envoi et nous lui adressons nos meilleurs vœux.


Algérie catholique n° 1, janvier 1938
Bibliothéque Gallica

L’Eglise Sainte Marie Saint Charles de l’Agha

              C'est le 24 aout 1869, que l'Archevêque d'Alger, Monseigneur Lavigerie, se détermina à fonder une paroisse à l'Agha. Il y avait un espace assez étendu entre les portes d'Isly (1) et l’hôpital civil, formé en grande partie de terrains vagues et incultes, et de quelques ilots de maisons disséminées sur trois ou quatre points. Le plus considérable était le village d'Isly, sur la colline, au pied du fort l'Empereur.
              Quelques maisons, d'assez chétive apparence, faisaient suite à la prison du Lazaret (2) et bordaient la route de Constantine.
              La rue de la Liberté (3), qui s'appelait alors rue des Colons, reliait la route de Mustapha-Supérieur (4) à la route inferieure (5).
              En dehors de ces quartiers, habités par une population d'ouvriers et de pauvres, il n'y avait que quelques villas éparses sur ce terrain coupé de ravins, où quelques chevriers faisaient brouter leurs troupeaux.
              On pouvait estimer à 1.500 âmes la population de tout ce quartier, qui faisait partie de la paroisse de Mustapha-Inférieur (6). L'éloignement de l’église paroissiale rendait difficile le service religieux. Monseigneur Lavigerie en fut préoccupé, en même temps qu'il entrevit, d'un coup d'œil, l'avenir de cette localité. Il avait fait d'abord une tentative auprès des Capucins de France pour les amener à se charger de la fondation d'une paroisse à l'Agha. Mais ceux-ci reculèrent devant l’exiguïté des ressources et les chances à courir. Ce fut donc à un des prêtres du diocèse d'Alger qu'échut l’honneur de cette fondation. M. l'Abbé Ribolet, vicaire de la Métropole, fut mandé par l'Archevêque qui lui offrit de le nommer curé de cette future paroisse, lui garantissant un traitement de prêtre auxiliaire de 1.800 francs et de plus l’aumônerie de la prison centrale du Lazaret qui rapportait 600 francs, et qui devait indemniser le curé de la location du presbytère.
              Car on était aux mauvais jours de l'Empire, la paroisse ne pouvait être encore reconnue par l’Etat, et la commune n'était disposée à faire aucune subvention.

               C'était peu pour louer un local provisoire pouvant servir d'église, un presbytère, et pour fournir aux frais divers qu'entrainerait l’organisation du culte, l'achat des vases sacrés, des ornements et de tout ce qui est nécessaire å une église. Mais dans l’ordre Providentiel, les pauvres commencements sont le gage des belles espérances et cette indigence première appela les bénédictions du ciel plus larges qu'on eût put l'augurer.
              Dès l’acceptation de M. l’abbé Ribolet, l'Archevêque fit déterminer par son vicaire général, M. Suchet, les limites de la nouvelle paroisse qui devait s'étendre du nord au sud, depuis les remparts de la ville jusqu'au ravin profond qui est devenu maintenant le boulevard Victor-Hugo (7).
              Dès ce moment, le nouveau curé se mit en quête d'un local capable de contenir au moins un petit noyau de fidèles, mais il rencontra là, la plus grande difficulté. Aucune construction n'était assez vaste pour remplir ce but, ce fut d'une manière presque désespérée qu'il poursuivit ses recherches pendant de longs jours.
              Enfin, il s’avisa de demander à M. Vidal, propriétaire, la location d'une sorte de hangar sis en contrebas au bord de la route de Mustapha-Supérieur et qui servait de dortoir à une escouade de prisonniers détachés là au service de M. Vidal, pour la fabrication des chapeaux.
              Si insuffisant et si misérable que fut ce réduit, il était encore le seul où il fut possible de réunir une centaine de fidèles. Le curé insista pour en obtenir la location à un prix très élevé, proportionnellement à la valeur, mais M. Vidal résistait à cause du dérangement que cela devait mettre dans sa fabrique. Finalement, il céda, et consentit à la location, moyennant une somme annuelle de 1.100 francs.
              La pauvre église fut ouverte aux fidèles le 8 décembre 1869, fête de l’Immaculée-Conception.
              C'était mettre la nouvelle paroisse sous la protection plus intime de Marie et se donner un gage de meilleures espérances.

              L'église se trouva pleine de paroissiens heureux de recevoir Notre Seigneur parmi eux et de quelques amis désireux de donner à cette œuvre le témoignage de leur sympathie.
              La bénédiction de la chapelle et l'installation curé furent faites par M. le Chanoine Compte Callix, ex-vicaire général et qui mourut archevêque nommé d'Oran.
              Chaque jour amenait quelque nouveau don : Madame de Sonis, belle-sœur du célèbre général, fit offrande d'un joli petit ciboire d'argent que ses mains avaient revêtu d'un délicat pavillon de soie blanche. Madame Faure, femme du colonel d'Etat-Major, devenu plus tard général, fit hommage d'un très beau devant d'autel, en guipure tissé de ses mains. Madame la Duchesse de Mac-Mahon, venant prier dans la pauvre église, remit au curé un billet de 100 francs.
              Mais la providence avait d'autres vues ; elle amenait pendant ce temps en Algérie, celles dont la Charité devait avoir l’honneur de bâtir à l'Agha la maison de Dieu : Mesdames Wauter et de Terwangue ; Madame de Terwangue, que les soins d'une santé menacée exilaient de sa famille, voulut se faire sur la terre d'Afrique, une famille de pauvres. Elle recueillit donc quelques enfants qui se recommandaient par leurs nécessités mêmes à ses soins maternels. C'est dans ces pensées qu'elle fonda l'ouvroir Saint-Charles.

              Plus on allait cependant, plus se faisait sentir l’incommodité de la petite église. L’Agha s'était transformé avec le temps. Sa population triplée en quelques années s'augmentait tous les jours ; c'était Alger qui débordait sur Mustapha.
              La rue Michelet, la rue Richelieu, la rue Sadi-Carnot se couvraient de grandes et belles maisons. Le plateau Clauzel était devenu un quartier populeux, les maisons s'étageaient

              (1) Dont les pont-levis reliaient les : communes d’Alger et de Mustapha, séparées par les remparts qui ont fait place au boulevard Laferrière.
              (2) Sur l’emplacement duquel ont été construites les maisons de l’agriculture et des étudiants.
              (3) Aujourd'hui rue Richelieu.
              (4) Aujourd'hui rue Michelet.
              (5) Aujourd'hui rue Sadi-Carnot.
              (6) Aujourd'hui paroisse St-Bonaventure.
              (7) La rue Burdeau et l’artère principale de la Robertsau jusqu'à sa jonction avec la paroisse d'El-Biar ; à l'Ouest, la montagne jusqu'å la route d'El-Biar à la hauteur du chemin qui borde le Fort l'Empereur et l’axe de cette route jusqu'aux Portes du Sahel.,


              L’une sur l’autre dans le ravin pittoresque de Mulhouse et les collines désertes se peuplaient de villas. Il était triste de constater que les fidèles ne pouvaient plus trouver place dans le petit oratoire et qu'ils étaient obligés d'aller au loin remplir leurs devoirs de Chrétiens. Cette situation émut le cœur de celles que la Providence avait amenées à |'Agha pour y faire son œuvre, et bien que les circonstances lui présentassent quelque gène de famille, Madame de Terwangue se résolut à construire une église provisoire, plus digne de Dieu et plus favorable au développement de la piété. Elle acheta donc au plateau Clauzel un assez vaste terrain et mit de suite en construction un édifice de 25 mètres de long sur 14 mètres de largeur, dont le bas servit de presbytère et dont la partie supérieure devint une véritable et coquette petite église, actuellement l'église espagnole.
              Or, tandis que Madame Wauters se décidait à fonder une école de filles et en confiait la direction aux Sœurs Trinitaires dont Madame Abane fut la première supérieure, le curé s'organisait pour fonder une maitrise.
              Le premier instituteur fut un pieux laïque, M. Gabordèze ; il fut remplacé deux ans après par M. l'abbé Allard, à qui succédèrent avec le temps, MM. les abbés Dubourg, Dablan, Grandidier, Pons, Lethon, auxquels furent substitués les frères maristes, sous l'autorité du frère Adelphus.

              De 1882 à 1892, les années s'écoulèrent au milieu d'un mouvement paroissial toujours croissant. Pour y répondre, le cardinal Lavigerie donna un vicaire puis deux au curé de l'Agha. Les premiers furent MM. Lemonier, Ignard, Brincat, Solichon, Saint-Gorand, Guinamard, Lethon, Perruchot, Vial, Répéticci, Bonnefond et Mafetti.
              Cependant, la petite église ne répondait plus aux besoins d'une population de 10 à 12.009 âmes, et il n’existait aucun moyen humain pour venir à bout de la construction d'une église définitive. Mais Madame de Terwangue ouvrit encore une fois son trésor et acheta, entre la rue Clauzel et la rue Denfert-Rochereau, la place nécessaire pour la construction d'une église.
              En 1893, M. Ribolet étant devenu vicaire général de Monseigneur Dusserre et camérier de Sa Sainteté, M. l'abbé Guinamard fut nommé Procuré, Monseigneur Ribolet ne se réservant que la haute direction de sa paroisse.
              L'année 1894 apporta une grande joie au cœur du pasteur de l'Agha. Sur l’initiative de M. l’abbé Guinamard, on célébra solennellement la 25ème année de son ministère pastoral.
              Une souscription fut faite parmi les paroissiens pour lui offrir en présent un autel de Sainte-Marcienne destiné à la nouvelle église. Cette souscription s'éleva au chiffre de treize cent cinquante francs. Le jour de l'Immaculée-Conception fut donc un bel anniversaire de la fondation de la paroisse de l'Agha. Monseigneur Dusserre, archevêque d'Alger, voulut le présider et apporter à M. Ribolet le gage d'une vieille et condescendante amitié. L'évêque de Constantine, Monseigneur Laferrière, de passage à Alger, daigna aussi y prendre part ; un nombreux clergé remplit la petite église et les Paroissiens vinrent en foule témoigner qu’ils n'étaient pas indifférents à cette fête de reconnaissance envers Dieu qui avait béni au-delà de toute espérance l’œuvre ardue des premiers jours.
               Le 21 mai suivant avait lieu la pose de la première pierre de la nouvelle église. Elle se fit au milieu de la joie et de l'empressement de tous. Un nombreux clergé se pressait autour de l’archevêque Monseigneur Dusserre. Avant de sceller dans la pierre la boite qui contenait la date et les noms des patrons de la paroisse, Sainte-Marie-Saint-Charles (2), Mgr Dusserre prit la parole.
              Cette fête préludait à une autre plus solennelle encore qui devait avoir lieu deux ans plus tard, le 21 mai, second anniversaire précis de la pose de la première pierre. La belle église s'était élevée rapidement et seulement par la générosité intarissable des bienfaitrices de l'Agha. M. Boulin, architecte distingué de la ville de Saint-Etienne, avait été choisi pour en dresser les plans. M. Lelmi Louis en avait accepté l’entreprise et les travaux avaient étaient poussés avec une rapidité inusitée. Les murs montaient à vue d'œil. Les belles colonnes monolithes se dressaient brillantes et fermes ; les voutes s'arrondissaient, la coupole se dressait dans les airs ; le ciseau de M. Zan, sculpteur, modelait les chapiteaux de colonnes avec un goût exquis.
              Mme Wauters, toujours désireuse de prendre sa part de générosité, complétait le nombre des autels et donnait ceux au S.-C., de la Sainte Vierge, l’autel du Saint-Sacrement, vrai bijou de délicatesse et de goût, les autels de Sainte-Monique.

              En même temps, M. le Curé lançait une souscription dans la paroisse pour recueillir l’argent nécessaire aux vitraux, souscription à laquelle prirent part de généreux bienfaiteurs en tête desquels il faut citer ; Mme Wauters et Mme la comtesse de Chabanne : la Palice ; et l’église se trouva ainsi prête à recevoir le culte.
              Malheureusement, pour faire une œuvre de style et de grand aspect, l'architecte avait plus ou moins consciencieusement excédé de trois fois les prévisions du devis, mais cela ne déconcerta pas la charité qui élevait cet édifice et s’il y eut un sentiment de contrariété légitime, il s'évanouit bientôt dans la joie de voir les foules se presser dans la nouvelle église.

              (2) En reconnaissance de la protection que la Sainte Vierge avait accordée dès les premiers jours et aussi pour que l'église portât le nom de celle qui l’avait construit, la Mère du Sauveur fut choisie pour patronne de la paroisse dont Saint-Charles resta le titulaire et l'Eglise prit le nom de Sainte-Marie-Saint-Charles.


              La cérémonie de la consécration se fit avec une très grande solennité. Tous les prêtres de la ville d'Alger et le Grand Séminaire formaient le cortège de Mgr l’Archevêque ; une multitude se pressait aux abords de l'église, attendant impatiemment le moment où, la cérémonie intérieure étant achevée, les portes s'ouvriraient pour donner accès aux fidèles. Enfin, les battants roulèrent sur leurs gonds et le flot des fidèles put pénétrer et admirer la nef intérieure avec ses lignes si régulières, ses belles sculptures, sa couronne de chapelle autour du chœur et tout cet ensemble où l'air circule si bien et où l'œil se repose avec tant de plaisir.
              C'était bien la maison de Dieu, puisqu'aucun monument sur ce rivage ne pouvait lutter en grandeur, en harmonie et en majesté. Mgr Dusserre laissa jaillir de son cœur les paroles vibrantes qui traduisaient admirablement sa reconnaissance et sa joie.

              Avec 1899, s'était terminé pour la paroisse de l'Agha, la première partie de son histoire. Histoire brève sans doute, sobre d'années, mais riche de faits et d'actions. Trente ans se sont écoulés et le désert s'est transformé en un florissant quartier dont s'embellit la Ville Blanche. Certes, cela n'a pas été tout seul, il a fallu travailler de toutes ses forces, lutter de toute son Energie, prier de toute son âme. Mais aussi, quelle joie devant le résultat obtenu ! La période de formation, de tâtonnements est déjà close et l’impulsion donnée a été assez forte pour permettre å ce jour les plus belles espérances. L'élégant édifice, harmonieux de formes et de proportions, où depuis un an à peine se célèbre le Saint-Sacrifice de la Messe, atteste, par sa beauté même, de la vitalité de la paroisse dont il est l’orgueil. La splendeur de nos églises n'est-elle pas en raison directe de la poussée de foi qui les a fait naitre ? Parvenue à ce point de son développement, Sainte Marie Saint Charles semble avoir acquis sa physionomie définitive, comme le jeune homme arrive au terme de son adolescence. Maintenant, il ne lui reste plus qu'à vivre. Á vivre selon le sens évangélique, c'est-à-dire sans cesser une minute de croitre : par le nombre toujours plus grand des âmes qui la composent et des œuvres qui la font prospérer. Lourde tâche pour ceux qui allaient être les témoins responsables de son essor et å qui allait incomber le devoir d'ordonner et de diriger son existence. Mais il n'y avait pas là de quoi les effrayer. Tout ce qui nait de l’effort et selon la volonté Divine ne meurt pas ainsi, et ce n'est certes pas Monseigneur Ríbolet qui va concevoir quelque inquiétude. Artisan de cette grande œuvre, il sait tout ce qu'il convient d'en attendre.

              Puis, il a vu, à l’épreuve, ce que valent ses collaborateurs, il connait les ressources de leur activité, aussi, sans crainte, laisse-t-il à l'un d'eux, M. Guinamard, la direction effective de la paroisse. De la retraite où il continue sa vie d'ardentes prières, Monseigneur Ribolet voit s'élaborer peu à peu le travail qu'il avait conçu.
              Sous la conduite de M. Guinamard, la paroisse prend vie. Pour l'aider, se trouvent près de lui MM. Repeticci et Loger auxquels bientôt viendra s'adjoindre, le 27 juin 1901, M. Warot. Tandis que M. Repeticci met tous ses soins à créer le patronage de garçons, M. Warot, profondément ému de l'abandon dans lequel tombaient les fillettes, ayant quitté la catéchisme et l'école communale, conçoit le projet de les grouper à part, entre elles, dans une association qui leur appartiendrait, où elles continueraient à recevoir les enseignements sur la foi, sous la protection de la Vierge africaine Sainte Marcienne.
              Mais tout n'était pas joie à l’Agha, et le deuil aussi venait marquer sa dure empreinte en privant Sainte-Marie-Saint-Charles d'une de ses zélées bienfaitrices, Madame Wauters qui avait contribuée pour une si large part à la création de la paroisse, disparaissait à son tour, le 13 février 1902. Dans un éloge funèbre, M. l'Abbé Guinamard retraçait devant le clergé et les fidèles assemblés la vie si simple, mais si remplie d'actions de Madame Wauters :
              « Manum suam mis it ad fortia, et palmas suas extendit ad pauperem. » « Elle a mis la main à de grandes choses, elle a tendu ses bras vers le pauvre. »
              « Elle est morte, entourée de la triple auréole de la piété, de la charité et du zèle pour la gloire de Dieu et ses funérailles pompeuses ont été l'affirmation et la manifestation de cette triple qualité de son cœur : le clergé célébrait ses grandes œuvres ; les paroissiens et les amis admiraient sa piété ; et les pauvres pleuraient celle qui fut leur mère par la charité.
              Et maintenant qu'elle repose près de nous sous les dalles du sanctuaire qu'elle contribue à élever à la Majesté divine ! Nous avons la garde de son corps, mais nous devons avoir surtout le souci de son âme. »

              Ainsi grandissait l’œuvre de Dieu ; le flambeau changeait de main mais ne s’éteignait point. Le 15 novembre 1907, M. Guinamard, à son tour, quittait l'Agha, M. Perge lui succédait comme procuré sans qu'aucune modification ne vienne troubler la tradition de dévouement. Le 15 novembre 1906, M. Derouch apportait sa collaboration, puis en 1909 M. Briand qui ne fait que passer.
              Le 24 juin, M. Repeticci se retirait, laissant à son successeur, M. Desbuquois, la mission de continuer le patronage de garçons qu'il avait fondé en 1903, œuvre identique à la congrégation de Sainte-Marcienne. Encouragés par la simplicité de leur nouveau directeur, émus par son immense bonté, ils s'attachèrent à lui spontanément, le considérant plus peut-être comme un frère ainsi que comme un père, et trouvèrent dans cette commune affection les premières règles de leur union.

              Le 11 décembre 1910, à nouveau, la paroisse entière communiait dans le même sentiment et dans la même pensée. Il s'agissait de fêter le fondateur de la paroisse, et de célébrer avec toute la solennité nécessaire les noces d'or de Mgr Ribolet en même temps que le 40" anniversaire de la création de Sainte Marie Saint-Charles de l’Agha.
              Né le 10 octobre 1837, Mgr Ribolet était entré dans le diocèse d'Alger dès novembre 1846 et il ne devait plus le quitter. Consacré prêtre le 16 juillet 1860, dès 1869 il était nommé curé de la paroisse encore inexistante de l'Agha où le zèle que l'on sait et les efforts déployés sans réserve parvinrent å faire d'elle la plus belle d'Alger. Comblé des honneurs que son fécond sacerdoce appelait, devenu successivement chanoine honoraire le 18 octobre 1877, camérier d'honneur de Sa Sainteté Leon XIII en 1893, puis vicaire général de Mgr Dusserre le 15 février 1894, vicaire capitulaire le 31 décembre 1897, à nouveau, vicaire général de Mgr Oury le 12 février 1899, conservant ce titre honoraire le 25 juillet 1902 et enfin protonotaire apostolique le 25 novembre 1908.

              M. Ribolet restait toutefois fidèlement attaché à sa chère paroisse qu'administrait selon ses directions, M. |'Abbé Perge. Le Seigneur gui éprouve souvent ceux dont il connait la fidélité soumise et l’ardent amour, avait frappé d'une douloureuse infirmité ce serviteur de sa parole. Aveugle et ainsi détaché du monde extérieur, Mgr Ribolet n'appartenait plus qu'au Maitre auquel il avait consacré sa vie... Son âme rayonnait de foi et c'est avec une admirable dignité qu'il portait ce cruel fardeau.
              Quelle émotion profonde saisit l'assistance recueillie et attentive qui se pressait sous les claires voûtes de Sainte-Marie-Saint-Charles quand on vit s'avancer vers l'autel le prêtre que conduisaient des mains amies ! Sa Grandeur Monseigneur Piquemal, évêque auxiliaire d'Alger, présidait la cérémonie que Monseigneur Livinhac, évêque de Parando, rehaussait de sa présence. Monseigneur Perge et M. Allard, aumônier du Lycée de garçons, assistaient Monseigneur Ribolet qui célébrait la grand'messe à 9 heures, dans sa coquette église toujours sobrement mais élégamment ornée. La chorale, les Sainte Marcienne, auxquelles s'étaient jointes les jeunes filles de l’ouvroir du Télemly et d'aimables amateurs, sous la savante direction de M. l'Abbé Warot, maitre de chapelle, exécutèrent la messe de Sainte Cécile de Gounod, soutenus par un orchestre d'artistes, au jeu impeccable, et par la grande voix des orgues tenues par M. Fourcaut, dont le talent depuis longtemps déjà se faisait apprécier à l'Agha.

              Cette fête fut un moment d'heureux répit ou enfin, tournant les yeux vers le passé, il est permis de contempler le chemin parcouru et de se réjouir de le voir si long et si lestement franchi. Mais, sans se laisser aller à la douce somnolence qui semble, si légitime après le triomphe de l'effort, chacun, le cœur au contraire plus ardent à l'ouvrage, reprend la tâche quotidienne et travaille avec l'habituel désintéressement au bonheur de tous. La venue de deux nouveaux vicaires : Monsieur l'abbé Cals et Monsieur l'abbé Anis, durant l’année 1911, n'apportera aucun changement dans la marche ascendante régulièrement suivie. Une floraison d'œuvres nouvelles complétant ou perfectionnant celles déjà existantes, va s'épanouir.
              Les Sainte Marcienne aussi développent leur action, Trop heureuses de leurs conférences et de leurs cercles d'études.
              Que mangue-t-il à l'Institut Sainte-Marcienne pour en faire une organisation parfaite, indépendante, autonome, petite société bien unie et bien composée. Seule une école lui fait défaut. Une école, où on formerait en même temps leur intelligence, leur conscience, leur cœur.

              Programme splendide que deux Sainte-Marcienne : Mesdemoiselles : Madeleine Henry et Henriette Safra vont être appelées à exécuter.
              Un jardin d'enfants complètera l'école.
              Là aussi, chacun veut sa part d'activité, cherchant sans cesse le bien à faire, cela ne manque pas. Le 2 février 1911 un dispensaire ouvre ses portes, au premier étage de la Maison des Œuvres paroissiales, rue Denfert-Rochereau.
              Mais tout le monde ne se laisse pas toucher par la beauté surnaturelle de ces œuvres.
              Les lois laïques avaient épargné l'Agha.

              En 1914 elles commencent leurs proscriptions. La tribune et les orgues de Sainte-Marie-Saint-Charles en fermant l'école que les Sœurs Trinitaires dirigeaient depuis si longtemps dans la rue du Languedoc.
              Cependant, sous l’impulsion de M. l'Abbé Warot et la direction de M. de Juglart, le zèle catholique encore une fois triomphe. Le Cours Fénelon (tel est le nom de la nouvelle institution) ouvre ses portes dès octobre 1914, dans un immeuble situé à l’angle de la rue Denfert-Rochereau et du Boulevard Victor-Hugo, dont les beaux ombrages font au jardin du Cours Fénelon une riante perspective.
              Les professeurs furent recrutés, parmi les élèves des Sœurs Trinitaires, toutes pourvues de diplômes universitaires : Science, baccalauréat, brevet supérieur, certificat d'aptitude pédagogique, etc...
              C'est vers le milieu de l’année 1916 que M. l'Abbé Perge prit sa retraite et que l'Administration de la paroisse fut confiée à M. l'Abbé Warot. C'est le 22 février 1922 que M. Perge devait rendre à Dieu l'âme magnifique qu'il lui avait donnée.

              Le 19 mai 1917, eût lieu la visite officielle de S. G. Mgr Leynaud, dans l’église de l'Agha.
              A 3 heures, Monseigneur assiste à un véritable défilé des œuvres paroissiales. De son trône dressé dans un véritable ilot de palmiers et éclairé de magnifiques gerbes de glaïeuls et de roses, Monseigneur peut voir un bas-relief de Jeanne d'Arc et Une exquise Visitation de Della-Robbia. Le défilé commence : le Conseil paroissial qui est en tête prend ensuite place auprès de Monseigneur, des Vicaires généraux et du clergé de l'Agha.
              Puis viennent les Religieuses de Saint-Vincent-de-Paul, les Dames de Charité et celles du Dispensaire ; la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul, les Dames Catéchistes, la Bibliothèque, les Sainte-Marcienne, le Comité du Foyer Chrétien, l'œuvre du Sanctuaire, les Enfants de Marie, la Bonne Garde, l'Ouvroir de Sainte-Salsa, la Chorale de l'Agha, le Patronage Sainte - Marie - Saint - Charles, l’œuvre des Lycéens, le Patronage Sainte-Marcienne, l'Ecole paroissiale de garçons, le Pensionnat Milly, l'Ecole paroissiale de Sainte-Marcienne et le Cours Fénelon,

              Le 14 décembre 1919 fut célébré en grande pompe le cinquantenaire de la fondation de Sainte-Marie-Saint-Charles « Cinquante ans déjà que le tout jeune abbé Ribolet allait, cherchant son église et son presbytère, à travers les asphodèles du plateau de Mustapha...
              Aujourd'hui, Sainte-Marie-Saint-Charles est devenue une des plus grandes paroisses de France affirme Sa Grandeur Monseigneur Leynaud » |
              Le 1er mai 1920 le Monument aux Morts fut béni par Sa Grandeur Monseigneur Leynaud, Archevêque d'Alger et administrateur de Carthage.
              Dans le chœur, près du trône, prirent place : M. le Général en chef Niessel, Commandant le XIXème Corps ; le Colonel Veërignon, représentant M. le Gouverneur Général ; M. Luigi, représentant M. le Préfet ; M. Celly, représentant M. le Maire d'Alger ; le Commandant Thévenet, le Lieutenant de Vaisseau Maorieu représentant l'Amiral Eng ; M. Guion, Conseiller Municipal ; M. Mespla, MM. De Galland, Pelleport, le Docteur Gillot.

              Ce fut le 5 décembre 1922 que Mgr Ribolet, « le fondateur de Sainte-Marie-Saint-Charles, ce vaillant prêtre de 85 ans dont la vieillesse n'avait pu entamer ni l’énergie, ni les admirables facultés, alla recevoir la récompense d'une vie si riche en œuvres et en vertus.
              A Mgr Ribolet il restait de plus et surtout, la foi, les ressources Immenses d'une vie intérieure Eclairée par Dieu.
              Il partageait son temps entre l’Algérie, la Savoie et la Belgique. C'est en Belgique, au château de Froidcourt, qu'il devait mourir après avoir vécu en Savoie, dans un horrible cauchemar, les cruelles années de la guerre, mais il put vivre aussi les heures enivrantes de la victoire qu'il ne faut tout de même pas oublier. Dieu, l’Eglise, la Patrie, tels étaient les thèmes sur lesquels son esprit Etincelant et nourri de fortes pensées, aimait à s'arrêter, Gardons le souvenir de cette grande figure qui est entrée dans l'histoire de |'Afrique religieuse ressuscitée.

              Les fêtes du Centenaire du Cardinal Lavigerie célébrées à la Cathédrale d'Alger les 8 et 9 novembre 1925 se continuèrent dans l’église Sainte-Marie-Saint-Charles le mardi et le mercredi suivants, 9 et 10 novembre.
              Le Cardinal Charost, légat pontifical, présidait.
              Les discours furent prononcés par Mgr Rumeau, l’Evêque d'Angers, et Mgr Bollon, protonotaire apostolique.
              Ces discours clôturèrent de la façon la plus heureuse les prédications qui furent données à Sainte-Marie-Saint-Charles en 1922 par le E. P. Sanson et en 1923 par M. le Chanoine Coubé. La Station de l'Avent de 1927 devait être prêchée par M. le Chanoine Thellier de Poncheville.
              Deux années ne s’étaient pas encore écoulées depuis que la dépouille mortelle de Mgr Ribolet ramenée de Belgique par M. de Harenne, avait été descendue dans le caveau de l’église Saint-Charles que la paroisse pleurait son successeur à peine âgé de 50 ans. En effet, M. le Chanoine Warot s'éteignait doucement le 1 janvier 1926, après une courte maladie consécutive au labeur écrasant qu'il avait fourni depuis sa nomination comme Procuré d'abord (1916), comme Curé ensuite (1925). M. Warot naquit à Alger, où il fréquenta tour å tour l'école communale, le lycée et le collège des Frères d'El-Biar. Entré au séminaire de Kouba en 1892, le 18 juin 1901, il dit sa première messe à El-Biar où ses parents s'étalent retirés, et le lendemain, il était nommé Vicaire de Ste-Marie St-Charles, qu'il ne devait quitter que pour aller à Dieu.
              A 13 heures, il se souleva légèrement « Au revoir ma sœur », dit-il, « je me sens si bien ».
              Sans agonie, dans un dernier spasme, il s'endormit paisible : et confiant comme un enfant sur le sein de son père, sur le sein de Dieu.

              Du vendredi au lundi, tout un peuple respectueux et en larmes défila au presbytère et å l’église. Le lundi, à 9 heures, eurent lieu les obsèques. Cinquante prêtres entouraient Mgr Leynaud, venu, quoique très souffrant encore.
              Avant l'absoute, M. le Vicaire général Dauzon, au nom de Monseigneur, prononce une magnifique allocution. Avec Emotion et éloquence, M. le Vicaire général adresse un adieu pathétique à l'ami de sa jeunesse, retrace son labeur et exprime les regrets Unanimes des associations de |a paroisse, du clergé et des si nombreux amis d’Alger et du diocèse, (Le Foyer Chrëtien de janvier 1926 donne le texte de cette allocution).
              Sa Grandeur Monseigneur Leynaud, d'une voix émue, tint à donner lui-même l'absoute.
              Les élèves du Cours Fenelon, de ['Institution Sainte-Marcienne, de l'Ecole Saint-Charles suivaient la croix. Le deuil était conduit par les deux sœurs garde-malades, par M. Warot et Boutier, sœurs de M. le Curé, ses neveux et cousins, par M. le Vicaire général Dauzon, représentant sa Grandeur Monseigneur l'Archevêque, MM. les Vicaires de Saint-Charles, M. Villedieu, curé de Notre-Dame des Victoires ; MM. les Membres du Conseil paroissial.
              Au cimetière, au milieu de l'émotion générale, Mgr Teissier donna l'absoute au vénéré pasteur qui fut inhumé dans un tombeau de famille.

              Le 14 février eut lieu l’élection du nouveau Chemin de Croix que M. le Curé avait eu la joie de voir en place. Il avait offert la douzième station.
              On sentait dans l’attitude silencieuse et émue des fidèles, qui remplissaient la grande église que le souvenir du défunt planait au-dessus d'eux.
              S. G. Mgr l’Archevêque fut la conscience de ces fidèles dans son allocution, quand Elle dit l’affliction de son affection et ses regrets de cette perte... Elle l'exprima avec la délicatesse d'un sentiment paternel et l'autorité d'une parole qui honore le mérite.

              Souvenir de la bénédiction des cloches

              Avant de monter en chair, sa Grandeur avait béni les tableaux, puis, revenue au chœur, les 14 croix de bois qui devaient être érigées au-dessus des 14 tableaux. Après en avoir donné la leçon, du haut de la chaire, Sa Grandeur montra à ses fidèles, en faisant au milieu d'eux l'exercice du Chemin de la Croix, l’exemple d'un recueillement profond et d'une piété intimement émue.
              Après l'exercice, Sa Grandeur donna la bénédiction solennelle du Très Saint Sacrement. Pendant toute cette cérémonie, la remarquable Schola de Saint-Charles apporta sa part magnifique à la beauté de cette liturgie.
              C'est le 31 mars de cette même année que Mme Maurice de Terwangue, née Marie Wauters, s'endormit dans la paix du Seigneur au château de Froidcour (Belgique), dans sa 81ème année. Les paroissiens de l'Agha auront garde d'oublier cette femme à l'inépuisable charité et à la générosité incomparable à laquelle ils doivent la construction de leur magnifique église. « Sa mémoire sera perpétué par ses œuvres. Elle a consacré toute sa vie à l’éducation et à la préservation de la jeunesse, aux soins des malades, au secours des pauvres et à l’entretien du temple du Seigneur. »
              A la mort de M. le Chanoine Warot, la direction de la paroisse fut confiée à M. le Vicaire général Teullières avec le titre d'Administrateur.
              Il exerça ces fonctions jusqu'à la nomination de M. l'Abbé Avignon qui prit possession de la paroisse le 23 juin 1926. En l'absence de Monseigneur l'Archevêque il fut installé solennellement par M. le Vicaire général Teullières qui exprima tout d'abord les regrets paternels de Sa Grandeur de ne pouvoir présider la solennité. Puis il s’inclina devant la mémoire des fondateurs de la paroisse et de M. le Chanoine Warot. Il évoqua les heures douloureuses, l'église endeuillée, et la Nouvelle chaire en mosaïque, inaugurée par Mgr Leynaud, le 24 janvier 1937.
              Mosaïque des morts de la grande guerre

              M. Avignon, ami et confident du vénéré défunt, marchera sur ses traces, assura-t-il. « Il l’a connu au Séminaire, élève opiniâtre, provoquant au besoin les obstacles pour les franchir et les difficultés pour les vaincre ; fils de la Lozère montagneuse et tenace, fils aussi d'une famille chrétienne qui ne le disputa pas à Dieu.
              Au sortir du Séminaire, il resta six ans à Saint-Bonaventure, disciple du distingué M. Laffitte, puis on le voit successivement Curé à Haussonvillers, à Bordj-Ménaïel, à Tizi-Ouzou, hier à Saint-Eugène, laissant partout d'unanimes regrets. A l'Agha, il sera le digne successeur des prêtres éminents qui l'y ont précédé et il les honorera en continuant leurs œuvres. »
              A son tour le nouveau curé monte en chaire. Lui aussi rend hommage à ses prédécesseurs, à Mgr Ribolet, à M. Guinamard, à M. Perge, à M. le Chanoine Warot. Il adresse un tribut de reconnaissance à la mémoire de Mmes Wauters et de Terwangue et un salut respectueux à la famille de Harenne, héritière de nobles traditions. La paroisse vient d'être secouée par une tempête dont elle reste meurtrie, mais il va essayer de marcher sur la trace de ceux qui ont déployé ici tant de dévouement, et il faut bien le dire : d'héroïsme. Il accepte l'écrasante tâche de succéder à celui dont il fut, en effet, l'ami intime et le confident, fort de l’aide promise par Mgr l’Archevêque et de la sympathie de tous les directeurs d'œuvres de l'Agha. Il marchera avec eux en confiance.
              « J’avais fait le rêve heureux, dit-il, de finir mes jours dans la paroisse que je viens de quitter, charmante cité blottie dans un nid de verdure et de fleurs, entre la mer azurée et chantante et le sanctuaire béni de Notre-Dame d'Afrique. Mais l'obéissance m'a fait un devoir de venir parmi vous. Devant votre accueil si bienveillant, c'est le cœur qui commande aujourd'hui, et il me commande d'être tout à vous, Là est désormais ma tâche. Avec l’aide de Dieu et votre concours, je n'y faillirai pas. » (F. C.).
              Le 1er janvier 1930, l’école Sainte-Marcienne fut transférée de la rue Edgard-Quinet à la rue Denfert-Rochereau, à la maison des œuvres dont les locaux furent transformés.

              Le 26 avril de la même année, M. le Curé communiqua au Conseil Paroissial le décret de Son Excellence Mgr l'Archevêque, érigeant la paroisse Sainte-Marcienne sur celle de Sainte-Marie-Saint-Charles, et les limites de la paroisse avec celles de Sainte-Croix, Sainte-Marcienne et Saint-Augustin.
              Au printemps de l'année suivante, à l'occasion de la visite pastorale, M. le Curé annonça à Son Excellence qu'une souscription était ouverte pour l’érection d'un clocher et l’achat de cloches. Les travaux commencés en décembre 1931 furent achevés fin février 1932. Les cloches, au nombre de cinq, furent offertes par la famille Angelo Kaouki, par M. le Chevalier Charles de Harenne et Madame, par les paroissiens de Saint-Charles, par le Cours Fénelon, par l‘école et la Congrégation Sainte-Marcienne. La famille Palisser habilla une cloche d'un rochet en dentelles de Bruges ayant appartenu à M. le Chanoine Palisser, du diocèse d'Oran ; la famille Homolle offrit une aube en filet d'un travail magnifique et une superbe chasuble représentant en couleurs Saint Michel-Archange terrassant le démon.
              Chaque cloche porte le nom du ou des donateurs, ceux des parrains et des marraines, celui du Prélat baptiseur, Son Excellence Mgr Leynaud, et du curé de la paroisse. Voici le nom des parrains et des marraines : M. le Docteur Rives et Mme Kaouki ; M. le Chevalier A. de Harenne et Madame ; M. le Docteur Gillot, Président du Conseil paroissial ; M. et Mme Homolle ; M. le Chanoine Avignon et Mme de Juglart, Directrice du Cours Fénelon ; M. Leon Rigollet, bienfaiteur, membre du Conseil Paroissial et Mme Safra, Directrice de l'Ecole Sainte-Marcienne.

              Après avoir remercié Son Excellence d'être venue présider cette fête de famille en ce jour anniversaire de son sacre et lui avoir souhaité pendant de nombreuses années encore la continuation de son laborieux et fécond épiscopat, M. le Curé adressa ses félicitations aux généreux donateurs, aux parrains et marraines, aux ingénieurs, entrepreneurs et architectes du clocher, aux fondeurs, aux personnes qui ont contribué avec une pieuse émulation à l’ornementation de l’église et au succès de cette inoubliable «journée des cloches»...
              Monseigneur Leynaud répond avec cette chaleur d'âme qui lui est habituelle. II parle en penseur et en poète, évoquant les cloches de Carthage qui résonnaient si profondément dans le cœur du Cardinal Lavigerie. « Voix qui chantent les espoirs des baptêmes et pleurent les deuils des familles, voix spirituelles des cités !... Monseigneur trouva les mots émouvants pour exprimer les sentiments de tous et pour s'unir à la joie des paroissiens de l'Agha »...
              — Cependant, le presbytère situé sous l'église est de beaucoup trop petit pour donner asile aux nombreuses œuvres paroissiales et favoriser leur développement. La méditation et le travail sont impossibles aux vicaires dont le mobilier voisine avec les billards anglais, russes et japonais et autres jeux... Le terrain Desseigne situé tout près de l’église, rue Ribolet est en vente au tribunal. M. le Curé en achète un lot et fait construire un nouveau presbytère. Les travaux sont achevés en novembre 1933 et le clergé paroissial en prend possession les premiers jours de décembre. Le 27 du même mois Son Excellence Monseigneur Leynaud procède à sa bénédiction et présida le déjeuner qui suivit. Autour de Son Excellence prirent place Mgr Bollon, Protonotaire Apostolique ; Mgr Dauzon et Mgr Teullières, Vicaires généraux ; le T. R. P. Voillard, Supérieur général des Pères Blancs ; M. Vergés, visiteur des Lazaristes ; le R, P. Devillard, Supérieur du Collège de N.-D. d'Afrique ; Le Tilly, Prieur des Dominicains d'Alger ; Dougoud, Supérieur des Rédemptoristes ; Constant, Supérieur des Séminaristes ; MM. Les Chanoines Poggi, Secrétaire général de l'Archevêché ; Avignon, Curé de la paroisse ; Villedieu, Bado, Marcé, Salles ; MM. les Curés et Abbés Desbuquois, Avignon Georges, Avignon Henri, Blanc et Juan, Vicaires ; M. Reynaud, Directeur de l'Ecole Saint-Charles ; MM. les Membres du Conseil paroissial : Docteur Gillot, Président ; Alziari, de Mallaussane, Intendant Leclerc, Rigollet, Lelmi, Chevallier, Homolle, M. Vincent, M. Siacci, Maitre de Chapelle, M. Foucault, Organiste de St-Charles.

              Mais une nouvelle et grosse dépense s'imposait. L'état des orgues était tel que leur réparation ne pouvait plus souffrir aucun délai.
              Le devis présenté par M. Hepfer, Directeur de la Manufacture Lorraine des Grandes Orgues à Boulay (Moselle), près de Metz, fut accepté par M. le Curé sur l’avis des experts. II s'élevait à la somme de 150.000 francs, somme qui s'augmenta de 24.861 f, pour frais généraux, transport et autres. Les anciennes orgues comprenaient 30 jeux répartis sur 2 claviers et un pédalier. Les nouvelles comprennent 48 jeux sur 3 claviers et un pédalier.
              Nombre de tuyaux : 3.050 ; Poids : des tuyaux : de 320 kilos å 8 grammes.
              Hauteur des tuyaux : de 5 m. 60 à 6 mm.
              Diamëtre des tuyaux : de 33 cm. à 3 mm.
              Câbles : électriques utilisés : 14.820 m.
              Nombre d'électro-aimants : 334.
              Poids de l’orgue : environ 13 tonnes.
              Nombre de contacts électriques : 3.150.

              La bénédiction et l’inauguration des nouvelles orgues eut lieu le 20 janvier 1935. Son Excellence Monseigneur l'Archevêque, assisté des R. P. Blancs Marchal et Meulhman, du clergé de la paroisse, des Chanoines Poggi, Villedieu, Allaréd, Bado et de nombreux prêtres de la ville. Le Révérend Père Bliguet des Dominicains d'Alger, prononça le discours de circonstance. « Le récital fut confié à M. Michel Vincent qui exécuta avec une maitrise parfaite un programme choisi. Monseigneur donna la bénédiction du Très Saint Sacrement dont les chants furent exécutés par la Chorale de Saint-Charles, sous l'habile direction de M. Siacci, Maitre de Chapelle.
              M. Fourcault, l'Organiste incomparable de la paroisse exécuta une sortie dont furent ravis tous les témoins de cette magnifique audition » (Foyer). Entre temps, le jeudi, 4 décembre 1932, une charmante cérémonie avait réuni, dans l'église Saint-Charles, de nombreux paroissiens et amis du bon frère Martin, Sous-Directeur de l'Ecole libre, à l'occasion de ses noces de diamant. Ce jour-là, en effet, ce cher Frère célébrait le 60ème anniversaire de sa consécration à l’éducation de l'enfance. A la fin de la cérémonie, Son Excellence Monseigneur l'Archevêque épingla sur la poitrine de l'heureux jubilaire âgé de 80 ans, ainsi que sur celle de M. Foucault, Organiste de la paroisse, la médaille pontificale « Bene Merenti ».

              En 1933, à l'occasion de la semaine sociale d'Alger les messes pontificales furent célébrées à Saint-Charles, sous la présidence de Son Excellence Mgr l'Archevêque à l'issue desquelles, Nos Seigneurs les Evêques d'Oran, de Constantine et du Maroc adressèrent des exhortations aux nombreux fidèles.
              Le 6 mars 1935 fut communiqué au Conseil paroissial le « Décret établissant une nouvelle délimitation des paroisses Sainte-Marie-Saint-Charles et
              Saint-Bonaventure en un article unique. Le côté gauche de la rue Horace-Vernet appartenait désormais à la paroisse de Sainte-Marie-Saint-Charles jusqu'à sa jonction avec l'axe de la rue Bastide, les paroisses susdites sont limitées par l'axe de la rue Bastide, jusqu'à sa jonction avec l'axe de la rue Balzac, par une ligne partant de la rue Balzac, et qui, traversant la voie ferrée, va rejoindre l'axe de la rue Chatellerault jusqu'à la mer ».
              En octobre, le parvis de l'église reçut un revêtement spécial qui en garantit la longue durée, et c'est en même temps que fut construit l'escalier de marbre faisant communiquer la sacristie avec le nouveau presbytère, à travers la rue Ribolet.
              Dans le budget de 1936, figure l'achat d'un reliquaire qui _contient plusieurs parcelles de la vraie croix, exposées pour la première fois à la vénération des fidèles le Vendredi Saint.
              Le 22 mars, les « Petits Chanteurs de la Croix de Bois » de passage à Alger, donnèrent un concert spirituel dans notre église : Œuvres d'inspiration liturgique de Jasquin des Près, Brunel, Palestrina, Witoria, Aichinger, Mozart, deux chants populaires sur la Passion, un Noël italien, un Noel alsacien, un chant grégorien.
              L’installation du haut-parleur fut faite en juin 1936 et le 20 décembre celle des riches et discrètes mosaïques des nefs latérales. Elles devaient servir d'encadrement aux quatre statues : du Saint Curé d'Ars, de Sainte Thérése de l’Enfant Jésus, de Saint Antoine de Padoue et de Saint Christophe qui furent bénies le même jour. Ces statues sont l'œuvre de « L'Union Internationale Artistique de Vaucouleurs ».

              Le dimanche 24 janvier 1937, Son Excellence Monseigneur l'Archevêque daigna bénir et inaugurer la nouvelle chaire : « Je veux, dit Son Excellence, que les premières paroles qui tomberont de cette chaire soient des paroles de paix, tandis que parvient jusqu'à nous l'écho de tant de haines... Pax hominibus bonnæ volantatis ». Paix en particulier à ces fidèles de l'Agha qui entendront peut-être des paroles plus éloquentes, mais jamais n'en pourront entendre du plus paternellement affectueuses.
              La nouvelle chaire a été exécutée dans les ateliers des mosaïstes renommés que sont J.-B. et V. Tossut, La maçonnerie se recouvre d'un granito très fin dont la couleur rappelle celle du marbre des colonnes, et sur lequel se détachent de grands motifs en mosaïque où dominent l’or et le beige d'un goût parfait. Les marches et le plancher sont faits d'un assemblage de petits polygones bleus.
              L'abat voix rehaussé de très riches mosaïques d'or, dissimule les sources lumineuses modernes. Dans le médaillon central : La Paix dans le Christ, origine et fin de toutes choses.

              Enfin, le dimanche 6 juin 1937, Son Excellence Mgr Leynaud faisait son entrés à Saint-Charles où, depuis plus d'une heure se pressaient les paroissiens, tout heureux d'assister à la bénédiction des orgues de chœur ; « Dès le seuil, on respire l'atmosphère d'une grande fête ».
              F. C. — « Aussitôt bénites, les orgues se font entendre, accompagnant dans un majestueux cantique d'action de grâces, la Chorale au grand complet qui chante pieusement « Cantate Domino » de Haendel, sous la direction de M. H. Siacci, Maitre de Chapelle.
              « Tenu avec talent par M. Michel Vincent, le nouvel instrument montra une sonorité très homogène, douce, veloutée, et d'un cristal charmant à l'aigu. II sera utilisé soit seul, soit en duo, selon le caractère intime ou somptueux des cérémonies. Maniées avec l’autorité et la science que l’on sait, par M. Fourcault, Organiste titulaire, les grandes orgues lancèrent magnifiquement la « Marche = triomphale » de Th. Dubois, pour l’arrivée de S. E. Mgr Leynaud, et ou finale la « Marche de Jeanne d’Arc, de Bucciali, si cordiale dans son allure de fête. Concert de beau style et d'un type encore inédit à Alger qui charma l’assistance très nombreuse réunie à l’heure du salut, pour l’inauguration solennelle et la bénédiction de « l’orgue de chœur » å Saint-Charles de l'Agha. » (Dépêche Algérienne).
PA.

              N'oublions pas de rendre hommage au travail et au savoir de tous ceux qui ont accompli la tâche de conférer à l'Eglise de Sainte-Marie-Saint-Charles de l'Agha et à son presbytère un cachet de noble simplicité.


Je m’souviens - (4)
Par M. Marc Donato
On ne se connaît jamais assez.

          Je m’souviens encore ! Ce voyage plein de con….ries, évoqué précédemment, devait m’en apprendre beaucoup sur moi-même car je n’étais pas au bout de mes surprises.
          Journée détente dans ce périple qui se voulait aussi instructif que distractif. Balade au nord du Grand-Duché de Luxembourg avec croisière en bateau sur la Moselle. Ça, c’était ce qui était prévu. Sauf que le chauffeur de notre car est venu m’annoncer au cours du pique-nique de midi :

          -Je suis en panne de compresseur et j’ai juste assez d’air comprimé pour rentrer à Longwy et trouver où me dépanner.
          Un dimanche de Pentecôte !
          La journée était fichue ! Retour au centre d’accueil, en pleine forêt. Et là, il fallait occuper les élèves pendant que le chauffeur s’inquiétait d’effectuer la réparation sur son véhicule. Mon collègue, Michel, a proposé à un groupe une promenade dans les bois pour « herboriser ». Avec les deux autres accompagnatrices, nous sommes restés au centre pour encadrer ceux qui n’avaient pas daigné s’initier aux arcanes de la divine Flore.
          Ils n’étaient pas restés inactifs, les bougres !
          Quand nous avons voulu intégrer nos lits après une journée riche en non-événements, mon collègue et moi avons trouvé nos lits faits en portefeuille…

          Je comprenais mieux alors le profond mais traître silence dans l’attente jouissive du moment où les profs allaient découvrir la supercherie !!! Et l’immense éclat de rire qui a suivi, traduction d’une jubilation non déguisée. Dans ce cas, une seule attitude à adopter : jouer le jeu, approuver, complimenter, même… pour ce qui était quand même une farce de bon goût. Il aurait pu y avoir pire ! Après tout, ces « gamins » pour la plupart s’étaient ennuyés tout un après-midi, par la faute d’un compresseur défaillant ! Il fut difficile de ramener le calme…
          Mais tout le monde le sait : la vengeance est un plat qui se mange froid ! Quand Morphée eut accompli son oeuvre, je demandai à mon collègue de mettre son réveil à 2 heures du matin. À cette heure, les petits anges (!) avaient plongé profondément dans le sommeil de l’(in)juste et, à mon initiative, nous avons viré de leur lit tous ces innocents dormeurs en retournant leur matelas.

          Imaginez l’effarement ! Les chastes et purs banquiers et leur portefeuille surpris dans leur sommeil ont appris à cette occasion que ce n’est pas aux vieux singes…
          Et c’est là que j’ai eu la révélation par un de mes lascars de ce que j’ignorais de moi-même. Je revois avec précision Emmanuel, la tête dépassant de son bois de lit sur lequel il s’appuyait, me fixant d’un regard aussi incisif que le sommeil profond d’où il venait d’être extirpé violemment, tout endormi malgré tout et me gratifiant d’un superbe et tonitruant :
          -Enc…lé !

          Voilà quelque chose que j’ignorais… Et pour cause ! Je n’ai jamais été attiré que par le beau sexe. Une révélation en pleine nuit lorraine tout illuminée par les incendies incessants des hauts-fourneaux !
          Là encore, que faire ? Que dire après ce coming-out supposé, dévoilé publiquement ? L’auteur de l’invective savait-il lui-même ce que signifiait ce mot prononcé par ailleurs à tour de bras ?
          Encore une fois jouer le jeu ! Après tout, j’étais responsable de la situation. Et puis mon Emmanuel, cet envoyé du Seigneur, dormait debout quand il a prétendu connaître de mon intimité des détails que j’ignorais.
          Je ne pouvais l’en blâmer : je l’avais viré en plein sommeil.

          Mais si la vérité sort de la bouche des enfants, il se trouve que là, la bouche a fauté grandement, contredisant ainsi le vieil adage.
          Le délit fut vite passé à la trappe de la rigolade, mais le souvenir reste de ce moment inoubliable dont je m’souviens encore avec ce vocabulaire fleuri de nos ados.
Marc DONATO
6 février 2026.


Chronique de Kaddour
Bonjour, N°93 ; 15 décembre 1933
journal satyrique bônois.
Ah ! la bonne blague !

       A Joannonville, lors de la première manifestation publique de l’Oie majuscule qui va sauver le Capitole, le sieur Pantaloni a déclaré
       « J’ai donné l'ordre de commencer les travaux pour l'installation de l’éclairage de la route qui va de la gare à Joannonville et j'en ai fait autant pour La Choumarelle. »
       Il a ajouté : « Vous voyez que je tiens mes engagements »
       Cette histoire ressemble à celle de l'éclairage de la Place Randon. Pantaloni prétend à manger les marrons qu'il n'a pas tirés du feu.

        C'est Félix Pétrolacci, notre Maire regretté, qui a jeté les premiers jalons au sujet de l'éclairage de la route, de Joannonville.
       Pantaloni, à cette époque, était zéro. Pantaloni n'a pu donner aucun ordre, il n'en avait pas le droit.
       Il faut, pour installer cet éclairage, une somme de 50.000 francs. Or, cette somme n'a pas encore été votée par le Conseil Municipal, le projet ne lui ayant pas été soumis. Il faudra ensuite que cette dépense soit approuvée par le Préfet.
       Pantaloni ne peut rien.
P. Marodon


 
ALGER ETUDIANT
N° 28. — 10 Avril 1924. Source Gallica
La Maison qui se bâtit
Il y avait là un Parc
Où des âmes végétales
S'épandaient dans la quiétude
Et le silence
Et l'abandon.
// y avait là un Parc..

Un Parc, trésor d'eau lente-et de bruissements frais
Un Parc d'Alger, richesse verte et séculaire,
Avec un bassin turc où, le soir, s'étoilait
L’iris des Nénuphars sur le ciel d'une eau claire

Il y avait là un Parc.
Or, un matin un architecte s'est trouvé là.
Et le matin ne savait pas ce qu'il voulait cet homme,
Dans ses cogitations obscures de bâtisseur ;
Et le figuier ne craignit pas,
Ni l'olivier,
Ni l'eau ancienne
Ni le silence épanoui :
Les choses n'ont pas peur des Hommes
Car elles ne savent pas ce qu'est l'Homme.

II
Et il advint depuis que le Parc fut défunt
Par la nécessité humaine
Que cet homme avait besoin d'un toit.
Et il fit mourir les eaux mortes, l'herbe placide les parfums
Et le silence virginal,
Et il bâtit.

Il bâtit des étages et des étages
Avec des ossatures de métal
Et des bétonnements compacts
Pour enrober les ossatures
Et qui sont la chair froide des maisons :
Il bâtit une maison.

Et il la fit avec ces vertèbres de fer
Et ces strictes géométries d'échafaudages
Pourquoi la volonté du Maître de l'ouvrage
Assujettit l'inconscience de la Pierre.

Et il la fit aussi selon l'art de ses pères.

III
Et maintenant, voici :
Par l'insolite artifice
Du constructeur européen,
Par sa patience d'avenir,
Par sa science,
Par son désir,
Voici jaillir
Droite en élan vers le Soleil,
Droite, claire, synthétique,
À la face naïve du malin d'Afrique,
Sur le saccage des Jardins sarrazins
Une maison d'Européen.

Or, qui regrettera l'outrage des Jardins,
Si le déblai de séculaires indolences
Permit à la raison constructive des Miens
De vous dresser dans la Clarté, maison de France.

Pourtant, jardins d'Islam, attendris de pervenches
Jardins ramages d'or par un décor d'oranges,
Sertis d'ombre ou damasquinés par la lumière,
Vous étiez le symbole immobile des âges
Où il était permis aux destins et aux sages
De mûrir leur bonheur aux délices solaires
En ouvrant simplement leur cœur à la lumière,
Tout le cœur ingénu des jardins et des sages. . ..

Mais le sort est plus dur que vous fit le Destin,
0 jardins du Passé que dévaste la vie,
Et vous deviez courber vos grâces abolies
Devant l'injonction souveraine des Miens.
Mais le sort est plus dur que vous fit le Destin...

Mais le sort est plus beau que vous fit le Destin,
Jardins d'Islam détruits par l'œuvre européenne,
Puisque le sacrifice où vous fûtes contraints,
Permit à la raison constructive des Miens
De vous dresser dans la Clarté, maison humaine.

        Jean Pomier. Janvier 1924.


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LES TERRITOIRES du SUD
Par Maguy PLANCHON -BELLET
ACEP-ENSEMBLE N°276


               Mon père Adrien BELLET partit accomplir son service militaire. II fut incorpore le 12 mai 1923 à la 2ème Compagnie du 45eme Bataillon du Génie., comme 2ème sapeur télégraphiste. Il dut rejoindre son unité à Hussein-Dey pour faire ses classes à Ia caserne Lemercier.
               Passé à la 3ème Compagnie au mois de décembre, Adrien fut dirigé vers les territoires du Sud. Ce n'était pas un petit voyage à cette époque I
               Amenée par le chemin de fer à voie étroite jusqu'à Djelfa, Ia compagnie fut embarquée par camions jusqu'à Ghardaïa en passant par Laghouat sur des pistes de plaques métalliques perforées et pourtant Ia plupart du temps ensablées, surtout après les coups de simoun. Quelques jours plus tard ils repartirent pour El-Goléa. Là s'arrêta leur aventure mécanisée et, depuis, leurs longues distances se firent à d'os de chameau, bien que l'on commençât à parler de ces curieuses voitures appelées chenillettes aux multiples roues avançant sur de longues courroies...

               A El-Goléa, en attendant qu'on leur affecte leurs montures, les militaires eurent le droit de faire un peu de tourisme. Il fallait aller voir le vieux Ksar : château en ruines qui surplombe la palmeraie dans un contraste étonnant d'ombres et de lumière. Au coucher du soleil, le Ksar reprend vie dans un étincellement de rubis et ses murs de terre léchés par le sable et le temps exposent leurs tentures de soie et de velours brodées de fils d'or, jusqu'au moment où les ombres du soir viennent effacer toutes ces splendeurs silencieuses. Alors se découpe la silhouette imposante du palais ruiné sur un ciel cuivré. Puis il disparait bientôt dans la nuit bleu-vert, pour renaitre sûrement le lendemain matin, sa haute crinière fauve semblant se réchauffer doucement aux rayons du soleil.

               On leur raconta des horreurs : une femme aurait survécu à une attaque de Touareg en dévorant de la chair humaine ! Brrr ! Mais il paraît qu'elle aurait payé très cher cette faute, car on l'a précipitée dans un puits sans fond ou elle termina ses jours... On leur conta d'autres légendes, puis on les mit en garde contre bien des dangers du désert.
               On leur apprit à mettre leurs tagelmoust ou litham, cette espèce de long turban que les Sahariens s’enroulent autour de la tête et dont un pan doit revenir cacher la bouche et le nez pour les protéger du sable et des djinns (mauvais esprits). Autrefois, ces coiffures étaient naturellement teintes en bleu indigo. Cette couleur bleu-violet déteignait sur leur peau sombre, c'est pour cela qu'on appelait les Touaregs les "hommes bleus". A présent, certains ont opté pour le blanc.

               Les gradés finirent par les rassembler pour la remise des montures. Sur l'esplanade, toutes les bêtes s'étaient accroupies. L'officier méhariste appela les soldats et attribua un dromadaire à chacun d'eux. Les mâles étant trop rétifs, chacun d'eux reçut une femelle et chaque garçon en prit possession. Que dis-je ? C'est chaque dromadaire qui prit possession de son sapeur ! Celle d'Adrien allongea son cou immense et se mit à le flairer soigneusement, partout, devant, derrière, de la tête aux pieds, puis elle blatéra de contentement en allongeant ses lèvres molles : elle avait fait sa connaissance, elle l'avait accepté et elle ne s'en sépara jamais. Adrien ne savait pas ce jour-là ce que signifiait exactement l'injure "chamelle !" Il le sut bientôt ! Elle lui en fit voir de toutes les couleurs. Robuste, très rapide à la course, cette têtue était blonde comme le sable et son regard hautain et barré de lourdes paupières était bleu comme l'azur.... Un regard ! Elle était prénommée Zara (blonde). Elle avait sa personnalité. C'était un personnage, une grande dame

               C'est fou ce qu'on peut mettre sur la selle, en avant de la bosse d'un dromadaire, en plus de son soldat personnel, lui-même chargé de son barda : des vivres pour plusieurs jours, des outres d'eau, des kilos de matériel de tous genres. Et avec tout ça, ces montures peuvent couvrir, de leur pas lent et régulier, près d'une centaine de kilomètres par jour dans les dunes et sans trop de fatigue.

               La compagnie quitte bientôt le camp. Vous grimpez sur la croupe de l'animal, comme sur une rampe et vous vous installez sur la rahla (selle), au milieu de vos bagages. La rahla est fabriquée en bois, mais assemblée sans un seul clou... et pour cause ! Vous vous installez donc. Le chef annonce le départ : Biss ! biss ! biss ! Tout à coup, un raz de marée vous projette en avant, puis un autre en arrière quand votre monture se relève et, lorsque le mal de mer ressenti dès les premiers pas de sa démarche ondoyante s'apaise enfin, vous arrivez à vous laisser aller, surtout si vous n'avez pas oublié d'allonger les jambes de part et d'autre du long cou au poil ras pour mieux garder votre équilibre. Ainsi juchés sur leurs "vaisseaux du désert", bien emmitoufles dans leurs vastes gandourahs, le nez et la bouche protégés par un litham, à la manière des Touareg, la tête à l'abri sous un casque colonial en forme de cloche, les sapeurs peuvent alors admirer le paysage de toute beauté, les vagues immenses de dunes blondes ondulant à perte de vue, l'approche des oasis entourées de palmiers, comme autant de petites îles perdues dans l'océan....

               Leur caravane en croise une autre de temps en temps. Ils s'amusent à deviner si, de loin, ces apparitions à l'allure chaloupée sont ou ne sont pas des mirages... Ce sont alors de vrais palabres et des bénédictions de toutes sortes lorsqu'on arrive à la hauteur des nouveaux méharis. On descend de sa monture. On fait du feu avec les boules de crotte séchées que l'on récupère soigneusement tout au long du chemin. Et bientôt on peut savourer des morceaux de galette cuite dans le sable brûlant et boire ensemble des verres de thé parfumé que l'on a reversé plusieurs fois dans la théière, tout en se donnant des nouvelles.

               Si la conversation est intéressante, on est même obligé de distribuer un peu du fourrage que portent certains dromadaires en fin de file, ces pauvres bêtes étant en général servies les dernières... Ils croisent également une rekabia (mariage) de temps à autre. Les bâts immenses appelés atatiches ressemblent à de grandes corbeilles ou même à des niches dans lesquelles les belles se cachent, à l'abri du soleil et des regards, sous de larges ombrelles en forme d'éventails, mais entre les fentes desquelles leurs yeux curieux scrutent tout, vraiment tout. Suivent les chameaux portant Ia dot : des chèvres, de la vaisselle, des tentures, des couvertures et même des poulets attachés par les pattes, pendant sur les flancs des montures et se balançant au rythme de leur marche. Fromentin aurait dit que le dromadaire avance du pas noble de l'autruche.... Je ne pense pas que les gens de cette époque ont vu des autruches, à moins qu'ils n'aient visité le jardin d'Essai à Alger, ou les zoos de France ?

               Ils apprirent à ne pas boire en pleine chaleur, mais à s'humecter la nuque et l'arrière des oreilles pour se rafraîchir... Dès leur première halte, une des nouvelles recrues, folle de soif, ne put s'empêcher de se précipiter à la source pour boire avidement malgré l'interdiction : il en mourut sur place. La caravane suivit d'assez près l'unique voie ferrée, large de soixante centimètres, destinée au retour des convols de bennes de minerai. Au bout d'une dizaine de jours de marche, les méharistes arrivèrent en vue d'ln-Salah : un vaste fort aux hautes murailles hérissées de pics de béton et percées de meurtrières juste assez grandes pour y passer le canon d'un fusil. Ils ne s'arrêtèrent que devant le poste. Drôle de bâtiment semblant construit en silice cuite et surmonté d'une terrasse ornée de cornes. Toutes les fenêtres s'ouvraient à l'ombre d'une galerie. C'est là qu'ils se familiarisèrent avec les appareils de radio qu'ils trouvèrent ensuite à Fort-Flatters.

               Mais ils durent encore sillonner les dunes, toujours à dos de méhari, pour des exercices de radiotélégraphie dans les différents postes assurant les liaisons avec l'Afrique, puis Alger et la France. Profitant de ce temps d'épreuves et de formation, les officiers-méharistes ne cessaient de claironner des ordres avec leurs voix de tête : "surtout ne pas s'éloigner de la caravane, même pour pisser. Faites toujours attention à ce qu'on vous dit. Ayez constamment vos armes à l'œil pour ne pas les perdre. Votre dromadaire est votre planche de salut, traitez-le avec tous les égards que vous pourriez avoir pour votre fiancée. Craignez les bandes de pillards plus que la peste ou le choléra. Les dangers sont réels, mais vous vous en créerez d'imaginaires. Le désert sera toujours plus fort que vous, etc...."

               Oui, l'angoisse était bien présente et la crainte de l’inconnu également, surtout lorsqu'un de leurs compagnons de route s'égara et fut retrouvé mort. Ce fut le deuxième décès au contingent. Les pauvres sapeurs n'en menaient pas large et leur moral était tel que rien ne les intéressait vraiment plus, au moins pendant quelques semaines. L'angoisse s'aggrava encore quand ils devinèrent, à leur passage, un squelette de chameau à demi enterré dans le sable, le long de la piste.... Ils prirent enfin Ia direction de Fort-Flatters. Vivement qu'on y arrive !

               Fort-Flatters était situé plus profondément dans le désert, au cœur de I'Hamada de Tinrhert, à quelque 500 kilomètres à l'est d'In-Salah, donc à près d'une semaine de piste. Le bordj comprenait une vaste cour entourée de bâtiments, dont plusieurs étaient surmontés d'antennes. Des différents pylônes, des fils électriques partaient dans toutes les directions. Et Adrien se mit "au courant" des nouveaux appareils de transmission. Il s'agissait de Radio-Télégraphie-Sans-Fil dite "tellurique", ou "au sol' : les deux extrémités du poste radio transmetteur étaient reliées à deux électrodes enfoncées dans le sol ; l'appareil récepteur était relié à Ia terre de la même manière.

               Que c'est beau une caravane de dromadaires se déplaçant majestueusement sur le sable, surtout à contrejour, lorsque le soleil de feu se couche à l'horizon ! Les ombres immenses et rasantes des animaux s'étirent parallèlement sur les dunes flamboyantes. Ils avancent doucement, attachés les uns aux autres, de queue en cou, comme un superbe collier vivant, dont les bassours (bâts), ondulant sur chaque bosse représenteraient les perles. Oue de belles cartes postales envoie-t-on à la famille et aux amis ! La vie est très agréable. Tout fini par être banal. Pourtant....
               Pourtant, quand on vit près de ces animaux, on déchante très rapidement : jamais on ne peut imaginer combien ils sont grands, puants, bruyants, encombrants, récalcitrants... Zara était tout cela. De surcroît, elle devint maman ! En effet, il semblait bien qu'elle s'élargissait... et bientôt, Adrien en fut certain : elle était pleine ! Le jour où elle mit bas, le jeune sapeur attendri pensa qu'on allait "le destiner" à un autre dromadaire, mais il n'en fut rien et il dût partager le dos de la mère avec ce bébé aux longues pattes.
               Dans le désert, on dit que le chameau est un cadeau d'Allah, que dire de l'ensemble mère-petit ? Avant la naissance,
               Zara était acariâtre et têtue, après elle devint hargneuse et belliqueuse. C'était horrible ! Lorsqu'elle décidait d'allaiter, elle s'arrêtait net en gémissant de tendresse, n'importe où et il ne fallait pas la contrarier : on devait prendre son mal en patience avant de redémarrer. Lorsqu'elle baraquait, elle installait sa progéniture contre sa bosse, entre son cou et le sapeur. L'encombrant nourrisson s'étalait, rampait et finissait par se retrouver sur les genoux d'Adrien, son museau calé sur son épaule, bien à l'abri sous le même casque colonial que lui. Gare si celui-ci montrait un peu d'agacement en le repoussant pour mieux respirer ! Tout en grondant de réprobation, la mère le remontait d'un coup sec et vigoureux. Le rejeton, qu'il prénommait Kamel, lui lançait alors un regard clair, vainqueur et quelque peu ironique en soupirant d'aise dans son oreille.

               Et que dire de son haleine !.. Il contredisait le dicton courant au pays des caravanes : A chamelle nuisante, chamelon mauvais ! car il était doux et gentil comme tout... son seul défaut était d'être envahissant ! Que dire encore lorsqu'il rêvait ou s'étirait ? Le malheureux Adrien recevait alors une ou deux pattes doublement coussinées dans Ia figure.
               On peut supporter cette infortune pendant un kilomètre ou deux, mais lorsque l'on doit parcourir une longue course en plein soleil, ce n'est plus pareil ! Au bout de quelques semaines enfin, la mère décida de le laisser gambader de temps en temps autour d'elle et le premier à se réjouir de cette liberté fut Adrien ! Il en profita largement, car ils se connaissent à présent, sa Zara et lui ! II se permettait maintenant des fantaisies : par exemple il se hissait d'un coup de reins sur son cou musclé, alors qu'elle était déjà debout et se laissait glisser jusqu'à sa place.
               Zara tournait alors le cou pour le regarder d'un air farouchement réprobateur ; ou bien il sautait à terre de la même façon sans attendre qu'elle baraquât....

               Les soldats s'entendaient bien et Adrien eut moins de mal à leur parler de Dieu qu'à Hussein-Dey. Il est vrai que le bordj étant éloigné. Ils y vivaient un peu en cercle ferme. Comme lui, ses camarades voulaient avancer dans leurs études, certains étaient sursitaires, d'autres même étaient mariés et pères de famille.

               Pourtant, se sentant plus libre, Adrien n'hésitait pas à faire le pitre pour les amuser et lorsqu'il leur montra tous les tours qu'il savait faire, il les conquit rapidement, puis les matchs de foot qu'il organisait soir dans la cour furent très animés.

               Ils élevaient quelques gazelles aux yeux tendres. Quelques-uns voulurent les traire, mais elles leurs fit comprendre à coup de cornes, qu'elles n'étaient pas du tout d'accord avec leurs manières trop familières ! Il leur resta le lait de chamelle, lait très nourrissant qu'ils eurent à profusion. Ils firent aussi la connaissance de ces bestioles indésirables à queue relevée : les scorpions ! Il valait mieux ne jamais se faire piquer ; car dangereuse et douloureuse était la piqûre et longue était la distance jusqu'au premier dispensaire. Aussi, le sapeur-infirmier apprit comment retirer le dard avec mille précautions, sans appuyer dessus, pour éviter de vider le venin dans la plaie comme le contenu d'une seringue. Plus tard, la fabrication du sérum antiscorpionique dut sauver bien des vies. De toute façon, à cette époque, ii était préférable de ne pas se faire attaquer : messire scorpion devait être respecté !

               Un fléau que le personnel médical essayait de maîtriser comme il pouvait s'appelait : trachome. Dans les pays très chauds, c'est une maladie de l'intérieur des paupières qui fait de grands ravages. Les conjonctives s'épaississent et, à la longue, les cicatrices des cornées peuvent engendrer la cécité du patient. Dans ce temps-là, on pensait qu'elle était due à la luminosité intense du désert, à la poussière de sable, mais ce sont surement les mouches blondes et collantes qui en répartissent les bactéries du joli nom de Chlamydia. On la soignait uniquement au collyre de sulfate de cuivre.

               Dans les cailloux, les sauts gracieux des gerboises aux grandes queues les ravissaient. Ils attrapaient de temps à autre un lièvre des sables qu'ils dépeçaient et faisaient cuire comme un petit méchoui dans la cour. Ils ramenèrent un jour un bébé fennec perdu qu'ils soignèrent avec dévouement. Il était si mignon avec ses grands yeux et ses larges oreilles ! Mais on a beau être biberonné, bichonné par un bataillon de sapeur, on n'en demeure pas moins un petit animal sauvage et bien des doigts d'opérateurs ont été mordus jusqu'au sang par ses dents bien aiguisées. Il fut relâché sans regret.

               Un animal terrifiant qui ne se montrait immense dont la chair, paraît-il, était comestible. Les sapeurs n'en firent jamais leur repas... Tels des Touaregs, ils apprirent aussi à contourner les ouranes, autres lézards des sables car, comme disait Ia légende, on ne pouvait jamais savoir s'ils ne représentaient pas le Targui qui avait tué la chamelle d'or de Noé et que Allah changea en ourane justement, pour sa punition... Adrien n'y croyait pas, bien sûr, mais il était bien obligé de suivre le mouvement !

               Les exercices leur permirent de remonter faire une "virée" vers Ouargla et ses nombreuses oasis. Ce ne fut pas une promenade ! Il leur fallut plusieurs semaines pour dépasser le bordj abandonné de Hassi-El-Hadjar et pour arriver en vue... d'une colline : une dune très haute et bien ancrée dans le sol, c'est-à dire sûrement formée sur de solides rochers ; une dune qui résistait depuis des lustres au simoun le plus violent. Culminant à 212 mètres, elle était devinée de plusieurs kilomètres à la ronde et servait de repère à toutes les caravanes, qu'elles viennent du nord ou du sud, de l'est ou de l'ouest.
               C'était la Gara-Krima. Lorsqu'après un long et fatigant voyage, on devinait sa croupe s'élevant très haut dans le ciel, on savait que les oasis d'Ouargla se trouvaient au nord, un peu plus bas ; que les immenses palmiers, plantés droit au centre du cercle de leur ombre zébrée les attendaient en grillant, silencieux et immobiles sous le soleil de midi. L'eau, la fraîcheur, la paix, le repos tant désirés étaient visibles à l'horizon. Quel espérance ! Et Adrien se mit à fredonner un de ses cantiques préférés :
Quel repos céleste,
Jésus d'être à toi,
A toi pour la mort et la vie !
Dans les jours mauvais, de chanter avec foi :
Tout est bien, ma paix est infinie !

               Ils descendirent aussi nettement plus au sud, dans le Tanezrouft (pays de la soif) qui est le "désert du désert" car rien n'y pousse. Située au sud du Hoggar, c'est une région particulièrement inhospitalière et dangereuse avec ses hautes et imposantes dunes, véritables condensateurs de chaleur solaire. Ah ! je vous assure qu'il valait mieux suivre à Ia lettre les directives et les conseils des chefs méharistes. Là, Adrien eut l’immense chagrin de voir mourir d'insolation un de ses camarades qui avait sûrement sous-estimé l'ardeur des rayons solaires, une ardeur à faire exploser les pierres.
               En effet, on les obligeait à étendre sur leurs épaules un linge épais qu'ils retenaient sous leurs casques coloniaux pour se protéger la nuque. Et le malheureux garçon avait "oublié" d'obéir. On leur avait pourtant bien spécifié que le "désert ne tue pas au hasard, il punit seulement les insoumis et les prétentieux". Ce fut le troisième décès parmi les sapeurs de la classe d'Adrien.

               Pendant ses quarts de repos Adrien lisait sa Bibie, notait ses découvertes et ses réflexions. Il avait emporté son recueil de cantiques et chantait de tout son cœur. Au début, bien des sapeurs ont été surpris, puis on l'a laissé faire en le traitant gentiment de fada ou d'illuminé !
               Pourtant certains lui demandaient ce qui le rendait si heureux de vivre, si confiant en l'avenir. S'ensuivaient de bonnes conversations qui formaient Adrien et l’affermissaient dans sa foi. Il essaya également de se lancer dans des conversations avec les Touareg, mais ce ne fut pas facile, car la diversité des langues dressait une véritable barrière entre eux : Adrien baragouinait l'arabe qu'il avait appris à Bir-Rouga auprès de ses petits camarades de jeux, il avait ensuite écorché le français au Champ-de-Manœuvres-Belcourt à coup de pataouète - ce patois chantant et imagé que parlaient tous Ies habitants de ce quartier - et les Touareg parlaient plusieurs dialectes inconnus dans le nord, en particulier un dialecte berbère, le tamachek. Allez-vous y retrouver !

               Noël approchait. Le courrier apporta de nombreux colis. Adrien fut gâté, lui aussi. Il avait commandé plusieurs Bibles pour les offrir autour de lui. On organisa une veillée. Ce soir-là, on alluma un grand foyer dans la cour, on fit quelques sketchs et notre acrobate leur montra des sauts périlleux. Oh ! comme il aurait aimé que son ancien ami Jeannot fût là pour refaire ensemble les numéros de cirque de leur jeunesse I Ils avaient invité quelques Touareg qui prirent place un moment autour du feu. Chacun y alla calmement de son poème ou de sa chanson, accompagné du tindé et du mzad (tambourin et violon à une corde). Puis Ies indigènes les laissèrent continuer leur fête. Ce qu'ils firent de bon cœur. Adrien craignait même que la soirée ne tourne à la beuverie, aussi fut-il étonné d'entendre ses amis lui demander de leur chanter quelques-unes de ses "chansons" : "A toi maintenant, Adrien !" Il prit alors son recueil et chanta de toute sa voix. Comme il était heureux !
Voici Noël ! O douce nuit !
L’étoile est là qui nous conduit.
Allons donc tous avec les mages
Porter à Jésus nos hommages,
Car l'enfant nous est né.
Le Fils nous est donné !
Voici Noël ! oh ! quel amour !
Jésus est né, quel grand amour !
C'est pour nous qu'il vient sur la terre,
Qu'Il prend sur lui notre misère,
Un Sauveur nous est né !
Le Fils nous est donné !

               Il fut applaudi, ce qui l'encouragea à poursuivre la soirée en racontant l'histoire des bergers dans Ia nuit de
               Bethléem, les louanges de la chorale céleste : "Gloire à Dieu, Paix sur cette terre..." et l'adoration toute simple et humble des pâtres dans l'étable, devant la crèche où dormait le petit enfant...
               Quel merveilleux spectacle que ces garçons, assis ou étendus autour des tisons, écoutant l'histoire de Noël comme des enfants, dans la nuit claire du désert ! Adrien ajoute le récit de Ia visite des mages, sûrement à dos de chameau, ce qui faisait vraiment couleur locale dans le fort, car on entendait les méharis accroupis dans la cour obscure, qui ruminaient en renâclant bruyamment.

               Mais soudain Albert se leva et disparut dans un des bâtiments pour chercher quelque chose. Tous les autres avaient un petit sourire en coin.... C'était un gros paquet : "Tiens, lui dit-il. Attention c'est fragile ! " Pensant à une farce, Adrien défit le papier d'une main peu assurée et vit.... Oh surprise ! une mandoline ! Un genre de mandoline plutôt, qu'ils avaient fabriquée eux-mêmes en cachette avec une moitié de calebasse et des boyaux de lièvre des sables ! "C'est pour t'accompagner quand tu chanteras !"

               Adrien en aurait pleuré d'émotion, de surprise et de reconnaissance. Il fallut qu'Albert accorde d'abord l’instrument, comme ça, à l'oreille... sûrement pas tellement en accord avec le la du diapason ! Puis il lui apprit à en jouer. Avec beaucoup de patience Adrien finit par en tirer quelques sons corrects, et bientôt il put chanter ses airs préférés en grattant ses cordes avec une attache de bureau (trombone). Ce cadeau fut le plus touchant qu'il eût jamais reçu. C'est ce même garçon qui lui enseigna les rudiments du solfège.
               Il se rendait parfois sur la plus haute dune au crépuscule, non loin de là. Il s'asseyait et, seul face au désert immense, il admirait les courbes et les arabesques voluptueuses des dunes infinies miroitant aux feux du soleil couchant. Puis il cherchait à jouer sur sa mandoline - sa snitra - les mélodies les plus simples des cantiques qu'il aimait :
Déjà l'étoile
S'allume aux cieux.
Et la nuit voile
Tout à mes yeux.

Mais, tendre Père,
Quand tout s'endort,
Dans la lumière
Je suis encor !

Cette journée
Qui déjà meurt,
Je l'ai donnée
A Toi Seigneur.

J'ai pris sans crainte
Serrant ta main,
De la loi sainte
L’étroit chemin.


               Le ciel se drapait de couleurs surnaturelles, allant du corail au rouge incandescent, puis la nuit tombait et se refermait brusquement autour de lui. Dans le silence, brisé de temps à autre par le grognement d'un chameau – était-ce Zara qui appelait son petit ? Il récitait alors les passages qu'il avait appris par cœur et il priait. Il réfléchissait sur la vie de ces grands hommes qui avaient fait avancer le Royaume de Dieu sur la terre, en particulier le Père de Foucault qui avait passé de nombreuses années à évangéliser les Touareg dans le Hoggar, au cœur même du Sahara et qui avait été assassiné, voilà déjà sept ans. Il avait lu avec intérêt ses Ecrits spirituels. Ainsi, apaisé, il revenait au bordj avant que la nuit ne devienne trop froide, pour se coucher ou pour reprendre son poste de garde.

               Un soir, alors qu'il méditait ainsi, bien au chaud dans son burnous de poil de chameau, il perçut des pas derrière lui sur le sable. C'était Edouard. S'asseyant près de lui, il lui demanda s'il pouvait lui aussi devenir l'ami de Jésus ? Il voulait posséder également ce bonheur qui illuminait le visage de son ami et brillait dans ses yeux. Quels étaient les repères qui l'aidaient tant ? Ce que Dieu avait fait pour Adrien, le pouvait-il aussi pour lui ? "Tu parles de repère, lui dit soudain Adrien, te rappelles-tu la Gara-Krima sur la piste d'Ouargla ? Eh bien, la croix de Jésus-Christ c'est ma Gara-Krima.
               - Ta Gara-Krima ? Comment ?
               - Pour moi, comme pour tous les chrétiens, la croix du Sauveur est un repère dans le monde tourmenté où nous vivons, un phare dans l'océan de nos vies. Je trouve la lumière et le bonheur au pied de la croix. C'est sur la croix que Jésus est mort à notre place pour nous donner le pardon de nos péchés, la Vie et la joie de la délivrance. Quand je suis dans la peine, quand je me sens seul, quand je me dégoûte, je me tourne vers la croix du Calvaire et je dépose à son pied mon tourment, mes péchés et mes doutes et Dieu me relève. Je sais que, même si un terrible simoun arrivait à emporter la Gara-Krima, la croix de Jésus, elle, ne bougera pas, elle est ancrée dans le roc solide de l'amour de Dieu. Dieu n'a jamais trompé personne.

               

               - Que faut-il que je fasse pour avoir cette assurance, moi aussi ! - Regarde à la croix du Calvaire. Accepte de donner ta vie au Seigneur-Jésus, tu ne peux pas te tromper..." Et ce soir-là Edouard ouvrit son cœur ; il demanda le pardon de ses péchés et reçut en retour la paix du Seigneur. Il s'engagea sur le chemin de la Vie et il put chanter, lui aussi :
Regarde, âme angoissée, au moment du Calvaire
Regarde à Christ, sur Ia croix élevé.
C'est là qu'est ton Sauveur, contemple-le, mon frère ;
Un seul regard et sois sauvé I Regarde et crois !
La vie et le pardon descendent du Calvaire,
Oh ! regarde, regarde à la croix !

               D'autres garçons se joignirent à eux petit à petit, s'intéressèrent beaucoup à Ia Bible et apprirent les cantiques préférés d'Adrien. Celui-ci fut tellement heureux de correspondre quelque temps avec eux, plus tard et de les savoir avancer sur le chemin de la Vie en pleine Vérité.
               Le printemps prit fin et l'été harassant arriva. Au désert l'été n'est pas de tout repos, il fait si chaud que la puce elle-même abandonne le pèlerin ! (Dicton arabe). Dans Ia journée, la température peut atteindre plus de 50° à l'ombre et le moindre mouvement vous change en gargoulette. Lair est tellement sec, le ciel est si pur et si profond qu'il n'est pas rare de distinguer des étoiles en plein jour.
               Qu'il est curieux d'apercevoir Sirius et la Bételgeuse d'Orion en plein midi au mois de juin, alors que ce sont des astres d'hiver ! Ou bien de voir Arcturus se lever un matin du mois d'août ! Les saisons paraissent à l'envers ! Par contre, les nuits sont glaciales, mais superbes. Emmitouflés dans leurs burnous de laine, les sapeurs extasiés ne se lassaient pas d'admirer la beauté du ciel. Ces millions d'étoiles si proches, si lointaines, créées par notre Pere lui parlaient d'immensité, de splendeur et d'amour. Que de merveilles ! Il est vrai qu'on peut observer les plus petites à l'œil nu, comme on ne les voit nulle part ailleurs, tant le ciel est limpide au désert I Devant eux s'étalait la Grande ourse, appelée ici « la chamelle de Noé ». La Petite était son chamelon, bien entendu ! Son "Kamel" ! Ah ! comme le chant d'Adrien montait droit vers la voûte céleste veloutée !
Gloire, gloire à l'Eternel !
Qu'un cantique solennel,
De nos cœurs monte à son trône !
Quand il crée. Oh ! qu'il est grand :
Qu'il est juste en punissant.
Qu'il est grand quand il Pardonne !
Il parle... et cet Univers
Se Lève aux puissants concerts
De Sa parole vivante
Et les astres radieux
Sa main jette dans les cieux
La poussière étincelante !


               Zara rechignait à parcourir les dunes par cette chaleur accablante. Un jour, elle refusa de partir. Le chamelier responsable de la caravane Ia força et Adrien en fut inquiet : il commençait à connaître sa monture ! Elle se braqua. Elle leva tout droit sa tête en raidissant son long cou, retroussa ses lèvres en dévoilant son double râtelier - jeune et de santé parfaite, Zara avait une denture impeccable - et elle blatéra son mécontentement en invoquant surement tous les dieux des camélidés, pour les prendre à témoin...Puis, c'est de bien mauvaise humeur qu'elle s'élança. Elle n'en fit qu'à sa tête et, la lippe trémulante de colère, elle fonça en galopant. Le pauvre sapeur sans peur et sans reproche eut beau lui crier : Houch ! houch ! houch ! pour Ia freiner à défaut de l'arrêter, il n'y parvint pas ! Et il eut beaucoup de mal à rester en équilibre sur sa bosse en compagnie de Kâmel, son petit. Décidément, ce chamelon devenait tout en cou et en pattes !

               Sa maman avait raison : la théorie de chameaux fut bientôt prise dans une tempête de sable. Elle l'avait sentie venir. Le simoun se mit à souffler avec fureur. Les dromadaires s'arrêtèrent brusquement. La génuflexion de Zara fut si violente qu'elle en catapulta sa chamelée - c'est à dire Adrien et Kamel - loin devant elle, dans un creux entre deux dunes.
               Puis, d'un coup de museau féroce, elle attira son rejeton à l'abri contre elle. Adrien en eut les trois sueurs, aussi n'attendant pas l'ordre brutal, il s'aplatit de lui-même le long du bébé : il valait mieux obéir, car l'infortuné bédouin -doin–doin-doin. Ne s'rait pas allé loin loin-loin-loin, comme dit la chanson. Il se boudina donc dans son burnous, rajusta son turban sur le visage et s'allongea le long de la mère, à côté du petit. Les vagues de sable se ruant avec force contre le flanc de la chamelle, ils se laissèrent ensemble ensabler, ensevelir vivants, nez contre nez. Avec le chamelet, Adrien partagea ainsi l'abri sûr et immobile du cadeau du ciel dans le désert.

               La tornade mit plusieurs heures à s'apaiser et le sable les avait recouverts, comme d'un capuchon. Une fois le danger passé, Zara et ses collègues se levèrent, s'ébrouèrent et, levant leurs naseaux, flairèrent la piste, l'oasis, l'eau et le repos et elles démarrèrent en trombe... Pas la peine de boussole ! Le paysage n'était plus le même, la dune avait déménagé sous la violence du simoun, et un épais nuage de poussière jaunâtre empêchait d'y voir à vingt mètres. Même la lumière solaire qui filtrait difficilement avait la couleur de l'ocre. Adrien et ses camarades ont eu chaud, dans les deux sens, mais ils étaient sauvés ! Ils se mouchèrent et crachèrent du sable malgré le linge qu'ils s'étaient plaqué sur le visage. C'est le responsable-chamelier qui en prit pour son grade au retour, car I ‘officier-méhariste" qui l'attendait était furieux. Sans les dromadaires, les quelques soldats qui avaient dû obéir seraient morts dans les dunes et, ce jour-là. Adrien osa caresser le long cou de Zara et taper sur sa bosse, elle le méritait bien ! Le lendemain, le ciel avait repris sa couleur bleu-cru et l’immensité dorée était de nouveau brûlée par le soleil.

               L'été déclina, la température également. Adrien avait mis tous ces mois de service militaire à profit pour étudier très consciencieusement. D'ailleurs, tout portait à l'étude à Fort-Flatters : ou bien l'on étudiait en dehors des quarts de garde, ou bien l'on s'ennuyait. Adrien fut de ceux qui ne perdirent pas une minute, il voulait être prêt pour son examen devant lui faire obtenir encore une promotion.
               La fin du service militaire approchait. Le bataillon rejoignit El-Goléa. C'est là qu’il acheta plusieurs liseuses en cuir pour les Bibles familiales et celles de ses amis, des porte-monnaie et des portefeuilles recouverts de poil de chameau. Il y fit broder aux fils d'argent les initiales des membres de sa famille. Il fit ciseler le coupe-papier qu'il s'était fabriqué avec une douille de balle de fusil.

               Le jour de sa libération, il alla faire ses adieux à Zara. Elle était accroupie et ruminait. Il la prit par le cou et la remercia de tout ce qu'elle avait fait pour lui dans le désert et d'avoir été sa compagne, si fidèle pendant un an. Puis il lui déposa deux grosses bises entre les yeux. Elle releva ses lourdes paupières et le regarda avec étonnement tout en mâchouillant.
               Elle poussa un court barètement de regret, puis elle se détourna : elle avait l'habitude, elle savait que dans quelques jours arriverait un autre contingent de sapeurs et qu'on lui destinerait de nouveau l'un d'entre eux pour douze mois !
               Il en fit autant à Kamel. Il s'aperçut ce jour-là qu'il était déjà plus grand que lui, sans compter la grosse touffe de poils qui ornait le sommet de sa bosse ! Puis il partit...le cœur gros tout de même ! Mais lorsque le chamelon voulut le suivre, sa mère se leva presque d'un bloc en grognant furieusement et le ramena à coups de museau à la raison et sans ménagement. Une vraie correction ! C'est qu'il ne fallait pas plaisanter avec elle ! C'était bel et bien fini.

               Les soldats s'installèrent dans les camions et se dirigèrent vers Djelfa, puis vers Alger par le train. Ils rejoignirent leur compagnie à Hussein-Dey en septembre 1924. Le caporal Adrien était heureux d'avoir accompli son service militaire dans de bonnes conditions, d'avoir appris tant de choses passionnantes, d'être resté fidèle au Seigneur et de lui avoir amené plusieurs de ses camarades. Juste le temps pour lui de se présenter à l'examen et d'être reçu. Et il revint en triomphe à Oran pour sa permission libérable.
               FIN
Extrait de : "CHEIKH – BILI – AVANCE PAS A PAS"
de Maguy PLANCHON - BELLET




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LA CAPTURE DE BONA
En Algérie au XVIIe siècle

Envoyé par M. D. Bonocori
La prise de Bona en Algérie
Roberto Amerighi
Une entreprise des Chevaliers de Saint-Étienne
au XVIIe siècle - suite
Le retour à la maison
Le problème de l’esclavage

            La formation de galères, à l'île de La Galita, rejoignit le reste de la flotte et, sur le chemin du retour, s’arrêta deux jours en Sardaigne pour vendre une bonne partie des prisonniers sur le marché aux esclaves de Cagliari

            Cela a été fait afin de limiter le nombre d’esclaves destinés au marché de Livourne et de ne pas provoquer de répercussions négatives sur le niveau des prix qui a été maintenues.
            En moyenne, hommes, femmes et enfants, environ 90 ducats chacun.
            Cependant, à Livourne, certains esclaves restèrent invendus et furent donc enfermés dans les thermes de la ville.

            Ces détails peu connus, rarement rendus publics par souci de publicité, furent étouffés par les chroniques de l’époque, qui tendaient à mettre l’accent sur les aspects héroïques et religieux de la course chrétienne, par opposition à la guerre musulmane, qui était au contraire imprégnée de connotations barbares et non civilisées.

            Ces aspects odieux de la mission furent confiés aux commissaires et aux agents de bord, mais ils ne privaient en rien les chevaliers et les aventuriers, qui prirent part à ces dangereuses actions de guerre, sans en tirer profit. Ils agissaient pour défendre la primauté du christianisme sur celle de l’islam. L’islam était de plus en plus menaçant, non seulement en mer, mais aussi aux frontières de l’Europe continentale. Le produit de la vente des esclaves ne servait finalement qu’à renflouer les caisses grand-ducales].

Le retour festif à Livourne

            La flotte fit un retour festif et, le 27 septembre, au large des côtes toscanes, dès qu’elle fut visible à l’horizon, elle commença à tirer des salves répétées en guise de salut pour communiquer la victoire et l’heureux dénouement de l’entreprise.

            L’imposante formation navale composée de galères, de galions, de barques et du reste de la flotte entra dans le port de Livourne, qui était bondé de gens en liesse pour l'occasion, heureux de pouvoir effacer le souvenir du triste retour de la mission inachevée à Famagouste.

            Après le débarquement, l'armée, au milieu des drapeaux flottants et des coups de mousquet, se replia en ligne et se forma en bon ordre. Les compagnies, chacune sous sa propre bannière et conduites par ses officiers et capitaines, marchèrent en grande pompe vers la cathédrale.
            À la tête de la colonne se trouvaient les chevaliers de Santo Stefano di Colorado dirigés par les commandants suprêmes Silvio Piccolomini et Jacopo Inghirami.

            Le Te Deum fut récité et une messe d’action de grâce fut célébrée, à laquelle participèrent toutes les nombreuses troupes stationnées sur la place. Les morts ne furent pas oubliés et furent solennellement honorés par une messe de suffrage.

            Tout cela non seulement par dévotion légitime, mais surtout pour souligner le caractère religieux qui avait inspiré la mission.

            L’institution chevaleresque de Santo Stefano, avant d’être un ordre militaire était avant tout un ordre monastique et religieux.

Monument des Quatre Maures

            Pour célébrer cette victoire mémorable, on attribue à Ferdinand Ier l’idée de compléter sa statue de marbre, destinée à la ville de Livourne, avec les quatre Maures enchaînés.
            En 1608, Pietro Tacca fut chargé de réaliser des moulages en cire du corps d’un bel esclave, choisi parmi les prisonniers du Bagno local. À partir de ces moulages, plusieurs esquisses seraient réalisées.

            Le sculpteur les utilisa cependant en 1614 pour compléter le groupe de quatre prisonniers maures, placé à la base du monument équestre disparu, dédié au roi de France, Henri IV.

            Par la suite, avec l'installation définitive de la statue grand-ducale sur la place du bassin, qui eut lieu en 1617, l'œuvre originale fut achevée.

            Avec l’exécution de nouvelles esquisses, il acheva, entre 1623 et 1626, le Monument, créant l’artefact en bronze des quatre Maures

            Répercussions sur la politique étrangère
            Et dans la stratégie militaire en Méditerranée

Le Grand-Duc Ferdinand 1er et le Sultan Ahmed 1er

            D’un point de vue de politique étrangère, la victoire de Bona fut l’un des plus grands succès obtenus sur les côtes ottomanes.
            Des entreprises aussi complexes n’avaient jamais été réalisées sur les côtes méditerranéennes à cette époque
            Ce fut aussi une grande humiliation pour la Sublime Porte.
            De nombreux pays demandaient au sultan des interventions visant à sécuriser le trafic maritime sur les côtes méditerranéennes. Du côté turc, une flotte de 45 galères fut constituée à cet effet. Outre la surveillance des îles de la mer Égée, elle était censée : protéger les côtes du Maghreb. En 1608, cependant, cette imposante force de patrouille fut interceptée par une flotte de six galères et de onze galions stéphaniens. La flotte toscane revenait de la destruction de la forteresse
            D’Elianos dans le golfe de Ayas, face à Alessandretta. Au contact, les Turcs furent les plus mal lotis, mais réussirent à se dégager et à s’échapper.
            Le sultan Ahmed 1er, ayant pris acte de l'impossibilité de s'opposer à la marine grand-ducale, offrit à Ferdinand 1er un traité de libre-échange dans tous les domaines de la Porte en échange d’un pacte de non-belligérance, mais reçut en échange un refus ferme du monarque toscan

            Le prestige international du grand-duché, après la déception de la prise ratée de Famagouste, fut renforcé par cette victoire. La puissance navale toscane finit par occuper une place prépondérante en Méditerranée, rivalisant avec les marines les plus anciennes et les plus réputées.


            D’un point de vue stratégique, l’équilibre des forces dans la guerre corsaire se modifia. Les inquiétudes des marchands et des habitants de la côte Nord-africaine alarmèrent la régence d'Alger et les eyalets des autres communautés côtières, qui furent contraintes de patrouiller leurs mers avec de nombreux navires, allégeant ainsi la pression corsaire sur les côtes tyrrhéniennes.

            Dans ce but, l'Ordre de Saint-Etienne, en collaboration avec la marine toscane, continua de s’en prendre aux villes côtières de l’Empire ottoman, pillant à plusieurs reprises les garnisons fortifiées turques telles que Disto (Dystos) sur l’île de Negroponte (1611), Chieremen [Note 13] dans le golfe de Cos (1612), la forteresse susmentionnée d’Elimano dans le golfe d’Alexandrette (1613) et Bischeri, près de l’actuelle Cherchell en Algérie (1615)

            À ces succès, il faut ajouter les duels navals continus, au cours desquels les Stéphaniens n'ont jamais subi de pertes significatives et ont capturé à plusieurs reprises les capitaines, ou les navires amiraux, de nombreux escadrons navals musulmans.

            Avec la mort de Ferdinand 1er, survenue en 1609, la splendeur glorieuse de la Toscane sur les mers s’estompa lentement, bien que le grand¬-duc Cosme II avait tenté de perpétuer les succès de son père en renouvelant la flotte.
            Le nouvel équilibre des orces en Méditerranée entraîne un lent démantèlement de la flotte et l’Ordre de Saint¬-Étienne perd ses connotations militaires pour devenir exclusivement une institution religieuse.

Considérations finales

            L’événement de guerre de Bona a eu lieu alors que les routes commerciales et les visées expansionnistes des pays occidentaux se déplaçaient lentement vers l’océan Atlantique et que la Méditerranée était inexorablement confinée à son rôle de mer intérieure et en même temps périphérique par rapport au nouvel échiquier international.
            Au tournant des XVIe et XVIIe siècles, la guerre conservait des prérogatives liées au Moyen Âge, telles que des murailles imprenables, des échelles d’assaut, des sabres accompagnés de mousquets sporadiques et archaïques, ainsi que des navires technologiquement archaïques, dont la propulsion reposait encore en partie sur les rames et les esclaves. Parallèlement, l’artillerie s’imposa comme un élément déterminant de la guerre, reléguant au second plan les archétypes du passé médiéval.

            Sans le savoir, la petite armée toscane, avec ses soldats et ses chevaliers aventureux, devint le protagoniste d'une des dernières batailles, dont les connotations héroïques et glorieuses appartenaient à un passé difficile à répéter.
            L’artillerie navale, cependant, fut proposée avec force et, bien qu’elle fût de petit calibre et placée seulement sur le beaupré des galères stéfaniennes, assuma de plus en plus un rôle décisif.

            Dans ce contexte, la prise de Bona fut un événement marginal, presque oublié par les livres d’histoire, mais ce fut l’un des moments les plus intenses de la marine du petit Grand-duché des Médicis et certainement mémorable pour tous ceux qui y prirent part.

            Silvio Piccolomini, un homme d'armes âgé, avait 64 ans à l'époque. Au cours de sa vie militaire, il a participé à plusieurs batailles contre l’Empire ottoman, tant dans la péninsule balkanique que dans la mer Égée.

            Iacopo Inghirami a connu la plus longue période de militantisme au poste de Grand Amiral de l'Ordre de Saint-Étienne, remportant une longue série de succès.

            Fabrizio Colloredo, un jeune trentenaire originaire du Frioul, est devenu puis un homme éminent de la diplomatie des Médicis.

            Finalement Guillaume Gadagne de Beauregard fit de la course la mission de sa vie.
            Les autres membres de l'expédition sont peu connus. Certains sont morts en combattant l'islam, d'autres ont retrouvé leur vie privée. Tous ont participé et été témoins d'une entreprise, sinon épique, du moins extraordinaire.

FIN


LE SPORT A CONSTANTINE
Par Yvon HUGUENIN
ACEP-ENSEMBLE N°276 février 2011
Francis RIOUX,
UN GRAND SPORTIF CONSTANTINOIS
    
               Professeur d'Education Physique et sportive au Collège Moderne de Garçons de Constantine, Francis RIOUX a consacré sa vie au sport athlétique de haut niveau. Apprécié pour sa gentillesse et sa disponibilité, il a mis ses compétences au service des jeunes, de tous les jeunes. Il leur a donné le goût de l'effort, de la solidarité, du dépassement de soi et tout cela avec tact et une autorité librement acceptée.

               C'est ainsi qu'il a été l'un des artisans du "lancement" du handball dans le Constantinois. Encouragé par M. ROUET Inspecteur de la Jeunesse et des Sports, facile à assimiler pour des non-pratiquants, cette nouvelle discipline de l'époque, à onze puis à sept, a gagné rapidement sa place sur les stades des lycées et collèges. Le point d'orgue de cet engouement reste, sans conteste, le match de démonstration de I'USEN, Union Sportive Education Nationale) au Stade Turpin, lors des Lendits Scolaires en juin 1957, en Présence de M. LACOSTE, Ministre Résident en Algérie.

                Pilier du Club, avec d'autres entraîneurs, Francis RIOUX a également été un animateur du SOC (Stade Olympique Constantinois). De nombreuses fois champion départemental des lancers du poids et du disque, recordman de ces deux spécialités, il a été récompensé à plusieurs reprises pour ses victoires au challenge de Batna, rendez-vous annuel des athlètes locaux et hors-département.

               Mais le sport dans lequel il a le plus excellé, reste sans conteste le basketball. Licencié comme minime (13 ans) au Gallia Sport de Sidi-Mabrouk, Francis ne quittera plus ce club de toute sa carrière. Tour à tour I'USCC (Union Sportive des Cheminots de Constantine puis I'USC Union Sportive Constantinoise) le verront gravir les échelons et en devenir la cheville ouvrière.

               Entraîneur, manager, capitaine d'équipe, il a collectionné toutes ces casquettes durant les longues années passées au service de cette discipline, voyant défiler les « générations » de joueurs qu'il avait lui-même sélectionnées, entraînées et perfectionnées pour en faire des joueurs titulaires à part entière dans un club qui, au fil du temps est toujours demeuré dans l'élite des clubs du Département. Ce statut de grand sportif lui a été reconnu par tous, tant à Constantine que dans le reste du département, à Bône et à Philippeville en particulier.
               Sélectionné à plusieurs reprises dans l'équipe représentant le département, Francis RIOUX a ainsi rencontré au cours de sa carrière, les plus grands joueurs des équipes de France, en tournois olympiques, ou de l'A.F.N. dont des sélections d'Alger et d'Oran.

               Durant ses séjours en Métropole, il ne manquait aucune occasion pour se perfectionner dans l'art du basket et c'est toujours avec le même élan et la même foi qu’il contribuait à améliorer la qualité de jeu de son club qui avait grandi au point de compter maintes équipes dans ses rangs, dont des "Réserves, juniors, cadets" et même durant les dernières années, des "Cadettes" : Une véritable pépinière de jeunes a toujours été le signe de I'USC et le stade est toujours resté ouvert à tous, membres ou non.

               Beaucoup, après plusieurs années de "service", au gré de la vie, cessaient leur activité sportive, mais aucun n'a oublié « CISSOU » et les belles années passées au club de Sidi-Mabrouk.

               Nous avons appris le décès de Francis RIOUX qui fut Professeur d'Education physique à Constantine et grand joueur de basket-ball.
               Toute l'équipe d'ENSEMBLE et OASIS EVASION" (Anciens de Sidi-Mabrouk) présentent leurs sincères condoléances à son épouse Colette, à son fils et à toute sa famille.
Yvon HUGUENIN
    


Le hockey sur gazon
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°185 mai 2010
     
             Le hockey dit sur gazon eut une existence des plus brèves. Il prit naissance en 1933 à l'initiative d'un jeune athlète, André Theux, séduit par une rencontre à laquelle il avait assisté en Métropole. Bien secondé par deux étudiants, René Terrade et Georges Acquaviva, il fonda une association "sauvage" le Hockey Club Oranais simplement par une note d'information parue dans la presse locale. Un groupe de lycéens, en premier lieu, répondit à son appel suivi bientôt de sportifs de diverses branches permettant ainsi la constitution de deux équipes.


              Insuffisamment expérimentés en la matière, les innovateurs commandèrent par correspondance des jeux de crosses qui s'avérèrent non réglementaires et d'une utilisation, peu aisée sur gazon.
              Pour pouvoir disposer d'un adversaire, nos débutants se répartirent en deux clubs, le G.C.O. et le C.D.J. et, désireux de maintenir l'équilibre entre les deux équipes, compte tenu des progressions individuelles non uniformes, s'imposèrent de fréquents chassés-croisés de joueurs. L'appartenance à un club n'ayant qu'un caractère fictif.

              A l'occasion de toute arrivée de bâtiment de guerre britannique une démarche était systématiquement effectuée auprès de son commandant en vue de l'organisation d'une rencontre, en général accueillie sportivement, c'est-à-dire favorablement, bien que, dans la plupart des cas, les visiteurs allaient souffrir d'un manque évident d'entraînement. Lors de ces matches "internationaux" la formation oranaise sélectionnée s'intitulait, de nouveau, Hockey Club Oranais.

              Un brillant élément lillois, Gilson, s'étant fixé à Oran, une jeunesse avide de connaissances techniques, trouva enfin l'entraîneur désiré tandis que sous l'impulsion de l'un de ses dirigeants, Barbier, la J.S.S.E. se substituait à l'équipe présumée du C.D.J. avec son propre onze.
              Un rapprochement s'effectua alors avec la ligue d'Alger, seule administration de la discipline en Algérie. Elle permit l'organisation d'un match entre le Hockey Club Oranais, cette fois réelle sélection puisée dans deux clubs, et le Racing Universitaire Algérois, et d'un second, l'année suivante, opposant la formation locale à l'Avant-Garde de Casablanca, à l'occasion du passage à Oran de ces deux associations.

              Enhardis les Oranais invitèrent l'équipe de la Crosse Médicale Algéroise. Mais le nombre restreint de spectateurs, l'absence d'un réel gazon qui nuisait à la qualité du jeu fourni, la considération de ce sport comme un succédané dangereux du football, le manque de concurrents en dehors du chef-lieu départemental, des difficultés financières pour l'utilisation de l'unique terrain d'entraînement prévu d'ailleurs pour l'édification d'une gare de triage, des départs de la ville de certains des meilleurs éléments, tout cela imposa un rythme insignifiant de diffusion. Et le coup de grâce fut donné par l'ouverture des hostilités. Si celle-ci était survenue moins précocement par rapport à l’introduction de la discipline peut être que la persévérance méritoire de ses pionniers aurait connu un sort plus équitable.

              La ligue d'Alger, seule administration de cette discipline en Algérie, numériquement forte de dix clubs, se sentant isolée en Afrique du Nord, du fait de l'accession récente à l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, tenta, courant 1956, de réintroduire la pratique du hockey sur gazon à Oran. Dans cette ville, en dépit des évènements persistait une relative tranquillité et se prolongeait l'essor sportif.
              À cet effet, elle déplaça deux de ses formations à Oran aux fins d'une rencontre exhibition au stade de l’U.S.M.O... Mais celle-ci n'attira qu'un public restreint, présageant l’insuccès de la tentative.

              Trop de disciplines, parfois implantées depuis peu, étaient alors en pleine expansion, attirant d'autant plus aisément la jeunesse que leur pratique était matériellement facilitée : handball, judo, natation, volley-ball notamment.
              S'ajoutaient de surcroît la nécessité d'un recrutement rapide au minimum d'une vingtaine d'adeptes permettant la constitution de 2 formations locales pouvant s'opposer et le problème d'obtention d'un terrain déjà devenu insurmontable pour certains clubs de football au riche passé.

              Vaincre tant de difficultés exigeait un travail de longue haleine de la part des quelques personnes intéressées par le sort de la discipline en question.
              Les évènements étrangers à la vie sportive n'allaient pas se montrer propices à ce dessein.

J.M-Lopez
    


 
Piqûre de Rappel
Envoyé par M. Alain Algudo 30 Juillet 2015
LES PIEDS NOIRS A LA MER

         Donner chaque année un coup de marteau sur la tête d’un clou et, avec de la patience, au bout de quelques décennies il sera totalement enfoncé ! Cela fait mon 53 ème coup de marteau, ce 26 juillet 2015, et je doute que ce clou soit encore totalement enfoncé ! Le sera-t-il un jour ?
         Il m’apparaît nécessaire, pour les générations qui ont suivi et n’ont pas connu, où mal connu, ces événements tragiques, de faire souvenir de quelle manière ont été accueillis ces Français lors de leur arrivée, contre leur gré et emportés par le vent de l’histoire, dans leur pays, leur patrie, la France.
         **Que les pieds-noirs aillent se réadapter ailleurs » (en séance à l’Assemblée Nationale)

         *26 juillet 1962, le maire de Marseille, le socialiste Gaston Defferre, accorde une interview au quotidien Paris-Presse, l’Intransigeant : sujet l’arrivée massive des rapatriés d’Algérie.
         Le « bafouilleur marseillais », Gaston Defferre, ne se prive guère de donner son avis :
         -Ils fuient. Tant pis ! En tout cas je ne les recevrai pas ici. D’ailleurs nous n’avons pas de place. Rien n’est prêt. Qu’ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et aucun prix je ne veux des Pieds-Noirs à Marseille ».
         -Il y a 15 000 habitants de trop actuellement à Marseille. C’est le nombre des rapatriés d’Algérie, qui pensent que le Grand Nord commence à Avignon.
         – Et les enfants ?
         – Pas question de les inscrire à l’école, car il n’y a déjà pas assez de place pour les petits Marseillais.
         – Est-il vrai qu’il règne dans la ville une certaine tension entre Marseillais et pieds-noirs ?
         – Oui, c’est vrai. Au début, le Marseillais était ému par l’arrivée de ces pauvres gens, mais bien vite les “pieds-noirs” ont voulu agir comme ils le faisaient en Algérie, quand ils donnaient des coups de pied aux fesses aux Arabes. Alors les Marseillais se sont rebiffés. Mais, vous-même, regardez en ville : toutes les voitures immatriculées en Algérie sont en infraction… Si les “pieds-noirs” veulent nous chatouiller le bout du nez, ils verront comment mes hommes savent se châtaigner… N’oubliez pas que j’ai avec moi une majorité de dockers et de chauffeurs de taxi !
         – Voyez-vous une solution aux problèmes des rapatriés à Marseille ?
         – Oui, qu’ils quittent Marseille en vitesse ; qu’ils essaient de se réadapter ailleurs et tout ira pour le mieux. »
         -Le 26 juin il a été enregistré 169.000 retours vers la métropole. Ce rythme de passagers correspond exactement à celui des départs de juillet 1961. Ce sont donc bien des vacanciers, jusqu’à ce que la preuve du contraire soit apportée. Il n’y a pas d’exode, contrairement à ce que dit la presse ».

         Gaston Defferre poursuit ses anathèmes sur « Paris Presse » : « Français d’Algérie, allez vous faire réadapter ailleurs. Il faut les pendre, les fusiller, les rejeter à la mer… Jamais je ne les recevrai dans ma cité. »
         Dans le centre de Marseille, une inscription sur un grand panneau : «Les Pieds-Noirs à la mer».
         Un sondage IFOP début juillet, indique que 62% des métropolitains refusent toute idée de sacrifice à l’égard des Français d’Algérie. Voici d’ailleurs un rapport découvert lors de l’ouverture des archives : « Les Français d’Algérie qui débarquent en métropole font l’objet d’une froide indifférence, ou même d’appréhensions. On ne les connaît pas. On ne sait d’où ils viennent ni si ils sont « vraiment » français. Jugés premiers responsables du conflit qui vient de se terminer et qui a coûté la vie de trop nombreux soldats métropolitains, ils ne semblent pas « mériter » que l’on porte sur eux le regard compatissant que beaucoup espèrent ».

         *Alain Peyrefitte : « Ce ne sont pas cent mille qui partiraient. Ce sont cent mille qui resteraient au maximum. »
         Réponse de de Gaulle : « Je crois que vous exagérez les choses. Enfin, nous verrons bien. Vous pouvez dire qu’il y a là une situation préoccupante. Plus du tiers des repliés se sont agglomérés à Marseille. Ils s’y trouvent bien. C’est un port méditerranéen qui ressemble à leurs villes familières et qui leur permet de rester en position d’attente, avant de choisir entre le maintien en métropole et le retour en Algérie. Même quand on les envoie en bateau à Bordeaux ils prennent le train aussitôt pour Marseille, ce qui soulève des problèmes d’ordre public et d’emploi. Il faut prendre des mesures autoritaires pour disséminer cette masse ». »
         *Conseil des ministres du 18 juillet 62, Louis Joxe s’exclame : « Les Pieds Noirs vont inoculer le fascisme en France. Dans beaucoup de cas il n’est pas souhaitable qu’ils retournent en Algérie ni qu’ils s’installent en France. Il vaudrait mieux qu’ils aillent en Argentine, au Brésil ou en Australie »
         *Pompidou, premier ministre, appuie cette idée : « Pourquoi ne pas demander aux Affaires étrangères de proposer des immigrants aux pays d’Amérique du Sud ou à l’Australie ? Ils représenteraient la France et la culture française »
         *De Gaulle : « Mais non ! Plutôt en Nouvelle Calédonie ! Ou bien en Guyane qui est sous peuplée et où on demande des défricheurs et des pionniers ! »
         *A l’aéroport d’Orly, la direction interdit aux Pieds-Noirs d’emprunter l’escalier mécanique parce qu’elle estime que leurs valises et leurs ballots volumineux sont une gêne pour les autres voyageurs.
         *De Gaulle : « Il faut attendre ! Les choses vont se tasser ! Tous ces gaillards, plutôt que d’aller à Lille, ils préféreront revenir à Oran ou à Alger ! Il est souhaitable qu’ils reviennent en Algérie, et que ceux qui y sont encore y restent ! Il ne faut ni les laisser s’agglomérer à Marseille, ni les laisser s’expatrier ! Où serait notre avantage à provoquer un mouvement d’immigration ? »
         *Toujours lors d’un Conseil des ministres, le 25 juillet 62, Robert Boulin insiste : « La plupart des repliés à Marseille ne veulent pas travailler. »
         *De Gaulle lui répond : « La grande majorité des Européens d’Alger et d’Oran ne vivaient pas vraiment en Algérie !!! Ils vivaient sur la côte, entre eux. Ils se transportent à Marseille pour recommencer. C’est impossible ! Il faut les obliger à se disperser sur l’ensemble du territoire. Leur répartition et leur emploi exigent des mesures d’autorité ! »

         Vous le constatez donc, le maire de Marseille n’était pas un cas isolé. Pas l’once d’une compassion parmi les responsables politiques français: « L’intérêt de la France a cessé de se confondre avec celui des pieds-noirs », dit froidement De Gaulle, le 4 mai 1962, en Conseil des ministres.
         Un autre jour, à Peyrefitte qui lui expose « le spectacle de ces rapatriés hagards, de ces enfants dont les yeux reflètent encore l’épouvante des violences auxquelles ils ont assisté, de ces vieilles personnes qui ont perdu leurs repères, de ces harkis agglomérés sous des tentes, qui restent hébétés… »
         *Le Général répond sèchement : « N’essayez pas de m’apitoyer ! »

         Parlant d’Edmond Jouhaud, l’un des généraux putschistes du 13 mai 1958 : « Ce n’est pas un Français, comme vous et moi, c’est un « pied-noir »
         Voilà, tout est dit. Ceux qui ne savaient pas le savent à présent quant à ceux qui n’ont jamais voulu le savoir qu’ils croupissent dans leur ignorance, jusqu’à mon prochain coup de marteau, en 2016.
Alain ALGUDO ex Président fondateur Comités de Défense des Français d’Algérie
ex Vice Président du Comité et de la revue VERITAS VERITAS
Auteur de « Mon Combat »


GOÛTIÈRES
De Jacques Grieu

     
Du mot latin « gutta », la goutte est familière :
On la goûte partout, demain autant qu’hier.
Quand la goutte est au nez, cela s’appelle un rhume
Et quand elle est à l’oeil, la peine nous embrume.
La goutte enfle nos pieds de toute éternité,
Mais aucun goutte-à-goutte encor ne l’a ôtée…

La goutte est un poème que les aurores exposent,
Là où le temps s’arrête, là où l’instant s’expose.
Dans le jardin secret de la nature en gouttes,
La perle de rosée, en son écrin, écoute.
Dansant au gré du vent, vacillante et gracile,
Elle s’accroche aux feuilles et au soleil, rutile…

« L’eau de vie » fait mourir et se nomme la « goutte » :
On dit aussi le « marc », mais c’est la même soupe.
L’inquiétude est poison goutte à goutte instillé
Qu’aucun raisonnement ne saurait enrayer.
Les plus petites gouttes ont percé bien des rocs
Comme nos grandes peurs ont rongé nos époques.

La confiance est denrée qu’on goûte à juste titre ;
Goutte à goutte on la gagne ; et on la perd… en litres !
C’est en gouttes de sueur que l’on gagne son pain,
Avec celles des larmes, on noie notre chagrin.
Mais les brumes et les nuages ou bien la… mayonnaise,
Sont de vraies émulsions où la goutte est à l’aise.

La dernière des gouttes est un petit chouïa
Qui fera que le vase, enfin, débordera.
C’est quand on n’y voit goutte, alors, qu’on pense fort :
Bavardage est écume, action est goutte d’or.
Est-ce par précaution, pour mieux qu’on les écoute,
Qu’on voit certains poètes écrire au conte-goutte ?
Jacques Grieu                  



« L’ETRANGER » CONTRE LA FRANCE
EN ALGERIE FRANÇAISE
Etude 50/39
INTERVENTION ANGLAISE,
PARMI D’AUTRES INTERVENTIONS ETRANGERES,
DANS L’ASSASSINAT DE LA FRANCE SUD-MEDITERRANEENNE
 

CHAPITRE I

        Les nations étrangères, dans leur immense majorité, se sont délectées de la défaite historique subie par la France en Algérie.
        Je m’en suis rendu compte, lors des pérégrinations auxquelles je fus contraint de me soumettre de 1962 à 1966. En particulier, lors de mes « vagabondages andins ».
        Cette défaite officielle, la « France-gaulliste » s’y est résolue le 19 mars 1962 à Evian, par le biais des « accords célèbres ». Ces accords, non respectés, illustrent historiquement les bassesses sublimes auxquelles ont accepté de se plier, quelques virtualités prestigieuses du monde politique, jeune alors et déjà vieilli cependant, de la Vème République.
        Virtualités prestigieuses illustrées par les noms de Joxe, De La Gorce, de Broglie, et d’autres encore.

        « Qui vous permet d’évoquer une défaite de la France ? » rétorquent certains anciens militaires d’Algérie, rendus ombrageux quand on ose leur parler de défaite.
        « Nous n’avons jamais été vaincus… sur le terrain, les fells étaient écrasés ! »
        Je les vois encore, libérés de tout complexe, fiers, orgueilleux chantant la France, la patrie et la nation. Le cantique des cantiques de leur foi dans la seule France, c’était là-bas leur chant de guerre…leur chant d’amour… c’était l’Algérie française.
        « Et tu oses leur parler de défaite ? »

        « Ma foi, oui » suis-je obligé de répondre.
        Acceptant le risque d’être catalogué comme un rabâcheur impénitent, je rappelle la loi du 18 octobre 1999 qui précise que les évènements d’Algérie, s’identifiaient à une guerre.
        Qu’on me permette, en conséquence de souligner une vérité, pour la millionième fois peut-être : si on ne termine pas une guerre par une victoire, cela signifie que l’on est vaincu. On est vaincu quand on abandonne une terre, quand on ramène le drapeau, quand on abandonne des dizaines de milliers de harkis au massacre, quand on accepte de soumettre un peuple français à des tueries éventuelles. Un point c’est tout !
        « Vous ne voulez pas être vaincus ? Fort bien. Moi non plus ».
        Un seul moyen reste à notre disposition pour éviter l’infamie du « vae victis » .
        Savoir …. Faire savoir.
        Faire savoir à ceux qui ont la volonté de comprendre… à ceux qui savent « lire »… à ceux qui sont capables de regarder… et surtout, à ceux qui sont capables de voir.

        Alors, écoutez et tirez profit, si possible, de ce qu’avec d’autres je vous transmets en toute modestie, en toute humilité même. Sans attendre le plus petit « bravo » ou le plus petit « merci ».
        Car tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai dit, tout ce que je dis encore ou que j’écris, je le fais à la manière du « noble écuyer castillan qui chevauchait un âne », Sancho Pança. La personnification du bon sens nécessaire et complémentaire aux ambitions idéalistes du Quijote.
        Le bon Sancho, en effet, déclare à son maître :
        « J’ai entendu prêcher qu’il fallait aimer Dieu, sans être motivé, ni par une espérance de gloire, ni par une crainte de malheur ».
        J’ai fait comme ce bon Sancho. J’ai aimé la France et l’Algérie française comme un homme simple, mais en totalité. J’ai tout risqué pour essayer de conserver l’Algérie dans notre monde.

        Je dis bien, notre monde, car l’Algérie, aujourd’hui, évolue dans un monde différent du nôtre. Elle illustre un symbole historique, ou plutôt un concept historique : une solution de continuité définitive entre l’Occident et l’anti-Occident.
        Ce dernier propos n’a rien d’agressif. Son agressivité éventuelle, si elle existe, est imputable aux affirmations produites « par les autres ». Ceux qui soulignent avec solennité que, demander à l’islam d’être occidental correspond à mettre en chantier une manœuvre « d’acculturation de l’islam », c’est-à-dire une manœuvre dont le but serait de nier l’identité de l’islam.

        Ce qui était recherché et prêché là-bas par nos ennemis, c’était mettre en œuvre une rupture définitive, une fracture géopolitique entre l’Occident et son contraire, fracture qui fut possible grâce à « la mort de l’Algérie française »

        C’est-à-dire : « à la mort de la France Sud-Méditerranéenne »

        Ce fut une défaite. Une défaite qui, avant les défaites portugaises en Angola, en Guinée, au Cap Vert et au Mozambique, survenues 11 ans plus tard, donna naissance à une balkanisation des nouveaux territoires décolonisés. Une balkanisation riche avant tout de dictatures, d’assassinats collectifs, parfois de bains de sang, sous-tendus le plus souvent par des fanatismes religieux. Bref un sérieux coup de yatagan ou plutôt de machette fut porté à l’édifice des Droits de l’Homme, tels que ceux-ci avaient été proclamés à Paris, en 1948, par l’intermédiaire de la célébrissime Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.
        La commission mise en place, en vertu de cette déclaration universelle de 1948, fut remplacée en 2006 par le Conseil des Droits de l’Homme.
        « Commission ou Conseil » cette organisation pleine de noblesse et de richesse humaines, fut l’objet d’un mépris lourd de signification, de symbolisme même, de la part d’une majorité de pays décolonisés.

        En 1993, en effet, lors d’une conférence onusienne qui s’est tenue à Vienne, les pays musulmans ont affirmé la primauté de la religion dans la vie des hommes.
        192 pays au moins ont décidé de ne plus adhérer au Conseil des Droits de l’Homme.
        Pour les pays musulmans, il est d’une obligation incontournable et surtout constante, de situer la Charria au centre des « Droits de l’homme ». En conséquence ils ont fondé l’O.C.I., Organisation de la Conférence Islamique.
        Cette conférence, pour exercer ses effets, s’appuie sur l’autorité d’une Cour islamique internationale de justice.
        Celle-ci impose sans ambigüité, une alternative islamiste aux droits de l’homme. Le Conseil des Droits de l’Homme, né en 2006, dispose en conséquence d’un terrain d’exercice universel, considérablement rétréci. C’est un des résultats les plus éclatants, l’un des brillants succès de la décolonisation, telle que cette dernière fut mise en route par des marionnettes du néo-capitalisme financier.
        Pour l’O.C.I., tous les droits ou toutes les libertés, sont soumises aux dispositions de la Charria.

        Nous venons de synthétiser ce qui illustre les glorieuses conquêtes du monde gaullo-pompidolien, ainsi que les conquêtes des nations qui se sont délectées sans camouflage des conséquences désastreuses pour la France de la défaite gaulliste du 18/19 mars 1962.
        Il y aura bientôt 50 ans.
        Aujourd’hui est proclamé le rôle impérialiste de la Charria, qui se déduit lui-même du « rôle civilisateur de l’umma islamique » tel qu’il est psalmodié par les membres de l’O.C.I., l’Organisation du Conseil Islamique.

        Parmi les nations qui ont joué un rôle fondamental dans l’atrophie du monde bénéficiaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948, nous trouvons bien sûr, hélas, au premier plan, la France gaulliste. Nous précisons : le gaullisme, création-pompidolienne, c’est-à-dire création du capitalisme financier depuis 1940. Depuis qu’un général de brigade à titre temporaire fut nommé sous-secrétaire d’état à la guerre, en 1940, dans le gouvernement de Paul Reynaud, sur intervention occulte du Mouvement Synarchique International de l’époque.
        Mais en renfort et en complément opérationnel de cette agression gaulliste, il faut souligner le rôle non négligeable, loin de là, joué en Algérie par l’Angleterre.
        Un rôle aux lourdes conséquences, parmi lesquelles une qui, pour nous, revêt une valeur dramatique : je fais référence à l’assassinat de Roger Degueldre, au fort d’Ivry, le 6 juillet 1962.

        Expliquons-nous, si possible. Ce n’est pas facile. Il me faut prendre tout mon temps. Quant à vous, il vous faut un peu de patience. Et accepter de digérer les pages qui vont suivre.

CHAPITRE II

        En Algérie, en 1954, les stratèges « du délestage économique du débouché algérien », vont se trouver confrontés à une nécessité.
        Celle de faire « donner » opportunément un intervenant tactique politiquement et universellement présentable. Mais de quoi s’agit-il ?
        Il s’agit de ce conglomérat idéologique qu’il était habituel de désigner à cette époque sous le terme, apparemment obsolète aujourd’hui, de marxisme-léninine.
        « Mon pauvre ami ! Quel est donc ce galimatias ? Vous utilisez encore cette terminologie paléopolitique ? Mais laissez-donc ce bon vieux Karl Marx moisir dans les poussières des bibliothèques ! »
        On comprend que Karl Marx lui-même ait pu dire un jour : « et surtout ne croyez pas que je sois marxiste ! »

        Arrêtons-là ce ton un peu léger.
        En 1954, comme aujourd’hui d’ailleurs, il en reste tout de même quelque chose, en France et en Algérie, de ce marxisme-léninisme. Il en reste quoi ?
        Il en reste tous les ersatz qu’il a secrétés. C’est-à-dire ces formations politiques qui s’auto-intitulent « les forces de progrès ».
        Au moment de la guerre d’Algérie, concrètement, c’est quoi le marxisme-léninisme ? C’est, avant tout, le parti communiste français. Et son fils spirituel, le parti communiste algérien. Le PCF et le PCA.

        Le PCF sera prévenu très rapidement de l’imminence du déclenchement de la révolution algérienne.
        Il prendra connaissance, en particulier, d’un document historique fondamental de la guerre d’Algérie : le rapport Vaujour du 23 octobre 1954.
        Pour l’heure il nous suffit de savoir qu’en 1954, le préfet Vaujour, décédé récemment, est directeur de la Sûreté Nationale en Algérie.
        Rappelons qu’existe à cette époque en Algérie, le M.T.L.D., le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques. Mouvement légal. Les statuts sont déposés en Préfecture. Créé en 1946, dès l’avènement de la IVème république, il est plus ou moins dirigé par Messali Hadj. Celui-ci, comme Ferhat Abbas et Farès d’ailleurs, est en relation étroite avec le Cheikh des Oulémas, Ibrahim Bachir, qui lui rend visite à Chellala, lorsqu’il est astreint à vivre dans cette localité en 1946.

        Compromis avant la guerre de 39-45 pour sa collaboration active avec les services secrets militaires allemands, Messali est arrêté en 1939. En 1941, au printemps, il est condamné à une lourde peine de travaux forcés par le tribunal militaire d’Alger. Libéré en 1943 par le général Giraud sur injonction de Robert Murphy, représentant du Président Roosevelt en AFN depuis le mois de décembre 1940, il sera « gracié » plus tard.
        Si l’on en croit certains auteurs canoniques, cette grâce dont Messali est bénéficiaire, reste entourée d’un halo qui lui confère une identité pleine de mystères.
        Nous croyons avoir compris cependant, qu’il est l’objet d’une « amnistie administrative ». D’une suspension de peine. Peine dont il n’est pas quitte pour autant. Messali, « amnistié » par Jules Moch, ministre de l’intérieur en 1946, peut donc être incarcéré à nouveau. D’autant plus que les services spéciaux français et la police n’en ont pas terminé avec lui.
        Ils peuvent, au moment de leur choix, c’est-à-dire si Messali ne se soumet pas à leurs exigences, le faire « tomber » sous le coup d’une accusation d’intelligence avec l’ennemi. Le renvoyer devant une Cour de justice, un tribunal de l’épuration. Messali n’est pas libre. Il a la trouille du poteau d’exécution … pour intelligence avec l’ennemi en temps de guerre.

        Il n’est donc pas fiable pour les durs de son mouvement.
        Les éléments les plus déterminés du M.T.L.D. font dissidence. Ils vont créer l’O.S., Organisation Spéciale ou Organisation Secrète. Elle est constituée par les principaux leaders de la guerre d’Algérie. Ceux que l’on appelle « les historiques de la révolution algérienne ».
        Cette O.S. créée en 1947, va jouer, sur le terrain, un rôle d’appareil de guerre tout à fait distinct du M.T.L.D. Précisons de manière à ce que ces notions soient bien nettes, que l’O.S. est une structure illégale, clandestine, alors que le M.T.L.D. est légal, contrôlé par notre police et nos services de renseignements.

        Il est facile de comprendre que des passerelles vont se structurer entre ces deux composantes du mouvement révolutionnaire algérien. Une de ces passerelles, la plus efficace, porte le nom d’Hocine Lahouel. Nous savons, surtout si vous avez lu mon étude 50/38, que Lahouel est conseiller municipal à la mairie du Grand Alger. Il est adjoint au maire Jacques Chevallier, qui dans le gouvernement de Mendès-France, occupe en 1954 les fonctions de secrétaire d’Etat à la guerre. En janvier 1955, il accède au poste de Ministre de la guerre avant la chute du cabinet Mendès-France. Avant qu’Edgard Faure ne soit nommé président du conseil par René Coty, Président de la République.

        Permettez-moi de vous rappeler que Lahouel participe sur ordre de son maire, Jacques Chevallier, à une réunion très importante tenue le 1er dimanche de juillet 1954. C’est au cinéma La Prairie à Hornu, dans la province du Brabant, en Belgique. La décision de déclencher la guerre d’Algérie y est prise : la date est différée à cause du tremblement de terre d’Orléansville qui surviendra quelques jours plus tard.

        A partir de l’O.S. est créé plus tard, au mois d’avril 1954, le C.R.U.A., Comité Révolutionnaire d’Union et d’Action, subdivisé en représentations départementales.
        Or, un membre important du C.R.U.A., celui qui peu de temps auparavant était le chef du service de renseignements de l’O.S., propose durant l’automne 1954, de vendre au préfet Vaujour, directeur de la Sûreté Nationale en Algérie, toute l’implantation du C.R.U.A dans les Aurès. Il vend cette information pour 1 million de francs de l’époque. Avant l’euro, c’était 1 million de centimes. Que fait Jean Vaujour ?
        Ce haut fonctionnaire dispose ainsi d’une information très sérieuse. Elle provient d’une source sûre. En terme de renseignement, on dit qu’il s’agit d’une information de source A puisqu’elle émane d’un acteur fondamental de l’événement redouté et relaté.
        Mais Jean Vaujour, préfet, directeur de la Sûreté Nationale, se doit de réagir en bon flic. Il estime que pour avoir le droit, voire le devoir, d’exploiter à fond ce renseignement, celui-ci doit être recoupé. De manière à lui conférer la valeur A1. Rappelons qu’un renseignement coté A1 implique une sanction opérationnelle immédiate. Mais Jean Vaujour, fonctionnaire très scrupuleux, a besoin d’un recoupement de ce renseignement.
        Peu importe la gravité de l’événement annoncé par cette information.
        Peu importent les centaines de milliers de vies qui vont dépendre de sa décision.
        La loi c’est la loi. Le règlement c’est le règlement. Service-service ! On ne va tout de même pas risquer 1 million de francs de l’époque ! Alors, que fait le préfet Vaujour ?

        Il convoque Monsieur Rey, administrateur de la commune mixte d’Arris, petite ville des Aurès. S’engage alors un dialogue qui paraîtrait surréaliste aujourd’hui et que l’on peut rapporter en ces termes :
        «- Monsieur Rey, que pensez-vous de ce renseignement ?
        - Monsieur le préfet, ici dans les Aurès, tout va bien. Je dispose d’un rapport du colonel commandant la subdivision de Batna. Il vous confirme que tout est calme. Aucun trouble ne s’annonce sur mon territoire. On ne va tout de même pas jeter 1 million par la fenêtre pour un canular ! ».
        Jean Vaujour est-il satisfait ?
        Certainement pas. Il adresse, en effet, un rapport à son ministre de l’intérieur, François Mitterrand. Le fameux rapport Vaujour du 23 octobre 1954. Rapport archi-connu des historiens.
        Le Garde des Sceaux, Le Troquer, est informé en même temps, de ce rapport. Malgré le peu de temps que lui laissent ses activités de chorégraphe de la jeunesse féminine française , il en prend connaissance.
        Le résultat est nul. Aucune disposition particulière n’est envisagée. Aucune mesure d’urgence n’est mise en œuvre.
        Voilà comment, pour ne pas avoir voulu risquer la somme de 1 million de francs de l’époque, un million de petits centimes, on a laissé se déclencher un conflit qui ensanglantera l’Algérie pendant 8 ans.

        Le P.C.F. est évidemment informé du rapport Vaujour. Ses agents de renseignements opèrent partout. Les passerelles entre les ministères et la place du colonel Fabien, sont en effet très fournies en personnel compétent. Très bien structurées.
        Place du colonel Fabien, c’est bientôt la stupeur puis la colère.
        « De quoi, de quoi ? Une révolution ? Qu’est-ce que cette foutue révolution qui va se déclencher à l’intérieur du territoire national français sans que le P.C.F. ni le P.C.A. ne participent d’abord à son élaboration, ensuite à son déclenchement ? Non, mais c’est le monde à l’envers ! C’est inacceptable ! ».

        Arrêtons-nous un instant.
        L’évocation de la guerre d’Algérie restera toujours pour moi un détestable chemin de croix. Mais pour des gens comme nous, qui avons su surmonter nos passions, ce qui compte avant tout, c’est l’information historique. C’est l’enseignement. C’est la vérité. Or, quelle est l’information fondamentale que nous transmet le PCF à travers sa réaction rapportée ?
        C’est tout simple. Le PCF dit la vérité. Il formule l’évidence historique suivante : à savoir que la révolution qui va se déclencher se déroulera effectivement sur le territoire national français. A l’intérieur des frontières de la France.

        Car, une impression se dégage en permanence : quand on consulte les écrits canoniques et bibliques de ceux dont la mission est de dénaturer l’identité de la guerre d’Algérie, on constate qu’ils s’emploient sans arrêt à passer sous silence, une vérité historique. Il refuse de rappeler qu’en 1954, d’après la constitution de 1946, votée majoritairement par le peuple français, les départements français d’Algérie font partie intégrante des territoires de la république française.

        « L’Algérie c’est la France ! Ici c’est la France ! » proclame le Président du Conseil Mendès-France, relayé par François Mitterrand, ministre de l’intérieur, le 12 novembre 1954.
        « De la Flandre au Congo, il n’y a qu’un seul peuple, une seule nation. C’est notre volonté ! » déclare François Mitterrand.

        Donc, la révolution algérienne, sans les communistes français et algériens, c’est inconcevable. C’est une escroquerie.
        Les pontifes, courroucés de la place du colonel Fabien, vont expédier à Alger deux notables de leur parti : Benoît Frachon, membre du comité central du PCF accompagné de Dufriche, responsable national de la CGT, lui-aussi membre du comité central.
        Par l’intermédiaire de d’Amar Ouezzeguène, ancien secrétaire général du PCA, ils vont s’efforcer de rencontrer…
        De rencontrer qui ?
        Et bien justement. Un membre important du CRUA.
        En l’occurrence, il s’agit de Krim Belkacem.
        Celui-ci opère déjà dans un maquis. En Kabylie. Il fait la guerre à la France depuis 1945. Il dispose du concours d’un homme de valeur Ouamrane. Le futur colonel Ouamrane. Les auteurs canoniques et bibliques désignent ce dernier sous le nom très évocateur de « Ouamrane, l’égorgeur ».
        C’est l’illustration, une fois de plus, d’une vérité sans cesse occultée : nous étions en guerre bien avant 1954.
        Ces deux hommes seront rejoints un peu plus tard par Mohamed Khidder. Lui aussi un des noms historiques de l’O.S. Nous avons rappelé à maintes reprises qu’il a participé à l’échelon directeur, à la réunion d’Hornu, en Belgique au mois de juillet 1954, au cours de laquelle fut prise la décision de déclencher la guerre d’Algérie.
        Si Krim Belkacem tient le maquis en Kabylie, c’est parce qu’il peut le faire matériellement. Ce que nous voulons dire c’est qu’il dispose de moyens d’action. De moyens de guerre. De caches. De boites aux lettres. D’agents de liaison. De collecteurs de fonds. Mais surtout, depuis 1947, il dispose d’un armement.
        « D’armement ? Mais d’où proviennent ces armes ? Par où ont-elles été acheminées ? Qui les a fournies ? ».
        Voilà les questions logiques. La réponse aujourd’hui est parfaitement connue. En 1947, ces armes n’arrivent de nulle part.
        Car elles sont déjà en place. Elles ont été fournies majoritairement par les Anglais… en 1943.

CHAPITRE III

        En 1943, souvenez-vous, c’est la guerre. Les affaires tournent mal pour les Forces de l’Axe en Tripolitaine. La 8ème armée britannique victorieuse depuis la bataille d’El Alamein, poursuit les troupes germano-italiennes. Le plus souvent, les Italiens rendent leurs armes sans combattre.

        Il arrive aux Anglais de ne pas récupérer ces armes.
        Ils exigent de leurs prisonniers qu’ils les enveloppent dans de grosses toiles bien graissées. Comme s’ils voulaient leur garantir une bonne conservation. Ils organisent des convois vers l’intérieur des terres maghrébines. Le Sud-Tunisien et le Sud-Algérien, jusqu’à Aïn-Sefra. N’oublions pas que les anglo-américains sont dominants en Algérie depuis le 8 novembre 1942. Ainsi, sans aucune difficulté particulière mais dans le plus grand secret, ces armes sont soigneusement enterrées dans des caches aménagées sous le contrôle des services spéciaux militaires de sa gracieuse majesté britannique. On va les garder au chaud.
        Pour le bénéfice de qui ?
        Pour le bénéfice de ceux qui combattent déjà la France.

        Une question : puisque ces armes étaient disponibles depuis 1943, pourquoi n’ont-elles pas été livrées aux ennemis de la France en 1946, dès la naissance du M.T.L.D. ?
        Si vous voulez bien vous reporter à ce que j’ai dit précédemment, vous saurez que le M.T.L.D. était loin d’être une organisation libre. La police française contrôle le M.T.L.D. Donc, ce mouvement n’est pas militairement et techniquement fréquentable pour ceux qui veulent armer les indépendantistes anti-français.
        Tout change en 1947. Grâce à la naissance de l’O.S. En particulier grâce à Khidder, Ouamrane et Krim Belkacem qui opèrent en Kabylie.
        Le moment me paraît opportun de rappeler l’identité des historiques de la révolution algérienne, c’est-à-dire des pères fondateurs de l’O.S. Ils sont 9.
        Krim Belkacem, Mohamed Khidder, Ait Ahmed, Ouamrane, Bitat, Boudiaf, Ben Bella, Ben M’Hidi, Ben Boulaïd… et Didouche. « Mais cela fait 10 et non pas 9 ! » C’est exact. Nos auteurs canoniques ne sont pas tous d’accord sur l’identité du 9ème. En réalité ce détail est dépourvu d’intérêt car tous ces hommes, qu’ils fussent 9 ou 10, ont joué un grand rôle dans la révolution algérienne.

        Que fait l’O.S., pour mériter la confiance des Anglais, dès sa naissance en 1947 ?
        Elle demande, sans perdre de temps, l’appui de la Ligue arabe.
        Celle-ci a réuni son assemblée constitutive le 29 mars 1945, tout près de la fin de la guerre, à Héliopolis, dans la banlieue du Caire. Or, il est important de ne jamais oublier qu’à cette époque, dans cette région du globe, rien ne peut s’effectuer sans l’assentiment préalable des Anglais qui sont encore les patrons en Egypte. Ce qui permet d’affirmer que la Ligue arabe a été créée sous l’égide des services spéciaux britanniques, sous le contrôle effectif de ces « Lawrence d’Arabie, nouvelle vague », qui opèrent au Moyen-Orient pour y défendre les intérêts de la Couronne, tout particulièrement les intérêts pétroliers.
        En effet, la situation avait évolué au Moyen-Orient, depuis les années 30.

        En 1931, à Jérusalem, s’était tenu un congrès musulman antisioniste et plus généralement anti-juif, sous la haute autorité religieuse d’Asmine El Husseïni, le mufti de Jérusalem. Pour les Arabes, faire de Jérusalem, 3ème ville sainte de l’Islam après la Mecque et Médine, une ville juive, constitue une insulte à l’égard du message du Prophète. Une grande émotion est ressentie dans le monde musulman méditerranéen cette année-là.
        Nous ne pouvons pas nous abstenir de faire toucher du doigt une coïncidence : la coïncidence de la date de ce congrès avec la date de l’installation en Algérie de l’association des Oulémas (mai 1931).
        A partir de cette date, 1931 donc, les Anglais qui sont les maîtres encore au Moyen-Orient, se rangent du côté des Arabes. Pour un homme de la Couronne, les données du problème sont très simples :
        « mon pays, l’Angleterre a besoin de pétrole. Le pétrole se situe en territoire arabe. L’Angleterre a donc besoin des Arabes. Mais les Juifs, en exigeant la naissance d’une république juive d’Israël, agressent les Arabes. Etant l’allié par nécessité des Arabes, je suis obligé de combattre les Juifs. Pour ce faire, je décide donc de secourir les Arabes chaque fois que ceux-ci réclameront le secours de l’Angleterre. Partout dans le monde ».
        Tout logiquement, dans la mesure où les Arabes accorderont à leur tour un soutien aux Britanniques pour empêcher la République juive de Palestine de voir le jour, les Anglais apporteront leur aide aux Arabes, dans tout ce qu’ils entreprendront à l’intérieur du pourtour méditerranéen.
        Cela signifie que lorsque l’O.S. en 1947 demande l’appui de la Ligue arabe, c’est en réalité l’appui des services spéciaux britanniques qui est sollicité. Et obtenu.
        Les Anglais ne se font pas prier en effet, pour accorder leur concours, dans tous les domaines : technique, diplomatique, trafics d’influence.
        Ils vont favoriser, en particulier, les contacts des rebelles anti-français, avec un grand nombre d’organisations internationales qui projettent d’expulser la France d’Algérie.
        Ils ont déjà livré un armement important aux réseaux de l’O.S. dès 1947, en indiquant les caches préparées dès 1943 et largement approvisionnées en armes italiennes, récupérées en Tripolitaine et acheminées, en particulier, à partir du Fezzan.
        Précisons que, deux ans plus tôt, lors du soulèvement du 8 mai 1945 à Sétif et dans les Hauts-Plateaux sétifiens, les troupes anglaises présentes en Algérie, ont toutes été consignées dans leurs casernes, car il était prévu un soulèvement général étendu sur tout le territoire, soulèvement qui était espéré par les forces armées de sa gracieuse majesté britannique. Soulèvement d’inspiration raciste, fasciste, nazi, je pèse mes mots, déclenché de Genève par l’émir libanais Chekib Arslan. Des précisions vont suivre.

CHAPITRE IV

        Une antenne des services spéciaux anglais est organisée, depuis longtemps, en Algérie. Elle siégeait à l’intérieur même des locaux du consulat d’Angleterre à Alger.
        Ce qui est important de souligner, c’est le détail suivant : cette antenne est restée fonctionnelle jusqu’à la fin de l’été 1961.

        Le consul général anglais, Monsieur Irving Mills, à ne pas confondre avec l’américain Irving Brown de la C.I.S.L. , eut l’occasion d’affirmer en 1956, alors que débutait le terrorisme urbain algérois, et au cours de déclarations officielles, que la solidarité de l’Angleterre avec la France était acquise. Cette solidarité était acquise dans le combat que conduisait notre armée en Algérie.
        Ce qu’il oubliait de souligner était l’événement suivant : son attaché commercial remplissait les fonctions de chef d’un réseau de renseignements britannique. Un réseau qui a contribué fortement à armer nos ennemis d’une part, à leur fournir des renseignements opérationnels d’autre part. Cette activité s’exerça dans la plus totale impunité. Jusqu’en 1961. Il est logique de nous poser la question suivante : ne voguait-on pas à cette époque, en pleine fiction historique ? Où étaient nos spécialistes du renseignement qui abandonnaient ainsi notre peuple aux décisions des ennemis de la France ?

        Mais durant l’été 1961, l’OAS est en cours de développement. De simple sigle elle devient une véritable organisation de combat. Elle s’offre comme une occasion que le contre-espionnage français ne laisse pas passer.
        Jusqu’à ce jour, nos brillants agents spéciaux n’avaient jamais reçu d’ordres de mission pour neutraliser définitivement cette entreprise d’espionnage qui œuvre contre les intérêts vitaux de la France en Algérie, en Afrique du Nord et finalement en Afrique. Ils n’ont jamais rien tenté pour mettre fin à cette gangrène mortelle que l’on a laissé se développer sur notre terre. Gangrène qui fut à l’origine de centaines de milliers de cadavres.

        Mais en 1961, l’OAS est présente, bien présente !
        Avec un responsable à l’échelon national, de toutes les actions de guerre mises en route par les Deltas d’une part et par les équipes spéciales des zones, secteurs, sous-secteurs et quartiers d’autre part.
        En l’occurrence, ce responsable, c’est-à-dire ce bouc-émissaire éventuel, c’est moi.
        C’est l’occasion rêvée pour nos services spéciaux. On va régler les comptes, enfin ! Avec l’attaché commercial, chef d’un réseau d’espionnage au service du F.L.N. On va régler les comptes de la France, par O.A.S. interposée.
        Roger Degueldre, qui commande sous ma responsabilité le Bureau d’Action Opérationnel (B.A.O.) se charge de l’opération. Je dis bien sous ma responsabilité, je n’ose pas dire sous mon autorité. Cette opération lui est proposée par l’intermédiaire de Bertolini. Il s’agit d’un ancien contractuel de la police qui est devenu un correspondant des services spéciaux. Il joue auprès de Degueldre un rôle de coordinateur, je n’ose pas dire de chef d’état-major.
        Ni Degueldre, ni Bertolini ne sont informés du motif réel pour lequel ils vont faire tuer l’attaché commercial. J’apprendrai personnellement à Degueldre, quelques semaines plus tard, le pourquoi de cette action de commando qu’il a su conduire à bon terme. Car Degueldre n’a rien à refuser aux services spéciaux français. Ce sont eux qui l’ont officieusement récupéré après l’échec du putsch d’avril 1961, pour le charger d’opérations utiles, voire vitales pour la France, qu’il leur est interdit de mettre en œuvre, dans le cadre hiérarchique normal.
        A cette époque, les services spéciaux français sont représentés par les reliquats du C.C.I. et du B.E.L. . Ils étaient et ils sont encore, en 1961, partisans de l’Algérie française. Ils y croient encore. Ils espèrent une prise de conscience militaire, sérieuse et décidée, qui les conduira à éliminer de la vie politique française celui et ceux qui se sont mis au service de nos ennemis. Pour cette raison, on les a mis « sur la touche ».
        Pour l’heure, ces grands spécialistes de l’action directe manifestent leur colère contre le pouvoir, par une simple bouderie. Ils rongent leur frein. C’est leur manière à eux de défendre l’Algérie française, alors qu’ils disposent d’énormes moyens matériels et techniques dont nous espérons qu’ils vont les mettre en œuvre. Pour sauver l’Algérie française.
        Heureusement, pour leur honneur et pour leur réputation, que l’O.A.S. est là. C’est elle qu’ils vont charger d’une mission qui, en réalité, est de leur compétence.

CHAPITRE V

        Pour les partis communistes français et algériens qui veulent s’intégrer, à tout prix, au combat contre la France, l’urgence est de rencontrer les révolutionnaires algériens avant que ne se déclenche la révolution algérienne. Ils décident de rencontrer Krim Belkacem. Mais ce maquisard reste difficile à localiser. Il essaie d’échapper à notre justice depuis 9 ans déjà, car il est condamné à une lourde peine par contumace. Mais cela n’est pas suffisant pour expliquer le peu d’enthousiasme que manifeste Krim Belkacem à rencontrer des représentants communistes. On a l’impression, à l’automne 1954, qu’il se dérobe, qu’il fait la sourde oreille.
        Pourtant, en quelques jours, il est devenu l’objet de manœuvres, de pressions. De pressions qui estiment indispensable que les partis communistes français et algériens soient impliqués dans le déclenchement de ce qui va être la guerre d’Algérie. La révolution algérienne.
        Des pressions ? De la part de qui ?
        De la part d’une intelligenzia politique. Une intelligenzia progressiste, et catholique de gauche, qui combat pour l’indépendance de l’Algérie. Intelligenzia qui est constituée de ces « démons » comme il m’est arrivé de les désigner tout le temps. Des démons qui n’ont pas hésité à revêtir en cette circonstance, une tenue camouflée faite d’humanitaire, de social et de religieux. Voire de piété exhibitionniste.

        Pour eux, l’urgence est de travestir ce conflit.
        Cette guerre doit s’inscrire de façon perceptible pour les neutres dans le camp du socialisme qui s’oppose à l’impérialisme.
        A cette époque, c’est en ces termes que se définit la contradiction révolutionnaire à revitaliser tout le temps. Au risque de faire rire, une fois de plus, les théoriciens de ce qu’on appelait encore le marxisme-léninisme, je précise qu’il s’agit de la « dialectique historique » du moment. Il est important pour ces progressistes, d’y intégrer la révolution algérienne qui est sur le point de se déclencher.

        Krim Belkacem finit par céder aux pressions des catholico-progressistes. Il accepte le contact et accorde un rendez-vous aux émissaires communistes.
        Quand ?
        Le 31 octobre, la veille de la Toussaint rouge.
        Pourquoi cette date du 31 octobre ?
        Parce que Belkacem se méfie d’une trahison. Dans l’éventualité d’une trahison, celle-ci n’aura pas le temps d’exercer ses effets. C’est lui qui a choisi, depuis le mois de juillet, la date du 1er novembre 1954 pour déclencher les opérations. Ce jour-là, en effet, le président Nehru doit annoncer à l’O.N.U. qu’il s’apprête à investir les comptoirs français des Indes.
        Pour cette raison, le maquisard kabyle considère que ce jour du 1er novembre est nimbé d’un symbolisme favorable dont il convient de tirer profit, sur la scène politique internationale.
        Mais en quel lieu va-t-il donner ce rendez-vous ? Dans une petite maison de la casbah ? Au fin fond de la Kabylie ?
        Pas du tout.
        En plein centre d’Alger, au Champ-de-Manœuvre, pas loin de la caserne « Marguerite » du 5ème Chasseurs d’Afrique tout près de la rue Sadi Carnot et de la rue de Lyon, tout près du foyer civique de la ville d’Alger, dans un local syndical parfaitement connu de la police et des services français.
        Nous sommes en droit de nous interroger une fois de plus : où est-elle donc notre fameuse police ? Que font nos spécialistes du 2ème Bureau, du S.D.E.C.E. et de la D.S.T. ?

        Nous sommes bien le 31 octobre 1954. A quelques heures près, le corps d’un homme assassiné est découvert à ce moment là, dans l’arrière-port d’Alger, ou dans l’arrière-gare de l’Aga. Peu importe l’endroit exact. La presse locale relate cet événement le lundi 2 novembre 1954. Je répète : peu importent les détails horaires et les détails de lieu. Ce qui compte c’est la précision suivante : une affaire d’espionnage est évoquée par les quotidiens algérois quand ils relatent la découverte de cet homme assassiné.
        Puis silence. Un silence de sept ans.

        Nous savons aujourd’hui, grâce au général Jacquin, qu’il s’agit du corps d’un dénommé Grey.
        Un « agent retourné ». Un agent ennemi que les services du contre-espionnage français ont retourné, pris en main et maintenu à l’intérieur du bureau de l’attaché commercial qui exerce ses fonctions au consulat général d’Angleterre à Alger. Nous avons évoqué l’appui indiscutable que ce personnage apporte à la rébellion algérienne, malgré les positions pro-françaises affirmées par le consul général, Monsieur Irvin Mills comme je crois l’avoir rappelé.
        Le rôle de Grey, en tant qu’espion français, est celui de tout espion : recueillir des informations et les transmettre, bien évidemment, aux organismes compétents, dont la mission, en théorie, est de protéger la France en Algérie.
        Il apparaît évident aujourd’hui, que cet agent infiltré par les Français, fut détecté en tant que tel très rapidement, par ses employeurs britanniques. Ces derniers, dans un premier temps, n’ont pas raté l’occasion d’intoxiquer nos propres services. De les désinformer.
        Mais le 31 octobre, c’est une date capitale.
        Dans cette officine de renseignements britannique, on n’ignore pas qu’une rencontre est organisée entre Krim Belkacem, Ouamrane et Khidder d’une part, Benoît Frachon, Dufriche, Amar Ouezzeguène d’autre part. Travaillant dans ces mêmes bureaux, Grey intercepte l’information. Elle est d’importance capitale. Il lui faut la transmettre d’urgence à ses supérieurs, c’est-à-dire à ceux qui le paient, Les services secrets français.
        S’il avait pu le faire, on peut supposer, du moins on l’espère, que des dispositions adéquates auraient été prises. Que dans cette éventualité, la guerre n’aurait pas éclaté, car Belkacem, Ouamrane, Khidder étant des clandestins recherchés, cet état major de la rébellion aurait été neutralisé voire anéanti, discrètement. Il est tellement facile pour des spécialistes d’organiser un règlement de compte entre factions rivales et concurrentes !
        Mais les employeurs britanniques de Grey, et tout particulièrement l’attaché commercial, n’ignorent rien de l’espionnage dont ils sont l’objet de sa part. Ils prennent les devants de toute urgence. La guerre est là, sur le point de se déclencher. On ne va tout de même pas la rater ! On ne va pas laisser passer l’occasion de botter l’arrière-train de la France et de la foutre dehors d’Algérie !

        Ils liquident donc proprement notre agent pour garantir tout son succès au déclenchement de l’opération du 1er novembre 1954. Ces services secrets, ces espions du bureau de l’attaché commercial britannique, interviennent bien comme partie prenante dans la guerre d’Algérie.
        En réalité, nous le savons, ils le font depuis 1943. Depuis les premiers transports d’armes déjà évoqués. A partir de la Tripolitaine et du Fezzan.

CHAPITRE VI

        Revenons à cette réunion du Champ-de-Manœuvre du 31 octobre 1954. Imaginons la scène qui s’y déroule.
        Krim Belkacem, Ouamrane, Khidder se tiennent debout. En face d’eux, Benoît Frachon, Dufriche et Amar Ouezzeguène.
        Krim écoute poliment les offres de services qu’on lui présente sur un plateau d’argent. On lui promet monts et merveilles : propagande, financement, des militants, des renseignements… mais… que se passe-t-il ?
        C’est tout simple.
        Krim renâcle. Krim fait une gueule effroyable. C’est un bide complet. Car Krim et Khidder ainsi que Ouamrane accusent. Ils accusent les communistes français et les communistes algériens d’avoir trahi les indépendantistes d’Algérie le 8 mai 1945. Lors des évènements dits de Sétif du 8 mai 1945.
        Ils accusent le P.C.F. et le P.C.A. d’avoir publiquement condamné le soulèvement anti-français de Sétif et des Hauts-Plateaux sétifiens le 8 mai 1945. Et d’avoir exigé une répression sans faiblesse.
        Ils accusent Maurice Thorez et Amar Ouezzeguène d’avoir qualifié le soulèvement du 8 mai 1945, de mouvement d’inspiration fasciste et hitlérienne !

        Plusieurs questions sont ainsi soulevées par l’attitude de Belkacem, de Khidder et d'Ouamrane.

        Première question :
        Krim Belkacem se trompe-t-il ?

        Réponse :
        Non.
        Il ne se trompe pas. C’est bien de fascistes et d’hitlériens qu’ont été traités les émeutiers du 8 mai 1945 par Amar Ouezzeguène et Maurice Thorez. Ils l’ont fait au cours d’allocutions confirmées dans la presse écrite de l’époque. Ces deux chefs communistes exigent des sanctions exemplaires contre les préparateurs et les auteurs de ce soulèvement.

        Deuxième question :
        L’accusation de Maurice Thorez et d’Amar Ouezzeguène qui est accompagnée d’un appel à la répression, le 8 mai 1945 est-elle fondée ?

        Réponse :
        oui.
        Elle est fondée. Les accusations formulées, violemment par Ouezzeguène et Thorez sont justifiées. Elles correspondent à la vérité. Car, à cette époque, il est établi que les opérations déclenchées à Setif, à Guelma et dans les Hauts Plateaux sétifiens sont d’inspiration première hitlérienne.

        Troisième question :
        Sur quoi vous appuyez-vous pour oser une telle affirmation ?

        Réponse :
        Nous nous appuyons, depuis des décennies, sur le nom du déclencheur suprême et réel de l’opération. Nous faisons référence, une fois de plus, à l’émir libanais Chekib Arslan. Celui-ci avait préparé ce soulèvement anti-français, islamiste et universel alors qu’il séjournait en Allemagne auprès d’Adolphe Hitler. Avec son compère, champion de l’antijudaïsme, le grand mufti de Jérusalem, Asmine el Husseïni.
        Chekib Arslan est fait prisonnier par les vainqueurs de 1945.
        Il s’évade !
        Et se trouve libre de déclencher le 7 mai, à partir de Genève, l’insurrection qu’il avait préparée dans l’ambiance hitlérienne à laquelle il s’était incorporé pendant quelques années. Avec l’accord d’Asmine el Husseïni, il donne l’ordre du Djihad. Je répète : le 7 mai 1945.
        J’ai rappelé, à maintes reprises, comment ce drame avait été préparé le 16 avril 1945, tout près de Constantine, lors du 5ème anniversaire de la mort du Cheik Ben Baddis. « Le Djihad fissabil Allah » « la guerre sainte pour la cause de Dieu ».
        Ce fut le cri de guerre lancé à l’occasion de cette manifestation.

        Il est donc établi, d’une manière indiscutable, que les accusations portées le 31 octobre 1954 par les rebelles kabyles contre les représentants du P.C.F. et du P.C.A. étaient fondées. Le P.C.F. et le P.C.A. s’étaient opposés en 1945 avec violence, au soulèvement du Constantinois, parce que ce soulèvement était d’inspiration hitlérienne. C’est auprès d’Adolphe Hitler que l’émir libanais, condamné à mort par la France depuis 1925, Chekib Aslan, a conçu ce soulèvement qu’il fallait déclencher dès la fin de la 2ème guerre mondiale. Alors que l’armée française était absente d’Algérie.
        Ceux de nos amis qui ont manifesté à Cannes, à l’occasion de la sortie du film HLL (Hors la Loi), film qui dénature l’événement, ont bien fait de faire ce qu’ils ont fait.
        Il est dommage qu’ils n’aient pas cru opportun d’argumenter leur opposition à ce film par l’utilisation des arguments que je viens d’exposer, et que je m’entête à enseigner depuis des années… des années…. Mais « nul n’est prophète en son pays ! ».

        Le FLN, qui vient de naître, rejette ainsi avec dégoût le 31 octobre 1954 au Champ de Manœuvre à Alger, l’appui des communistes dans la guerre qu’il s’apprête à déclencher contre la France.

        La guerre commence dans la nuit de samedi à dimanche, 1er novembre 1954. « Pour le triomphe de l’arabisme et de l’islam » proclame le Cheikh des Oulémas, Ibrahim Bachir. Celui-ci, par ce message, confirme l’identité tactique dominante du conflit qui va durer sept ans. Une guerre ethnico-religieuse. « Le Jihad fissabil Allah ».

CHAPITRE VII

        Je tiens à dire que je n’ai jamais fonctionné comme un correspondant des services spéciaux. Mon militantisme, mon engagement, étaient nés de mes convictions, de la foi qui m’animait dans le destin de l’Algérie française. Dont je refuse de dire, aujourd’hui encore, que ce fut une utopie.
        A cette époque, je jouissais de peu d’expérience de ces officines de renseignements.
        Mais j’étais déjà informé d’une chose : avec elles, tout va bien quand tout va bien ! Mais on vous laisse choir, sans pitié ni considération, dans le cas contraire.

        L’exemple le plus illustre d’un lâchage des « services » nous est donné par l’exécution du lieutenant Roger Degueldre au fort d’Ivry, le 6 juillet 1962.
        Lorsque ce brillant officier légionnaire déserta l’armée gaulliste en 1961, pour se mettre au service exclusif de l’Algérie française en livrant un combat clandestin, il fut immédiatement sollicité par les services spéciaux. Ceux-ci le prirent en subsistance, lui fournissant couvertures et moyens d’action. Lui confiant des missions qu’il leur était interdit de conduire à bonne fin, par le pouvoir gaulliste complice du FLN. Plus précisément complice du G.P.R.A.

        A l’époque de l’O.A.S., après l’échec du putsch des généraux d’avril 1961, ils lui demandent encore, et de façon pressante, d’exécuter des missions qui, normalement, relèvent toujours de leurs compétences. Par exemple, une opération montée contre le Centre socio-éducatif de Ben Aknoun, le 15 mars 1962, sur lequel je me suis personnellement expliqué dans mon 5ème livre .

        Les nouvelles orientations politiques officielles, interdisent en effet qu’ils exécutent ces opérations. Elles seront tout de même menées à bonne fin, chaque fois que possible, par O.A.S. interposée.

        Ils ont donc laissé assassiner Degueldre. De la même manière qu’ils ont abandonné l’Algérie française que l’on a tuée petit à petit, en hésitant, en titubant, en bafouillant. « Ils », c’est-à-dire des minables, gribouilles, traine-savates obéissant à un gouvernement, à un pouvoir qui s’illustrait comme l’exécuteur de la thèse anti-Algérie française, de la thèse anti-occidentale.

        Degueldre fut exécuté au fort d’Ivry le 6 juillet 1962, en conclusion d’un jugement de la Cour de Sûreté de l’Etat. Après le rejet d’une grâce sollicitée par les avocats de ce brillant soldat français.
        Ils l’ont tué, oui c’est vrai. Mais ils l’ont tué, lui aussi, en hésitant, en titubant. En bafouillant.
        Par une salve de peloton d’exécution qui ne fut pas mortelle. Il a donc fallu l’achever. Le « finir » comme on dit chez les voyous. Mais « le finir » de plusieurs coups de pistolet. Des coups de grâce ! Terme odieux, inacceptable, révoltant car ce terme normalement, ne connaît pas de pluriel.
        Un coup de grâce, c’est de la pitié.
        Des coups de grâce, c’est de la boucherie.
        Il fallut « un coup de grâce » dans la mâchoire. « Un coup de grâce » dans l’épaule. D’autres encore. Enfin, une balle dans la tête. Celle qui emporta Degueldre vers l’infini du repos éternel. Martyre qui évoque symboliquement et étrangement, celui de Saint-Sébastien. Degueldre, comme ce glorieux élu, fut lui aussi un mal tué. Un mal tué par de mauvais sicaires animés d’une seule ambition : se soumettre en toute servilité aux exigences capitalistes et stratégiques d’un nouveau redéploiement économique.
        Ils n’ont fourni aucun moyen d’action sérieux à ceux qui ont eu le fol espoir de préparer une évasion de Roger Degueldre. Ils ont donné, dans un premier temps, un peu d’argent à une équipe de volontaires qui était en place à Paris, pour une opération de sauvegarde qui ne fut pas menée à bonne fin. 200 millions de centimes qu’ils avaient récupérés au cours d’une opération anti F.L.N. récente. Se sont ajoutés à ce viatique, 200 autres millions de centimes, débloqués sur mes instructions, par le financier de l’O.A.S., Cimeterre. Auxquels il ne faut pas oublier d’ajouter 200 autres millions de centimes dont j’ai ordonné ultérieurement le déblocage par le financier de l’O.A.S. pour être livrés à quelqu’un qui, à cette époque, touchait Degueldre de très près, dans son intimité, et qui croyait disposer des contacts militaires capables d’organiser l’évasion de Roger Degueldre.
        Tout cela, en vain.
        Degueldre fut assassiné le 6 juillet 1962, en chantant la Marseillaise après avoir crié « Vive la France ».
        Les opérations exécutées par Degueldre l’ont toujours été en accord avec les orientations générales stratégiques que j’avais précisées à l’échelon de l’O.R.O. nationale. Atteindre l’ennemi, quel qu’il fût, là où il se trouvait.
        L’opération qui a consisté à éliminer l’attaché commercial du Consulat général d’Angleterre à Alger, qui était à la tête d’un réseau anti français de grande efficacité, aurait dû normalement être exécutée par les services de renseignements français. La IVème République n’avait aucune raison sérieuse à faire valoir pour interdire cette opération. Elle aurait dû l’exiger. L’ordonner.
        L’abstention opérationnelle dans ce cas particulier, démontre à l’évidence, que le gaullisme anti-Algérie française, était disposé à utiliser tous les auxiliaires y compris les auxiliaires étrangers pour assassiner l’Algérie française.

        Quand on songe à cette opération, on ne peut s’empêcher d’évoquer cette phrase prononcée par De Gaulle au cours d’une émission radio-télévisée : « Quelle hécatombe connaîtrait l’Algérie si nous étions assez stupides et assez lâches pour l’abandonner ».

        Ils ont donc tué l’Algérie française. Ils ont pris le risque de vouer au génocide des milliers de Français d’Algérie. Et tout cela pourquoi ?
        Pour élaborer une plus forte valeur ajoutée aux investissements. Pour l’argent que fabrique l’argent. Pour obéir à la stratégie du « nouveau redéploiement économique grâce au délestage du débouché algérien ».

CHAPITRE VIII

        Tout ce que je viens d’écrire, je l’ai évoqué à maintes reprises dans des conférences que j’ai données un peu partout en France.

        En 1997, je donnais une conférence à Perpignan, lors d’une assemblée générale de ce qui s’appelait encore le Front National des Rapatriés, que présidait mon regretté camarade et frère d’armes, Yvan Santini.
        J’ai été l’objet d’une interpellation très amicale d’une personne présente, Monsieur Jean R. qui vivait au Canet en Roussillon. Qui y vit encore je l’espère.
        A l’appui des renseignements que j’avais fournis concernant l’intervention des Britanniques dans les actions conduites par l’anti-France en Algérie, il a tenu à me faire connaître un événement. Un événement qui s’était déroulé en 1956 à Dellys.
        Dellys, un petit port de pêche, situé en Grande Kabylie, à 100 km à l’est d’Alger. Construit en amphithéâtre à flanc de coteau, orienté à l’est. La vue s’étend vers la côte rocheuse, en direction de Tigzirt S/Mer, et la forêt de Mizrana. J’évoque là des précisions que Monsieur Jean R. m’a transmises dans un courrier, le 15 septembre 1997.
        Je cite en le résumant, le message adressé ce jour-là par Jean R.
        Cela se passait dans la première quinzaine de mars 1956. C’était par une nuit de pleine lune, d’un calme extraordinaire. L’épouse du gardien de la prison qui se trouve sur le haut du village, souffre d’asthme. Ressentant le besoin d’une bouffée d’air frais, elle ouvre sa fenêtre pour respirer. Il est environ 1 h du matin.
        Elle voit alors nettement, au bord de la plage dite « des salines » une forme noire, basse sur l’eau. Il s’agit certainement d’un bateau… voire d’un sous-marin. Elle appelle son mari. Tous deux assistent à l’étrange manège d’une colonne de mulets qui arrivent au bord de la plage et repartent « chargés » vers la forêt de la Mizrana.
        La longue forme noire, s’écarte de la grève et disparaît dans la mer.
        Jean R., à cette époque, en mars 1956, est correspondant bénévole de « L’Echo d’Alger ». Ce qu’il vient d’évoquer, c’est textuellement ce que Monsieur N. le gardien de prison, vient lui raconter, le lendemain matin vers 8 heures.
        A cette heure là, la plage des Salines est déserte. Jean R. s’y rend immédiatement et constate en effet la trace de nombreux piétinements laissés dans le sable. « Il ramasse un obus de mortier de fabrication anglaise dans son étui » que Jean R. apporte immédiatement à la gendarmerie de Dellys.
        Il saisit l’occasion d’écrire un article de presse relatant cette découverte. Cet article paraît le lendemain. Il souligne, dans le courrier qu’il m’a adressé, que cet article lui valut des remontrances désagréables de sa direction, qui lui demanda fermement « de s’occuper de ses affaires ».
        Néanmoins, deux reporters du journal « RADAR » (à propos duquel j’ignore tout), vinrent enquêter sur place. Ils examinèrent les lieux, prirent de nombreuses photos. Ils eurent incidemment l’occasion d’assister dans la soirée du 25 mars 1956, vers 19 H 30, à un attentat dont un ami très proche de Jean R. fut la victime : grièvement blessé de deux coups de fusil à chevrotines.
        Jean R. précise :
        C’est l’instant que choisit le photographe de RADAR pour une photo qui fit la UNE du journal, avec cette mention « RADAR était là … ».
        Mais RADAR ne fit aucune mention de la découverte que ses reporters avaient faite : des traces sur la plage qui évoquaient une fourniture d’armes anglaises au bénéfice du F.L.N.
        « Inutile de dire que la relation de cette histoire n’a jamais été évoquée par la suite dans quelque organe de presse que ce soit », souligne J.R. dans sa lettre.

        Donc un black-out complet était jeté sur les entreprises des étrangers ennemis de la France en Algérie, depuis le début de la guerre, et tout particulièrement en 1956, selon l’observation de Jean R.
        L’étranger avait tous les droits dans la mesure où il s’agissait d’attaquer la France.

        Cet évènement relaté par Jean R. illustre une fois de plus que les défenseurs de l’Algérie française ont eu, à un moment donné, le monde entier contre eux. Ils ont fait ce qu’ils ont pu, mais ils l’ont fait.
        Pensez à cela quand vous nous jugez.

CONCLUSION DE CETTE ETUDE 50/39

        En Algérie française, on a tué ce qui fait la vigueur et la force d’une société moderne : on a tué la citoyenneté laïque.

        Cette citoyenneté laïque aujourd’hui, est devenue l’objet d’une attaque permanente conduite par ceux qui, conditionnés par l’O.C.I., l’Organisation de la Conférence Islamique, veulent soumettre la France et l’Europe au pouvoir du nouvel envahisseur idéologique moderne : l’arabo-islamisme fondamentaliste que nous ne confondons pas avec la religion musulmane.

        Lorsque nous avons défendu l’intégration en Algérie française, nous étions prêts à vivre au contact des musulmans, dans le cadre d’une liberté confessionnelle garantie par nos institutions. La foi de chacun aurait été respectée dans la mesure où elle était disposée à adopter une expression, un vécu quotidien, compatibles avec la citoyenneté laïque.

        C’était possible hier en Algérie. J’en suis convaincu aujourd’hui encore. L’Algérie, aurait dû être la terre de la Sainte Rencontre, telle que l’avait détectée Ramon Llull.

        C’est possible aujourd’hui en France et partout dans le monde.
        Encore faut-il que les citoyens laïques de France cessent de faire de l’islamisme fondamentaliste une thèse à défendre au nom d’un anti-racisme trouillard, imprudent et mal fondé.

        Car ce que nous observons aujourd’hui s’illustre ainsi : la défense partisane et névrotique de tous les particularismes finit par générer des racismes. Et le raciste aujourd’hui, ce n’est pas celui qui défend une citoyenneté laïque.
        C’est celui qui, justement, veut la supprimer. C’est en cette menace que s’exprime de nos jours, l’agression dont sont victimes la France et à travers elle, l’Occident.
Jean-Claude PEREZ
Nice, le 25 octobre 2010
    

 
PARITÉ

De Jacques Grieu


Du père et de la paire peut-on encor parler
Sans commettre d’impairs qui vont faire jaser ?
« Tel père aura tel fils » est belle affirmation ;
« Père avare, fils prodigue » est en contradiction.
Le bélier a des cornes, des cornes comme son père !
Mais on a bien des fils qui « tiennent de leur mère... »

Voilà qui nous fera « une jolie paire de manches »
Et qui fait que le doute, peu à peu se déclenche.
« Sans père, pas de repère » assure le dicton ;
Là encor le proverbe n’a pas toujours raison.
Car si « l’enfant sans père est une maison sans toit »,
Plus que le fils d’un père on l’est de tous nos choix.

« Où le père est passé, passera bien le fils » ;
Tous les jours on voit bien que ce dire est factice.
« Suis-je le père de mon fils », se demandent certains
« Suis-je le fils de mon père », ils demanderont demain !
Si « travailler au pair » n’a rien de familial
« Travailler chez son père » est chose fort banale.

A la chambre des pairs, ce serait moins normal
Et jugé par ses pairs comme faute immorale.
Certains talents hors pair ont tout pour réussir,
Mais avec leurs impairs iront tout démolir.
Des « impers », on en a, de meilleurs que nos pères,
Dont les bons vieux «cirés » ne les protégeaient guère.

Un père cache souvent les défauts de son fils
Tout autant que le fils, les paternelles vices.
On a aussi des fils qui dénigrent leur père,
Et d’autres qui l’imitent dans tout ce qu’il peut faire.
A l’âge ou l’on comprend que son père a raison,
On a des descendants qui le trouvent abscon.

Épuisé, affolé, par tous ces pairs et pères,
Je ferme mon PC et je me fais la paire… 
Jacques Grieu                  



Discours prononcé par M. Pierre BORDES

Gouverneur Général de l'Algérie,
à la séance d'ouverture de la session extraordinaire des Délégations Financières du 5 Novembre 1928.
     
             C'est de tout cœur que je m'associe à mon Eminent ami, votre Cher Président, dans l'hommage rendu au membre de cette Assemblée qui a disparu, emporté par la mort inexorable, et aussi aux félicitations qu'il vient d'adresser à ceux d'entre vous dont le Gouvernement de la République vient de reconnaître les longs et dévoués services et le dévouement aux intérêts algériens.

            Je n'ai pas l'intention, au début de cette session extraordinaire, de vous Imposer un long discours. Il me semble néanmoins indispensable de vous mettre très brièvement au courant des événements qui depuis votre dernière réunion ont marqué la vie de notre Algérie et de vous remercier, une fois de plus, de la sympathie confiante que vous voulez bien me témoigner en toutes circonstances.

            La catastrophe de Djidjelli. — C'est tout d'abord, Messieurs, un nouveau cataclysme qui s'est abattu cet été sur notre pays déjà si éprouvé. Dans la nuit du 16 au 17 ao6t, un cyclone, de très courte durée mais d'une violence extrême, a ravagé la cité prospère de Djidjelli. En quelques minutes à peine, il a détruit de nombreux immeubles, arraché ou brisé des arbres qui étaient l'orgueil de la ville, causé des dégâts considérables, et nous avons, hélas, à déplorer aussi plusieurs décès.
            En votre nom à tous, je tiens à apporter ici l'hommage ému de l'Algérie aux familles qui pleurent les victimes, à tous les sinistrés l'assurance de la plus complète sollicitude de l'Administration.
            Vous pouvez être assurés que toute mon activité sera apportée à réparer les dommages causés. Heureusement, exagérés aux premières nouvelles, il faut les ramener au maximum pour les communes de Bougie, Djidjelli, Chekfa, Duquesne, Strasbourg et Tahert, à 10 millions de francs. Des prélèvements sur le fonds de réserve et sur la Caisse du Comité Central de secours ont permis de remédier aux besoins les plus urgents. Les secours et les avances sont attribués aux sinistrés dans les mêmes conditions qu'aux victimes du désastre de l'Oranie. Malheureusement ce cataclysme du littoral à son égal dans l'intérieur.

            La lutte contre les sauterelles. — Des crédits supplémentaires vont vous être demandés pour la lutte contre les sauterelles.
            En présence de l'importance que semble devoir prendre, malgré la lutte active entreprise, la prochaine campagne antiacridienne et de la nécessité d'appliquer sans retard à la défense agricole une organisation rationnelle, j'ai réuni les 20 et 21 septembre une grande commission comprenant, avec divers fonctionnaires qualifiés, des représentants des intérêts en cause et, notamment, certains membres de votre Assemblée. Cette commission s'est livrée à une étude méthodique et approfondie de la lutte à entreprendre. Elle a établi un programme qui, je l'espère, en assurera une réussite com¬plète. Vous pouvez être certain que je tiendrai la main à ce qu'il soit exécuté intégralement, et que l'effort ne se ralentisse pas. D'ores et déjà, des résultats encourageants ont été obtenus dans les communes les plus éprouvées. D'autre part, des prêts pourront être consentis aux cultivateurs qui ont subi des dommages. Il vous appartiendra d'apprécier si, malgré la charge assez considérable qui en résulterait vous devez arriver jusqu'à l'attribution de secours définitifs à certaines catégories de sinistrés.

            La Maison des Etudiants. — Mais réparer les ruines matérielles n'est pas le seul devoir qui, à l'heure actuelle, s'impose à votre sollicitude : dans notre pays en pleine formation, il est nécessaire que tout ce qui relève du domaine de l'intellectualité reçoive aussi la preuve tangible de l'intérêt que lui portent les Assemblées algériennes. Elles n'ont jamais failli à ce devoir : les crédits votés par elles avec une libéralité permanente pour l'Instruction à tous les degrés des Français et des Indigènes en est la preuve et est la meilleure réponse qui puisse être faite aux détracteurs des Délégations Financières. Or voici que l'Association générale des Etudiants d'Algérie vient d'établir un projet de « Maison des Etudiants » qui mérite toute votre sollicitude. Vous savez, Messieurs, que l'Université d'Alger, qui se classe parmi les plus importantes de France voit d'année en année s'accroître le nombre de ses étudiants. Ces derniers, qui sont souvent de familles modestes éprouvent de grandes difficultés à accomplir à Alger le stage de plusieurs années qui est nécessaire à l'obtention d'un diplôme d'enseignement supérieur. De nombreux jeunes gens doivent même renoncer en raison du coût élevé de l'existence, à accomplir ces études qui tendent ainsi à devenir l'apanage d'une classe privilégiée.

            Vous estimerez sans doute avec moi, Messieurs, qu'il faut absolument trouver un remède à cette grave situation. Il ne faut pas qu'on puisse reprocher à l'Algérie de se désintéresser des questions intellectuelles. Je vous disais il y a quelques temps qu'à mon avis, Alger devait être pour tout le midi de la Méditerranée un centre de rayonneraient du génie français. Pour cela est-il une œuvre plus urgente que de faciliter l'accès des études supérieures, de ces facultés que nous envient les nations étrangères et auxquelles avec une fidélité qui est pour nous le plus bel hommage, elles envoient un si grand nombre de leurs enfants.
            La Maison des Etudiants, qui sera créée à Alger, en permettant aux jeunes gens de situation modeste d'accomplir sans trop de difficultés leurs années d'études, en formant pour eux aussi le foyer, où, sorti du milieu un peu austère de la Faculté, ils pourront se réunir et éviter cet isolement si pénible parfois à supporter, est une œuvre qui mérite toute notre sollicitude.
            Partie essentielle de ce grand programme de développement intellectuel, qui avec la construction de musées, la publication de nombreux ouvrages, l'envoi de missions scientifiques, l'intérêt tout particulier accordé aux œuvres de l'esprit et à la culture des intelligences, la Maison des Etudiants sera une réponse à ceux qui, trompés par un développement trop intense, par un enrichissement trop rapide, voudraient voir dans l'Algérie, une « nouvelle riche », au sens péjoratif du mot, et rien d'autre. Ce sera répondre aux vues de M. le Président du Conseil Poincaré qui a dit un jour :
            « La Politique qui répond aux aspirations et aux besoins de l'immense majorité de nos populations laborieuses c'est celle qui travaillent de bonne foi à améliorer le sort matériel de tous, ne place cependant pas l'objet des civilisations dans la seule augmentation de la richesse générale mais aussi et surtout dans la culture intellectuelle et dans l'élévation morale des citoyens. C'est dans la République et dans la démocratie que doit s'épanouir l'éducation populaire et l'éducation populaire n'a de sève et de parfum que ceux qu'elle emprunte indirectement à l'instruction supérieure et à la culture désintéressée »

            La Conférence Nord-Africaine. — Il nous faut, d'ailleurs, nous bien pénétrer de l'évolution qui s'accomplit sur le sol de la France nord-africaine. Jusqu'à ces temps derniers les trois unités qui se développent à l'ombre du drapeau tricolore vivaient chacune dans un isolement administratif assez factieux. La conférence qui réunit chaque année les trois représentants de la République a rompu cette séparation ; et je ne crois pas inutile de souligner l'importance des questions qui à Rabat ont pu être abordées, en juillet dernier, alors que j'étais l'hôte de mon Eminent prédécesseur, M. Steeg, dont le souvenir reste toujours si vivant et si affectueusement respecté dans cette enceinte.
            En négligeant diverses questions de détail non sans importance certes, mais dont l'examen sort des cadres de ce bref exposé, je grouperai en trois catégories les travaux de la 5ème conférence nord-africaine :
            La 1ère a trait au programme économique. La seconde vise les très importantes questions de transport. La troisième enfin est constituée par les problèmes sahariens.

            Questions économiques. -- En ce qui concerne les questions économiques la 5ème Conférence Nord-Africaine s'est occupée de l'alfa, du coton, du problème de la laine et enfin du tourisme, cette industrie nouvelle qui doit recevoir un si grand essor en Afrique du Nord.

            L'alfa. — L'alfa, commun aux trois gouvernements nord-africains, est une source de revenus importants. Des méthodes nouvelles permettront peut-être d'en accroître le rendement industriel et d'en étendre l'utilisation. Mais il faut en intensifier la production par une unification des méthodes d'exploitation et d'amodiation en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Grâce à la meilleure de ces méthodes, généralisée en Afrique du Nord, on pourra tirer des sept millions d'hectares d'alfa disséminés de Gabès à Mogador un revenu annuel de cinq à six cents millions dont une part intéressante reviendra aux populations indigènes.

            Le coton. — Le coton fera peut-être un jour, vous disais-je en mai dernier, la fortune de l'Algérie. II faut en développer la culture, multiplier les surfaces ensemencées. Sa production ne satisfera jamais à la demande, toujours accrue, aux besoins toujours nouveaux. Un programme cotonnier commun sera établi, une étude méthodique sera entreprise qui permettront certainement d'augmenter le rendement de cette plante précieuse.

            L'élevage. — On a qualifié l'Afrique du Nord d'« Australie africaine ». On visait dans cette formule, que nous devons chercher à rendre plus vraie, l'important cheptel ovin de la région des Hauts Plateaux et du Sahara. Là aussi réside un gage de prospérité pour tous. Mais il faut améliorer sans cesse la qualité des produits. L'industrie actuelle est plus exigeante que jadis, elle demande des matières premières épurées, sélectionnées. Les laines africaines ont donné lieu à divers reproches que nous voulons voir disparaître. Lee mesures envisagées dans ce but à la Conférence d'Alger sont en voie de réalisation. Elles seront intensifiées et complétées par la création décidée en juillet dernier d'une chambre de conditionnement des laines à Alger.

            Le tourisme. — Le tourisme, enfin, Messieurs, doit retenir toute notre attention. Pratique moderne, qui a bouleversé la situation économique de certains pays, il est un gage de richesse en même temps qu'une cause de progrès social. La 5ème conférence s'est attachée à son développement, par une unification des méthodes de propagande, par l'extension du crédit hôtelier, par l'adoption de diverses mesures destinées à faciliter aux étrangers les longs parcours sur notre territoire.

            La question des transports. — La circulation est une source de prospérité, c'est aussi une cause de paix et de quiétude. A notre époque d'économie internationale où tons les intérêts sont enchevêtrés et étroitement dépendants les uns des autres, il faut qu'aucune entrave ne soit apportée à la production ou à la consommation par des crises de transports.
            La 5ème Conférence l'a bien vu, qui s'est engagée à travailler à l'unification du matériel ferroviaire des trois gouvernements et à accroître la capacité des transports. Un grand fait nouveau est la construction des lignes de Fez-Oudjda, Oudjda Bou-Arfa, Oudjda-Nemours, qui vont rapprocher économiquement le Maroc Oriental de l'Oranie, et aussi le développement du port algérien de Nemours qui deviendra le débouché maritime de tout ce Maroc oriental.

            Les questions sahariennes. — « Le coq gaulois aime à gratter le sable » disait, en 1890, un ministre anglais. Cette boutade, Messieurs, ne l'oublions pas, a eu une conséquence inattendue : la mise en valeur du Sahara. Dans ce sable gît un gage de prospérité considérable et aussi la condition de notre prédominance politique. Le Sahara, scindé en quatre colonies par la succession des événements, doit être pacifié, gouverné, mis en valeur dans une étroite union des quatre gouvernements. Nous possédons, en Algérie, une police merveilleuse, qui n'a peut-être pas son équivalent dans le monde entier, qui arrive, avec des effectifs réduits jusqu'à l'invraisemblance, avec des crédits insignifiants, à maintenir le bon ordre et la paix dans ces immenses territoires du Sud. Grâce à ces compagnies sahariennes, nous pacifierons les confins de notre Empire. Leurs limites d'action seront celles du Sahara français tout entier, où, aidées par des groupes créés à leur image, elles feront la plus belle et la plus utile besogne. Dans ce Sahara tranquille, les liaisons par automobiles et avions se développeront, passeront de la période d'essai à la période pratique. Et lorsque sonnera la grande heure du Transsaharien, que les missions d'étude méthodique vont préparer dès cet automne, le Sahara sera déjà le passage normal et rapide des relations de l'Europe occidentale entière avec l'Afrique et l'Amérique du Sud.

            Voilà, Messieurs, ce qu'a préparé la 5ème Conférence Nord-africaine. Une fois de plus, elle a prouvé notre désir commun de développement dans le plus complet accord. Nous, Algériens, dont l'exemple fut si utile à la Tunisie et au Maroc, et qui sûmes réaliser l'union des Français et des Indigènes, nous voulons que chaque jour s'affirme plus forte, plus généreuse, plus consciente de ses devoirs, l'union des trois gouvernements de l'Afrique du Nord, vivant et devant vivre dans des organisations politiques et administratives différentes.

            Mais tous trois — la Conférence de Rabat vient de l'attester — ont constamment les yeux levés vers la Mère-Patrie à qui vont leur tendresse et leur cœur reconnaissant, vers qui s'élève, très pur, le souvenir des martyrs de toutes les races africaines, dont le sacrifice glorieux a permis que la France reste immortelle.
            Pour manifester cette reconnaissance à ces martyrs, nous pourrons dans quelques mois, par la célébration du centenaire de notre venue sur la terre africaine, prouver que l'idéal français pour lequel ils se sont sacrifiés reste toujours vivace en nous, que notre sollicitude pour nos populations musulmanes, dont beaucoup étaient les fils, devient plus aiguë à chacune des étapes que nous parcourons sur la voie du progrès humain. Comme nous élèverons un monument à la gloire des colons dont la vie et la mort ont fécondé nos terres incultes il y a cent ans, nous saurons édifier l'œuvre qui témoignera de notre gratitude aux enfants dévoués de l'Islam qui ont cru et qui croient en la grandeur française. Nous voulons qu'en 1930 le monde sache que si l'Algérie s'est unie à la Mère-Patrie c'est sa volonté seule qui a, ou consommé ou légitimé l'union.

            Ce sera le spectacle de cette union que nous offrirons, vous disais-je, il y a quelques mois, à M. le Président de la République lorsque accompagné de M. le Président du Conseil Poincaré et de mon chef direct M. Sarraut, Ministre de l'Intérieur, ils viendront tons trois, eux pleins de sollicitude pour l'Algérie, ils viendront nous apportant beaucoup de la tendresse de la France.
            En attendant cette heure, restons, Messieurs, rivés les uns aux antres par la chaîne du devoir algérien ; son poids est léger puisqu’elle est forgée dans l'indépendance de nos consciences libres et de nos volontés tendues vers un avenir de grandeur, d'union et de paix.
 
    

 
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MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE
DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française

A SUIVRE



ALGÉRIE.
Gallica : Revue de l’Orient 1846-1pages 112-118,
MINES DE FER DES ENVIRONS DE BONE.

  Aspect physique de la contrée.
  Un massif considérable de montagnes s'étend du cap de Fer au cap de Garde, et, à partir de ce dernier cap, il forme, en s'élevant graduellement dans la direction du nord-est au sud-ouest, la chaine de l'Edough, dont les cimes atteignent au Bouzizi près de 1,000 mètres de hauteur. En continuant à marcher au sud-ouest à partir de ce point culminant, la chaîne s'abaisse successivement, et les Djebel-Beïada et Bellouth, qui en forment le prolongement sur la rive septentrionale du lac Fetzara, ne sont plus que des monticules élevés. A leur suite s'allonge un dernier groupe de mamelons qui vont contourner la rive occidentale du lac et se confondre avec la plaine, en un point situé à l'est du Djebel-Safia.

  Le pied méridional et oriental de ce grand massif est bordé par une plaine immense qui, sous des noms différents, s'étend depuis les Guerbes jusqu'à La Calle, s'enfonçant vers l'ouest-sud-ouest, pour former la plaine au fond de laquelle est le Fondouk de Aïbi-Skikda. Ainsi, la plaine arrosée par l'Oued-Radjeta, celle où coule l'Oued-Sahnendja, celle du lac Fetzara, des Karéza, de Bône, de Dréan, des Beni-Ourdjin, des Oulab-Dieb, ne présentent, a vrai dire, qu'une seule plaine, quelquefois accidentée par de petits soulèvements, comme les monts Bou-Amra et le mamelon d'Hippone, ou par un chaînon à peu près parallèle à l'Edough, comme tes monts Belélita, mais dont toutes les parties communiquent entre elles par de larges dentés ceux-ci maintiennent l'unité de ce vaste champ, dont les premiers gradins de l'Atlas bordent la lisière méridionale, et qui n'a pas moins de 150 à 200 lieues carrées de terre cultivables.

  Constitution géologique.
  Les soulèvements de l'Edough ont déterminé le relief de la contrée dont on vient d'esquisser le panorama. Pour ne pas donner trop d'étendue à ce travail, on bornera les détails géographiques à la région dont les roches encaissent immédiatement les gîtes métallifères qu'il s'agit plus particulièrement ici de faire connaître.
  Si l'on part du cap de Garde, qui présente de nombreuses traces de dislocation, et que l'on s'avance au sud-ouest, on marche sur les tranches de bancs de gneiss et de micaschistes, qui forment entièrement la pointe de ce cap. On n'observe guère, entre les bancs successifs, d'autre différence que celle qui résulte de la proportion du mica, proportion qui est considérable dans plusieurs. Bientôt on atteint une couche chargée de grenats, et cette couche de micaschiste grenatifère appelle l'attention, non-seulement parce qu'en ce point elle sert immédiatement d'appui à un banc de calcaire-marbre, mais parce que, sur un grand nombre d'autres points, elle forme avec le calcaire-marbre et le fer oxydulé une association remarquable par sa constance. Là commencent les bancs calcaires qui alternent trois fois avec les roches micacées avant d'arriver à l'énorme banc du même calcaire-marbre sur lequel s'élève le phare de Bône. Au pied de ce phare, et sur le versant qui regarde le sud-est, le calcaire-marbre renferme entre ses bancs des masses irrégulières de serpentine d'un vert foncé, présentant une multitude de petites aiguilles, tantôt droites et formant faisceau, tantôt contournées, et, le plus souvent, entrelacées en tous sens.

  Tout cet ensemble est dirigé du sud-est au nord-ouest, et est, en général, sensiblement vertical ; quand il y a une légère inclinaison avec la verticale, c'est vers le sud-ouest qu'elle a lieu. Cependant, en s'éloignant de la pointe du cap, et longeant le rivage qui regarde le nord-ouest, on trouve des inclinaisons au nord-est.
  On voit comment, avec une pareille direction, les couches vont, de chaque côté du cap, présenter leurs tranches aux érosions de la mer, et, pour le dire en passant, c'est du lavage des bancs du micaschiste grenatifère, dont on vient de parier, que provient évidemment cette abondance de petits grenats roulés qu'on remarque dans les sables du rivage, depuis le cap de Garde jusqu'à Bone et au-delà. Sur quelques points, notamment à l'anse des Caroubiers, ces sables prennent une couleur noire très-prononcée, parce qu'ils renferment une proportion notable de fer titané, qu'on en sépare aisément avec le barreau aimanté.

  Les calcaires coquilliers, qu'on exploite sous le nom de pierres du fort Génois, recouvrent, sur plusieurs points du cap de Garde, en bancs horizontaux, les tranches des couches cristallines redressées. Ces roches se forment par la solidification des sables de la mer, fait analogue à celui que Saussure et Spallanzani ont observé dans le détroit de Messine, auprès du gouffre de Carybde.
  A l'ouest et au sud-ouest du fort Génois, on remarque une grande abondance de quartz, et, arrivé à la pointe des Caroubiers, le gneiss change complètement d'aspect. Le feldspath, le quartz et le mica sont disposés par bandes noires, de telle sorte qu'on a une roche zonée de noir et de blanc avec une régularité vraiment remarquable.

  En approchant de Bone, quand on arrive aux monticules sur lesquels sont élevés le feu de côte de côte et un marabout, on trouve de nouvelles alternances de micaschiste et de calcaire, mais d'un calcaire grisâtre ou blanc zoné de bandes grises. Plusieurs fours à chaux sont établis au bord de la mer, sur cette couche qui forme en partie le mamelon du marabout et se prolonge dans le monticule au sommet duquel est la kasbah. A la porte de cette citadelle, on voit très-bien le calcaire recouvrir le micaschiste grenatifère, a grandes lamelles de mica très-brillantes, et à grenats dont les cristaux dodécaédriques sont moins altérés que ceux d'aucun autre point que l'on connaisse dans ces montagnes. Au nord de la kasbah, et à un niveau inférieur, ces roches disparaissent pour faire place à d'énormes masses d'amphibolite verte, parsemée de grenat amorphe. Ici la direction des couches est bien différente de celle qui vient d'être signalée au cap de Garde. Les bancs sur lesquels repose la kasbah sont dirigés nord-sud et plongent à l'est. Telle est aussi l'inclinaison générale qu'on observe dans la partie de l'Edough qui avoisine Bône.

  Les roches de cette chaine sont celles qui ont été déjà nommées ; seulement, çà et là, des roches pyroxéniques et amphiboliques se font jour, sans paraître occuper de grands espaces.
  En continuant à s'avancer au sud-ouest, on observe, vers l’Oued-Zied, les micaschistes plongeant tantôt au sud-sud-ouest, tantôt au sud-sud-est, et dans le défilé qui conduit de la plaine des Karésas à la plaine du lac Fetzara, les couches de ces mêmes roches affectent, en des points très-voisins, des directions qui sont presque à angle droit. Ainsi, à une centaine de mètres de distance, on trouve, direction est, 10° nord ; à l'ouest, 10° sud ; inclinaison sud, 10° est ; et direction nord, 16° ouest ; au sud, 16° est inclinaison est, 16° nord.

  Il faut aller au-delà de l'Edough, et jusqu'à la rive droite de l'Oued-el-Aneb, pour observer un changement de terrain. Les montagnes qui forment la rive droite de cette charmante vallée, au moins jusqu'à la hauteur de l'espèce de plaine dans laquelle on débouche par le défilé des Voleurs, sont entièrement composées de grès qui se prolongent jusqu'au mamelon de Sidi-Abd-el-Dahar, grès parfois très ferrugineux, comme au Kef-Lakal.
  Au contraire, la rive gauche de l'Oued-el-Aneb est bordée, sauf un faible intervalle, de monticules composés de marbre tantôt parfaitement blanc, tantôt nuancé de diverses teintes grisâtres ou jaunâtres, dont les bancs puissants sont subordonnés à des bancs plus puissants encore de micaschistes grenatifères. C'est à ce massif, qui sépare l'Oued-el-Aneb de la plaine du lac Fetzara, qu'appartiennent le Djebel-Bellouth et le Djebel-Beïada, dans lesquels apparaissent, au bord de la plaine, des masses de fer oxydulé.

  La grande plaine qui est au pied de l'Edough, et qui s'étend, vers l'est, jusqu'aux montagnes des Merdes, n'est interrompue que par le mamelon d'Hippone, les monts Bou-Hamra et le petit chaînon des Belélita, ensemble de monticules séparés les uns des autres par de larges défilés, et dont le point le plus élevé, qui est dans les monts Belélita, atteint à peine 170 mètres.
  Ce petit groupe peut être considéré comme le premier gradin de l'Edough. M est composé de gneiss, de micaschistes souvent grenatifères et de calcaire-marbre.

  Dans le mamelon d'Hippone, des carrières ouvertes par les Romains montrent la superposition du calcaire-marbre sur le gneiss, et, vers le contact des deux roches, le gneiss est légèrement effervescent.
  La direction générale des couches de la Belélita est de l'est-nord-est à l'ouest-sud-ouest ; celles-ci sont ou verticales ou fortement inclinées au sud-sud-est. Partout le micaschiste grenatifère est en contact avec le calcaire-marbre, qui encaisse trois couches de fer oxydulé, dont une, celle du milieu, est la plus apparente, et peut être suivie d'un bout à l'autre de la Belélita, et même depuis la Seybouse jusqu'au lac Fetzara, c'est-à-dire sur un développement de 15 à 16,000 mètres. La direction et l'inclinaison de cette couche du milieu sont les mêmes que celtes des roches qui l'encaissent ; ses nombreux affleurements dénotent une puissance dont le minimum parait être de 5 mètres près de la fontaine draïn-Zamitz, à l'extrémité ouest-sud-ouest de la Belélita. Le calcaire-marbre, qui forme le toit et le mur de la couche ferreuse, plonge de 28 à 30° au sud, et est immédiatement recouvert par des grès qui forment une partie du versant sud de la Belélita, la partie de cette montagne qui, vers le lac Fetzara, regarde la plaine de Dréan.

  Les monts Bou-Hamra, complétement séparés de la Belélita par le large défilé dans lequel coule la Meboudja, présentent une composition identique mais on dirait qu'ils ont été rejetés vers le nord. On y observe des directions du nord-est ou sud-ouest, par exemple, sur les couches de marbre qui affleurent devant la porte de la ferme Jantel, et même plus généralement, des directions du nord-nord-est au sud-sud-ouest. Du reste, les inclinaisons sont toujours ou au sud-est ou à l'est-sud-est. L'association du micaschiste grenatifère avec le calcaire s'y montre avec la même permanence que sur les autres points, et c'est au contact de quelques-uns de ces bancs que l'on observe les affleurements des couches de fer magnétique.
  Parfois le calcaire est injecté d'oxydule dans le voisinage des couches de minerai, et, sur un de ces points injectés, le calcaire a présenté de la serpentine tout à fait identique à celle que renferme le calcaire du phare ; au cap de Garde.

  Coup d’œil historique sur les mines de Bône

  Les riches minerais de Bou-Hamra, de la Belélita et des montagnes situées au nord du lac Fetzara, ont été, à une époque reculée, exploités et traités sur place. L'emplacement où est construite aujourd'hui la ville de Bône a été le siège de plusieurs usines de fer. En 1844, on a trouvé des scories anciennes dans le sol de plusieurs rues, et l'on a appris depuis que les fondations d'une maison de la ville avaient été creusées au milieu même d'un monceau de ces scories. Mais en dehors de ces indices, qui ne sont pas d'une vérification facile, on peut citer onze points différents où des masses de scories ne laissent aucun doute sur l'ancienne existence d'usines placées dans le voisinage des beaux gisements que l'on vient d'indiquer. Ces points sont :
  1° Près d'Hippone, dans un champ qui est au pied de l’atelier des condamnés et qui borde la route de Constantine les scories y étaient si abondantes, disait un paysan de cette localité, que la charrue ne pouvait pas avancer ;
  2° Au milieu de la plaine des Karézas, juste au nord d'un marabout qui est au pied de la Belélita en ce point, des ruines remarquables, paraissant avoir appartenu à un appareil métallurgique, sont entourées d'une masse de scories ;
  3° A quelques centaines de mètres à l'ouest-nord-ouest du point précédent, une grande quantité de scories se trouvent auprès de ruines analogues aux précédentes, mais bien plus dégradées ;
  4° Autour du marabout de Sidi-Ahmed-Bel-Hadji, près du monticule qui forme le dernier anneau de la petite chaîne de la Belélita, vers le lac Fetzara, le sol est jonché de scories ;
  5° Sur le bord oriental du lac Fetzara, en face du défilé des Karézas, un petit mamelon isolé est entièrement composé de scories anciennes, et, tout près de lui, on remarque trois masses circulaires formées de couches superposées, un peu élevées au-dessus du sol et qui, par leur composition, semblent avoir appartenu aux fonds des bas foyers dans lesquels les anciens traitaient le minerai, dont on trouve, du reste, de nombreux fragments au milieu des scories ;
  6° Sur la rive droite de l'Oued-Zied près du point où ce ruisseau débouche dans la plaine du lac Fetzara, le lit que s'est creusé le ruisseau permet de constater l'existence d'une certaine épaisseur de scories ; dans le champ qui borde cette rive droite de l'Oued-Zied on voit des fragments de minerai parmi les scories ;
  7° A l'angle nord-ouest de ce qu'on appelle le Jardin du Dey, grand verger de figuiers situé au bord de la plaine et au pied de l'Edough non loin de l'Oued-Zied (Il y a un autre jardin du Dey sur celui des versants de la Belélita qui regarde la plaine des Karézas c'est aussi un verger de figuiers.) là de nombreux fragments de minerai sont mêlés aux scories
  8° Autour de la fontaine de Ain-Morka, on peut recueillir d'énormes échantillons de scories
  9° Sur le versant du sud-ouest, et près du mamelon élevé de Sidi-Abd-er-Bou, entre la plaine du lac Fetzara et la vallée de l'Oued-el-Aneb ;
  10° Sur le mamelon au sommet duquel est le marabout de Sidi-Abd-el-Dahar, le dernier des mamelons qui bordent la rive droite de l'Oued-el- Aneb
  11° Au sommet du mamelon de Oum-Etteboul, situé un peu au nord du précédent, on trouve une abondance extraordinaire de scories et de fragments de minerai disséminés pêle-mêle à la surface du sol.
  On remarque, auprès de cet amas de scories et de minerai, une grande dépression qui regarde le sud-ouest, et qui pourrait bien être le point où se faisait l'extraction du minerai.

  On ne peut mettre en doute que l'on découvrira encore d'autres emplacements d'anciennes usines. Sur tous les points, le minerai mêlé aux scories est du fer oxydulé ; sur tous les points ces scories ont le même aspect, elles sont généralement magnétiques, très-pesantes et noires ; on y remarque çà et là de petites crevasses arrondies ; la surface qui touchait le sol sur lequel elles ont coulé est mate, et la surface supérieure, qui est lisse, présente parfaitement tous les caractères d'une fluidité plus ou moins pâteuse. Quelques échantillons ont une teinte rougeâtre qui indique la présence d'un peu de titane.

  La composition de ces scories, leur aspect, leur richesse, tout indique qu'elles proviennent d'un travail très-imparfait, tel que celui qu'on pratiquait dans les forges à bras, antérieurement au XVème au XVIème siècle, c'est-à-dire antérieurement à la découverte des hauts-fourneaux. On retrouve les traces de cet ancien travail sur beaucoup de points de l'Europe, et, vraisemblablement, il est encore pratiqué dans toute sa grossièreté par les Kabyles des environs de Bougie.
  A quelle époque remonte ce travail du fer dans la province de Bône ?
  Il est postérieur au premier siècle de l'ère chrétienne car d'une part, on ne s'expliquerait pas que Pline ne citât pas la Numidie, lorsqu'il énumère tous les points où il connaissait l'existence du fer magnétique ; et que, d'une autre part, il dit si formellement « La Numidie ne produit rien de remarquable, si ce n'est le marbre numidique et les bêtes féroces, »

  Ces deux passages, rapprochés l'un de l'autre, ont fait longtemps douter que les scories trouvées aux environs de Bône remontassent à l'époque de la domination romaine ; mais aujourd'hui que, sur onze localités qui sont connues, il y en a six ou sept où les amas de scories entourent des ruines évidemment romaines, il n'est plus permis d'avoir de doute à cet égard, et le langage ou plutôt le silence de Pline ne semble prouver qu'une chose, c'est que la découverte des mines de fer magnétique de la Numidie fut postérieure à l'époque où vécut ce savant naturaliste.

  L'hésitation était d'autant plus motivée, que deux auteurs arabes parlent de ces mines dans des termes qui peuvent faire supposer qu'elles étaient exploitées de leur temps. « Bône, disait Ibn-Haucal, en l'an 360 de l'hégire « (971 de J. C.), possède plusieurs mines de et des champs où on cultive le lin. Cette manière de s'exprimer donne l'idée de mines qui étaient très-rapprochées de Bône, et de mines en activité. « La ville de Bône, disait encore Edrisi au XIIème siècle, est dominée par le Djebel-Yadoug « (l'Edough) montagnes dont les cimes sont très-élevées, et où se trouvent des mines de très bon fer »
  Ce langage si explicite sur la qualité de fer que donnaient les mines de l'Edough, semble indiquer qu'elles étaient encore traitées de son temps, puisque le résultat de ce traitement lui était connu. Il semble dire aussi que c'est dans la partie élevée de la chaîne de t'Edough que se trouvaient les mines qu'il désigne. S'il en est ainsi, il reste encore un certain nombre de gisements à retrouver, et il est facile à présent d'indiquer dans quelle direction il faut les chercher ; car, dans tout ce qui est reconnu, les couches se suivent avec une admirable régularité.
Fournel,
Ingénieur en chef des mines, en Algérie.


LA GRANDE POSTE D’ORAN
5 JUILLET 1962
Envoyé par M. Alain Algudo

OUBLI ou CONTINUITE PREMEDITEE ?

         Doit-on écrire mépris, aveuglement volontaire ou continuité préméditée et institutionnalisée ?
         Quand l’oubli ( ?), en récidive, atteint un tel niveau, ne sommes-nous pas en droit de nous demander si la fonction suprême à la tête de l’état ne s’apparente pas, pour la circonstance, au comportement le plus méprisable et condamnable dont serait capable de se rendre coupable le dernier des citoyens lambda ?
         Ceux des nôtres qui n’ont jamais douté un seul instant de la « sincérité » des intentions de l’admirateur du « raciste de Colombey » après ses déclarations d’intentions électorales à notre égard, ne seront aucunement étonnés qu’il reste dans les mêmes dispositions de cette démesure dans la duplicité si ces paroles et ses écrits s’avéraient être le piège traditionnel des politiciens véreux.

         Dernièrement un Député UMP nous disait lors d’une de notre Assemblée Générale, que dire la vérité en réhabilitant notre mémoire et notre histoire était une étape que la France devait franchir car là, personne ne pouvait avancer des raisons économiques de conjoncture, et de crise.
         Un homme politique honnête en vérité mais ô combien candide au milieu de la monstruosité du système gaulliste pour qui, revenir sur un « bourrage de crânes » cinquantenaire qui détruirait l’image auto-fabriquée et auréolée d’une gloire malsaine, serait ramener l’individu en question au rang des grands criminels de l’histoire.
         Cette histoire, ce symbole autour desquels tourne tout le passé récent d’un pays qui a besoin d’une icône pour oublier une défaite honteuse et faire croire aux générations issues du dernier conflit qu’un homme, un seul, DE GAULLE a, chaque fois, sauvé la France du malheur. Alors le système lui a fabriqué, à l’aide de méthodes de propagande et de moyens dignes des plus grands stratèges hitlériens ou staliniens, une « grandeur » qui voudrait effacer pour lui tous les grands noms de l’histoire de France.
         Comment un homme coupable de tant d’actes de reddition et désertions devant l’ennemi, de complots, de reniements, de trahisons et animé de tant de haine mortelle, effective et appliquée le plus souvent contre ses propres compatriotes, peut-il réunir autour de son nom autant d’adhésion alors que seule comptait son auréole de grandeur personnelle. Mais la bassesse de certaines de ses insultes envers ses opposants qu’il traitait de « fumier » prouve, si besoin était, la « dimension » de « l’homme providentiel » ! »
         Alors aujourd’hui il est bon de lire le pamphlet d’un ami métropolitain, Pied-noir d’honneur, à qui je voudrais rendre hommage aujourd’hui, André MEUNIER, un des « oubliés » du discours de la NARTELLE, gaulliste de 1941 à 1960, orphelin de 14/18, pupille de la Nation, évadé de France occupée en 1941 vers l’Algérie, puis avec l’armée d’Afrique guerre de France, Alsace, Allemagne, 3 citations collectives, 2 individuelles, nombreuses décorations, Légion d’honneur à titre militaire. Il a écrit dans un document destiné et envoyé à la presse :

         « Qui était DE GAULLE de 1914 à 1962 ?
         Officier de carrière à partir de 1912, il a peu combattu jusqu’au jour (2 mars 1916) où il se rendit avec sa compagnie (la 10° du 33° d’infanterie), seulement 24 heures après être monté en ligne.

         En 1940, Général à titre temporaire, il déserte en abandonnant ses troupes en pleine retraite, pour se réfugier en Angleterre. Pendant 4 ans il fit la guerre bien à l’abri derrière un micro, successivement à Londres et à Alger. Encore, pendant ce laps de temps, il fit tirer sur des soldats français à Libreville, et attaqua avec la complicité des Anglais l’armée française de Syrie où, là encore, de nombreux soldats français périrent.

         En 1944, à la libération, il n’a rien fait pour réconcilier les Français, où, là aussi, les règlements de compte firent de nombreux morts.

         En 1958, revenu au pouvoir, grâce aux Pieds-Noirs, ceux-là même, qui, en compagnie de leurs camarades musulmans, étaient venus libérer la France après s’être battus en Tunisie, Italie, Corse et l’île d’Elbe dans les années 42,43,44 et 45, et, ce pour remettre de l’ordre en Algérie, il trahit le peuple algérien, alors même que le FLN était battu dans tous le pays sur le plan militaire.
         Le résultat : des milliers de morts, un million de Français, toutes confessions confondues, chassés de chez eux. Une plate forme d’invasion (celle là même d’où était partie la reconquête de la France en 1944) mise à disposition de l’ennemi. Treize départements français abandonnés. Les énormes richesses gazières et pétrolières du Sahara perdues et, de ce fait, la France couverte de centrales nucléaires. Le plus stupide c’est que la France rachète son propre pétrole en le payant plus cher que si elle l’achetait au Moyen-Orient. Et pour finir, toutes les infrastructures, bases militaires, maritimes, aériennes laissées à la discrétion de l’ennemi (Mers-el-Khébir, La Sénia etc.…) Pauvre Algérie qui était Française avant la Savoie et Nice !
         Et pour finir cette « glorieuse épopée », en Mai 1968, DE GAULLE déserte en catimini, et, en hélicoptère, pour se mettre à l’abri sous le parapluie de l’armée française d’occupation en Allemagne, tout çà devant quelques trublions parisiens qu’un bataillon de légionnaires ou de coloniaux aurait eu vite fait de ramener à la raison.
         Seul bon point à son crédit : désavoué lors du référendum de 1969 il a eu la pudeur de se retirer. »

         André MEUNIER qui réside aujourd’hui à Baillargues près de Montpellier, faisait parti d’un régiment blindé léger qui effectua un raid jusqu’à la frontière espagnole. Parti de Toulon dans la nuit du 1er septembre 1944, il passa à Aix, Avignon, Nîmes, et le 2 septembre à Montpellier où l’entrée fut triomphale et je le cite encore : « Notre premier travail fut, place de la Comédie, de récupérer et de protéger quelques femmes nues et tondues malmenées par des « résistants » afin de les mettre sous la protection de la Police. »
         Cette expédition fut la première aussi à entrer le 2 septembre 1944, dans l’après-midi, à Saint-Brés et Baillargues où il réside maintenant depuis 40 ans. Puis ce fut Perpignan et le défilé devant le Général de LATTRE DE TASSIGNY.

         Le 5 septembre, la vallée du Rhône à la poursuite de l’armée allemande retrouvée dans le Doubs, poursuite qui devait le mener le 8 mai 1945 au lac de Constance. Durant cette chevauchée le régiment de blindés légers, le R.I.C.M avait perdu en tués et blessés la moitié de ses effectifs.
         Dans sa narration il tient à préciser : « Il est bon de noter que cette armée française débarquée en Provence composée de 260.000 hommes, n’avait que 20.000 hommes originaires de France, le reste était composé de français de l’empire, en majorité Pieds-Noirs. »

         Beaucoup de nos compatriotes métropolitains comme lui savent reconnaître ce qu’une dictature mémorielle veut à tout prix gommer systématiquement depuis un demi-siècle maintenant.
         Aussi MERCI à ces compatriotes, et à lui mon grand frère de cœur, André MEUNIER, auprès de qui j’ai grandi dans ma ville natale de Mostaganem où il s’était installé après la guerre après avoir épousé une de nos compatriotes. J’avais 11 ans et au sein d’une famille de pilotes, je le côtoyais sur les pistes de aéro-club de Mostaganem. Il reste aujourd’hui pour moi l’exemple type d’une intégration dans notre communauté et à notre mode de vie. Il a mené avec nous ce combat désespéré pour conserver ce pays qu’il aimait encore plus fort que nous et nous l’entourions de notre considération et de notre affectueuse amitié. C’est à cause de son exemple que je m’insurge contre les généralités que font certains sur la mentalité française à notre égard.
         Alors aujourd’hui encore, après La MARTELLE, nous sommes en droit de nous demander comment vont maintenant réagir ceux qui ont déjà fait confiance et ceux qui, encore, sont enclins, dans l’attente, à faire confiance aux déclarations compassionnelles préélectorales du Président de la République.
         Vont-ils prendre enfin conscience, où vont-ils être confortés dans cette certitude, que nous ne pesons pas lourd dans ses choix politiques ?

         Le 8 Mai, avec un discours qui en dit long sur un plan et rien sur l’autre, une étape supplémentaire a été franchie dans l’occultation de la vérité historique. Nos aînés, principales force du débarquement de Provence continuent leur long « chemin de croix de Lorraine » dans les oubliettes de l’histoire des manipulations et des mensonges gaullistes.
         Comment ne pas faire de rapprochement pour constater le dédain d’un débarquement qui dérange : annoncer dans une allocution que 16% d’une population que l’on ne cesse de dénigrer est venue combattre en France pour participer à sa libération. Ce serait un aveu qui irait à l’encontre de cette honteuse réputation qu’on nous colle à la peau inlassablement. Vous rendez-vous compte les Pieds-noirs cités en « libérateurs, » mais vous n’y songez pas ! Ce serait mettre le doigt dans cet engrenage qui un jour ou l’autre s’enclenchera pour démonter un mythe.
         Mais si certains chez nous attendent, pour voir, l’échéance de 2012, alors je crois qu’ils vont au devant d’autres désillusions cruelles car on ne détraque pas une machine à broyer un peuple innocent et qui sert d’alibi de bonne conscience à un autre peuple coupable d’avoir écrit et signé, par un référendum illégal, une des pages les plus funeste de son histoire.
         Il y a connivence politique de l’oubli avec la complicité passive d’une opinion majoritairement désinformée. Alors pour eux on ne pourrait même pas appeler cela une attitude « PONCE PILATE » car lui, c’était en conscience qu’il s’en était lavé les mains, alors que là nous assistons depuis des décennies à un décervelage.
         Et le conditionnement se résume à des images largement et généreusement colportées qui généralisent des « gros colons exploiteurs »et des « criminels de l’OAS », tout ensemble responsable de leur sort.

         Ainsi oubliée aussi la grande trahison préméditée avérée d’un système criminel qui retourna ses armes contre ses nationaux,
         Oubliés les dizaines de milliers de morts de l’après 19 mars avec le 26 mars et la fusillade de la rue d’Isly, le 5 juillet et les massacres dans l’horreur à Oran et l’immonde abandon des harkis, l’absence d’enquêtes officielles sur ces tragédies étant un flagrant aveu de culpabilité,
         Oubliés les soldats, nos frères d’armes, prisonniers du FLN, jamais libérés et abandonnés parce que des politiciens pourris n’avaient surtout aucun intérêt à ce qu’ils reviennent raconter leur calvaire au journal de 20h. Mais hélas pour eux, nous avons des témoignages accablants qui un jour ressortiront,
         Oubliées les conséquences dramatiques du déplacement de tout un peuple en complicité Franco-FLN , dans des conditions démentielles sous les exactions des barbares aidés de repris de justice sortis tout droit des geôles de la République et formés aux méthodes de torture de la gestapo, mis en place pour mater à la mitrailleuse 12/7 avec l’aviation et au canon des chars un peuple trompé refusant d’être arraché à sa terre natale, à ce « paradis lumineux » qu’il avait fécondé,
         Oubliées les conditions des camps d’internement des musulmans fidèles à la France, désarmés et abandonnés, ayant réussi à fuir l’horreur d’un génocide programmé pour eux,
         Oubliées les déclarations ravageuses contre ces « vacanciers » sur lesquels « sa grandeur » refusait tout net de « s’apitoyer.» Un monstre ne s’apitoie pas sur les preuves vivantes d’une forfaiture sanglante dont il vient de se rendre coupable, il laisse insulter et achever moralement ses victimes par ses valets,
         Oubliée la haine au grand jour affichée d’une certaine population conditionnée et par des hauts responsables nationaux insensibles et méprisants, menaçants de rejeter à la mer des familles dans le dénuement le plus complet lamentablement bousculées sur les quais de débarquement,
         Oubliées les exactions et la destruction des maigres bagages mouillés, éparpillés et parfois pillés par une faune d’imbéciles dégénérés.

         Quand une Nation, à travers les gouvernements successifs, organise et prolonge le silence sur les complots et les crimes d’état dont elle s’est rendue coupable au cours d’une guerre fratricide dont elle est indiscutablement responsable, alors n’espérez pas qu’aujourd’hui, dans un discours, nous passions pour des « libérateurs » aux yeux des enfants et de ces responsables criminels et de ceux qui avaient mis la crosse en l’air ou avaient fui honteusement sinon collaboré, pour les plus lâches !
         Quand une Nation s’abaisse à la repentance de « fautes qu’elle n’a pas commise » et s’incline devant un monument dédié aux assassins de ses propres enfants en compagnie des chefs de ses égorgeurs et ce au nom de la raison d’état, sans réciprocité, alors nous disons qu’en guise d’état nous sommes en celui de déliquescence et que s’attendre à un changement d’attitude relève de l’utopie.
         Prenons enfin conscience que nous avons toujours en face de nous, malgré certaines apparences trompeuses, les mêmes forces du mal. Beaucoup des nôtres rêvent en attendant l’impossible.

         Nous leur demandons simplement de se ranger, en prêtant serment, derrière des principes, des engagements, un rassemblement d’hommes d’honneur, d’hommes debout, pour faire face au mensonge, au mépris et à la désinformation permanente qui tentent d’assassiner définitivement notre mémoire pour terminer l’œuvre diabolique mise en place par un être machiavélique et que perpétuent ses descendants.
         Et pourtant ! Nous voudrions tellement nous tromper et espérer que ce Président, en qui la majorité des nôtres a fait confiance, puisse nous redonner, par des actes correspondant à ses promesses , cet espoir de voir enfin la justice et la vérité triompher en nous faisant accéder à ces droits simples de citoyens Français dont nous sommes privés et que disparaissent discrimination et ostracisme à notre égard !!!!
         Que tous nos hauts responsables le sachent, nous aspirons plus que quiconque à la paix, mais notre détermination pour obtenir justice et faire éclater la vérité est intacte.
         Notre « Charte Solennelle » est en place pour le rappeler. « UNI SOLITUDINEM FACIUNT, PACEM APPELLANT »
Alain ALGUDO ex Président fondateur Comités de Défense des Français d’Algérie
ex Vice Président du Comité et de la revue VERITAS VERITAS
Auteur de « Mon Combat »
VERITAS N° 134 Juin 2009


QUITTANCES

De Jacques Grieu

ADIEUSERIES
L’adieu ne devrait pas être dans l’affliction :
An début, ce n’était qu’une bénédiction
Qui souhaitait bon vent à tous ceux qui partaient ;
Et au Dieu le meilleur, il le recommandait.

On dit même aujourd’hui qu’« adieu ! » porte malheur ;
Et pourtant, en Savoie, c’est le « bonjour ! » du coeur.
On ne cesse de dire adieu à ceux qui meurent,
Puis un jour on le dit… à tous ceux qui demeurent…

Le langage commun cache des intentions.
On ne se dit pas tout de nos contradictions :
On se dit « au revoir », quand c’est l’oubli qu’on veut,
Et on veut se revoir quand on s’est dit « adieu ! »

Il faut quelques secondes en disant « au revoir »
Et une éternité pour « adieu » sans espoir.
Prolonger un adieu, c’est se quitter cent fois :
Des gestes des adieux, la vie nous dit les lois.

Qui rate ses adieux, au retour, rien n’aura :
Les adieux les plus lourds sont ceux qu’on ne dit pas…
C’est dur de dire adieu quand on voudrait rester :
Plus dur encor de rire où le coeur veut pleurer.
Jacques Grieu                  



Pour Sandrine Rousseau, Gabriel Bendayan 23 février 2026
https://www.bvoltaire.fr/pour-sandrine-rousseau-tout-est-de-notre-faute-et-ce-celle-de-loas/
Tout est de notre faute (et de celle de l’OAS !)
Influence de l'OAS, voile islamique, conflit israélo-palestinien : la député écologiste en grande forme !

        Peut-être l’avez-vous oublié, mais la semaine dernière, alors qu’elle était l’invitée de la matinale de France Info, Sandrine Rousseau avait expliqué qu’elle était menacée par… l’OAS !

         Bons princes, nous pensions qu’elle s’était simplement embrouillée. Nous nous sommes donc contentés de nous moquer gentiment d’elle avant d’estimer que le sujet était clos.
        Sauf que ce week-end, Sandrine Rousseau était l’invitée du Fauteuil, émission d’entretien du Média, le site d’actualité d’extrême gauche fondé par Sophia Chikirou en 2017. Au cours de cette émission, Sandrine Rousseau a déclaré que « le RN s’appuie beaucoup sur des mouvements comme l’OAS ».
        On voudrait se pincer pour être bien sûr de ne pas rêver, mais oui, en 2026, 64 ans après la fin de la guerre d’Algérie et la disparition de l’OAS, Sandrine Rousseau pense sincèrement que l’OAS existe encore.

         Mais Sandrine Rousseau ne s’est pas limitée à cela. Interrogée sur le « féminisme blanc », la député écologiste s’est livrée à une défense… du voile islamique. Le port du voile trouve mille et une justifications à ses yeux, dont aucune n’est ou ne peut être problématique. Selon Sandrine Rousseau, le port du voile est « en lien avec l’histoire coloniale de la France ».
        Eh oui, le voile islamique, c’est de notre faute, comme chacun le sait.

         Mais il n’y a pas que ça qui est de notre faute ! Abordant le sujet du conflit israélo-palestinien, Sandrine Rousseau essaie de mettre tout le monde d’accord (à gauche) en mélangeant la chèvre et le chou. Et pour ça, quoi de mieux qu’un bon vieux bouc émissaire, c’est-à-dire… nous ! Car elle l’a bien dit : « C’est nous qui sommes responsables. »
        Bref, vous l’aurez compris, pour Sandrine Rousseau, tout ce qui va de mal sur notre planète est de notre faute.
        Et de celle de l’OAS, sans doute.
Gabriel Bendayan


Des milliers de Maghrébins
PAR MANUEL GOMEZ 10janvier 2026
Aspect physique de la contrée.
Des milliers de Maghrébins ont combattu la France aux côtés des nazis   

               Il me semble nécessaire de rafraîchir certaines mémoires et, tout en rendant hommage aux régiments coloniaux qui participèrent à la libération de la France, de rappeler qu’en 1943 ils étaient composés de 410 000 mobilisés (57 % de Maghrébins et 43 % de « pieds-noirs » (soit 16 % de la population française d’Algérie, la communauté la plus engagée dans ce conflit mondial).
               Il est donc faux de prétendre, par exemple, que l’armée du général de Lattre de Tassigny était composée de 60 % de Maghrébins car, dans ce pourcentage sont incorporés les « pieds-noirs », assimilés donc aux Arabes.
               L’armée de Lattre se composait en réalité de 50 % de Maghrébins, 32 % de Français d’Algérie, 10 % d’Africains et 8 % de métropolitains.

               En revanche il est intéressant de rappeler, et c’est l’objet de cet article, que des milliers de Maghrébins combattirent aux côtés des nazis contre la France et ses alliés, et que des milliers poursuivirent leurs exactions après-guerre en Algérie.
               Notamment la Brigade nord-africaine, créée par Henri Lafont et la star du foot de l’époque, Alexandre Villaplana, et financée et armée par l’homme d’affaire israélien Joseph Joanovici. Combattants recrutés parmi les immigrés maghrébins de la région parisienne, composée surtout d’Algériens et dirigée par le capitaine Mohamed El Maadi.
               Cette brigade se distingua surtout par les pillages, les viols et les exactions commis dans les régions de Tulle, Bergerac et Montélimar. Elle fut surnommée SS Mohamed et se composait de membres du PPA (Parti Populaire Algérien) et de transfuges du Parti communiste français, notamment 5 000 membres, ce qui fournit le gros de l’encadrement.

               Citons également le cas de Saïd Mohammedi, dit Si Nasser, aspirant de l’armée française qui s’engagea volontairement dans les Waffen-SS et devint lieutenant d’une Panzer division sur le front de l’Est. Il fut décoré de la croix de fer directement par Hitler.
               Si Nasser fut envoyé en mission de sabotage en Algérie, dès l’été 1944, dans la région de Tébessa.
               Condamné aux travaux forcés à perpétuité, il rejoint le FLN en 1952 et, en 1957, assume le massacre du village de Melouza (315 habitants, enfants, femmes, vieillards et même les animaux domestiques) exterminés par le FLN parce qu’ils refusaient de collaborer).
               Nommé colonel et chef d’état-major de l’ALN, puis chef de la willaya 3 et, par la suite, député et ministre, il sera disgracié par le Président Boumédiène et, après avoir rejoint les rangs islamistes du FIS, en 1989 en Algérie, il mourra à Paris le 5 décembre 1994.

               Et puisqu’il est question des indigènes, citons le cas du bataillon Deutsch-Arabische 845, créé en 1943 et composé de Nord-Africains, notamment 10 000 Tunisiens. Il combattra en Grèce, Croatie et fut totalement écrasé en s’opposant aux Anglais, en Tunisie.
               Il me paraissait nécessaire d’éclairer les jeunes générations qui, très certainement, l’ignoraient totalement, puisqu’on s’est bien gardé de le leur enseigner.
               Et par la même occasion aux Algériens et en particulier au Maghrébin-Européen Mélenchon qui, lui, s’en souvient très certainement.
Manuel Gomez



MISE A JOUR
Par M. J.P.B.

        Chers amis,
        L'envoi de photo d'école de Mme Nathalie Kergall m'a permis d'ajouter une photo de classe sur le site de Bône la Coquette

Rubrique « Où sont-ils »

Orangerie 47/48 CE 1

- Vous pouvez cliquer directement sur les liens pour y accéder.

LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS

Par J.C. Stella et J.P. Bartolini


               Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône et la Province du Constantinois méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.

             Jean Claude a effectué toutes les recherches et il a continué jusqu'à son dernier souffle. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous, des pages qui pourraient être complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir. Jean Claude est décédé, et comme promis j'ai continué son oeuvre à mon rythme.

             Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.

             De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.

             Ce travail fait pour Bône, Guelma, Philippeville, etc. a été fait pour d'autres communes de la région de Bône et de Constantine.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et du Constantinois
    
CLIQUER sur ces adresses : Pour Bône:
http://www.livredor-bonois.net
Autres Communes

             Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :


 
De M. Pierre Jarrige
Chers Amis
Voici les derniers Diaporamas sur les Aéronefs d'Algérie. A vous de les faire connaître.

    PDF 210                                                  PDF 211

    PDF 426                                              PDF 212

    PDF 301                                              PDF 213

    PDF 213A                                                  PDF 214

    PDF 371                                              PDF 215
Pierre Jarrige
Site Web:http://www.aviation-algerie.com/
Mon adresse : jarrige31@orange.fr


Ce n’est pas parce qu’on est vieux...
Envoyé Par Eliane


          Un vieux fermier possédait une grande ferme depuis plusieurs années.
          Il avait un grand étang en arrière et il l’avait bien arrangé: des tables de pique-nique, des terrains de jeux, etc….
          L’étang était propre et sain pour la baignade. Un soir, le vieux fermier décide d’aller à l’étang puisqu’il n’y était pas allé depuis longtemps.

          Comme il approche, il entend des voix crier et rire. Il s’approche un peu plus et voit un groupe de belles jeunes femmes nues se baignant dans l’étang.
          Il fait alors connaître sa présence et les femmes se dépêchent d’aller dans la partie profonde de l’étang pour se cacher.
          Une des femmes lui crie : "On ne sortira pas tant que vous ne serez pas parti ! "

          Le vieil homme réplique : "Je ne suis pas venu ici pour regarder des jeunes femmes sortir à poil de l’étang. Je suis seulement ici pour nourrir l’alligator…"
          Et c’est ainsi que le vieux a pu voir nues, toutes les belles jeunes femmes sortir très rapidement sans passer pour un voyeur et sans se fatiguer.

          Morale de l'histoire : ce n’est pas parce qu’on est vieux, qu’on est forcément con !




Si vous avez des documents ou photos à partager,
n'hésitez-pas à nous les envoyer. D'avance, Merci.

                 EN CLIQUANT. ===> ICI

Notre liberté de penser, de diffuser et d'informer est grandement menacée, et c'est pourquoi je suis obligé de suivre l'exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d'information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d'expression, tel qu'il est reconnu par la Résolution 59 de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d'expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
    
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