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LA SEYBOUSE
La petite Gazette de BÔNE la COQUETTE
Le site des Bônois en particulier et des Pieds-Noirs en Général
l'histoire de ce journal racontée par Louis ARNAUD
se trouve dans la page: La Seybouse,
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Écusson de Bône généreusement offert au site de Bône par M. Bonemaint
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SOMMAIRE de la SEYBOUSE N° 274
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- Puglisi : Les Souris et les rats du Sorcier.
- Acep 272 : MAHOUAN
- Echo-d'Oranie ; Aïn-Tolbia Guiard
- Mutilé 191 ; LE MARECHAL GALLIENI
- Alg-catholique 12-1938 : Notre-Dame des Victoires
- Bonjour 121 : Les Fêtes du Lever de l'Aurore
- Alger-étudiants N°29-1924 : Du Médecin, de la Femme et du Mari
- Bouhier : LE CAMARADE ET LE PARTAGE !
- PHOTOS ARZEW
- Feraud : La Calle1
- Acep 272 : El-Ouricia
- PHOTOS ARZEW
- Feraud : La Calle 2
- Equip corse à Bône
- ACEP 272 : LA NATURALISATION DES ETRANGERS
- PNHA 188 : Bernelle, village de colonisation
- PHOTOS Champ de mars 49/50
- Algudo : TOUS UNIS, TOUS GAULLISTES, TOUS POURRIS ?
- Ventura : LE VOYAGE DE L'EMPEREUR
- Grieu poème : Grains
- Verdhelan : Non je ne regrette rien…
- PHOTOS Champ de mars 51/52
- BRASIER Panthéon : 56 Mameri
- Grieu poème : Habillements
- PNHA 187 : Georges-Antoine Rochegrosse
- Revue de l'Orient 1847-1, DE L'INFLUENCE DES SMALA DE SPAHIS
- PNHA 188 : Beignets, poivrons
- PHOTOS Champ de mars 52/53
- Algudo : LA GRANDE POSTE D’ORAN - Un simple petit bouquet
- Grieu poème : BOUCHEMENTS
- Castano : Oran, le dernier embarquement
- Gomez : Cette phrase-là, je ne veux plus l’entendre…
- Paul Achard : APERITIF AU TANTONVILLE
- Puig : LE 07 JUILLET 2026
- Puig : LE 14 JUILLET 2026
- Algudo : L’HISTOIRE NE NÉGOCIE PAS AVEC LES FAIBLES
- castano : Le temps de la vérité historique
- Goldstein : A chaque fois que l’Allemagne s’est réarmée, cela a conduit à une guerre européenne
- Verdhelan : J’en ai marre, je lève le pied tout l’été !
- Mise à jour
- Livre d'Or :
- Vidéos : 223-alat-18 ; 224-alat-19 ; 225-alat-20 ;
- Histoire : Les crevettes
Chers Amies, Chers Amis,.
" Bône " lecture et bon mois de septembre
A tchao, Diobône,
Jean Pierre Bartolini
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Les Souris et les rats du Sorcier.
C'était un modeste village, perdu aux pieds des montagnes où, la population qui y demeurait, était très réduite et ne comptait que très peu d'humbles et modestes maisons. Les quelques villageois qui demeuraient, vivaient pauvrement en cultivant de petits lopins de terre et chacun d'eux, vivait toujours dans la crainte constante, d'un horrible vieillard du nom de Lucifer, dont on disait dans le secret des chaumières, que c'était un sorcier doté de sombres pouvoirs.
Il demeurait dans une vieille masure à l'orée du petit village et chacun évitait de le rencontrer dans les rues de ce village où, il cheminait toujours en compagnie d'un énorme chien, qui, montrait ses dents, à tous les passants qu'il rencontrait. Ce vieillard accusait une taille moyenne et portait une immense barbe blanche, qui descendait presque jusqu’aux genoux. Son visage était sévère et n'était jamais marqué par aucun sourire et son regard perçant donnait le froid dans le dos des villageois qui le rencontraient. Il cheminait toujours à pas lents, accompagné de son gros chien toujours menaçant et sa présence dans les rues du petit village, faisait s'enfuir les plus courageux. Le vieux Lucifer, avait eu un jour funeste, l'idée macabre de faire fuir tous les gens du pays, afin que ce village vidé de ses habitants, puisse lui appartenir en propre. Pour cela, après avoir mûrement réfléchi, il fit appel à ses dons de sorcellerie et comme sa demeure était remplie de rats et de souris, il les ensorcela afin qu'ils aillent semer la terreur chez les habitants. Ainsi, à chaque nuit, les rats et souris se faufilaient hors de la demeure de Lucifer, pour s'en aller coloniser les quelques maisons du village, en occasionnant toutes les nuits, un tapage nocturne infernal qui privait les habitants de repos et de dormir en paix. On pouvait apercevoir ces rongeurs, avec leurs yeux rouges qui luisaient dans l'obscurité, pendant qu'ils renversaient tout sur leur passage et venaient même jusqu'aux lits qu'ils envahissaient, pour mordiller douloureusement les pieds des dormeurs, qui, depuis un moment déjà, n'avaient pu trouver ni le repos, ni le sommeil... Ces animaux nuisibles, laissaient toujours derrière eux le chaos le plus complet et la désolation. Malgré les nombreux chats qui étaient présents dans les maisons, cela n'effrayaient nullement cette armée de rats et de souris, qui arrivaient même à les faire fuir.
Alors que les villageois, harassés de fatigue se désolaient et se demandaient comment se débarrasser de ces animaux nocturnes, c'est alors, qu'un étrange jeune-homme arriva dans le village. Il était natif des lieux, mais, à l'adolescence il était parti pour s'en aller explorer le monde. Mais, aujourd'hui, le voilà revenu chez-lui où, il devait se retirer, dans la vieille maison que lui avaient laissé ses parents. Cependant, les gens se demandaient, ce qu'il pouvait faire toujours cloîtrer chez-lui et on devait apprendre plus tard, que durant tous ses voyages, il s'était intéressé à la magie et aux sciences occultes et avait acquis un prodigieux savoir en la matière. On disait, à voix basse, qu'il possèderait un mystérieux parchemin de 8 pages environ, qu'il verrouillait toujours dans une malle, après l'avoir visité au moins une fois par mois.
Ce jeune-homme, prit conscience des difficultés des villageois, qui ne savaient plus comment ? faire fuir les rats et souris pour ainsi retrouver des nuits tranquilles et sereines. Un jour, ce jeune-homme prit la décision, de défier le vieux Lucifer et ses créatures nuisibles. Durant des jours et des nuits, il se pencha sur le mystérieux parchemin, que lui avait donné son étrange vieux maître, en cherchant tous les moyens, de contrer le sortilège du sorcier Lucifer. Finalement, déterminé, il se lança dans une quête périlleuse, pour l'affronter et libérer le village de sa tyrannie.
La confrontation final entre Lucifer et ce brave jeune-homme fut épique. Dans un duel de haute magie, les deux adversaires s'affrontèrent déchaînant des forces obscures et des éclairs de pouvoir. Les souris et les rats tournoyaient autour d'eux, prêtes à obéir à Lucifer pour attaquer le jeune-homme. Cependant, celui-ci avait un atout secret = un chapelet étrange et une prière exceptionnelle, qui avait le solide pouvoir, de bloquer les enchantements maléfiques. Au moment crucial, il brandit le chapelet en invoquant son pouvoir, brisant le lien de Lucifer avec les rats et souris, lesquelles, libérées de Lucifer, s'enfuirent loin du village, le laissant impuissant et furieux. Son énorme chien l'avait aussi abandonné, pour partir loin du village.
Le jeune-homme, profita de l'occasion pour neutraliser Lucifer, le privant de ses pouvoirs et le renvoyant dans l'obscurité d'où il était venu. Le village fut enfin libéré, des désagréments causés par les rongeurs et Lucifer.
Il pensèrent célébrer ce jeune héros, mais, il avait disparu et jamais on ne le revit dans le village.
Où était-il parti ? jamais on ne put le savoir.
Jean-Jean du Bastion de La Calle.
22 / 10 / 2024.
- de La Calle Bastion de France.
Paroisse de Saint Cyprien de Carthage.
Giens en presqu’île - HYERES ( Var )
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MAHOUAN
ACEP-ENSEMBLE N°272
Pour faire barrage à l’oubli
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Le village de Mahouan situé à 1300 mètres d'altitude, à 14 kilomètres, à, Nord-Ouest de la ville de Sétif et à 8 km de la Commune d’El-Ouricia dont il va dépendre administrativement est le quatrième village que va construire et peupler la Compagnie Genevoise.
Décidée en 1853, sa création sera effective en 1854 avec la création de 50 lots de 20 hectares chacun et la construction de 50 maisons. Le climat est très sain, les hivers sont rigoureux avec d'importantes chutes de neige.
Son territoire vallonné, ses riches terres, une pluviométrie favorable, permettent la culture du blé dur, variété de céréale aux qualités semoulières exceptionnelles. Ses rendements bien au-dessus de la moyenne de la province de Constantine, sans apport d'engrais, mais grâce aux méthodes modernes de culture, en font le grenier des Hauts plateaux. C'est également le territoire affectionné par les amateurs de chasse à la caille. Au mois d'aout, les cailles grasses à souhait, font le délice des gastronomes...
Mais ce village ne put se développer, Ia plus grande partie des terres appartenait à Ia Compagnie genevois., propriétaire tyrannique, qui Ies donnant en métayage, ne permettait pas, à l'exploitant d'en tirer un revenu à peine supérieur à celui d'un ouvrier agricole. La Compagnie investissait les bénéfices à l'étranger.
1854. - Le L6 mars, la décision de construire le village est prise. Le 17 juillet. M Bocquet, rapporteur du Conseil de Gouvernement expose les faits :
M. le Général Commandant Supérieur de la Province de Constantine a transmis le 16 juin dernier, les plans et les projets relatifs à l'établissement du village de Mahouan. D'après les devis établis par le service du Génie de la Place de Sétif la dépense s'élèverait à 63.200 f. Le Commandant Supérieur du Génie la réduit à 26.000 f, car le Directeur des fortifications rejette Ia construction de l'enceinte qui est prévue, plutôt par conséquence de la décision prise à l'égard des trois premiers villages que comme conviction personnelle. Voilà en quels termes, M. le général de Chabaud Latour s'exprime :
« ... Ces deux derniers Centres (El Ouricia et Mahouan) doivent être créés à 10 kilomètres de Sétif, ils seront distants de 20 kilomètres environ de l'oued Draouate et de l'oued Berd, qui sont à la limite des tribus kabyles établies sur les versants de la chaîne qui forment les très hautes montagnes du Babor et du Takoucht. Ces tribus contre lesquelles on a dirigé l'expédition de 1853 paraissent être soumises franchement à notre domination dans l'Ouest de la Province de Constantine.
On doit supposer qu'elles formeraient le foyer de la révolte, en raison de leur habitude de brigandage et des difficultés que représente l'accès de leur pays si Ia garnison de Sétif, réduite par les exigences des opérations militaires sur d'autres points, n'était pas assez forte pour tenir Ia campagne. Les deux villages en question se trouveraient alors aux tentations Kabyles.
« Dans le but de rendre la force militaire disponible pour des opérations actives, nous avions émis primitivement l'avis d'entourer de murs, le village à créer, dans la contrée où des insurrections restent à craindre. L'impuissance des indigènes contre toute enceinte un peu élevée, nous donnait lieu de croire que les colons suffiraient eux-mêmes à leur propre défense. Notre proposition n'a pas été adoptée, en considération des dépenses qui en était la conséquence. Si l'on veut éviter l'énorme dépense de la construction de l'enceinte, et tout en ménageant la zone de 15 mètres demandée par le Commandant du génie, par contre, il ne faut pas renoncer aux tours défensives indiquées dans le plan du Village.
En cas d'alerte il serait facile d'envoyer de Sétif un petit détachement qui occuperait ces postes et aidé par les habitants du village suffirait aux premiers besoins de Ia défense. Si plus lard on juge nécessaire de construire l'enceinte, on le fera. Mais comme si tout le porte à le croire, la pacification générale de cette partie de l'Algérie, qui paraît en si bon chemin, rend même ces tours inutiles comme protection, elles pourraient être affectées aux besoins locaux. »
Quant aux autres travaux, le rapporteur estime qu'il n'y a aucun inconvénient de réduire de 6.000 f le crédit demandé pour le nivellement et l'empierrement des rues, car le strict nécessaire est suffisant dans les premiers temps. Néanmoins, il propose le chiffre de 20.000 f pour les travaux d'eau ce qui permettra de construire la conduite d'eau en maçonnerie.
La source captée se trouve à 700 m du village, tout porte à croire qu'elle suffira largement aux besoins. Il existe également d'autres sources qui pourraient être employées à l’irrigation des terres attribuées à ce centre.
Sur la partie du village qui a un rapport aux emplacements à assigner aux établissements publics, II semble que l'oratoire devrait être placé au lieu et place de la fontaine, qu'il y aurait lieu de modifier Ia place, prévoir Ies constructions des îlots d'habitations dans la première partie, la seconde partie élargie deviendrait Ia place du village avec la fontaine, le lavoir et des plantations.
En résumé, la Commission est d'avis : d’approuver le projet général d'établissement du village de Mahouan, sauf à remanier le dit projet en ce qui concerne le tracé de Ia place et le choix des emplacements réservés aux édifices publics.
De réserver une zone de 15 mètres autour du village au cas où la construction de l'enceinte défensive deviendrait nécessaire, mais d'établir dès à présent les 4 tours avec mâchicoulis sur les points indiqués dans les plans annexés.
D'ouvrir en conséquence aux services du génie, les crédits nécessaires pour exécuter dès à présent les travaux ci-après : Savoir -
- Construction de 4 tours 7.000 f
- Empierrement et nivellement des rues 6.000 f
- Aménagement des eaux, fontaine, lavoir 19.200 f
soit, 32.000 f, crédit imputable sur le chapitre 28 du budget de l'exercice courant.
De prévoir dès à présent l'étude des projets des chemins destinés à relier le village de Mahouan à la grande route de Sétif à Bougie.
Le 20 novembre, apostille supplémentaire du Général de brigade Commandant supérieur du génie en Algérie.
Dans notre apostille en date du 25 juin dernier, sur le plan d'alignement et de dénivellement de Mahouan, nous avons signalé diverses modifications à apporter aux dispositions proposées.
Le Chef du génie de Sétif expose que les maisons étant actuellement construites ou en cours de construction, il en résulte que les modifications en question sont impossibles.
Avant d'examiner si cette conclusion est complètement exacte, nous ferons remarquer que les autres motifs sur lesquels s'appuie le Chef du génie sont peu fondés. Cet officier dit que le nombre de rues transversales ne pouvait être réduit, parce que la société Genevoise tenait essentiellement à grouper les maisons par quatre, afin de ménager des entrées latérales aux voitures. II est clair que cette société n'a pas à sa charge le nivellement et l'empierrement des rues non plus que leur entretien dans l'avenir et il est juste aussi que l'Etat à qui incombe la dépense de ces travaux cherche à limiter à ce qui est convenable en se basant sur les dispositions générales adoptées pour les Centres de population ordinairement on se contente de desservir chaque lot à bâtir par un de ses côtés situé sur la voie Publique, on n'ouvre des rues transversales qu'autant qu'il est nécessaire pour établir des communications entre les différentes parties du village, et le nombre des îlots groupés ensemble se trouve porté à dix, ainsi qu'on le voit dans le type établi pour les colonies agricoles. Nous pensons qu'une disposition analogue est à adopter pour les villages restant à construire pour la société genevoise et que pour celui de Mahouan, il faut au moins supprimer l'empierrement des rues extérieures Nord-Est et Ouest ainsi que le propose le Directeur..
En octobre 1855, le Premier convoi d'émigrants arrive à Mahouan. Le 15 novembre les 50 maisons sont construites, seulement occupées par huit premières familles.
Les dramatiques nouvelles données à leurs familles, en Suisse, par celles d'Ain-Arnat et de Coligny, les conditions épouvantables, inhumaines de leur implantation, Ia misère, les épidémies. des familles entières décimées, tarirent définitivement l’immigration suisse.
Mais les agents de la Compagnie prospectent d'autres régions. et leurs promesses toujours aussi mirobolantes attirent d'autres familles qui se laissent prendre à leurs mensonges de ce nouvel eldorado qui ne sera que misère. Ce sont en définitive 112 Savoisiens et quelques Français de la Côte d'Or, familles catholiques qui peupleront le nouveau village de Mahouan.
1855. - le 9 décembre Projet de création d'une succursale du Culte catholique et d'un établissement de sœurs à Mahouan. M. l'Evêque d'Alger, après avoir visité les colonies de la Compagnie genevoise, ayant constaté que Ia désignation d'El Ouricia avec Mahouan pour annexe était le résultat d'une double erreur, attendu que le second de ces villages était le seul peuplé et qu'aucun des deux ne pouvait servir d'annexe à l'autre tant à cause des chiffres de la population que de Ia distance qui les sépare.
D'après les explications de Monseigneur Pavy, et conformément à sa demande, une lettre est adressée au Ministre de l'instruction publique et des cultes pour le prier de faire ériger à Mahouan, sans annexe la succursale proposée pour El Ouricia avec ce dernier comme annexe. Le Prélat demande, en outre, que des sœurs soient établies immédiatement à Mahouan. M. le Gouverneur Général est invité, par dépêche de ce jour à examiner cette demande et à formuler des propositions s'il y a lieu.
1856. - Le 1er juillet, on dénombre au village 34 hommes, 15 femmes, 25 garçons et 21 filles.
1859. - Le 3 juin. la Compagnie Genévoise obtient à titre définitif une concession de 116 hectares de terres dans la commune de Mahouan.
1871. - Mahouan est attaqué alors que ses habitants n'ont pu être évacués sur Sétif. La population n'a dû son salut que grâce à un regroupement rapide à la ferme de la Compagnie genevoise où un petit détachement militaire stationnait.
La défense s'organisa pour résister aux attaques avant qu'un bataillon revenant des Amouchas ne disperse les assaillants.
1874. - M. Dussaix Françoris est adjoint spécial, il siège à Ia Commission municipale à El Ouricia.
1882. - La Commission des centres étudiant la situation des villages de la région, aborde la nécessité de procéder à un agrandissement de Ia commune de Mahouan afin de redonner du dynamisme à ce village.
1884. - Le projet d'agrandissement est étudié.
1886. - Le débit des sources alimentant le village, mesuré à 30 l/m est jugé suffisant.
1889. - Mahouan végète, il ne pourra prospérer que par l'expropriation des terres de la Compagnie genevoise. Cette question est sans cesse posée mais n'a pu obtenir de solution et les moyens d'arriver à un résultat quelconque paraissent problématiques. Le Maire de Sétif a proposé de contracter un emprunt afin de désintéresser la Compagnie genevoise, mais ce projet n'a pas été approuvé. La Compagnie jouant de son influence pour le faire échouer.
1889. - Tavaux d'utilité Communaux : La Commune sollicite une subvention pour les travaux concernant Mahouan : Réparations des bâtiments communaux : 3.000 f - Ouvrages défensifs : 2.000 f
Rapport du Sous-préfet : La sécurité est assurée par Ia proximité de la ville de Sétif - les travaux intéressant les bâtiments communaux peuvent être indispensables, mais il conviendrait de faire procéder à une étude par les soins du service des Ponts & Chaussées qui recevra l'ordre de préparer les projets si le besoin est reconnu.
Rapport de l'ingénieur en chef des Ponts & Chaussées : Mahouan possède une Mairie-école, une église, un presbytère, qui tous, surtout le presbytère sont en mauvais état. La commune ne les entretenant pas suffisamment l'Administration supérieure estime que, vu la modicité des ressources de la commune, il convient de lui venir en aide, on ne saurait trouver exagéré la demande de subvention des 3.000 f.
Avec cette somme on n'arrivera même pas à remettre les immeubles en état. Il serait nécessaire d'obtenir 5.000 f. Avec 2.000 f, il ne serait pas possible de remettre en état les ouvrages de défense. En cas d'insurrection les habitants peuvent se réfugier à Sétif distant de 14 kilomètres. Il nous paraît souhaitable que les services du Génie soit appelé à étudier ce dossier.
1909. - Un bureau télégraphique est ouvert.
1911. - Note Administrative - Mahouan est situé par la route à 8 kilomètres de la commune d'El Ouricia et à 14 kilomètres de Sétif. Une école mixte fonctionne. L’adjoint spécial est M. Reynaud R. Les agriculteurs sont : Vve Barral - Dussaix Fières - Vve Gaillard - Reynaud - la Compagnie genevoise.
1940. - Un dépôt de 15 fusils Lebel modèle 1886 avec une attribution de 1.500 cartouches est effectué sous la responsabilité de M. Veber Albert. L'école mixte de Mahouan comprend : une salle avec une classe de 53 élèves, un logement de 3 pièces, une cour clôturée de 48 m2, une bibliothèque. Pendant de longues années, M. Viguier, l'instituteur du village, habitant Sétif, regagnait journellement son poste à Mahouan en vélo.
Témoignage de Madame Geneviève Dussaix Bories sur son village de Mahouan.
François Dussaix, né à Thiez, arrive à Mahouan en 1857, petit village des Hauts Plateaux Sétifiens créé par la Compagnie genevoise. Il est célibataire, à 23 ans, le pays lui plait, ii décide de s'y installer et demande à ses frères de le rejoindre.
Uldéric (1er du nom) né en 1830, qui vient de se marier avec Jeannette Millet, arrive à Mahouan où ses deux autres frères s'emploient chez les autres colons. Leur premier achat fut une chèvre, mais petit à petit ils se constituent un élevage n'hésitant pas à aller vendre leurs produits jusqu'à Alger, les conduisant eux-mêmes par la route. Caroline est mariée à Auguste Robert, ils ont trois enfants. Arrivés à Mahouan, ne supportant pas le climat, le couple décède ainsi que le plus jeune de leurs enfants. Les deux orphelins sont immédiatement pris en charge par leurs oncles qui les élevèrent.
Basile, né en 1823, marié à Claudine Millet, rejoint ses cadets après avoir quitté Ia Savoie. Il embarque à Marseille le 25 décembre 1874 avec 7 personnes, débarque à Stora et il réussit à obtenir une concession à Ouled Nabet (Faucigny qui lui sera attribuée le 1er novembre 1875. Basile vendit à Thiez en Savoie, 2 hectares de terre, une maison le tout estimé à 15.000 f, de plus les Dussaix vendirent leur petite usine de tissage à Thiez, cela leur permit d’acquérir quatre concessions qu'ils mirent successivement en valeur.
Ils vivaient en famille, les femmes se partageant, les tâches ménagères, Ia cuisine, le potager, l'entretien du linge, la dernière s’occupait des enfants. Elles subirent de nombreuses privations, les femmes ne buvaient pas de vin, ne mangeaient du beurre que lorsqu’elles étaient enceintes.
La famille connut de nombreuses naissances mais aussi beaucoup de décès. Ma grand'mère me disait « notre caveau est rempli de petits cercueils »
Le dicton dit ; « le premier exploitant d’une terre vierge se ruine, le second réussit à récupérer sa mise qu’en revendant, il faut attendre le troisième pour que le travail effectué et accumulé devienne rentable. » La réussite des frères Dussaix tient précisément à cette succession de travail, d'entraide qui ira jusqu’à l'adolescence des derniers de leurs enfants époque à laquelle chacun reprendra son indépendance.
Mahouan connut de nouveaux arrivants, la plupart Savoyards moins heureux et moins solidaires, ils abandonnèrent presque tous. C'est ainsi que mon arrière-grand-père Uldéric. racheta la concession de François Jeantet qui devait devenir par le mariage de ma mère, mon arrière-grand-père. Mon grand-père Uldéric (2ème du nom) né en 1862 à Mahouan racheta la concession de M. Luya dont l'arrière-petite-fille Ginette Jacquetti devait devenir l'épouse de mon frère Ulderic. Ainsi donc ma mère et ma belle-sœur revenaient sur les terres avant appartenu à leurs ancêtres.
La première maison de la famille Dussaix, construite au centre du village, devint très vite trop petite, les enfants grandissant, les frères François et Uldéric décidèrent de se séparer et fut alors construite une autre maison à droite en entrant au village où sur le fronton est noté la date d’arrivée du premier des Dussaix. Basile quant à lui s'installa à Aïn- Abessa.
Les garçons de François (premier du nom) s'orientèrent vers Kerrata. Madame Bise amie et contemporaine de mes tantes Denise et Olympe Dussaix a bien voulu nous confier ses souvenirs concernant l'origine du moulin de Kerrata.
« Joseph et Louis Dussaix sont à l'origine de I’implantation des Dussaix à Kerrata. Peu après la guerre de 1870, trois jeunes gens venus de France, Gérard, Roinel et Lionnet, arrivaient en Algérie espérant y faire fortune. Arrivant dans la région de Kerrata, devant cette grandiose chute de l'Oued Agrioun, ils décident sur-le-champ d'édifier un moulin sur ces lieux. Louis et Joseph Perret furent embauchés, le Premier comme meunier, le second comme charretier. Au bout de quelques années après le décès de ses deux associés, le troisième décide de céder son moulin, les frères Perret contactent leurs cousins Dussaix, Joseph part immédiatement à cheval à travers les montagnes en pleine nuit et avec François arrivent sans tarder à Kerrata afin de négocier l'acquisition du moulin. C'est ainsi que la famille Dussaix s'implanta à Kerrata.
Le 14 avril 1854, à Kenig El Mahouan, le général de Mac Mahon commandant la province de Constantine accorde à : Ahmed ben Zaidam Maréchal des Logis de Spahis, une concession de 49,99 hectares et à Messaoud ben Zaidam, demeurant à la Smala des Spahis proche de Sétif, une concession de 49,99 hectares également.
Liste des premiers attributaires. Ces lots étaient composés de : 1 lot urbain - 1 lot de jardin - 1 lot de prairie - 1 lot de terre de première catégorie - 1 lot de terre de 2éme catégorie..
1856 : Ansemier Charles ; Boccacino Antoine ; Brunier Henri ; Challet Charles ; Champoud Marc ; Costard Marquis de Saint Léger ; Desponds Louis ; Geneux Louis ; Gourmai Claude ; Grimm Daniel ; Gueix Marc ; Guinard Charles Felix ; Guignard Auguste Jeune ; Joël Marc - Louis ; Léger Albert ; Marill Joseph fils ; Millet Jean-François ; Perey Jean-Samuel-Emile ; Robert Auguste ; Teisseres Alexandre ; Veluz Blaise ; Penseyres Jean-François ; Matthey Jean.
Bastien Henri ; Boiteux André ; Caillet Marc Louis ; Champoud François ; Chevalley Jean- Louis ; Desponds Abraham ; Ducret Jean-Claude ; Girardet Abraham ; Grimm Camille ; Coustar Jean-Baptiste ; Guignard Auguste Aimé ; Guignard Frédéric ; Jaxel Pierre ; Lachapelle Jean-François ; Marelle Joseph Père ; Matthey Louis ; Perey Jean-Jacques ; Perrotet Rodolphe ; Talotin Antoine ; Teisseres Edouard ; Vidaille Jacques ; Matthey Henri
Dans les dernières années les principales familles furent :
Familles Barral Eugène, Jean, Ernest et Alexandre - Familles Dussaix Maurice, Uldéric et Robert- Famille Raynaud - Famille Babèche - Famille Weber - Mohamed ben Sallah était le garde Champêtre, sacristain de l'église, son fils était secrétaire de la Mairie - M. Amara était le Postier.
Maurice Villard
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SOUVENONS-NOUS DE
AÏN-TOLBA - GUIARD
Par Edgar SCOTTI
Echo de l'ORANIE N°317
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Ce centre a été créé en 1890, pour 75 feux, sous le nom de Guiardville en hommage à la mémoire du compagnon, médecin militaire, du colonel Flatters mort avec lui, à Bir-el-Gharama, en 1881, lors de la traversée du Sahara.
À son origine Guiard s’étendait sur 2661 hectares. Une légère extension, en 1904, a porté le territoire de ce centre à 2725 hectares. Le village situé à 8 kilomètres d’Ain-Temouchent sur la route de Béni-Saf, n’est séparé de ce port minier que de 16 kilomètres. En 1900, Guiard, simple hameau, dépendant administrativement d’Aïn-Khial (la source des fantômes), a été peuplé avec des agriculteurs venus du Gers et des Hautes-Pyrénées. Situé à une altitude de 371 mètres au-dessus du niveau de la mer, le climat y est très sain avec des sources donnant une eau d’excellente qualité utilisable pour l’alimentation et pour l’irrigation des jardins.
En 1900, Guiard, avec une population de 240 habitants, était administré par un adjoint spécial, siégeant au conseil municipal d’Aïn-Témouchent. Quelques années plus tard, en 1908, cette population, augmentée des fellahs descendus du douar Sidi-Bou-Adda et du hameau d’Aïn-Alem (la source du drapeau) situé à 5 kilomètres, réunissait 2 511 personnes parmi lesquelles 765 européens dont 514 étrangers.
Administration municipale
Adjoint spécial : M. Raymond Malmauret
Garde-champêtre : M. Jean-Pierre Aurensa
École mixte : Melle Biarnay, institutrice
Artisans et commerçants
Commerçants : M. Benouar
Eleveur et marchand de bestiaux : Moktar ben Bachir
Boulanger : M Vincent Armand
Briquetier : Comte d’Oillanson
Charrons-forgerons : MM. Gresse et Thébaut
Cafetier et hôtelier : M. Gresse
Agriculteurs-viticulteurs
En 1900, Guiard possédait déjà un petit vignoble d’une quarantaine d’hectares complanté en carignan, cinsaut et petit-bouschet. Parmi les viticulteurs : MM. Imbert, Jouane et le comte d’Oillanson.
Compte tenu de la nature des sols, les choix de cépages ainsi que celui des greffons ouvraient des perspectives que n’offraient pas les céréales trop sensibles aux aléas d’une pluviométrie capricieuse
Guiard était alors une commune de plein exercice englobant dans son territoire le hameau d’Aïn-Alem dont les habitants étaient représentés au sein du conseil municipal de Guiard par M. Antoine Gonzalès, en qualité d’adjoint.
Venant après Hammam-Bou-Hadjar et son importante cave coopérative, les sols de Guiard et d’Aïn-Khial, avec une pluviométrie de 400 à 500 mm en année normale, étaient particulièrement favorables à la vigne en raison de la douceur du climat et de l’absence de gelées printanières. Cependant, en années humides, la présence de cryptogames, mildiou et oïdium, nécessitait une attention particulière. L’encépagement était, comme partout ailleurs dans le département, basé sur carignan, cinsaut, alicante-bouschet.
Soixante-dix ans après la création du centre, 110 viticulteurs cultivaient un vignoble s’étendant sur 1 697 hectares avec en moyenne une quinzaine d’hectares chacun. Ces 110 viticulteurs produisaient 23 257 hectolitres vinifiés en cave coopérative ou dans des chais particuliers.
Comme dans de nombreuses communes du département d’Oran, de petits vignobles appartenaient à des Musulmans, producteurs de vendanges destinées à être vendues au poids, soit pour être vinifiés, soit comme raisins de table après ciselage. Enfin de nombreux propriétaires avaient une autre activité, ce qui conduisit à créer des caves coopératives.
Parmi ces viticulteurs citons : MM. Allembrand et Castejon, Roland André, Joffre et André Arnaud, Emile Baridon, Léon Baridon, Mme Léontine Baridon, MM. Ben Ahmed, Moïse Benbunan, M. Benguigui, Mme Vve Charles Bensoussan, MM. Moïse Bensoussan, Nathan et Henri Bensoussan, Benjamin Berthalon, André Berthalon, Mme Vve Daniel Berthalon, Melles Emilie et Estelle Berthalon, MM. François Berthalon, Guy Berthalon, Henri Berthalon, Urbain Bittès, Sauveur Boronad, Kouider Boukobrine, Boucif Boutlétis, Paul Ceccaldi, Pierre Ceccaldi, Louis et Edmond Chapuis, Léopold Chollet, Léo Courtot, Antonin Ducuing, Daho El-Habib, Daho Hadj El-Habib, Djaffart El-Habib, Mme Lalia El-Habib, Mme Mathilde Encinas, MM. Joseph Estrella, Auguste Fabre, Jean Fabre, Joël Gaby, Garcia, Paul Gillot, Antoine Girona, Adolphe Gonzalès, François Gonzalès, Gabriel Gonzalès, Mme Vve Jean Gonzalès, Mme Vve Guignard née Kruger, MM. Marcel Guillaume, Antoine Ibanez, Joseph Ibanez, André Krief, Edmond Krief, Maurice Krief, Mme Raymonde Krief, MM. Claude Kruger, Edmond et Jean Kruger, Yves Kruger, Alfred Lamarche, Paul Lamarche, Théophile Lamarche, René Limerat, Mme Elise Lozano, M. François Lozano, Mme Vve Edmond Maffre, MM. Jean-Pierre Maffre, Louis Maffre, Mama ben Mohamed, Méhani Mankour, Antoine Miraillès, Mme Vve Eugène Muller, MM. Georges Muller, Daniel Orcière, Edmond Orcière, Mme Odette Orcière , MM. René Ortega, Elie Pellegrin, Octave Perrin, Marcel Pichot, Adrien Piquemal, Joseph Reveyrand, Paul Ruel, Mme Vve Paul Ruel, MM. Saier, Marcel Salas, Alexis Serres, Auguste Serres, Mme Vve Severac, MM. Joseph Sturla, Henri Thébaut, Mme Vve Henri Thébaut, Mme André Touboul, MM. Edouard Vayssière, Eugène Vacquié.
Le développement du vignoble oranais et notamment celui de Guiard met en évidence le fait que de toutes les cultures locales, celle de la vigne était la plus adaptée au climat de cette région. Avec toutes les activités qui lui sont associées, fournitures de plants, soins culturaux, constructions de caves, transports des vins et des sous-produits, la viticulture occupa un rôle très important dans l’emploi de la main-d’œuvre et l’économie de ce département.
L’histoire de ce village s’achève en 1962, après l’assassinat en 1960, sur leur propriété, de MM. Allembrand et Castejon. C’est par la route, vers le port de Béni-Saf, qu’hommes, femmes, enfants et vieillards fuirent devant les risques d’enlèvements, de tortures et mutilations. Ils laissaient derrière eux des hommes et des femmes désespérés, partant à la recherche, dans les mechtas, des traces des disparus.
Démoralisées et meurtries, ces familles rejoignaient un port pour s’entasser dans un chaland de débarquement faisant office de bateau de l’exode.
Cette note succincte n’a pas d’autre objectif que celui de réunir dans une même mémoire collective les noms de tous ceux qui pensaient que la vigne, plus intéressante et plus productive que les céréales, constituait pour ce village le seul moyen de tirer des ressources de ses sols. Il fallait à cette époque du début du siècle fournir du travail et des moyens d’existence à tous ces hommes descendus de leurs douars pour trouver à Guiard, des soins médicaux, une école communale.
Cette évocation des hommes et des femmes de Guiard durant ces soixante-douze années d’existence ne dresse pas les unes contre les autres les différentes mémoires que l’on peut conserver de ce village. Tout au contraire, elle réunit, nourrit et réactive le souvenir de ce centre.
À Guiard, dans la rue principale, la maison du médecin était proche de la boucherie avec ses têtes de moutons, de l’épicerie et ses tonnelets de sardines salées, ses chaînes de norias, du marchand de tissus. Aïn-Alem avait une quinzaine de foyers d’agriculteurs, un garde champêtre, une agence postale, une épicerie, un moulin. Les noms précités témoignent que dans ces villages d’Oranie, chacun, selon son savoir-faire, sa culture, ses traditions, produisait du raisin de cuve ou de table, beaucoup plus rentable que les céréales, malgré de coûteux investissements préalables.
En 1935-1936, deux éoliennes de marque Wen-Charger, étaient installées par MM. Denis Dulac et Antoine Gonzales, l’une sur le territoire de Béni-Saf, l’autre sur celui d’Aïn-Alem. Durant ces années où personne ne parlait encore d’énergie renouvelable, sous le souffle du vent, les grandes ailes de ces génératrices alimentaient leur ferme en électricité. Ces hommes n’ont rien pris à l’Algérie, mais ils y ont laissé le fruit du travail de plusieurs générations. Après un dernier regard sur la maison qui abrita tant de rencontres familiales, la cave et les rangs de vigne, au premier tournant de la route, ils pensaient déjà à reconstruire et ouvrir ailleurs, en France, à l’étranger, d’autres sillons.
Aujourd’hui et surtout demain, les lointains descendants des viticulteurs venus des départements du Sud-Ouest et du piémont pyrénéen éprouvent et éprouveront le besoin de mettre leurs pas dans ceux de leurs lointains aïeux. Il n’est pas possible de substituer une mémoire à une autre.
L’homme ne peut exister sans mémoire, ce bien inaliénable auquel chacun d’entre-nous a droit. Il n’y a pas de présent sans passé.
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LE MARECHAL GALLIENI
Toute la France a applaudi le vote du Parlement décernant la dignité. suprême au toujours regretté général Galliéni. C'est la première fois qu'un bâton de maréchal est donné à un mort. - Car on ne peut compter le titre de maréchal que Louis XVIII avait conféré à la veuve du général Moreau !
Il est regrettable seulement que cet hommage ait été si tardif. Il a fallu presque une polémique inopportune fût engagée sur la nomination de nouveaux maréchaux pour que l'accord se fit sur le nom de Galliéni, cinq ans, presque jour pour jour, après sa mort. Pourquoi donc le gouvernement de 1916 ne déposa-t-il pas le bâton sur le cercueil du grand chef à l'heure émouvante et inoubliable de ses obsèques qui, partant de la chapelle des Invalides sous le regard de bronze de Napoléon, allaient se dérouler dans ce Paris qu'il avait sauvé en août 1914.
Il serait peut-être facile d'en trouver l'explication rien qu'en lisant les vigoureux mémoires qu'a laissés Galliéni et qui ont été récemment publiés. Mais je ne viens pas faire, ici, de la politique rétrospective, el je veux simplement, en quelques mots, rappeler ce que fut Galliéni et plus particulièrement le rôle qu’il a joué en 1914.
Ce que fut Galliéni„ qui ne le sait en France. Même nos écoliers apprennent, trop sommairement sans doute - qu'il fut le principal créateur et organisateur de notre empire colonial. Le Soudan, le Tonkin, Madagascar marquent les trois grandes étapes de cette carrière coloniale, magnifique entre toutes, presque unique. Les Anglais, qui s'y connaissent en chefs coloniaux, ne lui épargné ni la louange, ni l’hostilité, alors qu’ils continuaient âprement la lutte séculaire contre l'expansion coloniale de la France.
Puis Galliéni, dut accepter les commandements que son grade et, ses services le im-posaient en France. Successivement commandant de corps d’armée et membre du conseil supérieur de la guerre, ce colonial silencieux, réservé, auquel, certains de ses collègues, tout en rendant hommage au gouverneur de Madagascar, refusaient l’expérience de la guerre européenne, prenait peu à peu une autorité incontestée par sa fermeté froide et son jugement précis. Le général Joffre, colonial lui aussi, qui avait servi sous les ordres, de Galliéni à Madagascar et avait été, avoue-t-il lui-même, bien noté par lui, l'a en haute estime, au point de lui faire délivrer dès 1912, une lettre de service l'appelant au commandement suprême en cas de guerre, si lui, Joffre,, disparaissait. II est. considéré même, après qu'il a été atteint par la limite d'âge en 1914, comme l'ad latus du généralissime en temps de guerre.
Désigné comme commandant, de la 5ème armée, il a étudié et discerné avec le bon sens qui le caractérise, l'importance de la zone d'opérations dans laquelle son armée doit agir, d'après le dispositif du plan de concentration, à l’aile gauche des armées, au voisinage de la Belgique. Il prévoit, que la stratégie allemande cherchera la surprise sur celte aile gauche par la violation de la neutralité de la Belgique. Et celui qui lui succèdera à la 5ème armée, en 1914, le général Laurezac, partagera sa conviction.
Je me rappelle avoir rencontré le général Galliéni, le 4 ou 5 août, 1914 dans les couloirs du gouvernement de Paris. La tristesse austère de sa figure m'impressionna. Je savais qu'il venait d'être éprouvé par un deuil cruel. Je croyais qu'il avait, un commandement, effectif. Dès les premiers jours de la campagne ; je connus les noms des commandants de nos armées, et je fus fort surpris qu'il n'en fût, pas. Quand j'appris, le 28 août, en pleine retraite, sur la rive gauche de la Meuse, qu'il était nommé gouverneur militaire de Paris, je me doutai que les affaires ne marchaient pas très bien. Ce qui se passait, à la IIIème armée, dont je faisais partie, n'était déjà pas si rassurant. Mais je me, souviens avoir dit, à mon officier d’ordon-nance : « Galliéni à Paris, ça va ! »
Et certes, j'étais loin de penser que Paris n'était pas en état, de subir le choc de l’ennemi et que, depuis le 2 août, rien, on à peu près rien, comme allait le constater Galliéni, n'avait ôté fait pour mettre Paris à l'abri de l’orage qui se rapprochait avec une vitesse effrayante.
J'ai connu pourtant un plan de défense très complet du camp retranché qui fut préparé et approuvé en haut lieu en 1904. J’ai su, depuis qu'il était resté sur le papier !
Et puis, le 2 ou 3 septembre, en traversant un village de l'Argonne, je restai, stupéfait en lisant la proclamation affichée, annonçant le départ du gouvernement pour Bordeaux et celle de Galliéni, déclarant que, chargé de la défense de Paris, il remplirait, son mandat jusqu'au bout.
Jusqu'au bout ! Ces trois mots, si simples, allaient devenir, le mot d'ordre de la France et, de ses Alliés. Toute la victoire était dans le serment de Galliéni.
Et il semble qu'il a suffi de celte fière affirmation d'un chef conscient de sa responsabilité et de la vertu française pour que le danger terrible qui menaçait, Paris et la Fiance fût écarté, et que la retraite qui entraînait nos armées après les premiers revers fût arrêtée et transformée en une contre-offensive victorieuse.
Car le jugement, de l’histoire est acquis aujourd'hui... non sans qu'on ait essayé de le déformer et de le fausser. Je crois avoir été un des premiers, du vivant même de Gallieni, à définir et préciser la part prépondérante qu'il eut dans la bataille de la Marne. Dès, la fin de 1915, j'avais eu connaissance des documents du gouvernement militaire, et je m'en servis discrètement, dans mes chroniques du Temps, car déjà certains-récits prématurés et tendancieux de la bataille de la Marne omettaient, avec une persistance singulière, de mentionner le rôle personnel et capital du gouverneur militaire. de Paris, dans les journées des 3, 4 et 5 septembre. Dans l'article nécrologique que je dus - la tristesse plein le cœur - consacrer à Galliéni - dans. le Temps, le jour de sa mort, je terminais ainsi : « Il y a assez de gloire pour les chefs qui ont gagné la Marne pour qu'on ne dispute ni ne diminue celle de Galliéni. »
Il est bien avéré par les documents publiés et par les mémoires si fermes et si simples de Galliéni que c'est à son intervention et à son initialise personnelles qu'on dut l’attaque de la 6ème armée contre le flanc droit de la 1ère armée allemande, défilant à l'Est de Paris, dans son audacieuse poursuite de l'aile gauche de nos armées et, de l'armée anglaise. Il ne se contente pas d'avertir le généralissime du changement d'orientation de l'aile droite allemande, qui, au lieu de marcher droit sur Paris, s'en écarte à partir du 3 septembre ; il prend la résolution de profiter de l’occasion qu'offre soudain le commandement allemand, ignorant en dédaignant la garnison de Paris, et de « lui taper dans le flanc », comme le dit, énergiquement son chef d'état major, le général Glergerie. Il donne ses ordres au général Maunoury, et, il place, pour ainsi dire, le généralissime devant le fait accompli, tellement il pressent que la victoire en sera arrachée à ces Allemands qui marchent tumultueusement dans l'ivresse du triomphe prochain. Mais sa foi el son énergie sont telles qu'à coups de téléphone il convainc le généralissime que l’heure du destin a sonné.
Et voilà bien, en effet, l'instant, dans cette journée décisive du 4 septembre, que l’histoire marquera à l'honneur mutuel des deux chefs, du chef suprême et du chef de Paris, le premier cédant, noblement, à la sollicitation ardente de l'autre, prenant à son tour sa responsabilité et contre l'avis même de ses conseillers les plus Intimes, décidant « qu'on se battrait sur la Marne » !
De ce que fut la bataille de l'Ourcq, dirigée par Maunoury sous l’impulsion de Galliéni, dans la bataille de la Marne, qu'ai-je à dire qu'on, ne sache !''
Mais nous savons aujourd'hui, par les rapports des chefs allemands, que la décision de Galliéni les surprit dans un désordre stratégique extraordinaire, conséquence de la résistance de la Belgique, de la retraite rapide de nos armées échappant à l'enveloppement de l'aile` droite allemande et des contre-attaques heureuses de nos troupes à Guise, en Argonne, sur la Meuse, sur la Meurthe.
C'est 'ainsi je l’ai expliqué dans le Temps, il y a quelques mois, que von Klûck avait porté, de sa propre autorité, la 1ère armée en avant de la 2ème année (voir Bülow), au lieu de rester conformément aux directives du G. Q. G., en échelon à droite, couvrant les 4ème et 3ème armées, qui étaient chargées de l'attaque principale sur la gauche française et sur Paris. Il dut rappeler, sur un ordre du G. Q. G.., les corps d'armée aventurés au sud de la Marne, - et c'est cet ordre, malencontreux en apparence, qui sauva la 1ère armée, car elle eût été engagée tout entière contre l'armée anglaise, et von Kluck n'aurait pas pu jeter, contre la 6ème armée française, les deux corps ramenés ainsi au nord de la Marne, balancèrent un montent l'heureuse issue de la manœuvre de l'Ourcq, par suite de la lenteur de la marche en avant de l'armée anglaise.
Galliéni restera donc l'initiateur de la bataille de la Marne. Sur le socle où s'élèvera, bientôt, nous l'espérons, sa statue, devant l'hôtel des Invalides, le glorieux maréchal mort pourra recevoir le salut fraternel du maréchal survivant qui fut son chef, et qui est bien le vainqueur de la Marne grâce à lui.
Général Malleterre
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Algérie catholique n° 12, décembre1938
Bibliothéque Gallica
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Notre-Dame des Victoires
Monument historique

La Mosquée d'Ali-Bitchnin aujourd'hui Eglise de Notre-Dame des Victoires, date du XVII siècle.
Après la conquête française, dès 1830, cet édifice fut affecté à la pharmacie centrale de l'armée.
II fut remis à l'administration civile par le Génie Militaire, le 27 mars 1843, et livré immédiatement à la direction de l'intérieur pour être approprié aux besoins du Culte Catholique.
Deux siècles après avoir été construit par un renégat italien, enrichi des dépouilles des Chrétiens, le temple mahométan était consacré à la religion première de son fondateur et converti en Eglise sous le vocable de « Notre Dame des Victoires ».
LA MOSQUEE D'ALI-BITCHNIN
Située dans une des rues les plus passantes de notre ville à l'époque des Turcs, cette Mosquée était une « mosquée Kotba », ou de premier ordre et s'appelait du nom de son fondateur : Djama Ali-Bitchnin.
Elle couvrait une superficie d'environ cinq cent mètres carrés. La façade orientale, donnant sur la rue Bab-el-Oued, contenait, au rez-de-chaussée, sept boutiques et une petite entrée aboutissant au Sanctuaire par un escalier étroit de dix-huit marches.
La niche de l'Iman, ou Mihrab, forme encorbellement dans ce mur. Elle était soutenue par quatre consoles qui, à l'heure actuelle n'existent plus ; une réparation malheureuse les ayant fait disparaître. Ce côté de façade est percé de deux fenêtres ogivales.
A l'angle des rues Bab-el-Oued et de la Casbah, s'élevait un des plus beaux minarets d'Alger, d'une hauteur d'environ quinze mètres avec une tour ronde au sommet qui reposait sur une plate-forme carrée, ayant aux quatre angles, quatre petites tourelles très enjolivées. Sur chaque face, se trouvaient trois fausses fenêtres de style ogival plus élancées que les arceaux des fenêtres de.la Mosquée. Un deuxième étage de fausses fenêtres, composées par trois, sur chaque face mais de forme à cintre outrepassé, rappelant le pur style hispano-mauresque sans décorations, complétaient le minaret qui était agrémenté au-dessus des deux rangs de fenêtres, par des rangées multiples de faïences de provenance italienne.
Des mesures de sécurité publique ou d'autres raisons nécessitèrent la destruction de ce chef-d'œuvre d'art mauresque, qui fut abattu, en l'année 1860.
(1) Nous devons les documents historiques qui vont suivre à l'obligeance de M. l'Ingénieur H. Murat.
Au pied du minaret, à l'angle de la façade donnant sur la rue Bab-el-Oued, appelée à l'époque des Turcs : La Grande Rue, se trouvait une fontaine connue sous le nom d'Aïn-ech-Chara, la fontaine de la grande rue.
La façade septentrionale de la rue de la Casbah était percée de trois fenêtres ogivales, de même style que celles de la façade orientale. II y avait, au rez-de-chaussée, neuf boutiques, dont huit seulement sont visibles aujourd'hui et la grande porte d'entrée que quatre marches assez larges relient à la nef. C'était l'entrée principale de la Mosquée au temps des Turcs.
A l'époque de la conquête, lors de la démolition de la Mosquée des Ketchawa, qui était la Cathédrale, le service des bâtiments civils fit placer les deux portes principales de la Mosquée des Ketchawa à cette entrée. Ces portes étaient d'un très joli travail. Elles furent placées là en 1843. Au-dessus de la rosace médiane de chacun des deux battants, on lisait la phrase suivante qui s'y détachait en relief, comme le reste de l'ornementation : « Que la volonté de Dieu s'accomplisse ». On a attribué ces sculptures au maître Ahmed ben Labatchi qui était amin de la corporation des menuisiers. (Depuis quelques années, dans un but de conservation, ces portes ont été transportées au Musée des Antiquités de Mustapha Supérieur).
L'intérieur de la Mosquée présentait à l'époque de sa construction, l'aspect d'une nef carrée, entourée sur trois côtés, de la galerie, recouvertes d'une vingtaine de petits dômes, et surmontée d'une coupole à base octogonale.
Cette coupole prend naissance au-dessus d'arceaux en ogive, supportés par quatre gros piliers aux angles de la nef, et par huit autres piliers distribués sur les faces du carré. Il est certain, aujourd'hui, que les huit piliers intermédiaires étaient autrefois formés de deux colonnes jumelles en pierre. Les Français, dans un but de consolidation auraient, parait-il, réuni les doubles colonnes par un remplissage en maçonnerie qui fit disparaître l'aspect gracieux de ces colonnes jumelles ainsi que leurs chapiteaux, noyés dans le mortier.
Comme toutes les mosquées, cette dernière était blanchie à la chaux, et n'offrait aucune décoration. A droite, en entrant par la rue de la Casbah, en face du Mihrab, et du côté dépourvu de galerie, se trouvait une cour à ciel ouvert, renfermant quelques arbres et un jet d'eau.
C'est dans cette partie qu'ont été installés, vers 1843, le chœur et la sacristie. Primitivement, le chœur se trouvait devant le Mihrab, à l'Est, où était placé le Maître-autel.
Sur le plus ancien plan d'Alger, à l'endroit où le renégat Ali-Bitchnin fit construire cette mosquée, en 1622, il y avait un bagne d'esclaves chrétiens, appartenant au Raïs Chiobali, désigné au nº 34 du dit plan, sous la dénomination de : Seraglio e bagno di chilbali, en l'année 1570, environ. Derrière ce bagne, se trouvait le palais du dit Chiobali, persécuteur des Chrétiens captifs.
L'EGLISE DE NOTRE-DAME DES VICTOIRES
Elle a reçu son glorieux nom, dit Mgr Dupuch, dans « l'Essai sur l'Algérie Chrétienne, Romaine et Française », en mémoire d'un vœu formé aux pieds de l'Image Vénérée de Notre-Dame des Victoires de Paris, par le premier Evêque d'Alger, accompagné de deux jeunes néophytes arabes, au moment où il offrait le Saint Sacrifice et consacrait, une nouvelle fois, son Eglise à Celle dont l'Univers Catholique chanta : « Elle a vaincu toutes les hérésies ; Curctas hoereses interemisti ».
Ce qui rend Notre-Dame des Victoires d'Alger plus intéressante mille fois que les précieux ornements qu'on aurait pu multiplier à la place de son humble parure, c'est, avec cette origine, l'institution de la pieuse Archiconfrérie du Saint et Immaculé Cœur de Marie, fille chérie de celle de la capitale de la France. Les exercices en sont une délicieuse imitation et une douce réminiscence ! Nous les appelions parfois, ah ! qu'on nous pardonne ce qu'une telle expression peut avoir de profane : « Pergama nostra, parvi Simoentis » (C'est ici notre Pergame, le souvenir de notre petit Simoïs »
C'est aussi la belle statue en pierre, parfaitement semblable à celle devant laquelle étaient prosternés en 1841, les Députés de la nouvelle Eglise d'Afrique. Elle a été offerte au surplus, à Notre-Dame des Victoires d'Alger par le vénérable fondateur de l'Archiconfrérie, dont le nom, l'estime et l'affection, qui ne peuvent s'en séparer, sont dans la bouche et dans le cœur de tous.
Or, pendant que celle-ci recevait à Paris sa bénédiction solennelle des mains augustes du Consécrateur même, de l'Evêque de Julio-Cæsaré, ce dernier bénissait, devant l'autel provisoire de Notre-Dame des Victoires d'Afrique, la première cloche de son minaret, dont le vénérable Desgenette, Curé de Notre-Dame des Victoires de Paris, avait bien voulu être le parrain.
Ici, ouvrons une parenthèse, à cause de quelques faits cités ci-dessus.
Il est à remarquer que le premier vocable de l'ancienne mosquée ne fut pas celui de Notre-Dame des Victoires, d'après le dire même de Sa Grandeur Monseigneur Dupuch. Quel était ce vocable, et l'orientation première de l'Eglise ?
Lors de la prise de possession des mosquées par l'Autorité ecclésiastique, il est à remarquer qu'à Alger, le premier Maître-Autel fut toujours placé à l'Est, et au même endroit où les musulmans avaient établi leur Minbar, c'est-à-dire à l'endroit précis, Est, où ils se tournent pour faire leurs adorations. Dans la mosquée des Ketchawa, ancienne Cathédrale, le premier Autel se trouvait dans la niche même du Minbar.
Au sujet de la situation du premier Autel, nous avons été à même de remarquer, qu'au-dessus du Minbar, et de la place même où se trouvait le premier Autel, il existait, et il existe encore actuellement une statue de Sainte Geneviève, patronne de Paris ; est-ce cette paroisse, avant d'être consacrée à l'humble bergère de Nanterre ? Nous refermons cette parenthèse pour citer encore le premier Evêque d'Alger.
Autour de la modeste enceinte intérieure de Notre-Dame des Victoires, comme autour de la magnifique Coupole qui semble relier le ciel sublime aux tombeaux de Pierre et de Paul, à la clarté de leurs cent quinze lampes d'airain perpétuellement ardentes, il y a des confessionnaux pour une foule de langues diverses. N'est-on pas obligé d'y évangéliser tous ceux qui souffrent, en français, en italien, en espagnol, en maltais, en allemand, et même en syrien ? La croix, une simple croix de bois, en domine le clocher, comme elle ornait la coupole de Saint-Philippe.
De simple Eglise, par suite de la démolition de l'ancienne Mosquée des Ketchawa, l'Eglise de Notre-Dame des Victoires devait tenir lieu de Cathédrale pendant les quelques années que durerait la construction de la Cathédrale actuelle.
NOTRE-DAME DES VICTOIRES CATHEDRALE PROVISOIRE
A peine le transfert du culte fut-il accompli dans cette église, qu'elle fut appelée à l'insigne honneur de recevoir Sa Grandeur Monseigneur Pavy, nouvellement nommé à la place de Monseigneur Dupuch.
C'était le 10 juillet 1945 que le Clergé et les fidèles de la paroisse de Notre-Dame des Victoires allèrent recevoir processionnellement, sous les voûtes de l'Amirauté, le nouvel Evêque. Les troupes formaient la haie, depuis l'Amirauté jusqu'à l'Eglise, Monseigneur lut lui-même son mandement de prise de possession, où il traitait : « Des châtiment des nations coupables et des retours de Dieu à leur égard. »
L'un des premiers soins du nouvel Evêque fut de faire restaurer sa Cathédrale provisoire, ainsi que l'apprend Poujouler dans ses « Etudes Africaines ». En rentrant par la porte Bab-el-Oued, dit-il, on m'a fait voir une ancienne mosquée que l'on remet à neuf et dont on veut faire la Cathédrale. Cet édifice de forme circulaire a plus d'étendue que la Cathédrale actuelle située en face de l'Evêché, mais son enceinte est loin d'être proportionnée à la population chrétienne du pays.
Le dimanche, depuis cinq heures du matin jusqu'à midi, l'Eglise est pleine à chaque messe. Les fidèles composés surtout de Mahonnais, de Maltais, ne peuvent pas tous trouver place. La première fois que j'ai entendu chanter l'office Divin dans l'ancienne mosquée, mon esprit a été fait distrait par la pensée de tout ce qu'il a fallu d'événements pour que la commémoration du Sacrifice du Calvaire, se célébrât avec pompe dans un sanctuaire de l'Islamisme.
Ce fut dans cette Eglise que furent célébrées toutes les victoires de l'époque de l'Empire, notamment le 8 décembre 1862, où, dans un éloquent discours, Sa G. Monseigneur Pavy comblait de louanges le héros de Malakoff, le jour anniversaire de cette victoire, et lui rappelait que « l'homme le plus fort et le plus habile n'est, aux mains de Dieu, qu'un instrument auquel ce grand Dieu donne ou refuse à son gré la victoire ». Croyez-moi, Monsieur le Maréchal, si la prise de Sébastopol vous a fait grand et immortel devant les hommes, cette profession de foi sera pour vous un titre de gloire bien supérieur devant Dieu !
C'était dans le Sanctuaire de Notre-Dame des Victoires que Sa Grandeur aimait à épancher son Cœur. Un de ses biographes raconte le fait suivant : « J'ai été le témoin de l'un de ses plus magnifiques triomphes. C'était un mercredi Saint, le soir. Il prêchait à Notre-Dame des Victoires sur la présence réelle. La foule était compacte. Le sanctuaire, le marchepied de l'autel, les bas-côtés, tout était envahi par les Messieurs, parmi lesquels on voyait les hauts fonctionnaires, les magistrats, etc... Son sermon a été enlevé. Dans toute la ville on en a parlé longtemps. Plusieurs Conseillers à la Cour, le Procureur impérial du Tribunal de première instance m'avait prié de leur en obtenir une copie. »
Ce fut aussi dans l'Eglise de Notre-Dame des Victoires que fut érigé, vers 1847, le siège canonique de l'Association du Sacré Cœur de Jésus par Monseigneur Pavy
La voix éloquente et pieuse du Premier Pasteur fut entendue des fidèles. L'ornementation de l'Eglise s'accrut de jour en jour.
La statue de Notre-Dame des Victoires, don magnanime de Monsieur l'Abbé Desgenettes, fut placée sur un Autel en marbre blanc rehaussée d'or, édifiée par souscription des fidèles et au moyen d'une riche offrande du Maréchal Pélissier, après la prise de Malakoff.
Les quatorze tableaux du chemin de la Croix, peints sur toile, richement encadrés, ont été offerts par les pensionnats et les fidèles.
La très ancienne statue de Saint Joseph qui surmonte son autel est le don d'un pieux et dévoué paroissien, Monsieur Charvet, dont l'unique descendante héritière de ses vertus et de son grand cœur édifie la paroisse depuis plus d'un demi-siècle !
Une magnifique statue du Sacré Cœur, don des Enfants de Marie et des élèves des Religieuses de la Doctrine Chrétienne a remplacé depuis quelques années, l'ancienne statue détériorée. Elle domine un bel autel de marbre blanc et s'encadre dans un fond décoré de fines moulures.
Deux autels de marbre blanc, récemment édifiés, avoisinent le Sacré Cœur et Saint Joseph. Ils sont, avec leurs superbes statues, les témoignages irrécusables de la profonde dévotion des colonies italiennes envers leurs Saints Patrons.
Provisoirement, sur un modeste socle, la belle statue de Sainte Lucie, protège ses chers Siciliens !
N'oublions pas Saint Antoine de Padoue, le saint des misères universelles ! le plus imploré de tous !
Rendons un hommage très ardent à Sainte Jeanne d'Arc, placée à l'entrée de l'Eglise, non loin de Sainte Geneviève, bergère, elle aussi, et vigilante gardienne du bon peuple de France épars dans la Colonie !
Agenouillons-nous enfin, devant la radieuse image de N.-D. de Lourdes, don d'une paroissienne favorisée des grâces de Marie Immaculée !
VITALITE DE LA PAROISSE DE N.-D. DES VICTOIRES
L'intensité de vie religieuse que les fidèles avaient puisée, sous la haute direction de leurs saints Evêques, ne se ralentit pas. Les cérémonies liturgiques se déployèrent toujours à Notre-Dame des Victoires, avec le plus de splendeur possible. Les registres de la paroisse en font foi.
Qu'il nous suffise de rappeler les noms à jamais bénis des prêtres zélés que furent : Messieurs Le Mauff, Soubrier (devenu Evêque d'Oran), Nicollet (devenu Curé de la Cathédrale), Bent, le bon Monsieur Fillion, parmi les anciens, pour être convaincu de la ferveur croissante des âmes envers la Très Sainte Vierge Marie.
Et l'époque actuelle ne le cède en rien à l'époque antérieure. Entrez chaque dimanche à l'heure des Offices à Notre-Dame des Victoires, vous verrez un peuple recueilli, épanchant son âme dans l'âme de sa Mère du Ciel ; vous vous unirez aux supplications du prêtre offrant à Dieu, pour son cher troupeau, la Sainte Victoire du Calvaire, vous contemplerez ravis, la longue et gracieuse théorie des Enfants de Chœur, disciplinés et comparables, dans leurs parfaits mouvements d'ensemble aux Anges serviteurs du Dieu trois fois Saint ! Vous goûterez avec délices, la simple mais suave mélodie des jeunes filles de la chorale, alternant, dans l'Office Divin, avec la voix grave, quelque peu forte, mais sincèrement pieuse, des jeunes gens et des pères de famille de la paroisse !
Assistez le premier dimanche à la procession du Saint Sacrement qui fait partie de l'Office de l'Archiconfrérie, et votre âme se sentira pénétrée d'un plus grand amour pour la Sainte Eucharistie. De fait, un spectacle bien émouvant se déroulera à vos yeux ravis ! Chaque assistant reçoit, au moment de la procession, une feuille de cantique qui doit être exécuté ! Derrière la Croix, toutes les Confréries et Congrégations se déroulent avec leurs bannières. Le drapeau du Sacré Cœur précède le Saint Sacrement avec les jeunes gens du Patronage. La Chorale des hommes et les dévots serviteurs du Christ suivent, un flambeau à la main.
Une émotion irrésistible saisit les cœurs, lorsque retentissent, vibrantes, les acclamations : Vive Jésus ! II faut qu'il règne, car II est Roi ! Amour, Honneur, au Fils de Dieu
L'heure sainte de chaque jeudi à cinq heure et demie fait aussi les délices des âmes pieuses et contribue puissamment au maintien de la ferveur dans la paroisse, avec la dévotion très développée du premier vendredi du mois.
Deux écoles chrétiennes de filles, dirigées depuis trois quarts de siècle, par les Sœurs de la Doctrine Chrétienne forment la jeunesse à la pratique des préceptes divins. Et des générations d'enfants y ont appris, avec les éléments des sciences humaines, la religion chrétienne !
Une maitrise forme à la fois des écoliers et des enfants de chœur pour les besoins du Culte.
Une florissante Congrégation d'Enfants de Marie, d'environ trois cents membres, avec ses communions, ses processions mensuelles, édifie la paroisse et forme des élites dans la jeunesse féminine si exposée de nos jours !
Les Confréries des Mères chrétiennes françaises et italiennes, celles des Saints Cosme et Damien, de San Giro, ont également leurs jours de fête.
Deux patronages : l'un de jeunes filles, l'autre de jeunes gens, deux chorales de même composition sont l'objet pieux de leurs Directeurs.
La Société des Dames de Charité et la Conférence de Saint-Vincent de Paul, se dévouent sans mesure aux innombrables malheureux des pauvres quartiers de la paroisse.
Au très regretté M. Fillion succéda M. le Chanoine Deyrieux. II dota l'Eglise d'une nouvelle chaire, de style arabe, toute en bois algériens : cèdre et palissandre, aux fuseaux artistement modelés ; fit décorer de fines moulures, dans le même style, l'encorbellement de l'Autel du
Sacré-Cœur, et édifia, rue Eugène-Robe, une salle de Patronage pour les enfants de la paroisse, salle qui devait devenir l'Eglise Saint-Vincent de Paul !
Par intérim, M. le Chanoine Lauro (vicaire à N.-D. des Victoires au début de sa carrière sacerdotale), acheva d'user, en quelques mois les dernières forces d'une vie toute employée au ministère des âmes.
Un soir de Carême, après un émouvant sermon sur la mort, au moment où il venait de donner le salut, le zélé pasteur s'affaisse sur les degrés de l'Autel, sous la rude étreinte d'une attaque d'apoplexie ! Trois jours après, son âme allait recevoir la récompense du « bon et fidèle serviteur ».
Par intérim encore, M. Castel, prêtre de la Mission, fut chargé de desservir N.-D. des Victoires. Le zèle du Missionnaire ne connut pas de bornes. Les œuvres si prospères de la paroisse prirent, sous son intelligente et pieuse direction, un nouvel élan.
Or, pendant la guerre, nombre de personnes avaient fait vœu d'apposer sur les murs de l'Eglise des plaques de marbre, en ex-voto des grâces obtenues. Les murs étaient gris, lézardés en plusieurs endroits, l'ensemble présentait un pénible délabrement.
Le bon Père décida donc les paroissiens à grouper leurs offrandes dans le but de faire réparer le chœur d'abord, et d'y faire peindre deux anges portant une couronne mariale, avec au-dessous, cette exergue : « A Notre-Dame des Victoires 1914-1918 ». Un fond tout algérien : cyprès, oliviers, lauriers, symbolise les palmes éternelles conquises par les martyrs de la Patrie.
Après trois mois de collecte, M. Castel put remettre au nouveau curé de la paroisse, M. le Chanoine Villedieu, la somme de six mille francs !
Le jour de son installation, M. le Chanoine Villedieu passa donc sous des arcs de triomphe d'un genre nouveau ! Le chœur de l'Eglise était encombré d'échafaudages qui, pendant quatre ans, par périodes, se transporteraient du Chœur à la Rotonde et aux multiples marabouts qui l'encerclent.
Après le Chœur, les réparations les plus urgentes devaient s'effectuer sur la terrasse de l'Eglise. Aux jours de gros temps, les eaux de pluie s'écoulaient, par de larges crevasses, jusque dans les armoires, au grand détriment des ornements et autres décors religieux.
II faut rendre justice à la Municipalité d'Alger qui a bien voulu couvrir les frais de réparations extérieures et du blanchiment des murs. Tous les embellissements, dont l'énumération va suivre, seront dus à la piété de quelques généreux donateurs.
Une cloche, à la voix grave, offerte par Sa Grandeur Monseigneur Leynaud, remplace, le dimanche et les jours de grandes fêtes les tintements de la première petite cloche.
Si la façade de la rue Bab-el-Oued, avec ses boutiques disparates ne décèle pas aux regards la présence d'une Eglise, le petit escalier de marbre blanc, avec ses faïences latérales, aux couleurs de la Vierge, ses croix bleues sur fond blanc, annonce bien un temple catholique.
L'étonnement des visiteurs, d'il y a quatre ans seulement, est à son comble quand ils pénètrent dans l'Eglise restaurée !
Après l'orientale peinture du chœur, l'édification de la tourelle, voici qu'à l'intérieur, la coupole s'embellit d'une superbe rosace aux dessins compliqués, des branches de laquelle descendent, comme les puissants rayons d'une étoile, huit arceaux de mosaïque aux couleurs de France rehaussés de points d'or.
Chaque face du dôme s'appuie sur les côtés d'un Octogone. Elle est percée de merveilleux claustras, à travers lesquels, des verres multicolores décomposent, en les tamisant, la lumière éblouissante du jour et les feux ardents du soleil !
Des frises dentelées et d'élégantes moulures festonnent les arcades du Dôme central et des dômes adjacents. La croix d'or sur fond d'azur qui souligne chaque arceau rappelle aux pieux fidèles que le salut ne s'opère que par le Christ Jésus, mais que pour arriver au Ciel, il faut entrer par la porte mystique « Janua Coeli » La Bienheureuse Vierge Marie.
Et, voici que les colonnes d'autrefois, massives et disgracieuses apparaissent en sveltes jumelles, granitées à mi-fût, cerclées d'azur et d'or au sommet et couronnées de chapiteaux très ouvragés. Les quatre gros piliers de l'Edifice reçoivent, eux aussi un soubassement de granit.
L'ardoise sombre et effritée de la table sainte fait place à une mosaïque des plus belles, et les fidèles s'agenouillent et reçoivent le Pain de Vie, au-dessus de cette douloureuse Crypte ou tant de Chrétiens captifs des Maures ont cimenté les murs de l'ancienne Mosquée d'Ali-Bitchnin.
Et ce n'est pas fini, nous disait dernièrement notre dévoué Pasteur. Je compte toujours sur la Divine Providence pour soutenir l'entreprise commencée à la gloire de la Sainte Vierge !»
Enfin, si le Bon Dieu me prête vie et ressources, je voudrais remplacer encore les anciennes dalles du Chœur par de belles mosaïques.
En juin 1928, pour des raisons de santé, Monsieur le Chanoine Villedieu quittait N.-D. des Victoires. Il eut pour successeur M. l'Abbé Derouche, Curé et Vicaire Forain de Tizi-Ouzou.
Le nouveau curé voulut continuer l'œuvre d'embellissement entreprise par son prédécesseur.
Dès le début de 1929 il faisait orner le pourtour de la Coupole centrale, les voussures des arceaux et des arcs, et les parois du chœur de moulures adaptées au style de l'Eglise.
Pendant sept années, M. le Chanoine Derouch fut le témoin heureux de la vie religieuse intense de cette paroisse.
Mais cette belle activité ne devait pas durer, elle allait être atteinte dans ses énergies vitales.
L'année 1936 - si elle ne sonnait pas un glas de mort annonçait une décadence inéluctable.
Un commencement de mise à exécution des projets d'assainissement et d'embellissement du quartier de la marine dispersait les habitants aux quatre coins de la ville.
En moins d'un an près de la moitié des fidèles quittaient la paroisse de N.-D. des Victoires.
Les religieuses de la Doctrine Chrétienne qui, dans deux écoles florissantes, instruisaient et élevaient plus de cinq cents petites filles, se voyaient dans la nécessité de porter leur zèle et leur dévouement dans d'autres quartiers d'Alger.
La maîtrise paroissiale, qui recevait une quarantaine de petits garçons, devait fermer ses portes, faute de ressources et d'élèves.
Depuis lors, la paroisse de N.-D. des Victoires mène sa vie diminuée en attendant une restauration et une renaissance dont on ne peut prévoir la date.
Mais, quel que doive être le sort du quartier de la Marine, il nous sera bien permis de formuler un vœu.
C'est que l'Eglise si pleine de souvenirs historiques soit conservée au milieu du dépérissement de tout le reste, et qu'une municipalité fidèle au culte du passé et amoureuse de l'esthétique, fasse disparaître les boutiques hétéroclites et sans cachet qui déparent la façade de ce monument.
Pour la réalisation de ce souhait : Dieu aide et Notre Dame, et la volonté des hommes !
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Les Fêtes du Lever de l'Aurore
Bonjour, N°121 – 8 juillet 1934 journal satyrique bônois.
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On sait, depuis plusieurs années, quel goût aimable préside aux fêtes annuelles du lever de l'Aurore, des Caroubiers el de la Grenouillère.
Nous ne sautions insister trop auprès des bônois pour leur conseiller de se rendre en foule à ces fêtes si admirablement organisées s'ils aiment, comme c'est leur droit, les divertissements agréables et bien légitimes qui peuvent leur faire oublier les soucis de l'heure présente.
Il nous semble que cette année le Comité organisateur s'est surpassé et il en est bien capable. Nos confrères ont publié le programme des fêtes auxquelles l'Automobile-Club de Bône prête un concours éclairé el désintéressé el ce sera là un facteur puissant. Rappelons-en brièvement, les points principaux.
C'est ce soir que la fête commence, à 10 h. 45, par une grande retraite aux flambeaux avec le concours des gymnastes de la J.B.A.C. et des scouts du premier Hippone. Le bal à 21 h. 30 sur la plage.
A 12 h. 30 : exhibition, mouvements d'ensemble, pyramide par les pupilles et gymnastes de la J.B.A.C. ; Concourt de billard sur la plage.
A 23 h : Grande fête orientale continuation du bal ; attractions, enveloppes surprises.
Dimanche 8 Juillet. A 8 h. : Courses de bicyclettes.
A 8 h. 20 ; Concours de pyjamas pour enfants, dames et jeunes filles.
A 9 h. 30 : Concours d'Elégance automobile, grand gymkhana automobile, organisé par l'Automobile-Club de Bône.
A 10 h 30 : Réunion à la stèle : gerbe de fleurs.
A 11 h. : Apéritif d'honneur aux autorités ; concert sur la plage par l’orchestre.
A 14 h. : Course aux canards, course aux cochons ; Mât de cocagne ; jeu de la marmite.
A 15 h. : Concours de constructions de sable pour les enfants de 5 à 13 ans ; Concours de ballonnets pour enfants de 2 à 8 ans.
A 16 h. : Grande fêle nautique avec le concours du « Rowing-Club » et du « Cercle des Nageurs Il : régates, joutes, course de périssoires, d'aquaplane, course de nageurs, exhibitions comiques par le « Cercle des Nageurs » concours de cabanons fleuris, grand concours de barques fleuries.
A 18 h.. : Sauterie, une série de danses.
A 21 h. : Grand bal sur la plage.
A 22 h. : Grande fête vénitienne ; concours de. barques illuminées ; concours de cabanons illuminées ; fêle orientale ; finale du concours de billard.
P. Marodon
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ALGER ETUDIANT
N° 29, 3 mai 1924 - Source Gallica
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Du Médecin, de la Femme et du Mari
Nouvelle inédite, par M. Olivaint
Les anciens avaient grandement raison de dire qu'un homme ne doit être considéré comme heureux qu'après sa mort. Quoi que vous fassiez, alors que vous croyez agir pour mieux, vous n'êtes jamais assuré que les pires calamités ne fondront pas sur nous.
Je connaissais un jeune et charmant ménage, le plus honnête et le plus uni. Je connaissais un médecin, le plus sérieux et le plus irréprochable.
Et voici ce qui est arrivé.
Un jour, le mari était sorti pour ses affaires. La femme, assise sur un fauteuil du salon, brodait sans songer à mal. Joséphine, la bonne, vaquait avec un plumeau, dont elle se servait pour transporter la poussière d'un meuble sur un autre.
Soudain, la femme poussa un cri, battit l'air de ses bras, et son corps de tordit dans d'atroces convulsions.
Joséphine mit le plumeau sous son aisselle, descendit précipitamment, et revint un quart d'heure après, accompagnée du médecin qui demeurait tout proche.
Le praticien, d'un coup d'œil, vit de quoi il s'agissait.
— Un simple crise nerveuse, dit-il.
Pendant que, sur son ordre, la servante délaçait la maîtresse, il tira son stylographe et rédigea une ordonnance.
— Courez chez le pharmacien, dit-il à Joséphine ; vous rapporterez la potion aussitôt prête.
Resté seul avec la malade, il voulut, selon l'usage en pareil cas, lui procurer quelque soulagement par la compression des ovaires. Il y procédait d'une main experte et méthodique, lorsque la porte encadra la tête du mari.
Sa femme haletante, presque dévêtue dans un fauteuil ; un homme à genoux devant elle ! Ne doutant pas de son infortune, il se précipita vers le médecin et lui donna un grand coup de pied dans le derrière.
Le docteur alla rouler dans la cheminée.
La femme revenait à elle. En présence d'une scène aussi extraordinaire, ses yeux se dilatèrent d'étonnement et d'épouvante. Ce fut pour le mari une nouvelle preuve de sa culpabilité. Il bondit sur cette épouse adorée et l'étouffa comme un pigeon.
Quand Joséphine rentra au salon, la potion à la main, elle vit sa maîtresse étendue morte, le docteur évanoui contre la cheminée, et le mari affalé sur un divan, dans cet état de prostration qui suit les actions violentes.
Tout comme elle était allée chercher le médecin, elle fut quérir le commissaire. Le docteur, qui avait repris ses sens, expliqua à ce magistrat comment il se trouvait là et pourquoi il avait la tête à moitié fendue. Le mari avoua le meurtre en toute sincérité, ainsi que le coup de pied doctoral. Il rejeta la faute sur les apparences coupables qui existaient contre ses victimes. On lui passa les poucettes.
La femme fut enterrée sans pompe. On estima que cette épouse infidèle n'avait eu que ce qu'elle méritait Comment avait-elle pu tromper un tel mari ?
Le mari fut acquitté devant la Cour d'assises. Mariés pour la plupart, les jurés sont indulgents aux maris. Mais il fut mis en quelque sorte au banc de la société. On le moquait comme cocu, et on le blâmait d'avoir tué sa femme sans avoir l'excuse de l'être. Arrange cela qui le pourra.
Le docteur perdit sa clientèle, les maris ne voulant, pas voir auprès de leurs femmes un médecin qui profitait de sa situation pour les débaucher.
Joséphine ne put se replacer, les maris ne voulant pas voir auprès de leurs femmes une domestique qui allait leur chercher des amants.
Car c'est en vain que l'on croit bien faire. Qui peut, jamais se flatter de se garantir contre les préjugés des hommes et les cruautés du sort ?
Maurice Olivaint.
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LE CAMARADE ET LE PARTAGE !
(Envoyé par Mme A. Bouhier)
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- Camarade, si tu avais deux maisons, tu en donnerais une à la révolution ?
- Oui ! répond le camarade
- Et si tu avais deux voitures de luxe, tu en donnerais une à la révolution ?
- Oui ! Répond de nouveau le camarade.
- Et si tu avais un million sur ton compte en banque, tu en donnerais la moitié à la révolution?
- Bien sur que je le donnerais ! Répond le fier camarade.
- Et si tu avais deux poules, tu en donnerais une à la révolution ?
- Non ! Répond le camarade.
- Mais ….. Pourquoi tu donnerais une maison si tu en avais deux, une voiture si tu en avais deux, 500 000 si tu avais un million........et que tu ne donnerais pas une poule si tu en avais deux ?
- Mais parce que, les poules, je les ai !
Moralité : Il est toujours facile d'être socialiste avec la propriété et le travail des autres !
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PHOTOS ARZEW
Envoyée par M. C. Ciantar
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LA CALLE
PAR M. CHARLES FERAUD, INTERPRETE PRINCIPAL DE L'ARMÉE D'AFRIQUE.
pages 1 à 73
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DOCUMENTS POUR SERVIR A L'HISTOIRE DES ANCIENNES CONCESSIONS
FRANÇAISES D'AFRIQUE.
ALGER TYP. DE L'ASSOCIATION OUVRIÈRE V. AILLAUD ET C*
Rue des Trois-Couleurs, 19.
1877
AU GÉNÉRAL FORGEMOL
Ancien Capitaine Commandant supérieur
du Cercle de La Calle
PRÉFACE
En commençant, il y a quelques années, la publication de notices historiques sur nos villes de la province de Constantine, j'ai défini par les lignes suivantes, le but de mon travail ; Dans la plupart de nos villes algériennes, les hommes chez lesquels s'est éveillé le désir et la curiosité bien naturelle de connaître le passé du pays où la destinée les a placés, sont généralement privés des ressources littéraires que la métropole offre en si grande abondance. Constantine elle-même, chef-lieu de la province, si largement pourvue que puisse être sa bibliothèque municipale, ne possède pas encore son histoire. Personne, jusqu'ici, n'a entrepris d'en établir la chaîne à peu près complète et détaillée, les éléments en sont épars dans une série de publications spéciales, souvent très-rares, appartenant au domaine de l'érudition et qui ne sont, à vrai dire, connues que de très-peu de monde ; il faut pour les rassembler, avoir le loisir de se livrer à de nombreuses et patientes recherches.
J'ai entendu beaucoup de gens se plaindre de l'absence d'un livre accessible à chacun, commode à consulter et réunissant en même temps, sur leur patrie d'adoption, tout ce qu'il leur importait de connaître.
La Société archéologique de la province de Constantine, qui s'est imposée la tâche de recueillir et de livrer à la publicité tous les faits authentiques pouvant jeter quelque lumière sur l'histoire locale, tient aussi à honneur de répondre au désir manifesté et nous osons espérer que le projet qu'elle a conçu, loin d'être considéré comme prématuré, sera, au contraire, accueilli avec sympathie.
« Une œuvre de cette étendue, bien qu'elle contienne divers extraits des meilleurs ouvrages déjà publiés, ne peut s'improviser en un jour ; mais il ne dépendra pas de nous qu'elle ne soit achevée dans le plus court délai possible. Sans aucune prétention au point de vue littéraire, elle aura néanmoins, pour les habitants du pays, le mérite de son utilité.
Notre rôle, pour le moment, se borne, répétons-le, à grouper et à coordonner les faits ; celui des futurs historiens de l'Algérie sera de les juger et d'en tirer des vues d'ensemble. »
Bougie, Gigelli, Philippeville, Sétif et quelques localités de l'intérieur ont été l'objet de mes premières études et possèdent chacune, aujourd'hui, leur monographie spéciale. Le tour de la petite ville de La Calle arrive maintenant. La Calle, que les indigènes connaissent sous le nom de Presqu'île de France, évoque des souvenirs qui nous sont chers ; aussi, n'ai-je épargné aucunes recherches pour rendre cette notice aussi complète que possible.
Comme l'a dit Montaigne : Je m'en vay ècornifflant par-cy par-là des livres qui me plaisent, non pour les garder, car je n'ai pas de gardoire, mais pour les transporter en celui-cy, où, à vray dire, elles ne sont pas plus miennes qu'en leur véritable place.
LA CALLE
Le brillant fait d'armes des capitaines d'Armandy et Yousouf, en 1832, nous avait rendus maîtres de la place de Bône. Envoyé tout aussitôt sur les lieux avec un corps d'occupation, le général d'Uzer affirmait cette conquête et, progressivement, l'étendait aussi loin que ses moyens d'action et les projets du Gouvernement le permettaient à cette époque.
Cependant El-Hadj-Ahmed Bey, dernier représentant de la domination turque en Algérie, se maintenait encore à Constantine et, durant cinq années, tantôt avec ses troupes régulières, tantôt par l'appel à la guerre sainte adressé aux guerriers des tribus, il ne cessa de nous susciter chaque jour de nouveaux embarras, afin d'empêcher l'extension de notre influence dans la province de l'Est.
Mais, toutes ses tentatives pour nous refouler et nous réduire à rester bloqués dans les murs de Bône furent vaines. Dans maintes sorties, nos troupes battaient l'ennemi et le général d'Uzer profitant habilement de l'effet favorable produit par ses succès sur l'esprit des populations, avait déjà poussé des pointes audacieuses dans la direction de Guelma, de Stora et de La Calle, localités que nous n'occupions pas encore.
C'est au point que, séduit par les protestations d'amitié et d'alliance qu'il recevait de tous côtés de la part des indigènes, las du régime oppresseur des Turcs, le Général, encore sous le prestige de la victoire qu'il avait remportée récemment sur les forces régulières du Bey, proposa au Gouvernement d'aller s'emparer de Constantine même.
Cette nouvelle conquête parut alors trop prématurée et on jugea préférable d'étendre d'abord notre domination sur le littoral du côté de La Calle, dont les tribus manifestaient depuis longtemps le désir de reconnaître notre autorité.
Il n'était pas moins utile de renouer les relations commerciales, entretenues pendant des siècles, entre ces tribus et les marchands de nos possessions du Bastion de France et de La Calle.
L'occupation de ce dernier point était sollicitée bien davantage encore par les marins se livrant à la pèche du corail : depuis la destruction de l'ancien établissement et, faute de protection sur la côte, les corailleurs avaient été obligés de faire leurs dépôts à l'ile de Tabarque. puis à B:)ne et de s'y réfugier par les gros temps, courant ainsi de nombreux dangers et perdant, en outre, un temps précieux dans leurs opérations. Le Maréchal Clauzel ordonna donc l'occupation de La Calle.
Yousouf, nommé récemment Bey de Constantine, (Un arrêté du Maréchal Clauzel avait nommé Yousouf Bey in partibus de Constantine en remplacement d'El-Hadj Ahmed.) fit au mois de mai 183G, à la tête de tous ses spahis, une première reconnaissance de La Calle.
Le 14 juillet suivant, le Capitaine de spahis Berthier de Sauvigny partait du camp de Clauzel (Le camp de Clauzel établi à Dréan dans la plaine de Bône.) avec quarante cavaliers indigènes, et, le lendemain matin, reprenait possession de La Calle que nos pères avaient occupée durant trois cents ans.
Un détachement, écrivait aussitôt cet officier, n'a rencontré aucune résistance. Un groupe d'Arabes sans armes, assis paisiblement sur les ruines de cette ville française, attendait l'arrivée de ses anciens maîtres, dont ils reconnaissaient les droits.
« Nous avons trouvé La Calle dans l'état ou l'incendie du27 juin 1827, l'avait laissée. Les poutres carbonisées, les murs debout, mais calcinés, les rues couvertes d'herbes prouvent que les indigènes après y avoir mis le feu ne s'en sont plus inquiétés. Ils ont abandonné, aux bêtes fauves, les restes de ces demeures de pierre qu'ils dédaignent pour eux-mêmes. »
Le même jour, trente ouvriers du Génie, sous les ordres du Capitaine Carette, envoyés de Bône sur le brick le Cygne, débarquaient aussi à La Ça) le, et ce navire saluait de ses bordées le drapeau de la France qui n'avait pas flotté sur cette plage depuis l'incendie de 1827. Aujourd'hui, il était arboré non plus comme pavillon de commerce, mais comme signe de la conquête.
Les ouvriers se mirent immédiatement à l'œuvre ; on commença les travaux par ceux du moulin, situé à une petite portée de fusil du mur d'enceinte et qui est le point le plus important de la position. On mit ensuite à l'abri d'être escaladées les brèches existant à cette enceinte et l'on aménagea, après, un logement pour la garnison dans l'ancienne maison du Gouverneur, dont on crénela les murs pour en faire un réduit.
La mer étant devenue grosse, plus de soixante bateaux corailleurs, voyant le drapeau tricolore arboré, accoururent aussitôt se réfugier dans la petite crique de La Calle. Pendant les deux jours qu'ils y séjournèrent, ils fournirent volontairement une partie de leurs équipages pour aider nos travailleurs à déblayer cet amas de décombres et manifester ainsi leur joie de voir ce point réoccupé.
Disons, dès à présent, que La Calle n'était jadis ni une ville ni même un village. C'est un petit port de 320 mètres de long sur 120 de large, situé à environ dix lieues à l'Est de Bône, entre la côte et un rocher sur lequel la Compagnie d'Afrique forma, en 1627, un premier établissement. Elle y comptait, déjà, plus de 300 hommes en 1635. Elle en augmenta les édifices et les moyens de défense en 1694 et y transporta le principal siège de tous ses comptoirs, précédemment fixé à 4 lieues plus à l'Ouest, c'est-à dire au Bastion de France, point que l'insalubrité du lieu et le manque d'un abri convenable pour ses navires la contraignirent d'abandonner.
La presqu'île de La Calle a environ 100 mètres de longueur E. et O. ; — 80 mètres de largeur et à peu près 12 mètres d'élévation au-dessus du niveau de la mer. Elle est jointe, par son extrémité orientale, à une langue de terre de 150 mètres de long par laquelle on y arrive et qui forme le fond du port. Au-delà de cet isthme, était une petite anse peu profonde où se jette un ruisseau que les Français nommaient l'anse et le ruisseau St-Martin.
Les constructions de La Calle, tant sur le rocher qu'en terre ferme consistaient, jadis, en un grand nombre de bâtiments et tout ce qui était nécessaire, enfin, pour contenir des approvisionnements et mettre l'établissement à l'abri d'un coup de main et des atteintes de la peste fréquente à cette époque.
L'escarpement du rocher, les constructions qui en occupaient le périmètre et les murs qui les unissaient entre elles, formaient une enceinte fermée à la gorge et qu'on avait, par cette raison, décorée du nom de Bastion. On y pénétrait par trois portes, toutes trois placées dans le Sud et appelées l'une : la porte de terre, l'autre la porte du Sud et la troisième la porte de la marine. Ce petit corps de place était défendu par une batterie à chaque extrémité du bastion et par une autre située au Midi, entre la porte du Sud et celle de la terre. Il y avait, jadis, en tout pour la défense, 16 pièces de canon, les unes de 6, les autres de 4 livres de balles, y compris celles de la batterie du moulin dont il sera parlé ci-après.
En entrant dans le bastion par la porte de terre, sur laquelle se lit encore la date de 1677, gravée au fronton, on trouvait, à droite, un poste militaire pour vingt hommes, avec un logement de Commandant et salle d'armes ; à gauche, le corps de garde, la prison, la cuisine du poste, le logement des deux drogmans et la maison de l'Agence, formant une seule île d'édifice.
Plus loin, derrière la batterie du Sud, le logement de l'Inspecteur, un magasin pour le corail, des ateliers et des logements d'ouvriers de diverses professions, dite petite maistrance, la charcuterie et dix-huit baraques de corailleurs.
Vis à vis la maison de l'agence se trouvaient l'Eglise, le Presbytère et des ateliers de voilerie ; dans une îlot de maisons à côté, la boutique pour la vente des marchandises manufacturées, le logement des hommes de peine dit grande maistrance ou frégataire ; la maison du chef ouvrier, celle du Cheikh de la mazoule et la frégataire maure.
Au Nord, en contournant la pointe de l'Est, s'élevaient cinq baraques de corailleurs, l'écurie des chevaux, la maison des otages, la boulangerie, la boucherie, un dépôt de vivres journaliers, une salle de distribution, la batterie de l'Est, des moulins à manège, une tonnellerie, le magasin des harnais et l'écurie des mulets.
Par la porte du Centre ou du Sud on avait, devant soi, un corridor couvert, de grands magasins à blé et divers autres entrepôts, composant le magasin 'général, dont le premier étage était de niveau, du côté du Nord, avec la plate-forme du bastion. Si l'on arrivait par la porte de la Marine on voyait, à gauche, une petite caserne ou poste militaire pour dix hommes et vingt logements de corailleurs ; en face, les étables à bœufs, des magasins à grains, et, au-dessus de ces derniers, des magasins particuliers pour les agrès des corailleurs.
En revenant au Nord de la plate-forme, près de l'Eglise, on trouvait dix baraques de corailleurs, l'hôpital neuf, la maison ou pied-à-terre du Kaïd de Bône et de la Behira tunisienne, la bergerie, le vieil hôpital, le cimetière, les hangars et enfin la batterie de l'Ouest.
L'entrée du port était protégée, au Sud, par une batterie construite sur le rivage, sur une hauteur de 50 à 5 mètres d'élévation. Cette batterie appelée la batterie du moulin, simplement entourée d'une mauvaise enceinte, n'était armée que de quatre pièces de canon. Son enceinte renfermait, en outre, un terreplein ; un moulin à vent le surmontait, servant en même temps de tour de signaux pour les pécheurs et de casernement commode pour 10 ou 12 hommes.
Près de là, étaient quelques étables à porcs, ainsi qu'un jardin potager et, un peu au-dessous, vers le Sud, un petit lazaret extérieur.
Au Sud-Est du port et conséquemment en terre ferme, une enceinte de murs en pierres renfermait des chantiers de construction et de radoubs, des hangars pour la récolte des grains, en temps de peste de lazaret, une aiguade ; trois excellents puits d'eau douce, un corps de garde et un casernement pour 10 hommes ; une buanderie, un poulailler, des étables à porcs, un jardin potager et une mosquée. Cette enceinte s'appuyait, à l'Ouest, à des rochers escarpés situés au bas de la hauteur du moulin. Elle s'étendait, à l'Est, jusqu'au ruisseau de St-Martin et en longeait un peu le cours en descendant vers l'ange.
L'entrée de tout l'établissement, en venant de l'intérieur du pays, était dans la partie Sud de cette enceinte, et on la traversait pour aller du bastion à la batterie du moulin. Deux épaulements avaient été élevés sur le bord de la route, tant pour défendre extérieurement la partie Sud-Ouest de l'enceinte que pour faciliter, au besoin, la retraite des hommes de garde au poste du moulin.
Nous sommes entrés dans tous ces détails descriptifs afin de montrer, dès à présent, ce qu'était notre établissement de La Calle, à l'époque de sa prospérité c'est-à-dire avant sa première destruction, en 1798 et celle plus récente, de 1827, dont nous aurons à reparler plus loin.
Au moment où le capitaine Berthier reprit possession de ces ruines, il existait encore 110 maisons dans le genre de celles de Provence, dont 40 en bon état et qui, bien que noircies par l'incendie, ne demandaient que la toiture et la menuiserie pour être habitables. La grande maison dite du Gouverneur et quelques magasins étaient bien conservés ; les rues, toutes tirées au cordeau, bien pavées et d'un facile entretien.
Mais tout ce qui était d'un transport facile : fers, boiserie et tuiles avait disparu, pillé et emporté par les Arabes, depuis l'abandon de 1827.
Ainsi donc, un détachement de quarante hommes venait de traverser vingt lieues de pays sans être obligé de tirer un seul coup de fusil, et, après avoir été bien reçu partout, s'installait paisiblement à La Calle. Les indigènes des environs se montraient, dès le premier moment, fort satisfaits de notre venue.
Ils amenaient des bœufs, apportaient de la cire, des cuirs et d'autres provisions ; le tout fut acheté sans qu'il y eût la moindre collision, et, spontanément, ils rétablissaient, sur la plage, un grand marché, le Dimanche, parce qu'ils avaient l'habitude, autrefois, de venir, ce jour-là, vendre leurs denrées et traiter les affaires commerciales avec la Compagnie française.
Yousouf, que le Maréchal Clauzel, avons-nous dit, avait déjà nommé Bey in partibus de Constantine, en attendant la conquête de cette place, organisait alors, au camp de Clauzel (Dréan) les corps indigènes destinés à former la future armée de son beylik. Dès que son Lieutenant, M. Berthier, se fut établi à La Calle, il se rendit lui-même sur les lieux et prit toutes les dispositions qui pouvaient assurer la sécurité de ce nouveau poste.11 rendit les Cheikhs du voisinage responsables de la tranquillité du pays et, après avoir acquis la certitude que l'occupation ne pouvait pas être inquiétée, il rentra à son camp, en visitant les tribus alliées qu'il rendit responsables de la prospérité future de La Calle.
Quarante ans se sont écoulés depuis la reprise de possession, et il faut reconnaître que des progrès sensibles se sont réalisés dans cette localité. La presqu'île ne suffisant plus à son installation, une petite ville qui a une étendue triple de l'ancienne, s'est créée sur la terre ferme, en ligne parallèle à l'entrée du port. On y voit, aujourd'hui, un bel Hôpital fondé par la reine Marie-Amélie, une Eglise et des Ecoles au milieu de jolies maisons, habitées par une population stable d'environ quatre mille âmes, la plupart d'origine italienne.
Cette population double presque au printemps et en été, par l'affluence des nombreuses barques de pêche et des personnes employées à cette industrie : négociants de corail, saleurs de poissons, tonneliers et autres. Depuis notre occupation, La Calle a toujours eu un Commandant supérieur et une petite garnison.
Le 31 décembre 1842, elle a été érigée en Commissariat civil ; et en 1856 en Commune ; elle possède donc tous les représentants des Administrations civiles et militaires.
La ville qui manquait d'eau est, aujourd'hui, alimentée par un canal de quatre kilomètres et demi, allant aux sources de Boulifa.
La commune de La Calle s'étend à 12 kilomètres à l'Est, de manière à englober la mine de Oum-Teboul, et de 6 à 10 kilomètres dans les autres directions. Au-delà de ces limites, commence le territoire militaire qui comprend une bien plus grande superficie et se trouve sous l'administration du Commandant supérieur du Cercle. Les environs sont cultivés, presque exclusivement, en jardins potagers et fruitiers, auxquels succèdent, à la distance la plus grande de 2 kilomètres, les forêts appartenant aux Compagnies Montebello et du Bouchage, qui en extraient l'écorce du chêne-liège et du tanin. Ces deux forêts occupent la presque totalité du territoire civil, et pénètrent, sur plusieurs points, en territoire militaire. Leur superficie est de 11,000 hectares environ. Le chêne-Zen (mirbek), les chênes-lièges, les ormes, les frênes, les cèdres blancs, les thuyas y abondent. On y trouve surtout beaucoup de bois courbes pour les membrures des navires. Les palmiers, les agaves, les caroubiers, les cactus qui dominent dans la campagne d'Alger, et lui donnent une physionomie tout africaine, ne se rencontrent que rarement ici ; avec quelques maisons éparses dans le paysage, on se croirait dans les forêts de la Bourgogne.
Les prairies naturelles existant dans ces forêts alimentent de nombreux troupeaux.
La principale ressource de La Calle, qui est pour ainsi dire la raison d'être de cette ville, se trouve dans la pèche du corail et des sardines.
L'exportation des produits naturels ne serait que très-minime sans le plomb argentifère de la mine d'Oum-Teboul, et les écorces des concessions forestières qui ont ouvert de nouvelles voies aux transactions.
On évalue à plus de 600,000 francs la valeur annuelle du plomb extrait de la mine par la Compagnie marseillaise qui l'exploite, depuis 1849, à l'aide d'une centaine d'ouvriers italiens et arabes. Cinq à six cents barques pèchent dans les eaux de La Calle, toutes italiennes de fait, quoique le tiers à peu près soit couvert du pavillon français.
Les produits de la pèche, corail et sardines, peuvent s'évaluer en moyenne à cinq millions de francs, et cette somme augmentera considérablement si la pêche du poisson suit les rapides progrès qui se font depuis quelques années.
Huit balancelles, jaugeant ensemble à peu près 230 tonneaux, font un trafic très-actif entre La Calle, Bône et même Philippeville, d'où elles tirent les marchandises françaises.
Les collines élevées, qui bordent la ville, sont couvertes d'arbrisseaux, et l'on y remarque, au-dessus du port, un groupe de magnifiques mûriers ; ils ont dû être plantés par des mains françaises, et, cette trace du passage de nos devanciers est un gage d'avenir. Ces collines ne se distinguent par aucun accident pittoresque, mais, de leur sommet se déroule le plus magnifique panorama. Le terrain s'abaisse doucement, au Sud, vers le lac El-Gara-Oubeira, et, à l'Est, jusqu'au lac El-Hout ; leurs eaux baignent de verdoyantes prairies ; de riches vallées s'étendent entre les montagnes boisées, dont les sommets variés se projettent, ici, sur l'azur du ciel, là, sur les lianes sombres du Dejebel-Khoumir.
Ces lacs, dont nous défigurons les noms arabes, ont longtemps eu des noms français : le Guelta-el-Malah était l’Etang du Bastion — le Guelta-el-Gara-Oubeïra, l'étang de Beaumarchand (Du nom arabe Bou-Merchem, qui appartient à la plaine touchant le lac, on en fit Beaumarchand.), et le Guelta-el-Hout, l'étang de Tonègue ; la plaine voisine de celui-ci était la plaine de Terraillane. L'imposition des noms à une contrée est un des caractères de la prise de possession, et je demande à restituer, à celle-ci, ceux que lui firent porter nos pères pendant plus de deux siècles. Le territoire de La Calle est donc enceint par trois lacs dont deux, celui de Tonègue et celui du Bastion, se déversent dans la mer, et dont le troisième ferme presque l'espace que laissent entre eux les premiers.
Le cercle de La Calle, situé à la limite orientale de l'Algérie, touche, par conséquent, aux possessions tunisiennes. Il est compris entre la mer et le Djebel Mecid, d'une part, et de l'autre, entre la frontière de Tunis et la Mafrag. Il touche, par conséquent, aux Cercles de Bône, de Guelma et de Souk-Ahras. Le mouvement orographique le plus remarquable de cette région maritime est une grosse chaîne de montagnes courant du Nord-Nord-Est au Sud-Sud-Ouest, qui, actuellement, est à la fois la frontière et la ligne de partage des eaux entre la Régence de Tunis et le territoire algérien. Cela posé, le Cercle de La Calle est très nettement divisé en trois bassins fort distincts :
1° Le petit bassin du Tonga, lac d'eau douce se déversant dans la mer par l'Oued Mecida, au pied du Kef Chetab (Monte Rotondo). Les principaux affluents sont l'Oued el-Heurg qui réunit différentes sources au Nord et à l'Est du Kef Oum Teboul ; l'Oued Zitoun, l'Oued el-Hout qui prend sa source à El-Aïoun et sur le plateau de Skhouna. Les principales montagnes de ce bassin sont le Djebel Oum en Nahal (cap Roux), le Kef-Chab, le Koudiat Selougui, le Kef Hammam Labrek, le Kef Oum Teboul et le Kef Chetab. Cette chaîne, vue de La Calle, offre des bosses dentelées qui les font ressemblera des crêtes de coq. Pélissier rapporte, dans sa description de la Régence de Tunis, qu'un petit volcan se rouvrit, on 183fi, dans cette région, au Djebel Batouna.
2° Le bassin de l'Oued el-Kébir, qui est le plus considérable des trois, prend sa source en Tunisie dans la chaîne de la frontière, entre par un passage resserré entre le Kef Chab et le Djebel Adissa, se nomme Oued Melila jusqu'à Kanguet Aoun, au-dessous de Roumel-Souk, et, là, prend le nom de l’Oued-el-Kébir jusqu'à sa rencontre avec l'Oued Bou Namoussa ; près de son embouchure, cette dernière partie se nomme alors la Mafrag.
Les principaux affluents sont l'Oued Leben, l'Oued Mekimen, l'Oued Bougous, qui a sa source au Hammam Sidi Tracl où il prend ce nom et dans le Djebel Dir ; l'Oued el-Guergour, l'Oued Halloufa, qui, aux Oulad-Nacer, porte le nom de l’Oued Zitoun et, plus haut, celui de l’Oued Oulidja aux Chiebna ; l'Oued el Hammam venant de la Chefia où il prend le nom de l’Oued Mahris. Les principales montagnes sont le Djebel Tegma, R'oura, El-Dir, le Kef Rouah, le Djebel Oum Ali, Oudei el-Assel, Ouarda, Ras el-Drida et Bou Abed.
3° Le bassin de l'Oued Bou Hadjar qui se nomme Oued el-Kebir, à hauteur des Beni-Salah et Oued Bou Namoussa, dans la plaine, avant de se jeter dans la Mafrag. Les principaux affluents sont l'Oued Rell'aïa qui se nomme, aux Oulad Aziz, Oued Roumaly ; l’Oued Iroug, l'Oued Souïg, l'Oued el-Kebir qui se nomme, plus haut, Oued Mezra et reçoit l'Oued Bou Allag ; les Oued Ali ed Dib, Zitoun, Konfoudi et Bou Tebel ; un affluent, venant de la Chelia, l'Oued Semsem.
Les principales montagnes sont le Mecid, point le plus élevé de la grosse montagne des Oulad Mesaoud, le Guern Aïclia, le Djebel el-Ouest, le Souani, le Bou Abra, El-Berd, Hanania et Bou-Abed.
La frontière actuelle avec la Tunisie, à partir du Segleb ou cap Roux, suit la crête du Djebel Haddada, remonte la vallée de l'Oued Djenan, revient au Kef Chah, suit les flancs du Djebel Addissa et du Djebel Tagma, jusqu'au Djebel Khoura et au Djebel Guelche ; Aïoun Ouchane, Aïn Rihana, Sidi Ali El-Hamissi, Argoub Ez Zârour, Oued el-R'oùl, Sicli el-Roribi, Oued Zitoun, Fedj Meraou, Fedj el-Sefà, Djebel Oumbarka, Chàbet Aïn Sidi Youssef, Oued ez Zemaïs, â Djebel el-Haraba, Fid-ez Zaouch, Saf el-Malah. On voit, par ce qui précède, que cette région frontière est extrêmement montagneuse et tourmentée ; elle est en outre coupée de ravins profonds, remplis d'impénétrables broussailles, repaires du lion et de la panthère, et où se rencontre également le cerf.
Trois routes aboutissent à La Calle ; ce sont :
1° l'ancienne route de Bône par la plaine marécageuse qui s'étend entre la Seybouse et la Mafrag, longeant la mer dont elle est séparée par des dunes de quelques centaines de mètres de largeur et arrive à la Mafrag qu'elle traverse, à l'aide d'un bac, à mille mètres environ en amont de son embouchure.
La route remonte ensuite le bassin de l'Oued el-Kebir jusqu'au Bordj Ali Bey. Puis elle suit cette série de collines peu élevées qui séparent le bassin de l'Oued el-Kébir du bassin du lac EI-Malah ; passe entre le lac El-Malah et le lac Oubeïra, la plaine de Bou Merchem et arrive à La Calle, à environ 80 kilomètres de Bône. Cette voie de communication est presque à plat jusqu'à Bordj Ali Bey. elle est difficile à entretenir à cause de la nature même du terrain à la fois marécageux et sablonneux. Entre Bordj Ali Bey et La Calle elle traverse de belles forêts de chênes-lièges.
2° Une autre route, récemment tracée, passe par le Tarf, le Guergour et se dirige directement sur Bône, en traversant les Beni Amar et les Beni Urgine.
3° La troisième route longe la mer et aboutit à Oum Teboul, vers l'Est, dans la direction de Tabarka située à 25 kilomètres de La Calle.
La route de La Calle à Bou Hadjar, longe la frontière Tunisienne à quelque distance, elle traverse l'Oued el-Kebir, la plaine d'Aïn Khiar, gagne le bordj du Tarf, traverse ensuite le pays accidenté du Guergour et arrive à Bou Hadjar, à 70 kilomètres de La Calle. Cette route est très-importante puisqu'elle coupe tout le Cercle et que deux embranchements s'y rattachent : celui de Roum-el-Souk, au camp des Faucheurs, et du Bordj du Mexenna à celui du Tarf.
Une autre route, dite stratégique, côtoie toute la frontière jusque près de Guern Aïcha et relie, entre eux, les Bordjs construits pour surveiller nos turbulents voisins. Elle part du Segleb ou cap Roux, passe à Oum Teboul, Bordj El-Aïoun, au marché de Roumel-Souk, Bordj Mexenna et Aïn El-Kebira ; sur ces différents points nous avons établi des Bordjs ou Postes-frontières tels que : la Smala de spahis de BouHadjar, qui tient en respect la tribu remuante des Ouchtata, et celle du Tarf au pied du Djebel Oum Ali, qui commande toute la plaine jusqu'à Aïn Khiar et au lac Oubeïra ; les Bordjs d'El-Aïoun, de Roum-el-Souk, de Mexenna, d'Ain Kebir, d'El-Guitoun, de Sidi Trad et de Bou Hamra.
Nous avons également un Poste à la mine de Oum Teboul. Oum Teboul n'est autre qu'un piton, dominé lui-même par les hautes crêtes rocheuses des montagnes de la frontière Tunisienne, distantes de 4 kilomètres. Tous les contreforts de la principale chaîne, séparés, pour la plupart, par de profonds ravins, paraissent mal soudés ensemble, et semblent plutôt se heurter que se soutenir mutuellement. Toute cette partie montagneuse est admirablement boisée.
C'est au pied du piton d'Oum Teboul qu'existe, aujourd'hui, le village de ce nom, bâti autour de l'Etablissement de la mine, et alimenté par les eaux de l'Oued el-Heurg, dont les eaux de très bonne qualité sont amenées par un canal.
Quatre marchés hebdomadaires se tiennent dans le Cercle :
Celui de Bou Hadjar. tous les dimanches ;
A Roum-el-Souk (marché couvert) le mardi ;
Au Tarf, le vendredi ;
Le quatrième aux Oulad Ali Achicha, sur l'extrême frontière, a lieu le jeudi.
Nous allons maintenant décrire la côte :
Le cap Roux forme l'extrémité orientale de nos possessions Algériennes, ce sera donc notre point de départ. Ce cap, placé par 36° 57, de latitude Nord et 6°20 de longitude, n'est que le prolongement des pentes abruptes du Djebel Segleb. Le cap Roux se compose de rochers d'une couleur roussâtre, escarpés de tous côtés. On distingue dans la masse du promontoire une large entaillure, partant du sommet et descendant jusqu'à la mer ; autrefois, les navires venaient mouiller auprès du cap et, par cette tranchée, l'ancienne Compagnie d'Afrique y faisait descendre les blés achetés aux Arabes. Sur un rocher abrupt qui, vu de la mer, apparaît inaccessible, on aperçoit encore les restes du magasin que la Compagnie y avait fait construire. Après avoir dépassé les falaises du cap Roux, on trouve le Monte Hotondo, Kef Chetab des Arabes, montagne conique que son isolement rend très remarquable.
A partir de ce point la côte prend la direction O.-S.-O. bordée par des pentes rapides recouvertes de broussailles et d'arbustes, jusqu'à l'embouchure de l'Oued Mecida qui sort du Gara ou Guelt el-Hout, (lac des poissons). Le ruisseau de Mecida coule au pied de la montagne et vient déboucher à la mer, dans une crique où les barques des corailleurs peuvent trouver un abri. Plus loin, la côte devient de plus en plus basse et forme ce qu'on appelle la grande plage qui ne présente plus que des dunes et des sables mouvants jusqu'à La Calle. On compte quatre milles du Monte Rotondo à La Calle.
Nous avons déjà parlé de la situation de cet Etablissement, il nous reste à dire quelques mots de son Port.
« A la différence des autres Ports de l'Algérie, dit l'Ingénieur de la marine Lieussou, qui n'offrent que des anses plus on moins ouvertes et qui regardent l'E.-S.-E.. celui de La Calle consiste dans un petit bassin oblong dont l'entrée regarde l'O.-N.-O. Ce bassin, resserré à son entrée, a 120 mètres de largeur moyenne sur 300 mètres- de longueur. Il est limité : au Nord, par un quai récemment construit le long de la presqu'île de rocher sur laquelle est établie la petite ville ; au Sud, par la côte formée par des falaises escarpées ; à l'Est, par un isthme de sable de 130 mètres de largeur.
» Ce petit Port n'est pas accessible aux bateaux à vapeur, il n'est praticable que pour des caboteurs et des petits navires marchands Le peu de largeur de la passe et le brusque ressaut de fond qu'elle présente, y occasionnent, dans les gros temps, une barre ou brisant difficile à franchir. Cette disposition rend l'entrée dangereuse. Ce mouillage, ouvert en forme d'entonnoir, dans la direction d'où viennent presque toutes les tempêtes, n'est pas tenable en hiver, et n'offre, en été, qu'une sécurité incomplète (Lieussou. — Etudes sur les ports de l'Algérie. 1850.) »
La hauteur des lames refoulées par le fond du Port y détermine un ressac auquel les bâtiments ne peuvent résister qu'avec beaucoup de précautions et en s'a marrant solidement à chaque bord, d'un côté, à de vieux canons plantés à cet effet, sur le bastion, dans les môles, et de l'autre, à des rochers qui ont été taillés, pour le même usage, en terre ferme. Des bâtiments surpris par les vents de N.-O, pendant leur chargement, ont résisté, par ce moyen, à de violentes tempêtes ; néanmoins, la Compagnie d'Afrique évitait, autant que possible, que les bâtiments stationnassent dans l'intérieur du Port : ils allaient attendre, soit à Bône, soit à l'Ile de la Galite (Cette île, située sur le banc de La Calle, à 8 ou 10 lieues à l'Est de l'établissement, est presque vis-à-vis de la limite des deux Régences. Ce n'est qu'un rocher autour duquel on trouve un abri momentané contre certains vents.) que leurs chargements fussent prêts et ils repartaient aussitôt qu'ils étaient chargés.
(Faute d'avoir pris cette précaution, beaucoup de bâtiments se sont laissés surprendre et ont péri depuis que nous occupons La Calle. Les bateaux corailleurs ont également éprouvé des pertes. A la louange des habitants de La Calle, nous devons mentionner ici que chaque fois qu'un sinistre maritime s'est produit, toute la population a porté secours aux naufragés avec un dévouement extrême.
Je ne citerai qu'un homme entre tous qui, dans ces pénibles circonstances, s'est le plus fait remarquer, c'est Luigi Aquilina, d'origine maltaise. Jadis capitaine d'une flottille de barques de corailleurs, il est le premier européen qui s'établit à La Calle, en 1836. Il serait long d'énumérer tous les services rendus par Aqullina pour faire prospérer La Calle au point de vue du commerce, de la pèche du corail et de la colonisation. Bornons-nous à rappeler, ici, les nombreux sauvetages qu'il a faits et les victimes qu'il a arrachées au péril de sa vie à la fureur des flots, c'est après le sauvetage de l'équipage du bâtiment de l'Etat le Boberak, que le gouvernement français décerna au Maltais Aquilina, la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur.)
La pointe Ouest du rocher de la presqu'île et un autre rocher à fleur d'eau qui se trouve à 60 mètres au pied de la côte, sous le Poste du moulin, forment les deux musoirs du port de La Calle. Il n'y a que six mètres et demi d'eau au milieu de la passe, sur un fond de roches, mêlées de sable. Un peu en arrière de ces pointes, il s'en trouve deux autres entre lesquelles il n'y a que 85 mètres de distance. La profondeur moyenne du port est de 10 à 12 pieds au milieu ; on voit donc qu'il ne pourrait recevoir des bâtiments de plus de 100 tonneaux. Les gros navires s'arrêtent au large, mais ils ne doivent pas y séjourner : ils sont exposés à tous les vents sur un fond pierreux et de mauvaise tenue (Dubouchage. — Etudes sur les ports de la province de Constantine, 1859.)
Cent bateaux corailleurs et plus encore, peuvent trouver un refuge à La Calle, se hâler sur la plage sablonneuse du fond, être radoubés et, préservés de tout danger dans les gros temps et pendant la mauvaise saison.
Il n'y avait qu'un mètre et demi d'eau dans l'anse de Saint-Martin, qui s'ouvre à l'E., mais la plage qui l'entoure est assez grande pour contenir 80 bateaux corailleurs. Ils y étaient jadis mis à terre sous la protection de la batterie de l'Est. Il est très regrettable que cette anse ait été comblée ; on aurait pu la faire communiquer, par un petit canal, avec le fond du Port, et on aurait créé ainsi un arrière-bassin parfaitement calme dans les plus grandes tempêtes.
Plusieurs projets ont été présentés pour améliorer le Port de La Calle ; celui de la Commission présidée par le Commandant Mouchez, et connu sous le nom de port de Boulif, sera sans doute adopté. Il a l'avantage incontestable de favoriser l'agrandissement de la ville et sa prospérité future ; de pouvoir abriter sûrement, par tous les gros temps et par tous les vents, les plus forts vaisseaux, et, enfin, de devenir un Port de refuge pour tous les navires qui, par les vents d'Ouest, ne peuvent gagner Bône. Le port de Boulif, à l'Ouest de La Calle, n'aurait pas moins de 80 hectares, et serait fermé par une jetée partant de la pointe des Carrières.
L'isthme, ou plutôt la petite plage qui sépare le Port de La Calle, a été élargie, jadis, par des moyens artificiels. La mer la surmontait, autrefois, par les moindres coups de vent du N.-O., et la communication du rocher avec la terre était interceptée. Pour peu que le gros temps se prolongeât, on y manquait d'eau douce, la citerne n'en contenant pas assez pour suffire longtemps à la consommation. Pour remédier à est inconvénient, on construisit, du rocher au continent, un mur qui arrêtait les sables poussés par les vagues ; ils eurent bientôt surmonté et enfoui cette muraille, et la plage reçut un prompt accroissement.
Mais on fut ensuite obligé de la diminuer pour prévenir un ensablement au fond du Port. Dans les temps calmes et à loisir, on enlevait les sables du pied de la muraille et on les jetait du côté de l'anse de StMartin. Le premier coup de vent du N.-O., qui venait ensuite, poussait de nouveaux sables à la place de ceux qu'on avait enlevés. On parvenait ainsi à entretenir, au fond du Port, la profondeur d'eau nécessaire au tirant d'eau des bateaux de la Compagnie.
L'abandon où La Calle resta durant de longues années, ayant suspendu cette opération, il fallut, après notre prise de possession de 1836, procéder à quelques travaux de curage dans le fond du Port ensablé.
Il y avait, jadis, une belle calle d'embarquement entre la porte de la Marine et celle du Centre, et une autre, plus petite, au-dessous de la maison de l'Agence. L'action des vagues les avait dégradées aussi.
A l'Ouest de La Calle, la côte se prolonge au S.-O. et est bordée d'escarpements ; elle laisse, devant elle, la petite île de l'Abondance, forme une plage, dite Plage Romaine, se relève aussitôt vers le N.-O., avec des pentes très raides, pour aller passer au Cap Gros.
La plage romaine, appelée aussi quelquefois Rade des Romains, a près d'une lieue de longueur et facilite singulièrement l'entrée du port de La Calle. Elle n'offre aucun abri contre les vents du large, mais les bateaux corailleurs qui, dans le cas d'une réunion générale, n'auraient pu trouver place dans l'intérieur du port, pourraient, quel que fut leur nombre et l'activité de la pèche, se rassembler sur ses bords. Malgré sa grande distance, la saillie du Cap Gros abrite parfaitement contre les vents d'Ouest fréquents dans ces parages
La côte se dirige ensuite à l'O.-N.-O. par le Cap Mezara et on découvre les ruines d'une tour. Elle s'élève sur un escarpement rougeâtre, au-dessus d'une petite anse bordée de sable blanc, aujourd'hui déserte, mais, il y a moins de deux siècles, pleine d'animation et de bruit. Cette tour est tout ce qui reste de l'ancien Bastion de France, El-Bastioun, comme les Arabes l'appellent encore. Le pays environnant, dont la prodigieuse végétation excitait autrefois l'admiration du Père Dan, a conservé le même aspect : une riche verdure couvre les vallées, et les montagnes sont toujours revêtues d'épais taillis avec quantité de bois de haute futaie.
La côte descend ensuite vers le S.-O., en présentant alternativement des falaises taillées à pic et de petites plages. A un peu moins de deux milles du Bastion, elle semble se creuser brusquement. On y remarque une déchirure profonde, semblable à l'embouchure d'une rivière, mais il n'y a là qu'un chenal par lequel la mer communique avec le lac connu des marchands français, aux derniers siècles, sous le nom de Etang du Bastion.
C'est le Garâ ou Guelta el-Malah des Arabes, dans lequel, autrefois, les corailleurs pénétraient souvent et qui servait de Port à leurs barques pendant l'hiver. M. le Lieutenant de vaisseau Dubouchage s'est livré à une étude très-intéressante, pour démontrer l'utilité d'établir, au lac Malah, un Port qui aurait surtout une certaine importance militaire. Ce lac, dit-il, est situé entre le Cap Gros et le Cap Rosa. C'est un bassin de 867 hectares d'étendue, dont le point le plus rapproché de la côte en est à 250 mètres. Il a actuellement une communication avec la mer par un canal tortueux, dont l'embouchure est exposée en plein aux vents de N.-O. et repose sur un lit de roches. Tous les dépôts amenés par les eaux du lac, et les sables entraînés par la mer du N.-O, se sont en conséquence amoncelés à cette embouchure jusqu'à la combler.
Elle est côtoyée sur la rive E. par un monticule dont l'élévation est d'environ 30 mètres. Ce monticule, en s'avançant dans la mer, forme, sur son autre côté, une petite baie qui abrite des vents d'Ouest. C'est dans cette baie qu'aboutirait la passe à creuser pour faire communiquer le lac avec la mer par la plus courte distance qui les sépare.
Le lac a une profondeur qui varie entre quatre et cinq mètres ; lorsque sa communication avec la mer sera ouverte, les navires du commerce pourront donc entrer dans un port vaste et parfaitement abrité, par une passe dont la direction serait du N.-N.-E. au S.-S.-O. où, par conséquent, on entrerait toujours largue par les vents du large, qui sont les vents régnants.
Il y a, du Cap Gros au Cap Rosa, une étendue de neuf milles de côtes avancées dans la mer et faciles à reconnaître très au large. Lorsqu'on approcherait, on aurait pour l'entrée du Port un point de reconnaissance certain dans le monticule dont j'ai parlé, qui indiquerait le côté Ouest de la passe.
On voit qu'en creusant simplement un canal de communication qui aurait 250 mètres de long entre le lac et la mer, on aurait un Port sûr et meilleur, pour le séjour des navires du commerce, qu'aucun de ceux qui existent sur la côte d'Afrique.
Mais si l'on se bornait à creuser cette passe, on n'aurait fait qu'un travail incomplet. Elle doit être protégée contre l'envahissement des sables par deux jetées : l'une, appuyée sur la pointe du promontoire, qui la prolonge à l'O. et dirigée vers l'E.-N.-E., la protégera au N.-O. ; l'autre, de 150 mètres, partant du milieu de la baie, à 300 mètres de la rive E. du canal d'entrée et dirigée au N.-N.-O., la protégera du côté de l'E.
L'utilité de l'établissement d'un Port au lac Malah, est fort grande, au point de vue du commerce et de la colonisation. Le Cercle de La Calle est, je ne crains pas de le dire, une des parties les plus riches de l'Algérie ; son sol est d'une très grande fertilité ; il est couvert de bois de toutes essences, et contient des mines de fer, de cuivre et de plomb argentifère, dont l'exploitation donnerait de splendides résultats s'il y avait un bon Port à portée. De plus, placé sur la frontière de Tunis, il doit attirer à lui tout le commerce de la Régence par les marchés de la lisière, et notamment par celui de Roumel Souk. Et puis, une chute d'eau de 30 mètres de hauteur, produite par le déversement du Lac Oubeïra dans le Lac Malah donnerait de puissantes ressources pour établir, sur le lieu même de l'embarquement, des usines de toute sorte.
Ce Port aurait donc, pour alimenter son commerce, tous les produits tunisiens, outre l'exploitation de la contrée dans laquelle il est situé. Enfin, il deviendrait le centre du commerce du corail, lequel commerce pourrait y prendre une grande extension.
Au-delà de l'Etang du Bastion, la côte se prolonge avec la même alternative monotone de falaises abruptes et de plages étroites ; puis on rencontre le Cap Rose, le Ras Bou Fahal des Arabes, terre peu élevée et couverte seulement de broussailles, sans la moindre culture. Le géographe Edrissi mentionne ce promontoire sous le nom de Turf. Il est aussi représenté sur toutes les anciennes cartes nautiques. L'Atlas catalan de Ferrer lui donne le nom de Cap de la Rosa et le portulan de Visconti celui de Cavo di Rosso.
Au moyen-âge, le Cap Rose était souvent visité par les marchands européens. C'était une des meilleures stations pour la pèche du corail. Aujourd'hui encore, pendant la belle saison, c'est-à-dire depuis le commencement d'avril jusqu'à la fin de juillet, les parages du Cap Rose sont très-fréquentés. Les pécheurs assurent que ses bancs de rochers donnent toujours le corail le plus beau et le plus riche de la côte d'Afrique et qu'on n'est pas obligé d'aller le chercher à une trop grande distance ; on le trouve à une profondeur de quarante à cinquante brasses.
Les Français avaient formé en ce lieu un établissement, « où demeurait un caporal avec huit soldats et un interprète pour le négoce ; » mais ce que le Cap Rose donnait au commerce, était peu considérable ; on n'en tirait guère annuellement que trois ou quatre mille mesures de blé et mille à douze cents cuirs. Ce poste, considéré comme peu utile et d'un entretien trop coûteux, fut abandonné en 1677, la même année que le Bastion de France.
La forteresse du Cap Rose était bâtie sur un rocher escarpé au Sud d'une petite anse connue sous la dénomination de Cale du Prisonnier. Cette crique, située à l'Ouest du Cap, était un lieu de rendez-vous pour les pécheurs de corail. Le pays qui l'avoisine, entièrement inculte et inhabité, leur donnait la facilité de faire de l'eau et du bois, sans crainte d'être surpris par les Arabes.
La partie opposée du promontoire présente une autre baie, que les cartes du siècle dernier désignent sous le nom de Port Canier, et qui était appelé Porto delle Canelle par les corailleurs italiens. Les bâtiments de La Calle et du Bastion, chassés par les vents d'Ouest, y trouvaient un refuge momentané.
Le Cheikh de la Mazoule était tenu de veiller à leur sûreté, pendant qu’ils séjournaient dans cette baie.
Un ruisseau, remarquable par ses roseaux, d'où lui vient le nom arabe de l’Oued-el-Kçob — le Ruisseau des Roseaux — Canier des Provençaux- qui croissent sur ses rives, coule au fond du havre et forme, sur le bord de la mer, une aiguade d'un abordage aisé.
Entre Tabarka et Hippo Regius, Ptolémée n'indique aucun lieu ; mais, l'itinéraire d'Antonin signale deux stations : Nalpotes et ad Dianam. Ce dernier point est le Cap Rose. Un temple de Diane, dont quelques débris subsistent encore, s'élevait autrefois sur le sommet du promontoire.
Après avoir tourné le Cap Rose, nous arrivons à la partie orientale du Golfe de Bône, et, en continuant à suivre le bord de la mer, nous marchons, au S.-0 sur les pentes abruptes du Djebel Bou Fahal, et nous arrivons ensuite à un rivage fort bas, parsemé de dunes ; c'est le territoire de la tribu des Oulad Dieb, jusqu'à l'embouchure de la Mafrag, qui marque la limite du Cercle de La Calle.
Le Cercle comprend deux Caïdats : celui de l'Oued-el-Kebir et celui de Bou Hadjar, ayant ensemble une population d'environ vingt mille âmes.
Le Caïdat de l'Oued-el-Kebir se compose des tribus dont voici les noms : Oulad Dieb, — Béni Amar, — Sebâ, — Oulad Youb, — Brabtia, — Souarakh, — Lakhdar, — Oulad Arid, — Aouaoucha, — Sebeta et Oulad Ali Achicha.
Le Caïdat de Bou Hadjar comprend : Oulad Nacer, — Chafia et Oulad Sidi Bekri, — Chiebna, — Oulad Messaoud.
Avant d'entrer dans quelques détails sur ces diverses tribus, il convient d'indiquer leur origine. La population primitive des environs de La Calle appartenait aux Berbères Masmouda et Aureba, que les Haouara, autres Berbères venus des environs de Tripoli, subjuguèrent à l'époque des premières invasions musulmanes. On sait que ces Haouara, alliés aux Arabes Soleïm, ont fondé la puissante tribu des Hanencha, qui, jusqu'à l'époque moderne, a eu l'omnipotence sur tout le pays frontière depuis La Calle jusqu'au Sud de Tebessa. La branche des Soleïm, dite des Mirdas, que nous retrouvons encore à proximité de La Calle et de Bône sous le nom moderne de Merdès, vint, au XI° siècle, se mêler à la famille Berbère des Oulhassa occupant déjà ce pays.
Au XVI" siècle, après le renversement de la grande confédération des Chabbia, qui occupait la majeure partie de la Tunisie et de la province de Constantine, un bouleversement général se produisit parmi les populations. Chaque groupe prenant les armes pour son compte personnel, choisissait l'emplacement qui lui convenait et s'y installait après en avoir refoulé ceux qui le gênaient, jusqu'à ce qu'il fût chassé lui-même par un voisin plus puissant. Tous ceux qui avaient rempli auprès des Chabbia un rôle officiel quelconque furent, après la chute de ces seigneurs religieux autocrates, en butte aux persécutions des populations qui avaient jadis subi leur autorité ; tels sont : les Nehed, les Khoumir et autres groupes des environs de La Calle, d'origine arabe et jadis collecteurs d'impôts, pour le compte des Chabbia, dans le Sahara, les Zibans et le Djérid. Traqués comme des bêtes fauves, à cause de la haine que leur. Ancienne oppression avait inspiré, ils furent forcés d'abandonner le Sud et de se réfugier vers les montagnes du littoral où nous les voyons aujourd'hui complètement mêlés aux anciens habitants Berbères ou Arabes de la première invasion qui, de gré ou de force, les admirent parmi eux.
Ainsi, les Nehed, que nos compatriotes du Bastion de France appelaient jadis les Nadis, appartiennent à la grande tribu Arabe de ce nom. qui, en passant en Afrique, au Xième siècle, laissa en Arabie plusieurs de ses branches, où on les retrouve encore sous le nom de Nahad.
Je ne sais si les Khoumir ont également laissé des frères en Orient. Quoi qu'il en soit, ces groupes de nomades, forcés d'adopter la vie sédentaire, en s'installant dans la région montagneuse, durent se morceler. Chaque chef de famille devint le chef d'un groupe distinct, auquel il donna son nom patronimique, et c'est ainsi que se formèrent les tribus du Cercle de La Calle et de leurs voisines, aujourd'hui en territoire Tunisien, désignées collectivement sous le nom générique de Nehed, mais connues sous les noms distinctifs de Oulad Dieb, Beni Arnar et autres que j'ai indiqués ci-dessus.
Chose étrange, la langue arabe, quoique considérablement. atteinte dans sa pureté, a prévalu et s'est conservée parmi les Nehed ; mais, au contact des montagnards, ils ont Uni par adopter leurs mœurs rudes et leurs coutumes sauvages. Nous verrons, bientôt, leurs relations avec la Compagnie d'Afrique et le caractère particulier des différents groupes.
Aux Khoumir, nous trouvons une grande pauvreté, un patois plus rude encore que celui des Nehed ; des manières et des habitudes tellement brutales qu'elles font le sujet des conversations et des épigrammes des Nehed môme, car ceux-ci se posent en civilisés, comparativement à leurs voisins d'en haut. Point de justice, point de garanties pour le faible.
Dans les tentes, les coutumes accordent tout à l'homme fort, appuyé sur son fusil. De douar à douar, on ne connaît que la force brutale. - De religion, il n'en est pas question : on tue, on mange le sanglier. Pour déchiffrer une lettre, il faut assembler une grande réunion ; amour passionné d'une indépendance qui n'a jamais été brisée ; fractionnement par quatre ou cinq tentes ; pays tout de montagnes. Voici ce que Poiret disait, au siècle dernier, en comparant les Nehed aux Khoumir :
Il est d'autres arabes dont la vie est encore bien plus dure et plus misérable. Ce sont ces hordes indomptées qui n'habitent que les lieux inaccessibles. Elles n'ont aucune possession, aucun asile fixe. Si quelquefois elles ensemencent une mince portion de terre, si elles ont des troupeaux, comme elles ne peuvent éviter de se fixer dans les plaines, elles ne tardent pas à être dépouillées. Ces. malheureux se retirent alors dans des bois épais et impénétrables, dans les gorges affreuses des montagnes ou dans le creux des rochers. Ils vivent séparés les uns des autres et sont obligés, pour ainsi dire, à brouter l'herbe des champs. Les fruits sauvages, les racines tendres, les jeunes pousses des plantes leur servent de nourriture.
La plupart ont des armes à feu ; c'est le plus précieux héritage qu'un père puisse laisser à ses enfants : ils pourraient s'en servir pour la chasse ; mais comme ils ont beaucoup de peine à se procurer de la poudre et du plomb, ils les conservent pour défendre leur liberté (La poudre et les armes ne leur manquent pas aujourd'hui, grâce aux contrebandiers qui les en approvisionnent et c'est ainsi qu'ils se maintiennent indépendants.)
Ils préfèrent l'indépendance et la misère, à un genre de vie plus tranquille et dont ils ne pourraient jouir qu'en se soumettant, comme les autres, au despotisme des Turcs. Ces arabes sont les plus cruels de tous. Je ne serais pas éloigné de croire qu'il n'y ait parmi eux des anthropophages, tant ils sont affamés et avides du sang humain.
Personne n'ose pénétrer dans les gorges de leurs montagnes. Les souverains du pays y ont quelques fois conduit des camps, assez considérables, mais ces entreprises n'ont jamais eu de succès. Ou les troupes ont été égorgées dans les défilés, ou les Arabes se sont dispersés dans l'intérieur de leurs montagnes.
Quelquefois, ils descendent dans les plaines, ils viennent dépouiller les nations voisines. J'ai rencontré plusieurs de ces arabes : ils sont maigres, décharnés, couverts de lambeaux et dégoûtants par leur malpropreté.
Cet état extrême de sauvagerie existe encore dans la partie Est des Khoumir. Là, dans les retraites les plus cachées, dans d'épaisses forêts, vit une race qu'on appelle Mogod, qui est une véritable espèce de sauvages. Les Mogod vivent par famille isolée ; l'homme ou plutôt le mâle, la femelle et les petits sont nus, sauf un morceau d'étoffe héréditaire qu'ils portent à la ceinture et qui se renouvelle quelquefois aux dépens du voyageur égaré ou surpris. Pas de tentes ; quelques branchages et un vieux lambeau de tissu de tente, noir et crasseux, appendu aux broussailles, composent l'habitation. Quelques chèvres sont toute la richesse. On dit d'un Mogod que lorsqu'il veut changer de gîte, il appelle sa femme, siffle son chien et marche jusqu'à ce qu'il trouve un réduit qui lui plaise. Un proverbe local dit aussi :
« Celui qui pénètre chez le Mogod y reste. »
Allusion au sort qu'ils réservent, sans exception, aux gens qui s'avisent de passer chez eux, ou aux marins que la tempête jette sur leurs côtes.
Chez le Nehed comme chez les Khoumir, le père ou le plus proche parent dispose de la jeune fille et la donne en mariage, sans consulter celle-ci, et moyennant dot ou plutôt achat. Les parents intéressés, de part et d'autre, ayant fait les conventions, on abat une vache et le marché est conclu. C'est là l'acte de mariage. On se reporte toujours dans la suite, à ce jour de la debaha (l'abattage de la vache), pour rappeler les conditions de l'union. La dot moyenne est de 300 francs et de cinq ou six vaches.
Mais nous devons ajouter que ces conditions se sont beaucoup modifiées depuis que la domination française s’est établie dans le Cercle de La Calle ; on y observe, aujourd'hui, les lois en vigueur dans tout le reste de l'Algérie, et les mœurs en ont subi les conséquences en les adoucissant.
Pour savoir se faire respecter de ces populations remuantes, la Compagnie ne négligeait pas les mesures qui pouvaient effacer aux yeux des indigènes, la différence de croyance et d'origine.
Il n'existait de Bône à Tabarka qu'une seule mosquée : c'était celle que la Compagnie avait fait bâtir sur la plage de La Calle.
Obligée d'acheter la tranquillité des Nehed et des Khoumir, tribus turbulentes, qu'elle ne songeait pas avec ses cinquante soldats à réduire par la force des armes, elle était convenue de leur payer une Lezma en instruments d'agriculture, et ces mêmes Nehed, de leur côté, s'étaient soumis à payer un léger tribut tantôt au Bey de Constantine, tantôt à celui de Tunis à condition qu'ils les laisseraient librement commercer avec nous.
Tout n'est donc pas à dédaigner dans l'expérience acquise par nos devanciers et si le Capitaine Berthier, qui occupa La Calle au début de la conquête, se fut écarté de leurs exemples, il n'aurait pas maintenu avec quelques zouaves indigènes et sans la présence d'un seul soldat français, la tranquillité autour de LaCalle.
Au XVIIe siècle, les tribus de La Calle. en en comprenant d'autres telles que les Khoumir, Mazen, 0. Ali, Meragna, Ouchtata, Ouarka, 0. Sedira, Charen et poussant au Sud jusqu'aux Oulad Bou Ranem et Frachich, que la délimitation des frontières a laissées en territoire Tunisien, faisaient partie de la Confédération des Harar, Seigneurs des Hanencha, grands vassaux du Pachalik d'Alger. J'aurai, plus loin, à raconter l'énergie avec laquelle le Chef féodal des Hanencha expulsa les Turcs de Constantine, en 1638, parce qu'ils s'étaient permis de venir, avec leurs corsaires, détruire le Bastion de France, ce qui ruinait le commerce des tribus placées sous son protectorat.
Un siècle plus tard, quand la domination turque se fut établie plus solidement et qu'elle eût abattu, comme Louis XI, la puissance des grands Seigneurs, elle fit rentrer les tribus de La Calle sous son autorité directe ; mais cette autorité ne fut jamais exercée que sur les tribus de la plaine et par conséquent saisissables. A l'approche des troupes du Bey, le vide se faisait aussitôt, et les populations s'enfuyaient dans les montagnes bravant, là, toute agression. Quand la nécessité les obligeait à sortir de leurs forêts, ils payaient un léger impôt tantôt à Alger, tantôt à Tunis, mais le plus souvent à personne, se disant Algériens ou Tunisiens selon les circonstances.
Les tribus des Khoumir et des Nehed n'appartenaient, comme disent les Arabes, qu'à Ahl el-Rolb, c'est-à-dire à ceux-là seulement qui avaient la force de les vaincre. Bou Metir, le dernier Cheikh sous la domination turque, des Oulad Dieb, tribu Nehed que les Beys de Constantine avaient constituée Makhzen pour maintenir en respect les autres Nehed et les Khoumir eux-mêmes, Bou Metir, dis-je, a souvent pénétré dans les montagnes des Khoumir, les a battus et les a forcés à lui payer tribut en signe de soumission. C'est au Souk el-Khemis, chez les Oulad Ali, qu'il allait dresser sa tente pour percevoir cet impôt.
Il faut observer que toutes ces tribus frontières sont cernées de cordons de montagnes qui leur servaient de refuge ; aussi, selon les circonstances, se jetaient-elles tantôt du côté de Tunis, tantôt du côté d'Alger, laissant généralement un intervalle vide assez grand entre elles et l'autorité qu'ils avaient à redouter ; c'est ainsi que les Khoumir, à certains moments, ont reconnu la domination du Cheikh des Oulad Dieb, dont la domination s'est souvent étendue jusqu'à Tabarka.
Bou Metir saisissait ordinairement l'époque des herbages d'hiver, que ces tribus étaient obligées de venir chercher dans la plaine pour leurs nombreux troupeaux. Il regardait le refus de payement comme une bonne fortune et prétexte à razzias, aussi n'y avait-il pas d'année qu'il ne préparât une course de ce genre tantôt sur l'un, tantôt sur l'autre pour s'enrichir.
Quant aux Tunisiens ils voulurent un jour réduire, eux aussi, ces rudes montagnards, mais ils furent si bien défaits qu'ils n'ont plus osé tenter de se mesurer avec eux. Berbouch, Kahïa du Kef et Bou Nahr, Kahïa de Beja, réunirent leurs forces et se dirigèrent vers leurs pays. Les Khoumir attaquèrent avec vigueur le camp des deux fonctionnaires tunisiens et les mirent dans une déroute complète. Un Marabout de Beja, nommé Semati, extrêmement vénéré dans le pays, sollicité par les deux Kahïa, se rendit chez les Khoumir, demanda aux notables de la tribu de rendre les prisonniers, les chevaux et tous les effets enlevés aux deux colonnes qui avaient été battues.
Son caractère de Marabout, la réputation dont il jouissait, eurent assez d'influence sur les Khoumir pour les engager à restituer leurs prises, moyennant un assez fort cadeau en argent, mais ils ne tirent aucun acte de soumission et jamais depuis n'ont été soumis. Naguères encore une tentative a été faite à l’amiable ; un agent Tunisien s'est présenté chez eux. Que viens-tu faire ici, lui a-t-on dit ?
Nesscllek. — Percevoir l'impôt.
Eh bien : Sellek rohok, sauve ta tête, lui ont répondu les Khoumir en le congédiant sans se fâcher.
Ceux qui comprennent l'arabe apprécieront la portée du jeu de mots.
Ainsi donc les Khoumir, enclavés entre les deux territoires Algérien et Tunisien, continuèrent à vivre indépendants.
Les Tunisiens, tournant leurs montagnes par le Sud, profitèrent, eu 1830, de l'anarchie qui suivit la chute de l'ancien Gouvernement Algérien pour asseoir leur domination sur plusieurs tribus frontières ; ils poussaient même leurs prétentions plus loin et auraient fini par l'étendre sur la plus grande partie du territoire actuel du Cercle de La Calle, si l'occupation de ce point par les troupes françaises, en 1836, n'était venue les arrêter.
Nous reviendrons, ailleurs, sur cette question de limites, voyons maintenant les tribus du Cercle.
A SUIVRE
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EL-OURICIA
Par Maurice VILLARD
ACEP-ENSEMBLE N°272, mai 2010
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Le village d'EL-Ouricia est le cinquième village que la Compagnie genevoise s'était engagée à créer et à peupler. II est situé à 12 kilomètres au Nord de Sétif, à 1080 mètres d'altitude, sur la route nationale N° 9 entre Sétif et Bougie, à l'embranchement de la route qui mène à Péritgoville, sur la rive droite de l'Oued Bousselam qui prend sa source à quelques kilomètres au Nord du Djebel Megris.
1854. -Le 16 mars la Compagnie genevoise décide la création du village d'EI-Ouricia, dans une région vallonnée de riches terres propices à la culture de céréales.
Au cours de l'année les travaux de construction des maisons, à la charge de la Compagnie, débutent.
Les travaux du lotissement réalisés par le Génie militaire concernent le nivellement, l'empierrement des rues, l'aménagement des eaux avec la création d'une fontaine, d'un abreuvoir, d'un lavoir, d'une salle d'école et d'asile. La réalisation d'une enceinte défensive est laissée en attente.
Le 20 avril. - Extrait d'une lettre de la Compagnie genevoise à Son Excellence, M. le maréchal Vaillant, Ministre de la guerre.
« ... votre excellence nous fait remarquer que la nomination ecclésiastique qui a déjà eu lieu appartenait au culte protestant, il serait peut-être à désirer que le premier titre ecclésiastique appartienne au culte catholique. En nous signalant la convenance d'El-Ouricia, premier village catholique de l'émigration suisse, fût promptement doté d'une église, votre Excellence veut bien ajouter qu'elle pourrait nous réserver dans ce but un des titres que le budget des cultes en Algérie permettra de créer cette année.
Notre compagnie n'a pu encore avoir la certitude qu’elle aura promptement le nombre de colons catholiques nécessaires pour peupler un village. Elle rencontre quelques difficultés, parce que dans les cantons catholiques suisses, l'aisance est moins générale que dans les cantons protestants et qu'il s'y trouvent par conséquence moins d'émigrants possédant les 3.000 f exigés par le décret du 26 avril 1853. De plus, dans ces cantons, l'émigration s'est faite jusqu'à présent exclusivement sur les Etats-Unis et le Brésil. Ce sont là des obstacles à vaincre, mais notre Compagnie espère bien en triompher, elle installe des agents dans ces cantons, et elle se conforme scrupuleusement aux recommandations de Votre Excellence en dirigeant ses efforts vers ce but.
« Quant aux écoles, Votre Excellence, veut bien nous faire connaître qu'elle instituera une école de garçons et de filles dans chaque Centre de population qui renfermera une trentaine d'enfants de 4 à 12 ans.
« A l'avenir la Compagnie n'aura pas à intervenir dans la nomination d'ecclésiastiques ou d'instituteurs. De plus d'après la proposition que Votre Excellence veut bien nous faire, Cure et Eglise Catholique, celles-ci devant servir au deux villages de Mahouan et d'El-Ouricia, devait être calculée pour environ 400 âmes.
« La nécessité de presser toujours plus nos travaux vient de nous déterminer à envoyer pour quelques mois sur les lieux, M. Henri Dunant qui, déjà l'année dernière a passé deux mois à Sétif pour le compte de la Compagnie. Nous avons donc l'honneur de deman¬der à Votre Excellence un passage de 2éme classe pour M. Dunant qui passera par Alger. »
Le 10 novembre, le Conseil du Gouvernement émet l'avis qu'il y a lieu de créer une succursale du culte catholique à El-Ouricia.
Le 18 décembre, les 10 premiers colons en provenance de Haute-Savoie, s'embarquent à Marseille en direction d'El-Ouricia.
En définitive, suite à l'intervention, le 9 décembre 1855, de Monseigneur Pavy, évêque d'Alger, l'église sera construite à Mahouan ce dernier village étant complètement peuplé, ce qui n'est pas le cas d'El-Ouricia. (la relation de cette intervention est publiée dans le village de Mahouan).
1855. - Le 15 novembre, 25 maisons sont construites et 25 autres en construction. Comme pour les autres villages de la Compagnie 50 lots de 20 hectares chacun sont créés afin d'être attribués aux immigrants.
1856. -Le peuplement rencontre d'énormes difficultés, 10 hommes, une femme, deux garçons et trois filles, sont les seuls résidants du village.
1859. - Il est fait concession à la Compagnie genevoise, à titre définitif, de 800 ha de terre à El-Ouricia.
1861. -Le Lieutenant Jouie Louis, est nommé commandant de la milice du groupe de villages d'El-Ouricia et de Mahouan avec comme adjoint le Sous-lieutenant Robert Jean-Louis.
1863. Le 22 avril, le peuplement du village est terminé, 69 français, 3 étrangers y résident ainsi que 1070 indigènes sur le territoire de la commune
- Par décret, le 8 mai, El-Ouricia est érigé en Commune de plein exercice avec comme annexe le centre de Mahouan
1876.- Extrait du registre des délibérations du Conseil municipal de la commune d'El-Ouricia - session ordinaire de février 1876, séance du 29 février.
« Le 29 février 1876, à une heure du soir, le conseil municipal de la commune d'El-Ouricia s'est réuni en session ordinaire sous la présidence de M. Dussaix, le Maire.
Sont présents :
MM. Cros - Crochet - Allamand conseillers à titre français. Mohamed ben Taïb - Abdallah ben Saïd et Brahim ben Elmi à titre indigène.
Sont absents : Gandy - conseiller à titre français - Mercier démissionnaire.
Le Président déclare la séance ouverte et invite le Conseil à désigner le membre qui remplira les fonctions de secrétaire pour la présente séance. M. Allamand obtient la majorité des suffrages et prend place au bureau en cette qualité.
M. le Maire expose au conseil la situation dans laquelle se trouvent les colons habitants Mahouan et El-Ouricia, vis-à vis de la Compagnie genevoise et ses terres de parcours qu'elle détient exclusivement par ses nombreux locataires indigènes. Il rappelle que cette question des communaux a fait, déjà et depuis quelques années, l'objet de nombreuses réclamations auprès de l'Administration, que la justice en a même été saisie et qu'aucune solution n'est intervenue ni d'une part ni de l'autre, pouvant mettre fin à cet état de choses si préjudiciable aux intérêts de la commune et aux colons des deux sections, qui sont ainsi privés, malgré leur droit, du pacage nécessaire à leurs bestiaux.
En conséquence, le Président propose d'émettre le vœu suivant, qui sera transmis à l'Administration supérieure, à l'effet d'appeler à nouveau sa bienveillante attention sur une situation qui, si elle se prolongeait davantage aurait des conséquences déplorables pour le pays, dont l'essor est déjà, trop paralysé par le voisinage de la Compagnie genevoise. Les colons seraient, en effet, dans la nécessité de vendre leurs troupeaux, principale source de leur bien-être et le peuplement peut-être en serait la suite.
Le Conseil, s'associant aux justes observations présentées par M. le Maire formule à l'unanimité, le vœu suivant :
« Considérant que par décret des 26 avril et 6 juin 1853, la Compagnie genevoise a été déclarée concessionnaire de 20.000 hectares de terre aux environs de Sétif, que cette concession a été divisée en plusieurs zones dans lesquelles El-Ouricia et Mahouan sont compris pour chacun 2.000 hectares, répartis entre :
Les-dits villages, de la manière suivante ; cinquante lots de vingt hectares, huit cents hectares affectés aux fermes de la Compagnie et cent quatre-vingt-dix hectares réservés aux communaux plus dix hectares pour le desservant et l'instituteur.
Considérant qu'aux termes de l'article 3 du décret précité, chaque zone devait comporter la création d'un village de 50 feux, composés de familles de cultivateurs européens.
Considérant que la Compagnie genevoise possède, tant en lots de ferme qu'en lots de village, environ mille hectares à Mahouan et dix-sept cents à El-Ouricia, que cette étendue de terre est subdivisée en parcelles de 4 à 20 hectares, qu'elle loue chaque année aux indigènes par la voie des enchères, en accordant à ses nombreux locataires, la faculté de faire pacager leurs troupeaux en nombre indéterminé sur les réserves communales.
Considérant qu'en agissant ainsi, cette Compagnie qui n'envisage que son intérêt particulier, n'observe ni l'esprit ni la lettre de l'article 3 du décret de concession, qui réservait la jouissance des com¬munaux aux 50 familles établies dans chaque village de zone et non à une multitude d'indigènes plus au moins sédentaires ou nomades, que par ce fait, les colons européens habitant les deux villages, sont gravement lésés dans leurs droits et dans leurs intérêts, attendu que l'envahissement des communaux par des milliers de bêtes de ces indigènes, qui broutent l'herbe jusqu'à la racine, ne leur permet pas d'y conduire les leurs.
Attendu que les faits ci-dessus signalés sont constants et de notoriété publique, qu'ils constituent un abus grave et décourageant dont le redressement appartient à l'Administration.
Le Conseil émet le vœu qu'il plaise à Monsieur le Préfet du département de prendre en considération la situation désastreuse faite aux deux villages, pourtant si dignes d'intérêt, composant la commune d'El-Ouricia, de mettre fin à cet état de choses si préjudiciable à l'intérêt général et d'intervenir, au besoin auprès de l'Administration de la justice pour qu'elle prononce sur l'interprétation à donner aux dispositions du décret de 1853, portant concession au Comte Sauter de Beauregard et autres, de 20.000 hectares des plus belles terres des environs de Sétif, actuellement exploitées par les mains des indigènes et dont le revenu presque tout entier sort de l'Algérie pour passer en pays étranger.
Il est décidé, que copie du présent vœu, sera transmise à M. le Gouverneur Général, par les soins du Maire.
1879. - Le 4 juin, les habitants demandent des agrandissements.
1882. - La Commission des Centres présidée par M. Faure, Sous-préfet de Sétif, décide qu'il y a lieu d'urgence de procéder à des agrandissements afin de redonner un regain de vie à ce village.
1884. - Nouvelle demande d'agrandissement formulée par la municipalité présidée par M. Cros,
1886.- Le débit d'eau mesuré de 5 l/m est insuffisant pour les besoins du village.
1889.- Agrandissement territorial.
Le 25 janvier, le rapport du Sous-préfet au Gouverneur Général, précise que comme Mahouan, El-Ouricia végète faute d'espace, les concessions sont beaucoup trop petites. Elles sont enserrées dans les terres de la Compagnie genevoise, les colons les uns après les autres quittent le village. Il est nécessaire de rechercher la possibilité de donner un certain développement à ces Centres.
Travaux d'utilité commune.
La municipalité sollicite, à savoir : Travaux d'alimentation en eaux : 20.000 f
Bâtiments communaux : 20.000 f
Ouvrages défensifs : 8000 f
Le Sous-préfet précise que la sécurité d'El-Ouricia est assurée par la proximité de Sétif. Concernant les travaux intéressant les bâtiments publics et ceux de l'alimentation en eau potable, il conviendrait avant de se prononcer, de faire procéder à des études sérieuses par les services des Ponts-&-chaussées qui recevraient l'ordre de préparer les projets en cas de besoins reconnus.
1890. - Le 1er avril, rapport de l'ingénieur des Ponts-&-chaussées. Travaux d'alimentation en eaux : Une concession d'eau d'un I/s a été faite à la commune d'El-Ouricia par arrêté du 21 mars 1881.
La conduite d'eau, d'une longueur de 2.700 m qui amène les eaux de l'Oued Adjouan a été construite en 1878-1882 pour débiter 11/s. Elle comporte plusieurs siphons, et, vu le manque d'entretien, la conduite a pu s'engorger. Elle doit donc être visitée, et les quelques réparations indispensables, qui comportent une faible dépense peuvent être exécutées aux frais de la commune. Les fontaines principales coulent à pleine gueule, une troisième servant de lavoir et d'abreuvoir, alimentée par le trop-plein de l'une d'entre elles, arrose quelques petits lots de jardin et la pépinière communale.
Le village d'El-Ouricia, au point de vue de l'alimentation en eau semble des plus favorisés et nous ne comprenons pas la demande de subvention de 20.000 f alors que les travaux d'adduction des eaux se sont élevés à 21.000 f.
Eglise -El-Ouricia possède une chapelle installée dans la Maison commune, pouvant contenir 50 personnes, c'est à dire plus que toute la population du village. A notre avis, il reste assez de place pour la Mairie, les besoins d'une église ne se font pas sentir, surtout si l'on considère que le Centre d'El-Ouricia se dépeuple de jour en jour.
Si toutefois, il était jugé autrement, et que l'on désire que la salle servant au culte soit restituée à la Mairie, une simple chapelle, dont le coût ne dépasserait pas 14.000 f serait bien suffisante.
Ouvrages défensifs - El Ouricia est situé à 11 kilomètres de Sétif. En temps d'insurrection les habitants peu nombreux pourraient gagner Sétif. Pour construire un réduit fortifié, ce n'est pas du reste 8.000 f qu'il faudrait, mais au moins 20.000 f, aucune maison du village, lequel est absolument plat, ne pouvant être aménagée pour la défense.
Nous sommes d'avis de ne pas donner suite à cette demande de subvention.
1903. - Création d'un Bureau téléphonique municipal avec un réseau urbain d'abonnés et une cabine publique. Le bureau ainsi que le circuit inter urbain entre El -Ouricia et Sétif seront mis à la disposition du public le 10 avril. La taxe est dans El-Ouricia pour 3 minutes 0,10 f, par avis d'appel 0,25 f, pour les messages urbains les 3 minutes 0,50 f, inter urbain 0,25, par avis d'appel 0,50 f, message téléphoné 0,50 f.
1904.- Le 3 novembre, la commune obtient la jouissance des eaux des sources d'Ain Boukourdane et d'Ain el Adjia.
1911. - Note administrative : El-Ouricia - 1050 m d'altitude, commune de plein exercice, à 12 kilomètres de Sétif et à 99 kilomètres du port de Bougie, sa superficie est de 11.086 hectares. Le Maire est M. Cros Lucien, le Secrétaire de mairie est M. Frédéric Henri. L'agent voyer est M. Chenagon, le Facteur-Receveur est M. Mattei, l'institutrice de l'école mixte est Mme Chenagon. Les agricul¬teurs sont : Vve Andriot, les locataires de la Compagnie genevoise sont : Cros Lucien, Mondon L, Viande. L'aubergiste est M. Andriot.
1928.- M. Cros Jean François Benjamin, ancien conseiller municipal, adjoint au maire, puis Maire de 1881 à 1906, 25 fonctions électives dont 25 de maire est nommé au grade de Chevalier dans l'ordre National de la Légion d'Honneur.
1929.- Commune d'El-Ouricia, rapport sommaire mensuel sur les travaux et le développement de la culture pendant le mois écoulé et état des diverses cultures dans la dernière semaine.
Mois d'Avril 1929. Continuation des labours préparatoires pour les diverses cultures, céréales et jardinage. Le développement des cultures se fait normalement. Les campagnes ont un bel aspect, tant au point de vue des cultures que des pâturages. Il n'est pas survenu de pluies conséquentes pendant le mois d'avril. La quantité d'eau tombée est d'environ 4 m/m. Il y a eu quelques fortes gelées. L'état sanitaire du bétail est satisfaisant, aucune épidémie n'est à signaler. La situation économique des cultivateurs européens et indigènes est bonne.
Recensements successifs :
1940 - Mise en dépôt de 15 fusils Lebel modèle 1886 avec une dotation de 1.500 cartouches sous la responsabilité de M. Jarousse Laurent, gendarme à la retraite, et de MM. Viande Horace et Davrieux Albert agriculteurs.
1943. - Ouverture de cours d'enseignement professionnel pour la formation des métiers de maçons, forgerons, cordonniers.
1947. - Réfection de la conduite d'eau et construction d'un nouveau réservoir d'eau.
1948 à 1955. Plan d'aménagement communal.
Construction d'une salle de consultations, d'un abattoir, d'égouts dans le centre du village, d'une école d'apprentissage. Aménagement du marché aux bestiaux, restauration des rues et des trottoirs. Alimentation en eau potable des mechtas Ouled Hadel, Beni Noua, Ougrina et Ouled Ali. Aménagement de la piste reliant la nationale N° 9 à Ahssassen et de la piste d'Aïn-Abessa à la route N° 9. L'ensemble des constructions d'El-Ouricia forme un vaste rectangle face à l'Est, bordé sur un côté par la route nationale N° 9 de Sétif à Bougie. Un seul bâtiment regroupe la Mairie, l'Ecole, la Chapelle, les appartements du secrétaire, de l'instituteur et du garde champêtre. Le bureau de poste et l'infirmerie se trouvent dans des bâtiments privés.
Il s'avère nécessaire de construire l'immeuble de la poste, une salle de consultations médicales avec le logement du médecin, une cabine téléphonique au douar Ouled Mansour. Tout sera réalisé au fur et à mesure dans les années suivantes.
Elections municipales de la commune d'El-Ouricia - Mahouan.
Inscrits - 74 - votants 65 - suffrages exprimés 64
Liste indépendante : MM : Cros Georges 38 voix - Davrieux Albert 38 – Viande Horace 38 - Fouet Louis 37 - Viande Alfred 38 - Leneveu Alexandre 38 - Dussaix Maurice 26 - Barrai Pierre 26 - Dussaix Robert 26 - Brau 1. Pierre 26 - Weber Albert 26.
L'exploitation d'un taxi est autorisée dans la commune.
L'école mixte d'El-Ouricia comporte : une salle de classe primaire 47 élèves. un logement de trois pièces, une cour de 500 m2 clôturée, un préau de 50 m2. une bibliothèque scolaire.
L'école de garçons d'Oued Cheir située à trois kilomètres d'El-Ouricia à 1.200 m d'altitude comporte deux salles. une classe primaire 40 élèves. un logement de quatre pièces, une cour de 250 m2, un cour d'adultes, une coopérative sco-laire, l'association de l'union sportive des écoles primaires. Également organisation des colis de secours.
El-Ouricia fut érigé en commune de plein exercice, avec comme annexe le village de Mahouan, dès 1863. Dans les dernières années, le corps municipal était composé de : un Maire, un Adjoint, un Adjoint pour la section de Mahouan et de six conseillers municipaux.
Les Maires qui se sont succédés depuis la création de la commune de plein exercice sont MM : Mercier Pierre Auguste - Dussaix François - Cros Jean François - Cros Lucien - Cros Georges assurant une intérim - Cros Fernand - Cros Georges - dans les dernières années Bugnot Pierre.
La population recensée en 1958 est de : 74 européens - 4.255 indigènes.
La commune d'El-Ouricia-Mahouan n'avait comme seule ressource de revenus que les richesses de l'agriculture et principalement la culture du blé dur. Malgré des conditions de travail rendues difficiles par son relief tourmenté, grâce au travail des agriculteurs européens, à ses riches terres et à une pluviométrie suffisante, les récoltes étaient aussi bien au niveau de la qualité semoulière de son blé dur, que des rendements, au-dessus de la moyenne de la région sétifienne.
Mais la grosse société capitaliste, la Compagnie genevoise, détenant la plus grande superficie des terres, donnant ces dernières en métayage à des conditions que l'on peut qualifier d'usurières, exerçant un contrôle tatillon quasi- permanent avec ses gardes, la Compagnie ne réinvestissait pas ses profits dans le pays, mais en Suisse ou à l'étranger.
Les premiers arrivants en 1857.
Attributaires de lots de 20 hectares comprenant : un lot urbain - 1 lot de jardin - 1 lot de prairie - 1 lot de terre de 1ère catégorie - 1 lot de terre de 2ème' catégorie.
Les dernières familles du village
- Secrétaire de mairie : Bilan
- Gardes champêtres : Garcia, Jarousse
- postes : Moignard
- Ponts-&-Chaussées : Marfaing, Le Neveu
- Enseignants : Coupevent, Courrière, Bordino Marie-Claire
- Compagnie genevoise puis CAPER directeurs : De Portales, Robillard,
- gardes Vétillard, Fouet, Hiltembrand
- Agriculteurs : Familles Viande, Billardey, Cros, Davrieux, Bugnot Pierre.
Maurice Villard
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PHOTOS ARZEW
Envoyée par M. C. Ciantar
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HISTOIRE DES VILLES
DE LA PROVINCE DE CONSTANTINE
PAR M. CHARLES FERAUD, INTERPRETE PRINCIPAL DE L'ARMÉE D'AFRIQUE.
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LA CALLE (SUITE)
LES TRIBUS DU CERCLE
OULAD-DIEB.
— Cette tribu occupe le pays situé sur le littoral, à peu près à mi-chemin entre Bône et La Calle. Le sol, dans sa partie Nord, est couvert de vastes dunes broussailleuses servant au pâturage en hiver. Il se développe, au Sud, en une vaste plaine sablonneuse, que les inondations de l'Oued-el-Kébir transforment presque complètement en marais à l'époque des pluies, et qui, durant l'été, offre d'excellentes prairies naturelles. Ces conditions expliquent l'aisance dont jouissent les Oulad Dieb, qui se livrent, sur une très grande échelle, à l'élève et au commerce du gros bétail, à la culture de tabacs estimés et à des travaux de jardinage assez importants.
Les massifs forestiers des Oulad-Dieb présentent un peuplement et un caractère fort différents, suivant qu'ils sont situés sur les ressauts de terrain ou dans les parties basses et marécageuses. Ils portent, dans ce dernier cas, le nom générique de Nechaâ, basfonds humides ou vaseux.
Dans la première situation, on trouve surtout le chêne-liège ; dans la seconde, la végétation, très vigoureuse, est formée principalement d'aulnes et de saules, et, accessoirement, de frênes et d'ormes.
Le merveilleux qui a, ordinairement, la plus grande part dans les origines des tribus, ne fait point défaut à celle des Oulad-Dieb. La tradition nous fournit une légende assez curieuse que le temps et la superstition ont consacrée :
A la tête de l'un de ces clans d'Arabes sahariens fugitifs, dont nous avons parlé, était un Chef nommé Tahar. Arrivé sur la plage, entre Bône et La Calle, arrêté par la mer et ne pouvant, par conséquent, aller plus loin, Tahar prit possession de ce territoire, dont il expulsa, ou soumit à son autorité, les habitants berbères qui l'occupaient. Afin de perpétuer le commandement dans sa famille et empêcher, dit la légende, qu'il passât dans des mains étrangères, il épousa quatre femmes, espérant avoir d'elles beaucoup d'enfants.
La fortune avec laquelle il n'était pas encore réconcilié ne tarda pas à le frapper par de nouvelles épreuves. Il eut une douzaine de fils, mais tous, sans exception, mouraient au moment du sevrage ou pendant la dentition. Accablé par tant de calamités, il allait déjà se livrer au désespoir, lorsqu'un jour, à la chasse, il prit vivante la femelle d'un chacal (Diba) et l'emmena à sa tente. Celle-ci devint de jour en jour plus douce et familière. Au bout de quelque temps elle mit bas. Une des quatre femmes de Tahar venait au même moment de donner le jour à un nouveau fils ; celle-ci craignant de le voir mourir comme ses frères, lui fit boire du lait de la femelle du chacal qui s'attacha bientôt à l'enfant au point de délaisser pour lui ses propres petits.
Ce fils grandit, prit une grande influence sur les habitants de la tribu ; avec leur aide, il força les populations voisines à vivre en bonne intelligence avec la sienne et il fut nommé Chef de tout le Canton dont les habitants, en reconnaissance des services qu'il avait rendus, prirent le nom de Oulad-Dieb — les enfants du petit chacal à cause de la manière extraordinaire dont leur maître avait été élevé. (Dans les tribus algériennes, à Alger même, la superstition attribue au chacal la vertu de protéger la vie des enfants surtout à l'époque de la dentition. Aussi voyons-nous la peau, la queue, le crâne même d'un chacal recherché par les jeunes mères pour le placer dans le berceau de leurs poupons, en guise d'amulettes garantissant de tous maux qui atteignent les enfants en bas âge.)
On ne s'attendait guère à trouver, en Algérie, cette parodie de la louve romaine.
Le Cheikh des Oulad Dieb jouissait d'un pouvoir absolu sur ses administrés, mais il reconnaissait, lui-même, la suzeraineté des Cheikhs des Hanencha, ses puissants voisins. Il avait néanmoins, sous ses ordres, un Makhzen de deux cents cavaliers, un cérémonial et une musique comme les grandes familles féodales du pays en raison du caractère religieux attribué à sa famille. En sa qualité de protecteur de la Compagnie française, le Cheikh des Oulad Dieb figure sur quelques actes anciens sous le titre de Prince de La Calle et plus souvent sous celui de Cheikh de la Mazoule,
Ce nom de Mazoule, qui va reparaître fréquemment dans cette étude, a une grande importance historique et mérite de fixer immédiatement toute notre attention parce qu'il explique, à lui seul, la situation de ce que l'on était convenu d'appeler les Concessions françaises d'Afrique. Le mot arabe signifie sépare, détachés, qui fait scission. Or, d'après les renseignements que m'ont fournis les plus anciens habitants du pays, le nom de Mazoule était donné aux localités de La Calle cédées ou plutôt vendues aux Compagnies françaises ; nous pourrions traduire l'expression par terrain aliéné (1), c'est-à-dire sur lequel les indigènes n'avaient plus de droits à faire valoir. Encore actuellement, dans la province de Constantine les terrains dit azel ou mazoul, sont des propriétés tombées en déshérence et entrées dans le domaine de l'Etat.
La Compagnie, outre la somme qu'elle donnait, au Dey d'Alger et au Bey de Constantine, lui payait une somme de 6,600 réaux et ce Chef employait une partie de celte somme à solder des hommes qui, sous le nom de Truchemans, veillaient à la sécurité des Etablissements fiançais. Le Cheikh de la Mazoule, recevait de la Compagnie les droits de cachet ou de joyeux avènement, lors de son entrée en fonctions, et, toutes les fois qu'une construction nouvelle s'élevait à La Calle, le Gouverneur ne manquait pas de lui envoyer un nouveau cadeau.
Lorsque la Compagnie eût abandonné l'ancien Bastion de France, à cause de son insalubrité, pour transporter son établissement à La Calle, vers 1677, les Nehed à l'Orient de La Calle, revendiquèrent la possession de ce point ainsi que la somme annuelle qui était donnée précédemment au Cheikh de la Mazoule. Mais celui-ci ne voulait pas renoncer à ses bénéfices ; dès lors, une guerre assez longue éclata entre les Nehed et leurs frères, les Oulad Dieb, et ne se termina que lorsque les deux partis convinrent que chacun d'eux prendrait la moitié de la somme et cette convention eut son effet jusqu'à la destruction de l'établissement. Les Nehed étaient tenus d'employer une partie de cet argent à payer, comme le Cheikh de la Mazoule, des Truchemans mis à la dispositions de la Compagnie. Malgré le traité qui précède, et à cause de ce traité même, les Oulad Dieb vivaient en état d'hostilité constante avec les Nehed la plage de La Calle était souvent le théâtre de rixes à coups de pierre et de bâton entre les deux partis ; aussi les Arabes devaient-ils déposer les armes avant d'y pénétrer. Le puits qui est dans l'intérieur de cette enceinte, était considéré comme un point limite entre les deux tribus ennemies ; le mur, partant du puits et divisant la plage en deux côtés, construit comme nous l'avons dit plus haut, pour retenir les sables, marquait la séparation.
Les Oulad Dieb qui venaient à La Calle pour commercer, devaient se tenir à l'Ouest de ce mur et les Nehed à l'Est : chacun restait ainsi dans son pays.
C'est ce qui, à une certaine époque, servit de prétexte pour fixer la limite des Régences d'Alger et de Tunis, au puits ou plutôt au mur qui longe la plage de La Calle. Nous reviendrons, plus loin, sur cette question assez curieuse.
Mais reprenons, pour le moment, l'histoire de Trad el-Dieb, le nourrisson de la femelle du Chacal. Peyssonnel, voyageur français qui visita La Calle en 1725, raconte ce qui suit à son sujet :
Ahmed Ben Belabès, Chef de la Mazoule, aux environs de La Calle, était fils de Belabès et petit-fils de Sidi Trac (Trad). Ce dernier était un Marabout en odeur de sainteté mahométane et qui, depuis sa mort, a fait plusieurs miracles dont voici un des principaux :
La marmite, dont il se servait pendant sa vie, était en grande vénération ; on venait de tous côtés l'emprunter pour y faire cuire le festin des noces, auxquelles elle donnait un succès heureux. Après les noces, on mettait la marmite hors de la cabane et elle partait et retournait d'elle-même à la mosquée du saint. Ce miracle était cru et le serait encore, mais, par malheur, un Marabout vivant, aussi grand saint que Sidi Trad mort, ayant emprunté la marmite pour ses noces la garda et oncques on ne la vit plus retourner miraculeusement. Le grand saint Sidi Trad habitait dans les montagnes du Tarf, auprès d'une source d'eau chaude, dont les environs sont les meilleurs terrains et les plus fertiles de la contrée.
Il avait bâti, dans cet endroit, un oratoire ; sur la fin de sa prière, il se mettait une corde au cou, passait le bout de la corde à une pièce de bois, s'y suspendait jusqu'à ce qu'il fût presque étranglé ; alors il lâchait la corde, tombait évanoui et restait quelque temps immobile jusqu'à ce qu'il eut repris la respiration.
Notez qu'il y avait des Arabes auprès de lui qui lui ôtaient la corde du cou et qui se retiraient, après, pour laisser le Marabout en conférence avec le Prophète Mahomet qui venait le trouver ; quelquefois ils se disputaient ensemble. Il en imposait ainsi, et non-seulement il passait pour saint, mais encore il avait par ce moyen le commandement absolu de tout le pays. Les ruses en dévotion sont souvent très-utiles et font bouillir la marmite des imposteurs qui les mettent en pratique et qui en imposent ainsi au peuple ignorant et crédule.
Sidi Trad vivait vers l'an 1680 ; il eût plusieurs enfants desquels Belabès, l'aîné de tous, succéda au Commandement du pays. Celui-ci se maria et eût, d'une négresse, Ahmed ben Belabès dont nous devons parler.
Ahmed parut dans sa jeunesse fort brave et remuant. Ses oncles conçurent de la jalousie contre lui et son père ne pût faire autre chose que de lui donner un petit douar à commander.
Lorsqu'il se vit maître d'un douar, il proposa à ses camarades et amis d'aller en maraude. Il se trouva plusieurs braves qui le suivirent. Ils ne vivaient que des vols qu'ils faisaient sur leurs voisins et tous les jours c'étaient de nouvelles gazies, c'est-à-dire des courses pour enlever des bœufs et des bestiaux. Une vie si douce en apparence, qui les exemptait du travail que les Arabes haïssent extrêmement et qui leur donnait les moyens de vivre aux dépens de qui avait le malheur d'être attaqué, lui attira encore quantité de braves qui se joignirent à lui et qui firent connaître et craindre Ahmed ben Belabès de tous les arabes ses voisins. La jalousie de ses oncles augmenta encore plus et Belabès le père étant mort, le pays et toute la nation de Mazoule furent divisés. Les oncles prétendirent commander ; le neveu le voulait aussi. La guerre s'alluma - plus de Chef principal, et beaucoup de Chefs particuliers brouillés les uns contre les autres.
Belabès fut un jour attaqué et surpris près de la rivière de Boubias (sans doute Bougous) par quelques-uns de ses oncles ; il reçut, dans le combat, un coup de fusil dans la cuisse. Il ne fit alors que descendre de cheval et se banda la plaie avec un demi turban qu'il avait, puis, étant remonté avec un courage de lion, feignit d'avoir beaucoup de monde peu éloigné de lui, appela les plus braves et les plus connus, poursuivit ses oncles, les mit en fuite et se sauva par cette ruse, avec très peu de cavaliers, d'un pas où il devait absolument périr, sa mort ayant été jurée.
La guerre ne finit point-là. Quelque temps après, ses parents lui donnèrent encore dessus. Il eut alors le malheur de perdre son frère un des plus braves de sa troupe.
Ce dernier coup l'obligea à faire la paix ; mais comme il gardait sur le cœur et la mort de son frère et quantité de blessures qu'il avait reçues de ses parents, il lit si bien qu'il trouva le moyen d'empoisonner deux de ses oncles des principaux de la Mazoule.
Il arriva quelque temps après que les Maures, sous de mauvais prétextes, firent la guerre aux Français de la Calle et qu'un jour ayant surpris dix Français qui étaient à la chasse, ils en tuèrent cinq et blessèrent les cinq autres. M. de Marie qui commandait alors à La Calle, voulut avoir raison de la mort de ces cinq hommes. Le comptoir avait fait de grosses avances aux Chefs de cette nation pour se la conserver en paix, car elle seule était capable d'empêcher tout le négoce qu'on y faisait.
Ahmed ben Belabès avait toujours été ami des chrétiens, car on observe qu'il ne leur a jamais fait de mal ; au contraire, pendant qu'il était brouillé avec eux, un bateau corailleur ayant fait naufrage sur ses côtes, il sauva tout l'équipage et le renvoya à La Calle avec les agrès et les coraux sauvés du naufrage, Belabès vint donc offrir de venger le sang des morts, à condition qu'on le ferait le seul Chef du pays, ce qu'on lui promit.
M. de Marie envoya de son côté, au Bey de Constantine, demander justice pour la mort des Français et l'on y conclut qu'il fallait faire périr huit des principaux de ces petits Chefs et mettre Belabès à la tête de la nation de la Mazoule pour empêcher les désordres qui suivent la multitude des Chefs et pour la sûreté de la vie des chrétiens.
Il s'agissait d'exécuter le projet et de saisir ceux que la politique avait fait condamner, quoique peut être innocents de la mort des Français.
Pour y réussir le Bey demanda une somme considérable qu'aucun ne voulut payer du sien. Mais Belabès qui les trahissait tous, les porta à venir emprunter la somme nécessaire, soi-disant que les chrétiens ne la leur refuseraient pas lorsqu'ils la demanderaient tous ensemble.
Ils furent donc tous à La Calle, et M. de Marie, qui avait ordre de les arrêter, leur chercha une querelle d'Allemand, les fit d'abord désarmer et, en même temps, environ trois cents Maures qui les avaient suivis. Il emprisonna les Chefs et en fit donner avis au Khalife du Bey, C'est à cette occasion que l'on a établi l'usage, qui subsiste encore, qu'aucun Maure ne peut entrer avec des armes dans la place de La Calle et du Cap Nègre. Ils sont obligés de laisser jusqu'à leurs couteaux à la porte, sans quoi on leur donne fort bien la bastonnade si on les trouve armés.
Le Khalife envoya prendre ces huit Chefs, et, pour recevoir le présent promis pour leurs têtes, il les fit périr tous les huit, donna le titre de Schick à Belabès qui, se voyant alors Chef absolu, renouvela ses cruautés et l'on compte quatre-vingts de ses parents qu'il a assassinés, empoisonnés ou tués de sa propre main ou par ses satellites. Il a rendu, aujourd'hui, sa Nation très-puissante, et gouverne tranquillement et absolument, massacrant qui bon lui semble et mettant les impôts qu'il juge à propos. Il est haï, et, craint des Turcs qui, en outre qu'ils ne peuvent souffrir par politique un Chef puissant et brave, se ressouviennent encore des vols et des pillages que Belabès a faits aux Douars de la plaine de Bône, dont les Turcs sont les Chefs.
Il reste quelques fils de ses parents assassinés, que le sang de leurs pères révolte et porte à la vengeance. Ils font tous les jours des courses sur la Nation de Belabès. Ils ont tué deux de ses fils et, retirés dans les montagnes, ils chagrinent souvent notre Belabès.
« Lorsque nous étions avec lui au Telf (Tarf), où je fus herborisé le long du ruisseau d'eau chaude et près de l’Hermitage de Sidi Trad, Belabès offrait mille piastres au Caïd de Bône pour l'obliger à couper la tête à trois de ses neveux et à deux Chefs qui les avaient reçus et qui les protégeaient. Telle est la politique de ce pays : les Caïds et les Chefs vendent à prix d'argent la tête des hommes et les font mourir sans forme de procès, ni raison apparente.
Les Arabes ne se poussent, ne deviennent Chefs et ne se soutiennent que par des voleries, des rapines, des meurtres, des assassinats et des crimes semblables, et l'on est ensuite obligé de ménager et de feindre estimer de semblables coquins dignes des plus affreux supplices, qui sont cependant Princes et maîtres absolus de leurs pays.
La politique veut que les Français soient amis de Belabès et le soutiennent, parce que tout méchant qu'il est, il entretient la paix dans le pays, étant craint et redouté, et en état de soumettre les autres nations qui voudraient faire tort au commerce et à la tranquillité des Français établis à La Calle, et, qu'outre cela, en changeant on trouverait peut-être pis. »
L'abbé Poiret, qui visita La Calle soixante ans après Peyssonnel, c'est-à-dire en 1785, nous fournit sur le même sujet quelques détails assez curieux ; voici l'extrait d'une de ses lettres :
« Les Maures, qui habitent la Mazoule, vivaient d'abord comme les Nadis (Nehed) leurs voisins, sans lois et sans frein, n'ayant d'autre dépendance qu'un léger tribut qu'ils payaient au Bey de Constantine.
Ils faisaient alors beaucoup d'excursions qui troublaient le commerce et portaient le désordre dans les Comptoirs français. Pour se mettre à l'abri de leurs hostilités, la Compagnie fit représenter au Divan d'Alger, que puisqu'elle était lismataire, c'est-à-dire que puisqu'elle payait les droits convenus pour la tranquille possession du pays, il était juste qu'Alger la garantit des vexations des Maures de la Mazoule.
Le Divan promit d'y remédier en donnant un Schick (un Chef) à ces différentes nations, qui répondrait de tout le mal que les Maures de la Mazoule feraient à la Compagnie, mais qu'il fallait que la Compagnie fit les avances nécessaires pour obliger ces nations à se soumettre au pouvoir d'un seul ; qu'il fallait encore assigner à ce Schick certains revenus sur les différents objets de commerce. Tout fut accordé.
Le Divan donna au Bey de Constantine le droit de nommer un Schick à la Mazoule. Il choisit Belabès, un des principaux du pays, et le mit en possession de sa place à la tête d'un camp considérable. La loi du Divan était alors que ce Schick ne serait reconnu tel que du consentement du Gouverneur de La Calle ; mais après la mort d'Abdallah, qui succéda à Belabès, le Bey de Constantine s'attribua seul ce droit. Ce premier Schick, après avoir soumis quelques nations rebelles eut un règne assez tranquille.
Abdallah lui succéda. Ce monstre, élevé et nourri dans le crime, ne signala que par les plus horribles forfaits un règne de plus d'un demi-siècle. Il ne manquait pas de courage, mais c'était celui des Cartouche et des Mandrin. Il ne s'en servait que pour dépouiller ses voisins et se révolter contre le Bey de Constantine, auquel il refusa très-souvent de payer tribut. D'une ambition démesurée, il était si jaloux de son autorité que tout ce qui y portait le moindre ombrage était à l'instant sacrifié. Deux de ses frères en furent les malheureuses victimes. Ils vivaient d'abord avec lui dans une union parfaite ; mais Abdallah s'imagina qu'ils avaient intrigué auprès du Bey de Constantine, pour avoir le gouvernement de la Mazoule. Il ne lui en fallut pas davantage pour le déterminer à s'en défaire. Ses frères furent heureusement instruits des projets de ce furieux ; ils s'éloignèrent au plus tôt.
Quelque temps après, Abdallah paraissant entièrement revenu de ses soupçons, écrivit à l'un des deux pour l'engager à venir vivre avec lui : il lui jura par tout ce que la religion, le sang et l'amitié ont de plus sacré, qu'il le traiterait comme un frère chéri, et qu'il reconnaissait combien ses soupçons avaient été injustes. Celui-ci, séduit par ces vives protestations, se rendit auprès du Schick son frère : il en fut accueilli avec la plus tendre affection. Tous deux, en s'embrassant, versèrent des larmes de joie. Ce ne furent pendant plusieurs jours que festins et divertissements.
Cependant, le frère d'Abdallah ne se livrait qu'avec réserve à la confiance que celui-ci voulait lui inspirer. Il n'osait sortir du douar. Abdallah lui en fit un jour de tendres reproches et, à force de caresses, l'engagea à faire une promenade avec lui. Ce frère, trop confiant, se laissa séduire par ces protestations d'amitié. Ils sortent ensemble, suivis de quelques cavaliers ; mais à peine à quelques portées de fusil du douar, Abdallah-ordonne de tirer sur lui. Cet infortuné se sauve vers une mosquée, lieu sacré et privilégié, même pour les plus grands crimes. Abdallah ne respecte plus rien ; il en arrache son frère innocent et le fait massacrer sous ses yeux. Il lui en restait encore un autre, réfugié du côté de Tunis. Abdallah fait un voyage dans ce pays. Il lui envoie des présents et l'engage à le venir voir. Celui-ci crut n'avoir rien à craindre en se rendant à ses instances. Il arriva ; mais tandis qu'ils se donnent réciproquement le baiser de paix, Abdallah tire un poignard de dessous son burnous et égorge son frère sur ses propres genoux.
D'après ces traits de cruauté, vous jugez aisément, mon cher Docteur, tout ce dont ce monstre était capable. Il se baignait dans le sang sans aucun remords ; tout était sacrifié à ses passions. Livré aux plus grands excès de la débauche, il la porta jusqu'à abuser par force de ses propres filles.
Ayant un jour fait violence à une jeune mauresque qu'il avait attachée à un arbre, sa brutalité satisfaite, il poignarda cette malheureuse de ses propres mains pour avoir osé résister à ses instances. A l'âge de quatre-vingts ans, il avait épousé une jeune femme de quinze. Celle-ci interrogée par ses compagnes sur les plaisirs qu'elle pouvait éprouver avec le vieil Abdallah, leur témoigna combien un mari de cet âge, la dégoûtait. Malheureusement, elle en est entendue : il sort furieux de sa tente et plonge impitoyablement un poignard dans le sein de cette infortunée qui embrassait ses genoux.
Presque toujours ses crimes étaient dirigés par une politique des plus fines, quand il se croyait obligé d'y avoir recours. Vous en jugerez par l'anecdote suivante qui m'a été racontée à La Calle. Abdallah joignait à tous ses vices une sordide avarice. Malheur à celui de ses sujets qu'il soupçonnait être riche ! Il fallait ou qu’il déclarât et abandonnât ses richesses, ou qu'il périt sous les coups et dans les plus affreuses tortures. Un des principaux de la Nation avait amassé de grandes richesses par son industrie et son travail. Abdallah les convoita ; mais comme le possesseur était très considéré, il n'osa faire un coup d'éclat. Il lui lendit un piège bien difficile à éviter.
« Mon ami, lui dit-il, tu sais combien j'ai de confiance en tes conseils ; je t'ai toujours regardé comme mon père et mon meilleur ami. Les Chrétiens de La Calle m'ont trompé dans le commerce ; j'ai eu patience ; mais leur mauvaise foi, leurs injustices augmentent de jour en jour. Ne serais-tu pas d'avis que je les punisse, que je tombe sur leurs troupeaux et que j'arme contre eux les nations voisines ; c'est mon dessein ?»
Abdallah, entier dans ses volontés, ne consultait jamais les autres, que pour leur ordonner d'être de son avis. Cet Arabe courtisan trouve que rien n'est plus juste que la résolution du Schick. Abdallah ajoute qu'il veut, pour le lendemain, assembler son Conseil et mettre la chose en délibération ; mais, en attendant, il lui ordonne le plus grand secret. Le lendemain, les principaux Arabes se réunissent sous la tente d'Abdallah qui leur tint ce discours :
« Vous savez tout le bien que nous recevons des Chrétiens de La Calle, et combien ils s'efforcent de rendre le commerce florissant : vous savez par quels serments je me suis engagé à les protéger et à les défendre. Que mérite un homme assez audacieux pour m'engager à violer mes serments et à trahir les Chrétiens ? »
Tous ensemble répondirent : la mort.
Abdallah nomma l'Arabe opulent, qui fut massacré avant d'avoir eu le temps de se justifier.
Je vous rapporte ces traits, mon cher Docteur, non pas comme ceux d'un simple particulier livré à la scélératesse, mais comme appartenant aux mœurs de la Nation et même comme un titre d'éloges aux yeux de ces barbares.
Tant de cruautés donnèrent au Schick Abdallah une grande réputation. Il l'augmenta encore et termina une vie pleine d'atrocités par un voyage à la Mecque. Il mourut, à son retour, à moitié chemin âgé de plus de quatre-vingts ans. On lui dressa une mosquée où il est honoré comme un Saint.
Abdallah avait deux fils : Ali Bey et El-Bahy. L'aîné, Ali Bey, avait souvent essayé de se défaire de son père, au moins de le chasser de sa place. Il réussit enfin à s'en emparer ; mais ses succès furent de peu de durée. Abdallah reprit sa première autorité, et comme il aimait ce fils rebelle, il se contenta de l'envoyer dans les prisons de La Calle. A son départ pour la Mecque, Abdallah remit son fils au pouvoir du Bey de Constantine et céda toute son autorité à El-Bahy, son second fils.
Celui-ci, sans mœurs, sans probité, ne se montra pas moins cruel et sanguinaire que son père. Avant la contagion actuelle (la peste), il venait souvent à La Calle, où il s'enivrait avec les soldats et les manœuvres. Sa figure est douce et prévenante, mais son cœur est celui d'un tigre Je ne vous citerai de lui que ce seul trait, pour ne point davantage souiller ma plume par le récit de nouvelles horreurs. Une négresse, esclave d'El-Bahy, s'était abandonnée à un Maure.
Elle en était enceinte. El-Bahy en fut instruit : il fit saisir cette infortunée, et ordonna qu'on lui écrasât les mamelles entre deux grosses pierres. Après quoi il lui ouvrit lui-même le ventre.
L'on m'a assuré qu'il avait assisté, en riant, à ce spectacle d'horreur. Incrédule par libertinage, il se moque de la loi de Mahomet et se livre tout entier aux excès de la plus infâme débauche. Je l'ai vu, à Bône, après sa disgrâce, continuer le même genre de vie et sans cesse environné de compagnons de son libertinage.
Cependant Ali Bey, renfermé dans les prisons de Constantine, sollicitait vivement le Bey de cette ville de lui accorder le gouvernement des Maures de la Mazoule, auquel il avait droit par sa naissance. Il appuya cette demande en promettant de payer des tributs bien plus considérables que ceux que payait son frère. Ses offres furent enfin acceptées.
Le Bey de Constantine, à la tête d'un camp considérable, vint fondre sur le douar d'El-Bahy qui n'eut que le temps de prendre la fuite. Dès ce moment, Ali Bey fut reconnu pour Schick.
Ces révolutions arrivèrent peu après mon arrivée en Afrique.
Poiret ajoute dans une autre lettre : Les contrées que j'habite sont devenues un théâtre sanglant de cruautés et d'horreurs. Ali Bey fait, depuis quelque temps, des excursions fréquentes sur plusieurs hordes Arabes de son voisinage. A la faveur de la nuit, il fond à la tête de ses cavaliers sur les troupeaux et les tentes, en chasse les habitants, s'empare de leurs possessions et emmène en captivité leurs femmes et leurs enfants. Ces malheureux, livrés â la brutalité du soldat, sont traités comme des bêtes de somme jusqu'à ce qu'ils soient rachetés par leurs parents ; plusieurs expirent par la disette ou sous les coups, au milieu des gémissements et du désespoir. Ceux qui survivent n'en sont que plus à plaindre.
Parmi les Nations dépouillées, il s'en est trouvé une, les Benit Selems, qui faisaient un commerce annuel avec la Compagnie. Ces Arabes étaient pauvres, incapables de racheter leurs femmes et leurs enfants ; ils ont eu recours, dans cette extrémité, au Gouverneur de La Calle, espérant qu'Ali Bey, déterminé par des intérêts de commerce, aurait quelques égards pour la Compagnie. La négociation a eu lieu, et, moyennant un certain nombre de piastres que l'on offrit à ce Chef, il consentit à rendre la liberté aux Benit Selems.
Ali Bey était depuis près d'un an privé de ses femmes et de ses enfants, que le Bey de Constantine gardait en otage jusqu'à ce que ce Chef lui eut payé environ 30,000 piastres qu'il lui avait promises pour avoir la libre possession du pays à la place de son frère El-Bahy. Cette somme ayant été acquittée, le Bey de Constantine a renvoyé au Chef de la Mazoule ses femmes et ses enfants.
Dans la correspondance du Directeur de La Calle, nous verrons des détails encore plus précis et qui appartiennent à l'histoire même des anciennes Concessions. Seulement, afin de suivre cette famille, nous dirons qu'en 1817, au moment de la reprise de possession de La Calle, par les Français, le Schiek de la Mazoule, Metir Ben Ali Bey, venait d'être assassiné par ses parents ; la même année, Mohammed Bell Metir, fils du défunt, était nommé à sa place. C'est celui-ci qui, par ordre de Hussein-Pacha, incendia La Calle, en 1827. Le Gouvernement turc lui avait donné un pouvoir absolu sur ses administrés, on peut en juger par sa justice qui fait encore le sujet des conversations ; il faisait ficher en terre, par un épieu lui traversant la poitrine, tout voleur des montagnards Nehed ou Khoumir qu'il saisissait.
Lorsque Yousouf prit possession de La Calle, au nom de la France, plusieurs enfants de Ben Metir se trouvaient aux Oulad Dieb et avaient déjà fait leur soumission. Mais ces jeunes gens, malgré les sages conseils' de leur tuteur, un certain Ben Djedid, qui avait épousé leur mère aussitôt son veuvage, finirent, les uns et les autres, assez tristement.
Abdallah EI-Bahy, le cadet, caractère faible et sans dignité, ne sut pas conserver la fortune que lui avait laissée son père. En 1834, il se rendit à Bône offrir sa soumission au Général D'Uzer, puis, peu de temps après, il alla à Constantine pour faire la même démarche près d'Ahmed Bey, qui lui lit cadeau d'un cheval et d'un équipement complet.
Nommé par nous une seconde fois Cheikh des Oulad Dieb, après l'occupation de La Calle, en raison du prestige de sa famille, il fallut le destituer peu de temps après ; son frère aîné) qui avait été fait Officier de Spahis auxiliaires et dont on était très-content, fut presque aussitôt assassiné à la porte de Bône.
Abdallah passa aux yeux des Arabes comme l'instigateur de ce crime. Il n'aurait fait, du reste, que suivre l'exemple de ses ancêtres, parmi lesquels on compte plusieurs fratricides. — Le plus jeune frère, Ferhat, qui, avec les Nehed montagnards, se livrait à des incursions fréquentes sur les Tribus soumises qu'il dépouillait, fut pris et gardé en prison ; — il y a longtemps qu'il n'est plus question d'eux dans le pays.
A 18 kilomètres au Sud-Ouest de La Calle se trouve, aujourd'hui, un groupe de population nommé les Oulad Dieb d'Ain Khiar. Au moment de la conquête, ce territoire était inoccupé, il avait servi comme apanage ou terrain Makhazen, aux anciens Cheikhs des Oulad Dieb. Nous y installâmes d'abord un détachement de Spahis pour la police du pays, puis, peu après, des gens de toutes les Tribus limitrophes y furent placés et s'y fixèrent définitivement. La fusion de ces éléments hétérogènes est maintenant complète. il serait difficile, après quarante ans de croisements successifs entre ces familles, de reconnaître les origines des divers habitants ; mais cette circonstance nous rappelle une particularité qui mérite d'être mentionnée. Yousouf avait donc créé, à Ain Khiar. un poste de Spahis auxiliaires chargé d'assurer la sécurité des environs.
Un jour que les hommes inscrits sur les contrôles de cette troupe se présentaient pour toucher leur solde il en arriva, en même temps, à peu près quatre fois autant d'autres tribus que l'on ne connaissait pas, ayant la prétention d'être payés aussi. Que voulez-vous, leur demanda-t-on ? Être payés pour la paix que nous vous accordons et la protection que nous donnons à vos Chrétiens de La Calle. C'était la coutume de l'ancien Comptoir que nous voulons voir conserver !
Yousouf leur répondit : « Que la France payait les services qu'on lui rendait, mais n'achetait pas la paix. »
La manière énergique dont cette explication fut donnée suffit, et jamais plus on ne souleva de pareilles exigences.
BENI-AMAR.
— Cette Tribu est située à 26 kilomètres au Sud-Est de La Calle, sur les deux rives de l'Oued El-Kebir. D'après la tradition locale, elle tire son nom d'un Chef d'origine Arabe qui partit du Sud à la tête d'un certain nombre de cavaliers et vint conquérir le pays aujourd'hui occupé par les Beni-Amar ; mais ils reconnaissaient la suprématie des Oulad Dieb. Du reste, leur origine et leurs traditions sont les mèmes, comme branche de la famille des Nehed.
SEBA. -
La Tribu des Seba, dont le territoire occupe toute la plaine comprise entre la mer, les dunes des Oulad Dieb, le grand marais de Mekhaddou et la Mafrag, est d'origine Arabe. D'après les traditions locales, elle tire son nom de sept frères (Sebaa) qui vinrent s'installer auprès de la source d'Aïn Saboun, où l'on voit encore leurs sept tombeaux.
Quoique issus de sept marabouts, les Seba passent pour avoir été très-guerriers, et ils ont conservé des habitudes laborieuses qui tranchent avec leur origine religieuse.
Leur territoire est traversé, de l'Ouest à l'Est, par l'Oued el-Kebir qui déborde souvent en hiver et inonde les trois quarts des terres. Cette circonstance a pour effet de rendre le sol marécageux et malsain en été. La zone Nord, formée des dunes fixes, recouvertes de broussailles, est impropre à la culture ; la partie Sud est essentiellement marécageuse et n'est bonne qu'au pâturage ; la zone intermédiaire est seule cultivable, aussi les céréales récoltées ne suffisent-elles pas à l'alimentation des habitants : ils sont obligés d'acheter le complément. Mais ils se livrent à l'élevage du bétail, sur une grande échelle, et cultivent du tabac estimé.
OULAD YOUB.
Les Oulad Youb, issus (une Colonie de la Tribu Tunisienne des Djendouba, aujourd'hui encore établie en Tunisie, sont installés depuis une époque très-reculée dans le pays qu'ils occupent aujourd'hui, à 19 kilomètres au Sud de La Calle.
Administrés par un Chef nommé Youb Ben Ali, les émigrants Tunisiens prirent son nom et eurent la sagesse de se maintenir en paix avec leurs voisins. Ils furent d'abord obligés de reconnaître l'autorité du Chef de la ville du Kef, relevant lui-même de Tunis ; mais bientôt le Cheikh Algérien des environs de La Calle les rangea sous sa domination et depuis plusieurs siècles, ils font partie de l'Algérie.
Ils firent leur soumission à la France, en 1845 ; turbulents d'abord, ils s'attirèrent plusieurs châtiments exemplaires. Leur situation sur la ligne frontière explique ces agitations des premiers temps de la conquête.
Le territoire des Oulad Youb est entouré, de tous côtés, par des montagnes dont les plus hautes s'étendent vers la Tunisie, les autres s'abaissant dans la direction du Nord. Au milieu se trouve un énorme massif broussailleux qui partage la Tribu en deux parties sous le rapport des terres de culture.
Vers la régence, les terres arables sont de meilleure qualité ; celles du côté opposé, enclavées dans l'Oued El-Kebir et l'Oued Bougous, sont principalement réservées pour les cultures du printemps et pour les pâturages. La majeure partie du sol est couverte de forêts et de broussailles qui offrent des ressources précieuses pour l'élevage des troupeaux. Le commerce des bestiaux y est considérable. Son miel est très-recherché.
Cette tribu possède, à peu de distance du Bordj du Mexenna, une source d'eaux chaudes. de peu d'importance.
Chez les Oulad Youb existe la famille des Ben Halim, qui prétend être une branche descendant du Marabout Sidi Trad, ancêtre des Oulad Dieb.
BRABTIA.
Les Brabtia occupent le bord de la mer à l'O. de La Calle. Leur territoire est formé en partie des plaines marécageuses qui reçoivent, en hiver, le trop plein des lac Malah, Oubeïra et Tonga. L'autre partie se compose de massifs montagneux généralement recouverts de forêts et de broussailles. Les terres, propres aux céréales, y sont très-favorables à la culture du millet, du maïs et du tabac. Des prairies naturelles et le pâturage dans les forêts, permettent aux Brabtia d'élever un grand nombre de bestiaux.
Cette population, en majeure partie d'origine Arabe, reconnaissait la suprématie des Oulad Dieb.
Les ruines de la vieille Calle ou Bastion de France sont sur son territoire.
SOUARAKH.
Cette tribu est située il l'extrémité de l'Algérie, à 9 kilomètres de La Calle, sur la frontière de la Régence de Tunis. Comme beaucoup d'autres populations des environs, elle n'était autrefois qu'une fraction de la grande tribu des Nehed Les Souarakh par suite de leur voisinage avec la Tunisie, n'ont pas toujours eu le même sort, ni suivi la même fortune que les autres Nehed. Ainsi, quelques années avant l'occupation française, par suite de la chute du Pacha d'Alger et des embarras du Bey de Constantine qui ne pouvait guère les surveiller, un de leurs Cheikhs voulant régulariser sa position, alla se faire investir par le Bey de Tunis et lui paya une certaine redevance ; mais ce fut le seul acte de vassalité de la part de ce fonctionnaire et de ses administrés qui se prétendaient indépendants. A l'époque de l'occupation de La Calle, les Souarakh nous firent quelque opposition et tentèrent même divers coups de main contre notre nouveau poste. Ce n'est guère que trois ans après que les notables de la tribu vinrent faire leur soumission définitive entre les mains du Commandant de Mirbek.
Le territoire des Souarakh est formé, pour sa plus grande partie, du bassin de l'Oued El-Heurg, qui se jette dans le lac Tonga. Le sol, d'une fertilité médiocre, est peu propre à la culture des céréales, mais il convient bien au tabac, au sorgho et au millet. Entre l'Oued El-Heurg et la mer, s'étend une bande sablonneuse, stérile, parsemée çà et là de pitons rocheux et couverts de chétives broussailles. C'est là que se trouvent les principaux terrains de parcours de la tribu. Cette zone s'arrête à la Mecida, rivière canalisée qui sert de déversoir au lac de Tonga, coulant à la mer. Il y existe aussi une source d'eaux chaudes de peu d'importance dite Hammam-Labrek.
Le pays des Souarakh est très accidenté ; le point le plus remarquable est le Kef d'Oum-Teboul, qui renferme dans son sein de riches mines de plomb argentifère. Ces mines en pleine exploitation par une Compagnie française, sont une source de richesse pour la tribu, qui y trouve une main-d'œuvre permanente et convenablement rétribuée. Une population européenne fixe s'est également installée sur ce point ; elle habite le bel établissement de l'exploitation des Mines et le village constitué par décret du 10 Décembre 1869. Les ruines de l'ancien Etablissement de la Compagnie française du Cap Roux ou Seglab, sont sur le territoire des Souarakh.
Dans la tribu des Souarakh existe une famille dite des Oum-Hani qui, jadis, était au service de la Compagnie française de La Calle, où ils se faisaient employer comme Truchemans. — Le dernier personnage un peu marquant de cette famille, a été Djaballah ben Oum Hani, qui se mit à notre service dès notre arrivée dans le pays. Nommé Kaïd de tout le Cercle, il garda le Commandement jusqu'en 1847.
Les LAKIIDAR et les AOUAOUCIIA sont deux petites tribus contiguës l'une à l'autre, situées sur la frontière de Tunis ; la première à 13 kilomètres au S.-E. ; la seconde, à 18 kilomètres à l'E. de La Calle. Elles faisaient partie de la grande tribu des Nehed et avaient une existence en quelque sorte commune.
L'éloignement de cette tribu des centres de l'autorité de l'Algérie et de la Tunisie lui avait permis de conserver une indépendance presque absolue. Elle ne payait des Impôts que lorsqu'on venait les réclamer à la tête d'une colonne de troupes, et encore fallait-il les surprendre dans la plaine ; alors elle les acquittait tantôt au Bey de Tunis, tantôt à celui de Constantine, suivant que la colonne qui parcourait le pays appartenait à l'une ou l'autre des deux régions. Il leur est même arrivé de payer à la fois l'Impôt aux deux Régences dans le courant d'une année.
Le territoire des deux tribus présente des conditions topographiques à peu près semblables, il est légèrement montagneux ; les vallées et les plaines sont très favorables à la culture des céréales, du maïs, du sorgho, du tabac Deux rivières, l'Oued Leben et l'Oued El-Hout prennent leur source chez les Aouaoucha et arrosent les deux territoires.
Les hauteurs sont couvertes de massifs de chênes-lièges. Les deux tribus possèdent chacune des Eaux thermales. Un Marché couvert, très important, existe à Roumel Souk et se tient le mardi ; il est très fréquenté, même par les Tunisiens. Des ruines Romaines connues sons le nom de Aïn El-Kasser, couvrant une superficie d'au moins un hectare, se voient chez les Aouaoucha. Le lac de Tonga, dont il a déjà été question, est sur le territoire des Lakhdar. Il occupe une superficie de 2,000 hectares environ.
La tribu des OULAD ARID est de race Arabe et tire son nom d'un certain EI-Aridi, originaire de la tribu des Sahari de Bitam dans le Hodna, et dont les habitants émigrent chaque année vers le Tell pour y chercher les pâturages qui, en été, leur font défaut sur les hauts plateaux.
La tradition rapporte qu'à une époque très reculée, un certain nombre de nomades ayant à leur tête El-Aridi et conduisant de nombreux troupeaux, vinrent camper sur le territoire compris entre le lac de Tonga et le lac Oubeïra. L'eau et les forêts qui offrent, en toute saison, d'excellents pâturages devaient exciter la-convoitise d'un peuple pasteur par excellence. Aussi les émigrants s'y installèrent-ils sans la moindre opposition de la part des habitants du pays qui, du reste, étaient alors peu nombreux. C'est toujours la tradition des Nehed.
LES SEBETA sont frères des Oulad Arid. Le territoire de ces deux fractions qui, bien que portant un nom différent, forment une seule tribu, est situé à 6 km. au Sud de La Calle. Il est traversé de l'Est à l'Ouest par une ligne de hauteurs peu accentuées qui s'abaissent, au Nord, vers les lacs Oubeïra et du Tonga et, au Sud, sur l'Oued El-Kebir.
Ces hauteurs sont couvertes de forêts qui occupent les trois quarts de la surface de la tribu. Les terres de culture sont disséminées en plusieurs groupes ; elles produisent surtout du tabac.
Nous voici aux tribus du Caïdat de Bou Hadjar.
La première, celle des Oulad Nacer se compose, d'après la tradition locale, d'une partie des descendants du Marabout Sidi Trad, dont nous avons raconté la merveilleuse histoire en parlant des Oulad Dieb. Il existe sur ce territoire, à l'extrême frontière, une source thermale très abondante qui porte encore le nom de Hammam Sidi Trad, et donne 50 litres à la minute.
On voit, là, des pans de murs qui sont, sans aucun doute, les restes d'un Etablissement romain. A leur sortie du sol les eaux sont d'une température d'environ 70 degrés ; refroidies elles sont très potables. Cette eau est fort renommée dans le pays contre les douleurs. les affections de la peau. Elle ne se prend qu'en bains à l'exception du jeudi et du vendredi, jours ou, suivant les Indigènes, elle est d'une température Insupportable.
L'Etablissement actuel est tout à fait primitif ; il consiste en une sorte de grotte à travers la voûte de laquelle l'eau tombe en douches sur le patient, et un monceau de branchages sur lesquels le malade dûment enveloppé de buissons, s'étend pour prendre des bains de vapeur. A 25 mètres environ, tout près de la rivière, coule, d'une fissure de rocher, une seconde source d'une odeur sulfureuse prononcée, dépôt abondant de soufre et mélangé d'incrustations calcaires. Sa température est de 48° et le débit approximatif de 10 litres à la minute.
C'est sur le territoire des Oulad Nacer que l'on rencontre le plus grand nombre d'anciens pressoirs à huile.
Les CHIËBNA, de même que les OULAD MESAOUD n'appartiennent pas au groupe collectif des Nehed qui peuple presque tout le Cercle de La Calle. Du reste, leur arrivée dans ce pays est récente puisqu'elle ne remonte qu'à l'année 1816. A cette époque, la peste ayant détruit presque totalement la population de la contrée où nous les voyons aujourd'hui, les Chiebna et les 0. Mesaoud vinrent de la Tunisie et s'y installèrent.
Les gens de la CHEFIA et des Oulad Sidi Bekrisont, la plupart, d'origine religieuse et se donnent pour ancêtres des Marabouts qui ont plus ou moins accompli de miracles ; plus fanatiques que leurs voisins ils nous furent longtemps hostiles et ne firent leur soumission que les derniers, profitant des difficultés que présente leur pays accidenté et couvert de forêts.
Dans la Chefia, au pied du Bou Abed, on trouve une source thermale, avec des vestiges d'Etablissement Romain. Cette eau, d'une température de 30 degrés environ, a un débit d'une cinquantaine de litres à la minute, et jouit d'une grande réputation contre la gale, réputation attestée par les nombreux exvoto qui recouvrent une partie des ruines. Cette source s'appelle indifféremment Hammam Sidi DjabAllah du nom d'un ancien Kaïd et, plus souvent, par celui de Aïn Naga, nom primitif.
Dans la Chelfa existe une famille connue sous le nom de Ben Abd-El-Ouhab qui avait une certaine influence dans cette région. Quand nous parûmes dans le pays, son représentant était El-Hadj Abd El-Ouhab, auquel nous donnâmes le titre de Cheikh. Il passa son Commandement à son fils afin d'accomplir le pèlerinage de la Mecque. A son retour, il partit pour la Kabylie sous le prétexte de s'y faire traiter d'une maladie d'yeux ; en réalité, il ne fit que s'y livrer à des prédications malveillantes que lui facilitait son titre de Marabout et y pousser à la guerre sainte. Puis il revint dans le Cercle de La Calle au moment de l'insurrection des Beni Salah, dans laquelle il se lança ouvertement en cherchant à entraîner les fractions sur lesquelles il avait quelque influence : Chiebna, O. Nacer, 0. Mesaoud ; pris les armes à la main, il fut tué en Juillet 1852 et guéri pour toujours du mal d'yeux qui servait d'excuse à ses voyages et de l'envie de se livrer à la propagande insurrectionnelle.
Nous avons vu le Capitaine Berthier prendre possession des ruines de La Calle et s'y installer au mois de Juillet 1836. Comme je l'ai dit ailleurs, ce pays avait été complétement délaissé depuis 1830, et les Tunisiens avaient cherché à s'y implanter ; aussi, deux cavaliers du Bey de Tunis arrivèrent-ils aussitôt pour s'assurer de quelle manière nous occupions ce point.
C'étaient les avant-coureurs d'un visiteur plus important, qui, suivi d'une escorte nombreuse, vint visiter M. Berthier sous le prétexte que se trouvant près de lui il avait voulu le saluer. Son but était, avant tout, de satisfaire sa curiosité et de voir comment nous prendrions son voyage, mais il voulait aussi intimider par sa présence les Arabes des environs de La Calle, puisqu'il leur défendit de porter leurs denrées au marché en ajoutant même qu'il y avait lâcheté de leur part de laisser occuper ce point important par des Chrétiens, sans tirer un coup de fusil. Ces excitations furent mal reçues par les indigènes ; mais, sans cesse renouvelées, elles produisirent néanmoins un mauvais effet sur les esprits, puisque le 6 Octobre 1837, pendant que le Corps expéditionnaire du Général Danrémont attaquait Constantine, des groupes nombreux, parmi lesquels étaient beaucoup de Tunisiens firent une tentative contre La Calle pour nous en chasser. Malgré l'infériorité des troupes dont disposait M. Berthier, les ennemis furent repoussés, et le calme se rétablit promptement par la nouvelle de la prise de Constantine.
A partir de cette époque, une petite Colonne mobile sous les ordres du Chef d'Escadrons de Mirbek, rayonna dans le pays pour y étendre notre influence et déjouer les intrigues d'El-Hassenaoui qui, installé chez les Chiebna et à la Chefia, nous suscitait fréquemment des embarras. M. de Mirbek accomplit admirablement sa mission et, par sa politique à la fois sage et énergique obtint, de 1838 à 1839, plusieurs soumissions et fit respecter aussi bien par les rebelles que par les Tunisiens, le territoire dont la surveillance lui avait été confiée. En 1839, le Général Gulngret qui commandait à Bône, fit une Expédition dans le Cercle de La Calle et châtia quelques tribus rebelles.
L'année 1840 se passa d'une façon assez tranquille et la paix semblait assurée ; aussi le Capitaine d'Etat-Major Saget recevait-il la mission d'aller faire le levé topographique du Cercle de La Calle. Cet Officier, escorté de douze Spahis, se trouvait à la limite du Cercle en même temps que le Kaïd Mahmoud des Beni Salah, chargé de percevoir l'Impôt dans cette Tribu. A cette époque, les Beni Salah, sans être complètement soumis, reconnaissaient cependant notre autorité, et leurs Cheikhs recevaient le burnous d'investiture des mains du Commandant de Bône. Mais leurs montagnes et leurs forêts étaient toujours un repaire de voleurs où se retiraient tous les récalcitrants du pays Algérien ou Tunisien. Il avait été difficile, jusque-là, d'aller châtier et réduire ces populations farouches. La Tribu, prêchée par deux Marabouts, résolut, en pleine assemblée, d'assassiner l'officier Français ; et ce qui contribua le plus à cette détermination, ce fut la croyance où elle était que les cantines du Capitaine contenaient l'argent de l'Impôt.
Pour mettre ce projet à exécution, le Cheikh Ahmed Chaïb offrit à déjeuner, pour le lendemain, au Capitaine et au Kaïd, dans un site délicieux des Oulad Ahmed, couvert d'arbres séculaires. Ils se rendirent l'un et l'autre à cette invitation ; puis, sous prétexte de les mieux traiter, on dispersa les Spahis d'escorte dans plusieurs tentes. A un signal donné, chaque Spahi est désarmé, dépouillé et renvoyé nu. Le Capitaine et le Kaïd sont massacrés.
Pour venger cet assassinat, le Général Guingret, Commandant à Bône, marcha contre les Oulad Ahmed, au mois de Décembre 1840, avec trois Colonnes, dont les mouvements combinés avaient pour but d'envelopper l'ennemi. La première, sous les ordres du Général Guingret lui-même, partit de Bône, fit à Guelma sa jonction avec les renforts envoyés de Constantine et se dirigea de manière à tourner la montagne des Beni Salah et à les prendre à revers du côté des Hanencha. La deuxième, sous les ordres du Commandant De Mirbek, de La Calle, pénétra, par la plaine, dans le pays ennemi. Enfin, la troisième, chargée d'appuyer les mouvements, se dirigea plus à l'Ouest, par les montagnes des Tallia.
Ces dispositions eurent une réussite complète, les Oulad Ahmed furent sévèrement châtiés. Ali ben Djaballah, l'un des Marabouts qui avait prêché l'assassinat, fut pris et décapité, son Douar entièrement saccagé. Le Cheikh Ahmed Chaïb, son complice, réussit à se sauver chez les Ouchtata Tunisiens, mais plusieurs membres de sa famille, fils, frères ou neveux étaient parmi les morts On retrouva chez lui les dépouilles, les armes et le cachet du Kaïd Mahmoud, ainsi qu'une partie des instruments du malheureux Capitaine Saget.
Les officiers qui se distinguèrent le plus dans cette expédition et que le Général cita à l'ordre de l'armée étaient :
Le Lieutenant-Colonel Herbillon, Commandant supérieur de Guelma.
Le Chef d'Escadron de Mirbek, Commandant supérieur de La Calle.
Les Capitaines Vercly et Jarras.
Le Lieutenant d'Etat-Major Vaubert de Genlis, stagiaire au 20ème de ligne.
Beaucoup de fanatiques des Tribus du Cercle de La Calle, qui étaient allés prêter leurs concours aux rebelles des Beni Salah, périrent dans cette affaire et tout le pays resta sous l'impression de la terreur en voyant le rude châtiment infligé aux assassins.
Au mois de Septembre 1841, le Colonel Senilhes, à la tête d'une petite colonne de 500 hommes, allait camper à Aïn Khiar dans l'intention de réduire les Chiebna toujours insoumis. Parti à 8 heures du soir, il se trouva, après avoir franchi des montagnes très difficiles et à la pointe du jour, en vue du pays ennemi.
Les Spahis appuyés par de l'Infanterie, marchèrent alors rapidement sur les Douars cherchant à sauver leurs troupeaux, mais qui, après une résistance insignifiante, les abandonnaient. La Colonne campa sur ce point et y passa la nuit sans être inquiétée.
Le lendemain, les Chiebna et les Oulad Mesaoud demandaient l'aman et faisaient leur soumission.
La marche de nos troupes, à travers la Chélia, présenta ensuite des incidents remarquables. La population qui, jusque-là, avait échappé à notre autorité, se porta partout au-devant de la colonne qu'accompagnaient les Cheikhs des Tribus nouvellement soumises, et les troupes furent par elles rassasiés, au Bivouac, de couscous de Diffa.
Depuis le châtiment que le Général Guingret avait infligé aux Beni Salah, Nehed et à leurs alliés, les Khoumir, qui venaient piller nos tribus, le Cercle de La Calle avait été assez calme. Cependant, nos voisins revendiquaient sans cesse telle ou telle partie de notre territoire. En 1842, le Général Randon eût pour mission de s'entendre avec les envoyés du Bey afin de régler la question de frontière, entre nous et la Régence, d'une façon définitive. Mais la mauvaise foi des Cheikhs intéressés empêcha de donner une solution à l'affaire, et la frontière resta, pour nous, ce qu'elle avait été auparavant. Cependant, les Beni Mazen, qui s'étaient reconnus Algériens et nous avaient déjà payé l'Impôt, restèrent en dehors de nos limites.
La frontière était continuellement infestée de brigands qui recevaient asile chez nos voisins, et l'état des choses dura jusqu'en Octobre 1844. A cette époque. une partie des Nehed Algériens étaient sous l'autorité d'un Cheikh qui avait jugé à propos d'aller se faire donner un burnous d'investiture à Tunis. Le Cheikh fut sévèrement châtié et ses gens, notamment les Aouaoucha, le désapprouvèrent en nous faisant leur soumission.
La situation politique se maintenait calme ; des actes de brigandages, seuls, venaient de temps en temps troubler la tranquillité sur la frontière, les coupables trouvant toujours un asile chez nos voisins. Les mines d'Oum Teboul commencèrent alors à être exploitées et les travaux prenaient tous les jours plus de développement ; mais quelques ouvriers et des soldats furent assassinés et il fallut prendre des mesures énergiques pour arrêter ces brigandages suscités par les Souarakli.
Vers l'automne 1849, le Kahïa du Kef prévint le Commandant supérieur de La Calle, qu'il allait se porter sur la frontière pour châtier quelques tribus qui, bien qu'en Tunisie, n'obéissaient à personne et donnaient asile à tous les bandits.
Présumant que ce mouvement ferait rentrer chez nous un grand nombre de gens dont nous avions à nous plaindre, le Commandant supérieur se mit à la tête des Nehed de La Calle et saisit 3,000 têtes de bétail envoyés sur notre territoire par les Oulad Ali, récalcitrants à toute autorité. La frontière fut peu après alarmée par les manœuvres d'un certain Ben Selama de Tunisie, auquel ou avait promis un Commandement s'il parvenait à nous arracher les Nehed.
Ben Selama, le 2 Juin 1850, aidé des Khoumir, attaqua nos tribus, mais il fut repoussé avec pertes par notre Kaïd Labrek. Cependant, il régnait dans cette région une agitation sourde, parce qu'on avait insinué que nous allions être chassés. En effet, au printemps 1851, le Kahïa du Kef, avec quelques milliers de gens mal équipés et mal montés, vint jusqu'à la frontière, sous le prétexte de réduire des tribus Tunisiennes désobéissantes qui refusaient l'impôt, mais au fond, il voulait faire croire qu’il n'avait pas renoncé à ses prétendus droits sur les Nehed. Cette manœuvre insidieuse fut arrêtée à temps. Néanmoins l'agitation avait gagné dans tout le pays montagneux.
Les Oulad Dhan et les Béni Oudjana, donnèrent les premiers l'exemple de la révolte ; bientôt les Beni Salah, les Hanencha et les tribus d'Aïn Beïda et de Tebessa se lèvent. Le Bordj de Souk-Ahras, défendu par une section d'infanterie du 10° de ligne et quelques ouvriers, est assiégé pendant quatre jours. A la nouvelle de l'Insurrection, les montagnards de l'Edough prennent les armes et attaquent le camp des déportés politiques à Fedj Trad. Le Cheïkh de cette tribu et sa famille se joignent à notre petite troupe qui pût battre en retraite, vers Bône. Le Marabout Bou Maïza réussit à ²faire rentrer dans le devoir toutes les populations de l'Edough, sans qu'il fut nécessaire d'y envoyer des troupes. Cette agitation était la conséquence des affaires de la frontière.
Pendant que le Général de Mac-Mahon châtiait les rebelles à Galaàt Senan, il avait envoyé le Colonel de Tourville le long de la frontière ; cet Officier supérieur faisait ouvrir une route de Roumel Souk à La Calle, quand il apprend qu'un prétendu Chérif a l'assemblé autour de lui les Oulad Moumen Tunisiens, et appelle les Croyants à la guerre sainte. De Tourville part soudain, tombe sur les Oulad Moumen et anéantit le foyer de l'Insurrection.
1854 - se passa sans événements. L'année suivante, le Colonel Perigot rassembla une colonne et continua les travaux de route ouverts par de Tourville. Pendant ce temps, les Oulad Moumen assassinaient leur Cheïkh, et, aidés de leurs amis Tunisiens, attaquaient le camp Perigot à Sidi El-Hamissi. Ils furent rudement châtiés de tant d'audace et jamais plus, depuis, ils n'ont osé se mesurer avec nos troupes.
Charles FERAUD.
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PHOTOS FOOT A BÔNE
Envoyée par J.L. Ventura
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LA NATIONALITE FRANCAISE
Par Maurice Villard
ACEP-ENSEMBLE N°272, Mai 2010
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LA NATURALISATION DES ETRANGERS
L'ACCES DES INDIGENES AUX DROITS POLITIQUES
EN ALGERIE DE 1830 - 1938
En Algérie de 1830 à 1962, sous la souveraineté française, la nationalité des français et la naturalisation des étrangers ont toujours été régies. sans distinction de statut, par les textes qui étaient alors appliqués à l'époque en France métropolitaine.
Toutefois, des textes spécifiques ont également permis aux indigènes Musulmans et Juifs d'accéder aux Droits Politiques. faisant d'eux ce que l'on appelait alors des « citoyens français de statut civil de droit commun ».
On peut donc considérer que jusqu'au « Sénatus Consulte du 14 juillet 1865, la population de ce territoire était composée :
- « d'indigènes » nés avant ou après 1830, considérés sur le plan du droit national et international comme sujets français », c'est à. dire soumis au pouvoir souverain de la France, qui étaient dépourvus de droits politiques et restaient régis, pour leurs droits civils (mariage, accès à la propriété, successions, contrat...) par leur statut personnel de droit local » : coranique pour les musulmans ou mosaïque pour les israélites.
- « de citoyens français » nés sur le territoire métropolitain de la France ou hou de ce dernier, d'un père français. dont la quasi-totalité était arrivée en Algérie après 1830, la plupart comme colons disposant de droits politiques - relativement restreints sous Louis-Philippe e plus étendus sous la seconde république et le second empire - et régis, pour leurs droits civils par le Code napoléonien. Ils étaient communément appelés « français de souche ». Etaient également citoyens français les enfants nés en Algérie depuis 1830 d'un père français, que leur mère soit française, étrangère ou indigène.
- « d'étrangers de religion chrétienne, originaire d'Espagne, d'Italie, de Malte ..., également arrivés après 1830, ils ne disposaient pas de droits politiques, et, pour la jouissance de leurs droits civils, ils étaient soumis au « statut civil de droit commun » et régis comme les français, par le Code napoléonien. Ces étrangers relevaient également de la protection de leurs consuls nationaux, de carrière ou honoraires, installés en Algérie. Leurs enfants nés en Algérie demeuraient étrangers »
- et enfin d'étrangers de religion non chrétienne de confession musulmane ou israélite, sujets du Sultan du Maroc, du Bey de Tunis, du Sultan de Turquie..., qui bien que non « indigènes », restaient par tolérance régis par leur « statut pe-sonnel de droit local ».
Seuls les citoyens français et les étrangers de religion chrétienne relevaient de l'Etat Civil.
Qui était citoyen français en 1830 ?
En 1830, lors de l'expédition d'Alger, la législation qui régissait la nationalité française était encore le « Code civil des français » - loi du 30 ventôse an XII - 21 mars 1804 qui ne reconnaissait que le « jus sanguini paternel » : est français l'enfant né d'un père français, la nationalité ne se transmettait jamais par la mère. La femme d'origine française qui épousait un étranger « suivait la condition de son mari » et perdait la nationalité de naissance, d'autre part la femme qui épousait un français devenait automatiquement française, et, au regard de sa loi nationale, perdait également quasiment toujours sa nationalité d'origine. Il ne pouvait donc exister d'enfants binationaux.
Comment devenir Français en 1830
Pour ce qui est la naturalisation des étrangers, dans les années 1830 et dans celles qui suivirent , les dispositions de la Constitution de la République française du 22 frimaire An VIII - 13 décembre 1799, du Sénatus consulte du 19 février 1808 sur l'admission des étrangers aux droits de citoyens français, du décret du 17 mars 1809 qui prescrit les formalités relatives à la naturalisation des étrangers et de la loi du 14 octobre 1814 relative à la naturalisation des habitants des départements qui avaient été réunis à la France depuis 1791 étaient également en vigueur en France métropolitaine et applicables à l'Algérie.
- Article 1 : Les étrangers qui rendront ou qui auront rendu des services impor¬tant à l’Etat ou qui apporteront dans son sein des talents, des inventions ou une industrie utile, ou qui formeront de grands établissements, pourront après un an de domicile, être admis à jouir du droit de citoyen français.
- Article 2 : Ce droit leur sera conféré par un décret spécial, rendu sur le rapport d'un ministre, le Conseil d'Etat entendu.
- Article 3 : Un étranger devient citoyen français lorsque, après avoir atteint l'âge de 21 ans accomplis et avoir déclaré l'intention de se fixer en France, il y a résidé pendant dix années consécutives.
- Article 4 : L'impétrant, muni de cette expédition, se présentera devant la municipalité de son domicile pour y prêter le serment d'obéissance aux constitutions de l'Empire et de fidélité à l'Empire. Il sera tenu registre et dressé procès-verbal de cette prestation de serment.
Le « jus sanguini » maternel n'étant pas retenu, n'était pas encore reconnu en France au milieu du XIX siècle, il faisait néanmoins son entrée en matière d'attribution de la nationalité française par les biais du « jus soli » pour les étrangers « nés en France d'une mère qui elle y était née ». Il sera reconnu par la loi du 10 août 1927.
Les Indigènes Algériens peuvent devenir Français.
Le « Sénatus -Consulte » du 14 juillet 1865.
C'est sous le second Empire et par le « Sénatus-Consulte du 14 juillet 1864 sur l'état des personnes et la naturalisa¬tion en Algérie » que le législateur français - en fait Napoléon III lui-même à l'origine - s'intéressera pour la première fois aux trois départements français : D'Alger, de Constantine et d'Oran.
- Article 1er : L'indigène musulman est français, néanmoins il continuera à être régi par la loi musulmane. Il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer. Il peut être appelé à des fonctions et emplois civils en Algérie. Il peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits de citoyens français - dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques françaises.
- Article 2 : l'indigène israélite est français, néanmoins il continue à être régi par son statut personnel. Il peut être admis à servir dans les armées de terre et de mer. Il peut être appelé à des fonctions et emplois civils en Algérie. Il peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits de citoyen français- dans ce cas, il est régi par la loi française.
- Article 3 : L'étranger qui justifie de trois années de résidence en Algérie peut être admis à jouir de tous les droits de citoyen français
- Article 4 : La qualité de citoyen français ne peut être obtenue, conformément aux articles 1-2-3 du présent Sénatus Consulte, qu'à l'âge de vingt et un an accomplis, elle est conférée par décret impérial rendu en Conseil d'Etat.
1867 - Les Etrangers peuvent devenir Français après trois années de séjour en France.
La loi du 29 juin 1867 relative à la naturalisation, qui n'exige plus aux étranger qu'une résidence de trois années sur le territoire national pour pouvoir déposer une demande d'accession à la qualité dl français, ramène l'Algérie dans le droit commun métropolitain en matière de stage probatoire. Les facilités accordée en Algérie en matière de stage par le Sénatus-Consulte du 14 juillet 1865 aux étrangers désireux de devenir français n'auront donc duré que deux années.
- Article 1 : L'étranger qui après l'âge de vingt et un ans accomplis a, conformément à l'article 13 du code Napoléon obtenu l'autorisation d'établir son domicile en France, et y a résidé durant trois années, peut être admis à jouir de tous les droits de citoyen français. Est assimilé à la résidence en France le séjour et pays étranger pour l'exercice d'une fonction confiée par le Gouvernement français.
Il est statué sur la demande en naturalisation, après l'enquête sur la moralité de l'étranger, par un décret de l'Empereur, rendu sur le rapport du ministre de la Justice, le Conseil d'Eta entendu.
-Article 2 : Le délai de trois ans, fixé par l'article précédent, pourra être réduit une seule année en faveur des étrangers qui auront rendu à la France des service importants, qui auront introduit en France une industrie, soit des inventions utiles.
1870 - Le décret Crémieux -
Les Israélites d'Algérie
deviennent français.
Les décrets du 24 octobre 1870 et 7 octobre 1871 accorderont la citoyenneté française à part entière aux Israélites indigènes d'Algérie, soit nés en Algérie avant l'occupation française soit nés depuis cette époque de parents établis en Algérie à l'époque où elle s'est produite. Il convient de noter que, par Algérie il faut entendre les seuls territoires géo-graphiques des trois départements d'Alger, de Constantine et d'Oran tels qu'ils existaient à l'époque (1870) et que les territoires sahariens, non encore occupés et pacifiés, n'y sont pas com¬pris.
Les Israélites de Ghardaïa et du M'Zab devront donc attendre la loi du 29 avril 1961 pour accéder au statut civil de droit commun.
- Article unique : Les Israélites indigènes des départements d'Algérie sont déclarés citoyens - en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française, tous acquis à ce jour restant inviolables
- Article 1er : Provisoirement et jusqu'à ce qu'il ait été statué par l'Assemblée Nationale sur le maintien ou l'abrogation du décret du 24 octobre 1870, seront considérés comme indigènes et, à ce titre, demeureront inscrits sur les listes électorales, s'ils remplissent d'ailleurs les autres conditions de capacité civile, les Israélites nés en Algérie avant l'occupation française ou nés depuis cette époque de parents établis en Algérie à l'époque où elle s'est produite.
- Article 2 : En conséquence, tout Israélite qui voudra être inscrit ou maintenu sur les listes électorales sera, dans les vingt jours de la promulgation du présent décret, tenu de justifier qu'il est dans l'une des conditions déterminée par l'article 1er.
- Article 3 : cette justification se fera devant le juge de paix du domicile de l'Israélite. Elle aura lieu, soit par la pro¬duction de l'acte de naissance, soit par la déclaration écrite ou le témoignage de sept personnes demeurant en Algérie depuis dix ans au moins, soit par toute autre preuve que le juge de paix admettra comme concluante.
La décision du juge de paix vaudra titre pour l'israélite, il lui sera immédiatement délivré une copie sans frais. Au préa¬lable, et comme condition à la délivrance de ce titre, l'israélite, s'il n'a pas de nom de famille et de prénom fixe sera tenu d'en adopter et d'en faire la déclaration devant le juge de paix. Pour chaque décision ainsi délivrée, il sera dressé, en la forme de casier judiciaire, un bulletin qui sera remis à la mairie du domicile de l'indigène pour servir soit à la confection des listes électorales, soit à celle d'un registre de notoriété.
1889 - Le double « jus soli » -
Est Français toute personne
née en France d'un parent qui y est lui-même né.
La loi du 26 juin 1889 sur la nationalité est le premier texte législatif important qui révise et surtout réforme de fond en comble le « Code civil des français » du 30 ventôse An II en matière d'attribution à la naissance ou d'acquisition par décret de l'allégeance française et il sera immédiatement applicable en Algérie. Sa nouveauté sera d'instaurer le principe du « double jus soli » double naissance sur le territoire français comme critère d'acquisition de la nationalité française à la naissance.
Alors que la loi des 22, 29 janvier, 7 février 1851, laissait aux personnes nées en France d'un étranger qui lui-même y était né, la possibilité d'exciper de leur qualité d'étrangers pour ne pas devenir français contre leur gré, la loi du 26 juin 1889 déclare d'office ces mêmes personnes « françaises de naissance » sans possibilité de décliner ou de répudier volontairement la nationalité française si ce n'est qu'après avoir quitté le territoire national sans esprit de retour et au prix d'une procédure coûteuse : la « demande de libération des biens d'allégeance.
Sans contester à la France, sur le plan du droit international, de réglementer en droit interne ses règles sur la nationalité, de nombreux pays étrangers n'hésiteront pas à comparer le « double jus soli » français à une naturalisation contrainte et forcée.
Mais la femme française qui épouse un étranger continue à suivre la condition de son mari.
1919 - Nouvelles possibilités pour les Indigènes Algériens d'accéder aux droits politiques
Article 1 -Les indigènes pourront accéder à la qualité de citoyens français en vertu des dispositions du Sénatus Consulte du 14 juillet 1865 et de la présente loi.
Article 2 - Tout indigène algérien obtiendra, sur sa demande, la qualité de citoyen français, s'il remplit les conditions suivantes :
Être âgé de 25 ans - Être monogame ou célibataire - N'avoir jamais été condamné pour crime ou délit, comportant la perte des droits politiques, et n'avoir subi aucune peine disciplinaire soit pour des actes d'hostilité contre la souveraineté française, soit pour prédications politiques ou religieuses ou menées de nature à porter atteinte à la sécurité générale.
Avoir deux ans de résidence consécutive dans la même commune en France ou en Algérie ou dans une circonscription administrative correspondante d'une colonie française ou d'un pays de protectorat français.
Et s'il satisfait, en outre, à l'une des conditions spéciales suivantes :
1/ Avoir servi dans les armées de terre et de mer et justifier de sa bonne conduite par une attestation de l'autorité militaire.
2/ Savoir lire et écrire en français.
5/ Être propriétaire ou fermier d'un bien rural ou propriétaire d'un immeuble urbain ou être inscrit au rôle soit des patentes, soit des impôts de remplacement, depuis un an au moins dans la même commune pour une profession sédentaire.
4/ Être titulaire d'un poste dans une fonction publique ou d'une pension de retraite de services publics.
5/ Avoir été investi d'un mandat public électif.
6/Être titulaire d'une décoration française ou d'une décoration honorifique accordée par le gouvernement français.
7/ Être né d'un indigène devenu citoyen français, alors que le demandeur avait atteint l'âge de vingt et un an.
La femme d'un indigène devenu citoyen français postérieurement à son mariage pourra demander à suivre la nouvelle condition de son mari.
1927. - « Jus Sanguini » & «jus Soli »
Les étrangers peuvent devenir français par
naturalisation dès l'âge de 18 ans.
La femme française qui épouse un étranger conserve la nationalité française si elle demeure sur le territoire national.
1929. - La femme indigène d'Algérie peut acquérir la plénitude des droits reconnus à la femme française.
Le décret Crémieux.
Décret naturalisant en masse et sans conditions les israélites indigènes de l'Algérie, les déclarant citoyens français de droit.
Ce décret que les israélites n'avaient pas sollicité, car ils les privaient du bénéfice de la polygamie légale à laquelle ils tenaient, les soumettaient aux charges civiques et les troublaient dans leurs scrupules religieux. C'est la magistrature algérienne, désireuse de se voir débarrasser des difficultés rencontrées dans l'application de la loi mosaïque, laissée à son interprétation qui le demandait. Les juifs, en effet, passés en trente années de l'état social le plus infime à l'état de commerçants prospères et de propriétaires d'une grande partie des immeubles urbains, occasionnaient par leurs fréquentes transactions de réels embarras aux magistrats de la colonie, généralement mal préparés en matière rabbinique, qui avaient fréquemment demandé de se voir soulager de cette partie de leurs obligations professionnelles.
Monsieur Crémieux, faisant partie de la délégation de Tours, qui se trouvait ainsi couvert par les desiderata des magistrats algériens, fort de cette opinion, n'eut pas la moindre hésitation à faire octroyer à ses coreligionnaires africains ce qu'il considérait être pour eux un réel avan¬tage sur le reste de la population indi¬gène du pays.
Maurice Villard
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Bernelle, village de colonisation
Pieds -Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui - N°188 - septembre 2010
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Sur la route de Sétif à Batna, le village de Bernelle, grâce au labeur de la colonisation française, dans la plaine si fertile de Belezma, était devenu la perle des Aurès.
Bernelle est située dans une zone de transition géographique formée par la chaine de l'Atlas pas loin de Thelmet qui culmine à 1 870 m. Elle forme un passage entre Sétif et Batna, capitale des Aurès. De nombreuses petites rivières prennent source des hauteurs des montagnes pour se jeter avec générosité dans la plaine de Belezma.
Bernelle regarde avec fierté le mythique Mont de Mestaoua (1575 m). Elle dominant la vallée de Belezma et allongée aux pieds des plus belles montagnes du Maghreb. Thelmet avec ses Cèdres mythiques, El-Hajrine et Thamatchit qui signifie en chaoui « champs de figues ».
Bernelle est située au centre du parc de Belezma avec ses cèdres centenaires et uniques dans le monde si bien qu'un parc a été créé en France à partir des cèdres importés de la région. Ce parc national qui abrite l'une des plus importantes cédraies du pays qualifiée de « faciès sec » en rapport à sa situation et son exposition aux influences désertiques (40 km seulement des portes d'El Kantara).
Sa superficie est de 26 250 hectares. Le parc possède une flore de 447 espèces (14 % du potentiel national recensé) et une faune de 400 espèces dont 19 protégées.
Il culmine à 2 178 m d'altitude, suivi du djebel Touggourt (« pic des cèdres ») à 2 090 m d'altitude. Malheureusement son entretien laisse à désirer (détritus).
Histoire
L'histoire de Bemelle est très récente, et malgré les vestiges romains sur les hauteurs de la ville et sur la route Bemelle Sériana, les écrits sur l'histoire de Bernelle sont quasi inexistants. Les habitants étaient surement dispersés dans la plaines de Belezma et les montagnes alentours. De nombreuses habitations antiques témoignent d'une occupation humaine. Car Ia plaine de Belezma, est un grenier séculaire pour les populations locales. Cette plaine est l'une des plus fertiles de la région, enclavée entre le relief du parc de Belezma au sud et le mont Mestaoua.
Le site du ksar Belezma « fort de Belezma » est constitué des vestiges d'un ancien fort byzantin. Il s'agit d'un poste d'observation byzantin qui fut utilisé à la chute de l'empire par les dynasties musulmanes qui suivirent pour l'observation des populations environnantes.
Ce massif était le dernier refuge du roi berbère de la tribu Ifren Abou Yazid (né en 873 et mort le 19 août 947), dans sa révolte contre les Fatimides avant sa mort.
Le nom
Le général Joseph Jean-Nicolas Bernelle est un officier de Légion étrangère français, né à Versailles le 5 octobre 1785. En 1801, il entre à Saint-Cyr et de 1806 à 1809, il participe aux campagnes d'Italie où. il est blessé d'un coup de feu à la prise de Vicence. Il fait les campagnes de Saxe puis de France avec Napoléon. Sa carrière sera arrêtée avec la chute de ce dernier.
En 1818, il reprend du service à l'état-major de la Légion. En 1824,11est placé en traitement de réforme. En 1826, il parvient à reprendre du service. Il commence alors ses campagnes en Afrique.
La Légion étrangère
En août 1832, il est détaché au commandement de la Légion étrangère, puis détaché au 1er BILA le 5 février 1833. Promu au grade de colonel, le 9 avril 1833, il revient à la Légion. Il y est cité le 18 mai 1833, lors de d'une opération en Mitidja contre les Hadjoutes. Trois mois après son arrivée, les 1er et 5e bataillons sont cités en exemple pour l'entrain et la vigueur dont ils font preuve dans la construction du blockhaus du gué de l'Arrach, la chaussée de Sidi Amsa, et la construction des camps de Kouba et de l'Oufferia. En septembre 1833, il organise la défense de Goléa.
Suite à une blessure occasionnée par son cheval, il laisse le commandement de trois bataillons de Légion, stationnés au camp de Douéra, au commandant Conrad. Le maréchal de camp au titre espagnol.
En raison du traité de « Quadruple alliance » du 22 avril 1834, la Légion est cédée à l'Espagne, le 11 juin 1835. Regroupés en rade d'Alger, les bâtiments transportant 123, officiers, 4021 bas-officiers et militaires du rang, réunis en 6 bataillons, mettent à la voile et débarquent à Tarragone, le 16 août 1835, avec le titre de division auxiliaire française.
La veille, le colonel Bernelle est promu commandeur de la Légion d'honneur et nommé maréchal de camp au titre espagnol dès que les navires sont entrés dans les eaux espagnoles. Ayant depuis longtemps prévu une refonte de la Légion, il l'organise sur des bases nouvelles. Il amalgame ce corps qui lui est confié en mêlant les hommes de nationalités différentes.
Il s'illustre aux combats d'Arlaban, à Tirapégui, Zubiri et à Inigo. Bon combattant, mais mauvais administrateur, controversé, fatigué et malade, il demande alors sa relève. Il rentre en France le 16 août 1836 sans avoir rendu compte dans les formes réglementaires.
Retour aux armées françaises
Replacé dans le cadre des armées françaises avec son grade de colonel, il est mis à la disposition du gouverneur général des possessions françaises en Afrique du Nord, le 3 novembre. Le 4 décembre, il commande les troupes stationnées à Bône. Désigné au commandement supérieur de Constantine en octobre 1837, il est nommé maréchal de camp, le 11 novembre. Il commande ensuite une brigade de la division d'Alger.
Nommé commandant du département de l'Hérault, il rentre en France en 1839. En 1846, il commande le département du Loiret.
Le 6 octobre 1847, il intègre la section de réserve et lors de la dissolution de cette section, il est mis en position de retraite le 30 mai 1848, totalisant 44 ans de services.
Il décède le 7 janv. 1871 à Paris.
Le village
Le centre de peuplement Européen de Bernelle fut créé par décret du Gouverneur Général le 3 Juin 1896. Mais le lotissement ne fut achevé qu'au début de l'année 1903.
Bernelle est situé dans l'arrondissement de Batna, commune mixte d'Ain-Touta, à 22 Kms de Batna, 47, d'El-Madher, 12, de Corneille, sur le chemin de grande communication de Sétif à Batna.
Formant un plateau entouré de collines d'une altitude de 1.190 m sur un territoire de 3.700 ha. Des concessions de 80 ha dont 40 concédées gratuitement et 40 destinées à être vendues aux attributaires des concessions après délivrance des titres définitifs, chaque concession sera composée d'un lot à bâtir, d'un lot de jardin, d'un lot irrigable et d'un lot de grande culture.
En 1894, un projet de création est étudié, mais un agrandissement du site est nécessaire et va être étudié.
En 1897. - Le 26 octobre, le Président de la République, Emile Loubet, approuve l'acte administratif par lequel les habitants du douar Oud el Mas, cèdent à l'Etat des terrains d'une superficie de 2223 ha 76 d'une valeur de 128647 Fr contre des terrains domaniaux de 2215 ha estimés à \28647 Fr, situés dans les douars de Bougherezel, Zanna et Ouled Mehenna, commune mixte d'Arn el Ksar.
Cet échange est nécessaire pour la création du centre de Bemelle.
1900. - Etude de la colonisation de Bernelle et détermination des bases du lotissement. Sur un territoire de 3.700 ha, concessions de 80 ha dont 40 concédées gratuitement et 40 destinées à être vendues aux attributaires des concessions après délivrance des titres définitifs.
Le 18. 11, la construction d'un four est décidée, coût 3.000 Frs.
Et en1903 la décision de construction d'une école double avec logements, d'une Mairie avec un Bureau de poste et de logements de fonction et chambres d'hôtes, d'une Chapelle avec une sacristie et d'un Presbytère ainsi que la création d'une pépinière de 1 ha, 69, est prise.
1903. - Début du peuplement du village après de regrettables retards, dus à l'administration, pour la désignation des lots attribués aux concessionnaires.
1904, - Délibération de la Commune mixte de Belezma pour constater que le peuplement de Bemelle subit un temps d'arrêt occasionné par les lourdeurs administratives.
Le JO Avril, le nombre d'enfants Européens est de :22.
Le 3 Octobre, ouverture d'une salle de classe dans l'immeuble Clavére, moyennant un loyer mensuel de 100 Frs.
Le 3 Décembre, installation de réverbères.
Le 29 Décembre. pétition des colons qui ont eu leurs récoltes saccagées par une invasion de sauterelles et demandent le dégrèvement des fermages dus à l'Etat concernant la location des lots formant le complément de leurs concessions. Cette demande est rejetée.
1905. - Mise en chantier de la construction d'un groupe scolaire avec des logements, d'une mairie avec un bureau de poste et des logements de fonction, d'une chapelle avec sacristie, d'un presbytère et de chambres d'hôtes.
La campagne agricole a été désastreuse, les colons demandent des secours.
Le 22 Septembre, de nombreux attributaires arrivés sans ressources ni matériel agricole ont dû avoir recours à des avances de grains et à la main d'œuvre. Leurs faibles revenus ne peuvent assurer leur subsistance. Il est nécessaire qu'ils*obtiennent une aide de l'état pour leur permettre d'assumer le minimum pour leurs familles et d'acheter des semences.
Le 11 Novembre, des colons, qui se sont engagés à se soumettre aux conditions du décret du 13 Octobre 1904 sont proposés pour attribution de lots d'agrandissements industriels et de culture.
Une école est construite.
Un bureau télégraphique est créé.
Une fontaine est mise en service dans le centre du village.
Une école créée avec deux salles de classes mixtes reçoit 50 élèves européens et indigènes. Une salle de consultation médicale complètement équipée est ouverte.
1946. - Le village de Bernelle comprend comme bâtiments publics : une Mairie, une Justice de Paix, une école à deux classes, une gendarmerie et une prison.
L'économie de Bemelle est essentiellement agricole et tertiaire. La plaine de Belezma apporte aux habitants l'essentiel des revenus en produits agricoles et maraichers. cerisiers, oliviers, abricotiers...
Sur 48 colons, 26 ont vendu leurs terrains et ont quitté le pays, les 18 restants cultivent leurs terres avec des moyens modernes, la région reste très pauvre, pas de pluviométrie suffisante, la surface des propriétés ne permet pas l'élevage du bétail à grande échelle seule ressource régulière.
La population Européenne est de 133 personnes.
Une salle de consultations médicales équipée des matériels et équipements les plus modernes est mise à la disposition de la population.
Un canal de l'époque française fait le tour de la ville en ruisselant tout au long des rues pour arroser les arbres ornant les trottoirs avant de se jeter dans les champs...
C'est une cité riche en eau "grâce à ses montagnes qui l'entourent", elle était choisie par les Romains pour installer leur bases : "plusieurs traces se retrouvent enfouies entre Oued El Ma et Chir ainsi que sur les hauteurs de la ville. Les Français ont fait de cette ville une perle des Aurès : chemins en pierres, fontaines sur les trottoirs, un square au centre de la ville et une belle école avec sa magnifique horloge.
Les habitants de Oued El Ma sont essentiellement des Chaoui parlant le chaoui et l'arabe. Parmi eux vivent en harmonie et en bonne intelligence des Kabyles, des Arabes, et des Français.
Aujourd'hui Bernelle a perdu ses Français et a été débaptisée pour retrouver son ancien nom Oued El Ma ou fleuve d'eau est une commune de la wilaya de Batna.
Le grand canal en hauteur de la ville qui dirigeait l'eau des hauteurs des montagnes vers les prairies en bas de la ville et les canalisations en pierre dès les premiers jours de f indépendance de l'Algérie, ce canal fonctionnait à merveille. Il est actuellement coupé de sa source d'eau à Ouled Manaà, couvert de terre et laissé à l'abandon.
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PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. Incognito
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ECOLE Champ de Mars 1949-1950
1 Evelyne Laforge ; 2 Michéle Donato ; 3 ? ; 4 Evelyne Russo ; 5 ? ;
6 ? ; 7 Annie Roux ; 8 ? ; 9 ?; 10 ? ; 11 ? ; 12 ? ; 13 ? ;
14 ? ; 15 Yvette Wandel ; 16 Françoise Lagugné ; 17 Hélène Zanca ; 18 Charlette Gabrielli ; 19 ? ; 20 Claude Gerbaulet ; 21 ? ; 22 ? ; 23 ?
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Piqûre de rappel
Le 31 Août 2012
Envoyé par M. Alain Algudo
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TOUS UNIS, TOUS GAULLISTES, TOUS POURRIS ?
Dans ces moments où la France s’embrasse, piqûre de rappel à mes compatriotes pour qu’ils n’oublient pas l’infâme attitude d’une certaine catégorie de Français à leur égard !
La prophétie du Maréchal JUIN est en cours !
Malgré leurs réactions de vierges effarouchées, les dernières « affaires » de financements illicites et fictifs sur le dos du contribuable lambda le démontrent, ils le sont vraiment tous !!
Dans ces nasses grouillantes de crabes retirées des mers froides, vous constaterez que s'ils ne sont tous pas de la même grosseur, ils se ressemblent tous.
Force pour nous est de constater aujourd'hui, après les immondes insultes dont nous venons d'être encore victimes, que l'espoir ténu qu'il nous restait pour nous raccrocher à un idéal, déjà bien chancelant, vient de s'effondrer définitivement !!
Malgré des agissements choquants et des déclarations pour le moins détonantes d'éloges et de références à l'avantage du grand mystificateur, nous pensions pouvoir extirper de ces « paniers » quelque chose de différent, en extraire quelque chose d'étranger à ce gaullisme qui restera toujours pour nous « ce kyste de matières immondes et purulentes ! » (A. ARETTE)
En effet, qu'un locataire perpétuel de latrines comme SARTRE souhaite, et déclare pendant la guerre d'Algérie que « tuer un colon c'est faire d'une pierre deux coups : un homme mort et un homme libre, » nous considérons que les traîtres et les ordures ayant toujours existé pendant les guerres, il ne dérogeait pas à règle devenue institutionnelle à cette époque dans ce gouvernement de mystificateurs, menteurs associés, monstres complices d'ordres d'abandons des populations, ordres que les plus pourris des communistes porteurs de valises n'auraient certainement finalement pas donnés.
Eux ils l'ont fait !!!
Mais quand cinquante-quatre ans après notre drame un attaché parlementaire d'une députée Européenne d'un parti de la part de qui (FN) on ne s'attendait pas, un certain BENOÎT Alexandre, déclare :
« J'ai un mépris total pour les Pieds Noirs qui ne savent que geindre sur leur petit sort de colons illégitimes. Et puis on ne mène pas une révolution légitime sans couper les couilles de quelques salauds de colons, pas vrais ? alors ne sommes-nous pas en droit de nous s'interroger ?
Et, tenez-vous bien à la rambarde, la Députée Européenne, malgré nos protestations, approuve les propos de son attaché parlementaire, ce qui, en clair signifie qu'elle cautionne, sans la moindre réserve, et dans l'intégralité la déclaration assassine et scandaleuse de son assistant
Quelle différence faites-vous alors, dans cette haine viscérale déclarée encore aujourd’hui, avec celle du traître SARTRE de l'époque ? La réponse vous appartient !
Personnellement je considère qu'elle est encore plus grave car bien révélatrice d'une certaine « ambiance » qui confirme le bourrage de crâne médiatique, plus que cinquantenaire, qui perdure aujourd'hui.
Non ! Nous n'avons pas le droit d'ignorer des propos ignominieux, qu'ils soient d'hier ou d'aujourd'hui, proférés contre notre communauté. L'accepter sans dénoncer l'inacceptable auprès des instances nationales de ce parti, en exigeant ICI une réponse claire et forte, serait le renoncement à nos principes et à nos valeurs, et deviendrait parjure.
Nous Français d'Algérie qui avons souffert et vécu un des plus grands drame de l'histoire de France, avons-nous le droit d'accepter, sans explications et excuses officielles, de laisser assassiner une autre fois toutes les malheureuses victimes en souillant leur mémoire au motif qu'une élection se profile à l'horizon ?
Oui, depuis plus de cinquante ans nous menons ce combat pour la justice et la vérité, nos troupes s'amenuisent, se divisent, et même certains dirigeants déçoivent la volonté de leurs adhérents en abandonnant en route leur soutien à une procédure d'honneur pourtant statutairement décidé en AG, handicapant gravement notre ultime tentative pour essayer d’obtenir vérité et justice auprès de la Cour Européenne des Droits de l'homme.
Et pendant ce temps-là, les éléments de la décadence de la France qu'engendre ce microcosme politique en effervescence présidentielle se mettent en place.
Mais comment pourrait-il en être autrement quand le premier responsable de la perte de la grandeur, de l'honneur du pays et de l'envahissement migratoire actuel, reste le plus néfaste des personnages, affabulateur et manipulateur politique de mauvais génie auquel tous se réfèrent, sans exception maintenant, en génuflexions perpétuelles, ou nouvelles pour certains. Ils lui servent encore aujourd'hui comme caution de ses crimes et de ses mensonges
En effet, comme l'a écrit Roger HOLEINDRE : « Comment cet être a-t-il pu se conduire aussi ignoblement ? »
Pensez-vous qu'un jour un seul d'entre eux aura le courage de lever cette chape de plomb qui entoure et protège les méfaits du sinistre personnage ? Non !! : Ils vénèrent tous allègrement sa mémoire dans leur chasse effrénée à la gamelle.
Les milliers d'yeux de ses victimes qui les regardent d'outre-tombe ne dérangent pas du tout ces adorateurs de la funeste créature aux comportements mortifères qui nous arracha à notre Pays natal.
Mais comment le pourraient-ils puisque dans leurs références à l’homme de la sanglante épuration de 1945 en France, en complicité avec les communistes, et à l'assassin de tout un peuple en 1962 en Algérie, en complicité avec l'ennemi FLN, (il faut encore et toujours le rappeler pour ne jamais oublier,) nous constatons qu'ils se retrouvent tous aujourd'hui :
UNIS, GAULLISTES, POURRIS !
Alain ALGUDO - 25 Janvier 2017
Président C.D.F.A./U.C.D.A.R.A
Vice-Président de VERITAS
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MOSTAGANEM
Envoyé par M. Incognito
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LE VOYAGE DE L'EMPEREUR
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Dans l’immense labour, un petit grain s’éveille ;
Il germe lentement sortant de son sommeil.
Entre les doigts du temps, ce trésor incertain,
C’est d’un cycle ancestral qu’il chante le refrain.
Et si dame nature épargne bien sa vie,
C’est en triomphateur qu’il deviendra épi.
Prometteur d’une chaîne dont il n’est qu’un maillon,
Il évoque abondance et grandiose moisson.
« Il faut veiller au grain » ! Par ces temps indistincts,
Le conseil reste vrai aujourd’hui et demain.
De notre nid de pie, surveillons l’horizon ;
Il est, plus que jamais, porteur de sombres tons.
Il y aura toujours « plus de paille que de grain » ;
Personne n’est optimiste avec un tel refrain.
Pourtant c’est grain à grain, que toujours un à un,
L’oiseau va picorant en mangeant à sa faim.
Savoir se contenter est le secret du vrai ;
Mieux vaut paille de blé que le grain de l’ivraie.
« Avoir un petit grain » est-il si négatif ?
Pour moi, ce terme-là n’est pas péjoratif.
Sans un grain de folie, on n’a pas de génie,
Et pour les gens trop sages, toute source est tarie.
Comme l’œuf et la poule, le début ou la fin,
Le grain est dans le fruit… et le fruit dans le grain !
Jacques Grieu
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« Non, rien de rien/Non, je ne regrette rien/Ni le bien qu’on m’a fait/Ni le mal/Tout ça m’est bien égal. /Non, rien de rien/Non, je ne regrette rien/C’est payé, balayé, oublié/Je me fous du passé ». (Chanson chantée par Edith Piaf ; musique de Charles Dumont sur des paroles de Michel Vaucaire).
La belle chanson « Je ne regrette rien » d’Edith Piaf me donne la chair de poule dès que je l’entends. Elle évoque pour moi les accents gutturaux des Légionnaires-parachutistes du 1er REP, après l’échec du putsch des généraux d’avril 1961 à Alger. Le bradage de notre Algérie française est un événement majeur de notre histoire. La France y a perdu son autosuffisance énergétique et elle a amorcé l’immigration-invasion maghrébine dont notre pays est en train de crever. Et pourtant une grande majorité de Français n’a pas pris conscience de ce qui se tramait. Certains se réveillent mais je crains qu’il ne soit trop tard. C’est pour cela qu’aujourd’hui, alors que je vais avoir 77 berges, j’ai envie de chanter « Je ne regrette rien » en guise de réponse à tous ces convertis de fraîche date qui se croient obligés de m’expliquer que la France va mal et que l’islam conquérant gagne du terrain.
Mon vieil ami Marcel Bouyer, ancien député de Charente-Maritime et fondateur d’un réseau de l’OAS-Métro, avait coutume de dire « ce n’est pas aux nouveaux convertis de porter la bannière ». Marcel Bouyer était un patriote. Au même titre que mon père, Jean-Marie Le Pen, François Brigneau ou Roger Holeindre, il a contribué à forger mes engagements et mes convictions politiques. Je n’ai pas attendu que la France soit moribonde pour dénoncer le délitement de mon pays. Emmanuel Macron a été missionné par le Nouvel Ordre Mondial pour euthanasier une nation malade en phase terminale, mais le délitement du pays n’est pas né avec lui. Il a commencé bien avant.
Il y a quelques années, j’ai lu un roman de Lionel Duroy intitulé « Le chagrin ». L’auteur est issu d’une famille de dix enfants, très « fin de race ». Il est né en 1949, comme moi. Il a été pro-Algérie française avant de virer à gauche et de devenir journaliste à « Libération ». Il a réglé ses comptes avec son milieu au travers de deux pavés indigestes « Priez pour nous » et « Le chagrin ». J’y ai lu des pages qui m’ont fait sourire ; la description des idées de son grand père, par exemple : « … Membre de l’Action Française, camelot du Roi, (il) était un adepte de Charles Maurras… Il est assez vraisemblable qu’il fut antidreyfusard avec Maurras et Léon Daudet, puisqu’il partageait avec eux la peur et peut-être même la haine des Juifs et des francs-maçons… ». J’aurais pu, en gros, écrire la même chose mais moi, je n’ai pas trahi mon camp. Il m’est arrivé de ne pas me sentir en phase avec mon milieu ; ça ne m’autorise pas à renier un héritage intellectuel. Mon père s’est méfié toute sa vie des partis politiques ; il n’en attendait rien de bon. Ses combats étaient plus religieux que politiques.
Avec le recul, je pense qu’il avait raison. Moi, j’ai beaucoup milité et toujours à la droite de la droite. Il parait que les imbéciles ne changent pas d’avis mais je préfère passer pour un imbécile que pour une girouette qui vire au gré du vent, même quand le vent à des odeurs fétides de flatulence.
Mon premier engagement politique date des « Jeunesses Patriotes et Sociales » de Roger Holeindre, après la chienlit soixante-huitarde. Vint ensuite « Ordre Nouveau », parti dissous en 1973, en même temps que la LCR de Krivine. Puis quelques hommes décidés, sous l’égide d’un ex-député, Jean-Marie Le Pen, allaient tenter de fédérer les courants nationalistes dans un grand mouvement politique : le « Front National ». En fait, sans le vouloir, le pouvoir gaulliste avait rendu service au courant nationaliste avec l’amnistie accordée aux défenseurs de l’Algérie française. Les associations d’anciens combattants poussaient à l’amnistie. De Gaulle était rancunier. Seul Pompidou parviendra à le faire fléchir. En 68, les prisons se vident, tous les clandestins rentrent en France (la plupart d’entre eux reviennent d’Espagne) et s’empressent de se regrouper pour militer à nouveau. Le mérite de Le Pen, secondé par François Brigneau, Roger Holeindre, et quelques autres moins connus, est de (tenter de) fédérer les différents courants. Le FN veut clairement « donner une dimension nouvelle aux luttes de l’opposition nationale ». L’autre mérite de Le Pen, sera de faire cohabiter les catholiques de la « Contre-Réforme Catholique » (CRC) ou de la « Rue des Renaudes » avec des groupuscules totalement athées ou agnostiques.
En 1974, Georges Pompidou meurt. En dehors de ses goûts artistiques discutables, cet homme avait du bon sens, des valeurs « terriennes » et un véritable attachement à la France. Avec lui, et bien qu’il s’en défende, le pays tirait un trait sur le gaullisme. 1974, c’est aussi le premier choc pétrolier. En bradant le Sahara nous avons perdu notre autosuffisance énergétique (gaz ET pétrole). C’est le début de « la crise » : de 1974 à… ce jour, nous irons de crise en crise ; nous ne connaîtrons plus de budget en équilibre jusqu’à atteindre plus de 3400 milliards d’euros de déficit. Après les « 30 glorieuses », nous entrions dans les « 40 piteuses ».
À la Présidentielle de 1974, Le Pen se présente mais les mouvements catholiques appellent à voter pour Jean Royer, le maire de Tours. Le Pen fait 0,74 % des suffrages ; Royer, 3,2 %. À l’époque, je lis « Minute » et « Valeurs Actuelles » ainsi que le journal (quatre feuillets !) du FN, qui ne s’appelle pas encore « National Hebdo » mais « RLP le National » et le mensuel « Lectures françaises ». Même si je continue à croire, comme le dit Maurras, que « tout est politique », je rêve à une droite dure. Mon milieu prône une droite « soft » et lit « le Figaro » (surtout pour le carnet mondain). Ce sont les mêmes qui s’indigneront, autour d’une tasse de thé, de la Loi Veil autorisant l’IVG puis l’accepteront quand elle sera votée. Ils n’ont pas compris que l’avortement, devenu légal, n’en est pas pour autant moral. L’important pour « ces gens-là » c’est que Giscard (d’Estaing depuis… 1929) et sa pimbêche d’épouse aient « de la classe ». J’ignorais, pour ma part, qu’on pût jouer de l’accordéon – le « piano à bretelles » – avec distinction.
Le 10 mai 1981, Giscard d’Estaing se faisait sortir par François Mitterrand. L’auteur du « coup d’état permanent » arrivait enfin aux fonctions suprêmes, après trois tentatives avortées. La France devenait officiellement socialiste. Jean Cau écrivait : « Nous sommes gouvernés par des instituteurs morts : dès le 10 mai, dès qu’un croque-mort alla déposer des roses sur les tombes du Panthéon, la France changea de visage. Tout avait la ressemblance qui est celle de tous les cadavres … ». Pour beaucoup de gens, la France basculait à gauche ; pour moi elle passait d’une gauche larvée à une gauche avouée. L’arrivée de la gauche au pouvoir marquait aussi la percée de la droite nationale. De nos jours, on s’ingénie à écrire que Mitterrand a favorisé la montée du FN pour gêner la droite parlementaire. C’est une ineptie, au moins partiellement. Certes, en introduisant la proportionnelle aux Législatives de 1986, il permettait au FN d’avoir plus d’une trentaine de députés. Je n’ai aucune sympathie pour François Mitterrand ; je lui reconnais cependant un (grand !) mérite : avoir laminé le Parti Communiste qui, jusque-là, totalisait 20 à 25% des suffrages à chaque élection. Mais la percée du Front National, du moins de 1981 à 1986, ne doit rien à la gauche sinon à l’incapacité de cette dernière à endiguer le chômage, la délinquance, l’insécurité, l’immigration-invasion, etc.
C’est une période de ma vie où je ne me suis pas limité au rôle modeste de militant de base. J’ai cependant souvent occupé mon temps libre à faire de l’affichage nocturne ou bien à renforcer le service d’ordre des meetings du FN. Il m’arrive de plaisanter en disant que : « J’ai passé un CAP de tapissier en cours du soir », allusion à mes nuits de collage d’affiches, faites de franche rigolade mais parfois aussi de frayeurs et de démarrages en trombe (avec la « cale à roulis » dans le seau de colle, pour éviter d’en renverser dans ma voiture). Je me suis également présenté à quelques élections qui se sont soldées par des claques mémorables. En 1986, juste après l’entrée au Palais Bourbon d’un groupe parlementaire RN-FN, nous créons, avec Marcel Bouyer et quelques amis, le « Comité de Liaison des Amitiés Nationalistes » (CLAN). Marcel en est le président, moi le vice-président. Partant de l’adage de Philippe Malaud – ex président du CNI – « je n’ai pas d’ennemis à droite », nous voulons fédérer les droites nationales autour du FN. Mais au plan régional, on soupçonne Marcel Bouyer de vouloir traiter directement avec son ami Jean-Marie Le Pen (ils ont été députés UDCA ensemble de 56 à 58). C’est à cette époque que Marcel Bouyer me fait connaître le général Edmond Jouhaud, le seul « pied-noir » du putsch des généraux d’avril 1961. Le général me dédicace deux de ses livres. Puis, lors d’un méchoui, me décerne le titre de « pieds noirs d’honneur » en raison de mes écrits pour la défense de l’Algérie française.
1987, lassé par les querelles internes au sein du FN régional, je claque la porte avec quelques amis mais je reste proche des « Indépendants nationaux » de Michel de Rostolan.
Nous prônons encore et toujours une union des droites mais Le Pen, avec la fameuse affaire du « détail », diabolise à jamais le FN aux yeux des tièdes : le mouvement devient infréquentable. Même si la tirade de Le Pen a été – volontairement – déformée et/ou mal interprétée, c’est un coup mortel porté à nos années de militantisme. Et au FN, Bruno Mégret se sent pousser des ailes. Une partie des cadres est prête à le suivre en dissidence. Le clash aura lieu deux ans plus tard. La droite a encore manqué son rendez-vous avec l’histoire, comme le 6 février 1934, comme le 21 avril 1961…
Quelques années plus tard, j’ai repris ma carte au FN dans l’espoir que Bruno Gollnisch en deviendrait président, au congrès de janvier 2011. L’élection de Marine, due à des manipulations internes et aussi au népotisme de Jean Marie Le Pen, m’a fait prendre du recul : le FN de Marine, devenu RN, n’a plus ni la doctrine, ni les valeurs intellectuelles d’antan. C’est un parti démagogue et racoleur qui rivalise avec celui de Mélenchon. Je reste cependant cohérent avec moi-même : « pas d’ennemi à droite » donc je continue à voter RN. Mes idées n’ont pas changé mais j’estime que j’ai passé l’âge de jouer les bateleurs d’estrade, de distribuer des tracts sur les marchés ou de coller des affiches la nuit. Et puis, je dois l’avouer, je crois de moins en moins à la « démo-crassie ». À quoi sert, en effet, l’adage parfaitement idiot « un homme, une voix » quand cet homme n’est pas capable de lire (ou de comprendre) un programme politique, quand il n’ingurgite plus que des niaiseries, qu’il est totalement anesthésié par la téléréalité, le cinéma porno, les 35 heures, le loto ou le foot ?
Déjà, en 1871, Gustave Flaubert écrivait : « Le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli ». Mais j’aime mieux cette citation de Léon Daudet, l’une des meilleures plumes de « l’Action Française » : « La démocratie, c’est la révolution couchée et qui fait ses besoins dans ses draps ». Ou celle, encore plus sévère, d’Henri Louis Mencken : « La démocratie, c’est l’art de diriger le cirque à partir de la cage des singes ».
« Je ne regrette rien » de mes choix politiques et de mes années de militantisme même si je reconnais, sans fausse modestie, que j’ai été d’une redoutable inefficacité. Disons que, par mes écrits, j’aurai été ce qu’on appelle de nos jours un « lanceur d’alerte ». Ceux qui me traitaient de facho il y a trente ou quarante ans découvrent aujourd’hui que mes mises en garde d’antan sont devenues réalités. C’est déjà ça ! Mais je les dispense de leurs leçons de morale ; qu’ils évitent de me dire ce qu’il faudrait faire pour sauver le pays. J’ai fait mienne la citation de La Hire, le compagnon de Jeanne d’Arc : « Comme soldat, j’ai fait mon devoir. Pour le reste, j’ai fait ce que j’ai pu… »
Éric de Verdelhan
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PHOTOS D'ECOLE BÔNE
RECHERCHE DE NOMS
Envoyée par M. Incognito
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ECOLE Champ de Mars 1951-1952
1 ; 2 Evelyne Russo ; 3 ? ; 4 ? ; 5 ? ;
6 ? ; 7 ? ; 8 ? ; 9 ?; 10 Michéle Donato ; 11 ? ; 12 ? ; 13 ? ; 14 ? ;
15 ? ; 16 ? ; 17 Anne Fiteni ; 18 Hélène Zanca ; 19 Evelyne Laforge ; 20 Nicole Cane ; 21 ? ; 22 ? ; 23 Pierre Cassar ?
24 Claude Gerbaulet ; 25 Françoise Lagugné ; 26 Charlette Gabrielli ; 27 ? ; 28 Marlène Melis ; 29 ?;
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MON PANTHÉON DE L'ALGÉRIE FRANÇAISE DE M. Roger BRASIER
Créateur du Musée de l'Algérie Française
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A SUIVRE
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| HABILLEMENTS
De Jacques Grieu
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HABITUDE
Du latin « habitus », on s’en serait douté,
L’habit, c’est l’habitude, c’est un signe dédié.
S’il ne fait pas le moine, on dirait qu’il fait l’homme :
Si ce n’est son portrait, c’est bien souvent tout comme…
Est-ce bien naturel que de nous habiller ?
C’est que, dès son jeune âge on s’y est habitué !
Une jambe à la fois, on met son pantalon :
Les deux en même temps, on sait que « c’est pas bon ».
Habits de nos amis, êtes-vous nos habits ?
On se vêt comme on aime : au même goût aussi.
L’amour, c’est l’amitié en habits du dimanche ;
Même par les habits, les sentiments s’épanchent…
Bien trop courte est la vie pour qu’on s’habille triste,
Mais pour s’habiller court, la mode est fantaisiste.
Habiter une tour, ne vous fait pas touriste ;
L’habillement des gens gros n’en fait pas des grossistes.
La vérité, dit-on, sort du puits toute nue :
C’est pourquoi on l’habille en la rendant tordue.
Pour la sortir du puits, il a fallu l’extraire ;
Il faut des porteurs d’eau pour que le vrai s’éclaire.
Si les habits des pauvres ont quelquefois des trous,
Les habits des plus riches ont des taches dessous.
Ridicule le clown à l’habit coloré ?
Moins que l’habit du juge ou l’habit du curé !
Qui déshabille Pierre, habille-t-il Jacques ?
Vouloir le faire croire est une belle arnaque.
Queue-de-pie n’a jamais fabriqué un génie ;
Le faux bien habillé est le plus applaudi…
L’habit peut transformer et amender parfois :
Bout de bois habillé n’est plus un bout de bois.
S’il ne fait pas le moine, il fit bien des merveilles :
La vigne habilla l’homme en son simple appareil…
Jacques Grieu
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Georges-Antoine Rochegrosse
PNHA - N'188 - Septembre 2010
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Un orientaliste épris de réalisme
Georges-Antoine Rochegrosse, né à Versailles le 2 août 1859 est un peintre et illustrateur français, beau-fils et fils adoptif du poète Théodore de Banville. Il était né du premier mariage de sa mère, Élise Marie Bourotte (1828-1904), avec Jules Jean Baptiste Rochegrosse (décédé en 1874).
Peintre à la mode à la fin du XIXème siècle, il bénéficie d'une renommée internationale.
Il prend ses premiers cours de peinture auprès d'Alfred Dehodencq puis entre à l'Académie Julian dans les ateliers de Jules Joseph Lefebvre et Gustave Boulanger et, enfin, aux Beaux-Arts de Paris. Il devint même professeur à l'Académie Julian et aux Beaux-Arts.
Il participe au Prix de Rome en 1 880 et 1 881 et présente pour la première fois sa production au salon en 1882. Il est médaillé et remporte un gros succès. L'année suivante, il obtient une bourse pour effectuer un voyage d'études.
Il accumule rapidement les récompenses, à partir de la médaille obtenue au Salon de 1883. Il travaille beaucoup sur des sujets historiques et mythologiques, puis évolue vers l'exotisme et les sujets religieux, produisant aussi des nus, des portraits et des paysages. Passionné d'histoire et d'archéologie, il travaille en tant qu'illustrateur pour La vie moderne et La vie parisienne, mais aussi pour des ouvrages littéraires.
Il est très intéressé par l'orientalisme. Son plus grand souci est celui du réalisme. Il se rend ainsi en Afrique du Nord pour se documenter et réaliser cette toile en étant le plus proche de la réalité.
Ainsi, au début de sa carrière il est essentiellement un peintre d'histoire, puis devient orientaliste en découvrant l'Algérie. Enfin, après la mort de son épouse, il s'illustrera dans la peinture religieuse. Il est un des derniers représentants de l'académisme.
Il a habité et travaillé dans la maison de la cité Chaptal à Paris, hébergea plus tard le Théâtre du Grand Guignol.
Souci du réalisme : ombre des meubles, perspective du, dallage en damier, drapé des vêtements.
Travail sur la transparence et sur le mouvement.
Une carrière d'illustrateur Il illustre aussi les ouvrages de nombreux écrivains : Homère (L'Odyssée), Pétrone (Le Satyricon), Eschyle (L'orestie), Victor Hugo (L'homme qui rit, Les Misérables), Villiers de L’Isle-Adam (Akëdysseril), Théodore de Banville (Princesses), Gustave Flauberl (Salammbô et Hérodias), ou encore Maupassant ("L'homme de Mars"), Baudelaire et Anatole France.
Professeur à l'Académie de peinture d'Alger, il aura notamment pour élèves toute une génération de peintres orientalistes : Paul Nicolai, José Ortega, Alexandre Rigotard et Marcel Rousseay-Virlogeux.
Il découvre l'Algérie en 1894 et s'établit définitivement à El-Biar dans la banlieue d'Alger en 1900, avec son épouse Marie Leblond (qui décède en 1920 d'une maladie contractée à l'hôpital d'Alger où elle est infirmière) et fait chaque été le voyage vers Paris où il est jury du Salon des artistes français. Admiré notamment par Théodore de Banville ou Conan Doyle, il reçoit de nombreuses marques de succès : médaille de bronze à l'Exposition universelle de Paris de 1889, chevalier de la Légion d'honneur en 1892, médaille d'or à l'Exposition universelle de 1899, Officier de la Légion d'honneur en 1910.
Il décédera, en 1938, à El-Biar dans cette Algérie qu'il a tant aimée.
Son atelier, cent dix peintures et deux cent cinquante dessins ou aquarelles, sera vendu le 14 juin 1993 à l'Hôtel Drouot.
J-M L
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DE L'INFLUENCE DES SMALA DE SPAHIS
Gallica : Revue de l’Orient 1847, pages 144-150
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SUR L'AVENIR DE L'ALGÉRIE.
LA C0L0NISATI0N, journal des intérêts algériens, qui paraît dans la capitale de notre colonie africaine, a récemment publié, sous ce titre, un remarquable travail de M. Ch. d'Orély, sur lequel, néanmoins, l'habile rédacteur en chef de cette intéressante feuille, M. Clément Duvernois, croit devoir faire ses réserves : tout en reconnaissant, avec l'auteur, les inconvénients qui résultent pour les smala du changement continuel des hommes appelés à les diriger, il n'admet pas, à son exemple, qu'il faille doter ces colonies arabes d'administrateurs inamovibles, même de fait. Ce serait, à son avis, se créer de sérieux embarras pour l'avenir.
Quoi qu'il en soit de cette opinion, bornons-nous à constater que, lorsque M. Ch. d'Orély visita, la smala de Berrouaghia, dans le voisinage de la jolis petite ville de Médéa, il fut émerveillé de sa position magnifique, de l'originalité des montagnes qui l'enserrent, de l'élégance pittoresque de la maison de commandement, de l'abondance et de la fraîcheur des eaux, enfin de l'étendue, de la richesse et de la fertilité des terres.
C'était à l'époque de la moisson. Il fut étonné des résultats qui frappèrent ses yeux. Le territoire de la smala présentait le spectacle le plus animé ; il y avait de la besogne pour tout le monde, et nul ne reculait devant la besogne.
On coupait, en ce moment, les blés ; on n'en comptait pas moins de 800 hectares de la plus belle apparence ; lei charrettes roulaient les herbes aux aires, où de robustes mulets travaillaient au dépiquage. Plus loin, un joyeux groupe d'Arabes, armés de pelles de bois, vannait les battues ; et de graves personnages, silencieux comme des marabouts de pierre, ensachaient le drain nettoyé, après avoir solennellement appelé la bénédiction de Dieu sur la récolte. Ailleurs, des spahis enlevaient, en chantant, le foin des prés et le portaient aux meules, qui s'élevaient comme par enchantement.
Tout cela se faisait en même temps, sans encombre, dans l'ordre le plus parfait, image frappante de ce que devait âtre au moyen-âge le domaine du seigneur, où vivaient et travaillaient de nombreux vassaux.
Groupés en smala, les spahis remuent des terres, font des foins, reculent les bornes de leurs cultures et contribuent certainement de la sorte à la prospérité matérielle de la colonie. Mais l'autorité supérieure ne s'est-elle proposée rien de plus dans la création des smala ?
Sans doute, la formation des escadrons de spahis, dans lesquels sont entrés les jeunes gens des meilleures familles arabes, a été une mesure de haute politique, qui a déjà produit d'heureux effets. C'est un résultat immense d'avoir amené tous ces hommes influents, si fiers de leurs prérogatives et de leur indépendance, à laisser leurs fils s'enrôler sous le drapeau de la France, courber la tête, et obéir sans honte au plus humble de nos brigadiers. Mais, ce point difficile obtenu, notre mission civilisatrice reste incomplète, l'œuvre n'est qu'ébauchée.
Quel doit être notre but en Afrique, si ce n'est de détruire, par tous les moyens possibles, l'e prestige des chefs territoriaux, de miner insensiblement leur autorité, d'anéantir sans bruit leur influence morale, religieuse, politique au profit de la nôtre, d'amener enfin peu à peu les indigènes à préférer notre administration à celle de leurs coreligionnaires ?
La création des bureaux arabes, en donnant aux hommes du pays la faculté de faire juger leurs différends par nos commandants de place sur les territoires militaires, par nos juges de paix sur les territoires civils, a porté un rude coup à l'immense pouvoir des chefs indigènes ; mais la réunion des spahis en smala doit, dans un avenir prochain, bien plus avancer, sinon complétement décider la question.
Le spahis, en effet, par cela seul qu'il est à notre service, et qu'il a reçu le bournous rouge, échappe à l'autorité des kaïds, aux corvées, aux mille vexations que ces hauts fonctionnaires imposent à leurs administrés, en dépit de notre surveillance. Soldat, il est sous le commandement et la protection de ses chefs immédiate.
L'homme appelé à acquérir le plus d'influence morale sur ses subordonnés et, par contre-coup, sur leurs familles, celui qui doit répondre le plus aux intentions de la France et rendre son drapeau glorieux et cher aux Arabes, celui qui, s'il le veut, peut contribuer puissamment au gain de la rude bataille que, depuis notre débarquement sur le sol africain, la civilisation livre à la barbarie, c'est le capitaine commandant un escadron de spahis, s'il comprend l'importance de sa mission.
Les généraux sont trop loin et trop haut ; le simple spahis arrive difficilement à eux. Le capitaine commandant, au contraire, est, chaque jour, à chaque instant, en rapport avec ses hommes ; à lui, s'il a su gagner leur confiance, ils content leurs peines et demandent dei conseils ; à lui ils en appellent, tout d'abord, pour régler leurs différends.
Sans doute, pour qui cannait le peuple arabe, ses incessantes importunités, ses exigences continuelles, c'est un poste pénible, laborieux, réclamant une forte dose de bonne volonté et de patience, de douceur et de fermeté le spahis est un grand enfant, qui, au besoin, fait parler éloquemment la poudre, mais qui s'égare et se noie dès qu'on l'abandonne à lui-même : il faut savoir le conduire, sans qu'il s'en aperçoive, à la civilisation.
C'est en pleine smala que le rôle du capitaine commandant se dessine ; c'est là qu'il est mis en demeure, par sa position, de déployer toutes ses qualités. En garnison ou en cantonnement, son autorité n'atteint que le spahis ; dans la smala, son influence s'étend sur le spahis et sur les siens. Ce militaire, presque toujours riche, amène sur le territoire de la smala tout ce qui lui appartient, ses femmes, ses enfants, ses serviteurs, ses chevaux, ses troupeaux. Souvent son père, sa mère, ses frères, ses parents dressent leurs tentes près de la sienne et vivent avec lui en famille. Ainsi, sur le seul territoire de la smala de Berrouaghia, on compte 1,500 indigènes.
Toutes ces familles éparses autour de la maison de commandement ont des intérêts souvent communs, quelquefois divers ; des querelles, s'élevait entre spahis, agitent leurs familles. Qui fera régner dans chaque tente l'ordre, l'harmonie, la paix ? Le capitaine commandant : à lui seul tout le monde a recours c'est un père plein de sollicitude et de bienveillance, comme c'est un chef vigilant et ferme dans le service ; il laisse parler son cœur en conservant sa dignité. Ne cherchez pas ailleurs le secret de son influence.
Mais il faut qu'il n'oublie pas, non plus, la réalisation des progrès matériels ; qu'il introduise, chaque jour, quelque amélioration nouvelle au sein de cette population dont on l'a constitué le mentor et le guide ; qu'il multiplie et perfectionne ses races de bêtes à laine et à cornes, ovine et bovine, ses chevaux surtout. Pour développer ces sources fécondes de la prospérité de l'Algérie, il doit élaguer insensiblement les sujets défectueux, chétifs ou malingres, enrichir les troupeaux de bêtes d'une belle espèce, de taureaux d'un type supérieur, comme dans les smala de Laghouat et de Marengo.
Ce n'est pas tout ; il est principalement de son devoir de faire naître et croître chez ses hommes la soif du bien-être, l'amour de l'ordre, de la propreté sur eux et dans leurs tentes, le soin intelligent de leurs cultures en particulier, de leurs affaires en général ; de s'appliquer surtout à les fixer au sol par la construction ' de demeures stables. De lui-même le goût des meubles leur viendra.
M. Ch. d'Orély a vu, avec bonheur, bien des maisons bâties par les spahis sur le territoire de Berrouaghia ; elles tendent à s'y multiplier de plus en plus.
Le capitaine commandant, et c'est la partie la plus belle, la plus féconde, la plus sainte de sa tâche, doit s'occuper des enfants. Par la génération nouvelle nous conquerrons l'Afrique ; nous arriverons à la fusion désirée des deux races, du vainqueur et du vaincu, sans laquelle l'Arabe nous regardera toujours comme un ennemi. Une école est donc indispensable.
Quand M. d'Orély visita Berrouaghia, on s'occupait d'y en établir une, que soixante enfants devaient fréquenter chaque jour, ce qui est énorme.
Le choix du Thaleb ou marabout, appelé à diriger l'école, est de la plus haute importance : il faut que, sans qu'il s'en doute, il soit, dans son enseignement, l'objet d'une incessante surveillance. Qu'on se sarde de prendre un fanatique ! il entraverait la marche de notre influence. Qu'on se précautionne, autant que possible, d'un homme à nous, dévoué à nos intérêts, à la France, sympathisant surtout avec le capitaine commandant ! Si l'on ne s'illusionne pas sur les bruyants témoignages d'affection et de respect que nous prodiguent les indigènes qui se francisent, on comprendra combien un pareil homme est difficile à trouver. II serait d'une bonne politique de lui adjoindre, comme instituteur, un sous-officier sachant l'arabe.
Ainsi les enfants indigènes, si intelligents d'ordinaire, apprendraient promptement, facilement, notre langue. Or l'introduction du français parmi eux, c'est la voie ouverte à nos mœurs, à nos usages, à nos goûts, à nos habitudes ; c'est la civilisation, c'est le progrès, c'est la fusion lente, mais certaine des deux races.
En terminant, M. Ch. d'Orély ne croit pas devoir dissimuler sep appréhensions au sujet d'un fait qui se présente nécessairement et peut compromettre d'une manière fatale, selon lui, non seulement l'avenir matériel des smala, mais l'influence morale et civilisatrice qu'elles exercent sur les Arabes ; il s'agit des changements fréquenta des capitaines commandant les escadrons de spahis et directeur des smala.
Le commandant supérieur du cercle de Laghouat, M. Marguerite, si expert dans les affaires indigènes, lui disait dernièrement que le plus grand reproche formulé par les Arabes contre notre administration était le changement continuel des officiers chargés de les conduire. Rien d'aussi préjudiciable à notre influence : chaque homme, en effet, a sa manière de voir et d'administrer ; il est fort rare qu'un nouveau venu suive les errements de son prédécesseur ; notre nature est ainsi faite.
L'un est partisan de la verge de fer ; il veut dominer par la terreur, se faire obéir la cravache à la main, et son escadron devient désert, ou ne se recrute que de mauvais sujets, méprisés de leurs coreligionnaires. L'autre pense qu'il faut être accessible, affable, bon, paternel, et son autorité méconnue reste sans vigueur. Un troisième arrive avec des idées arrêtées sur l'incapacité native des Arabes, sur l'impossibilité d'en tirer parti, d'en faire jaillir une étincelle de progrès, et, découragé avant d'avoir mis la main à l'œuvre, se frappant lui-même d'impuissance, il ne fait rien de bon, il n'est jamais qu'un officier fort honorable sans doute, mais complétement impropre à sa tâche.
« Nous serions désolé, dit M. Ch. d'Orély, qu'on attribuât à nos paroles une portée qu'elles n'ont pas, une signification que nous sommes loin de vouloir leur donner d'une manière absolue. Il serait souverainement injuste de prétendre que rien n'a été fait jusqu’à ce jour pour la réalisation de la grande pensée qui préoccupe les esprits éminents en Algérie. A celui qui oserait se permettre une aussi étrange assertion, les faits donneraient un éclatant démenti.
« A cette œuvre tout ce que l'Afrique compte de cœurs honnêtes, d'âmes élevées, d'intelligences d'élite, a mis généreusement et vigoureusement la main, dans la mesure de ses forces et dans la sphère de ses attributions. Les divers gouverneurs généraux qui se sont succédé, ont noblement fait leur devoir, et l'administration supérieure, puissamment secondée par les commandants des cercles et par les chefs des bureaux arabes, a vaillamment répondu à l'impulsion qui lui était donnée. Des résultats importants et nombreux ont été obtenus, c'est incontestable ; mais précisément en présence de ces résultats, nous ne craignons pas d'affirmer que l'ouvre des smala, intelligemment conduite, doit en produire de plus nombreux, de plus importants, de plus immédiatement visibles surtout.
Le choix d'un capitaine commandant est donc une chose extrêmement grave, et ce qui ne l'est pas moins, ce serait de le maintenir longtemps, toujours mime, si c'était possible, à son poste. L'œuvre alors se développerait, marcherait avec ensemble, sans tiraillements, sous l'égide d'une autorité constamment la même, poursuivant la réalisation d'une même idée. Une volonté aussi forte que prudente aplanirait insensiblement ces âpres montagnes de l'esprit indigène, sur lesquelles trop souvent notre semence s'est desséchée et a péri, comblerait lei ravins désolés du cœur de l'Arabe, où le soleil du progrès a peine à luire ; et l'on verrait un spectacle magnifique, digne récompense de tant de peines et de fatigues, le flot majestueux de la civilisation envahissant toutes ces intelligences devenues dociles.
EUGÉNE DE MONGLAVE.
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CUISINE
PNHA N° 188, Septembre 2010
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Poivrons farcis aux anchois
Préparation : 15 minutes
Cuisson : 20 minutes
Ingrédients :
6 poivrons verts ou rouges,
125g d'olives noires,
6 filets d'anchois.
1 citron,
1dl d'huile d'olive soit 1 verre à thé,
poivre, sel.
Préparation :
Griller les poivrons, les peler et les épépiner. Les fendre sur le côté et y introduire un filet d'anchois et des olives hachées noires.
Refermer. Arroser les poivrons d'une vinaigrette préparée avec le citron, l'huile et le sel.
à Noter :
D'une manière différente, commencer par préparer la farce, ajouter une poignée de riz (facultatif) et remplir les poivrons avec celle-ci, pour finir les passer au four une trentaine de minutes
Beignets de semoule
Préparation : 10 minutes
Cuisson : 10 minutes
Ingrédients :
4 œufs,
1 paquet de levure,
25g d'amandes en poudre,
de la grosse semoule,
de l'huile pour friture,
1 bol de miel,
2cl d'eau de fleur d'oranger ou une goutte d'essence de rose.
Préparation :
Commencer par battre de façon énergique les œufs et la levure pendant au moins 5 minutes.
Ajouter la poudre d'amandes ainsi que la semoule pour avoir une belle pâte à crêpe épaisse. Ensuite prendre à l'aide d'une cuillère en bois des petits paquets de pâte et les verser dans l'huile bien chaude.
Égoutter, puis tremper les beignets dans le miel fondu et parfumé selon le goûts avec de l'eau de fleur d'oranger ou de l'essence de rose. Délicieux !!!
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PHOTOS D'ECOLE BÔNE
Envoyé par M. Incognito
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ECOLE Champ de Mars 1952-1953
1 Nicole Cane ; 2 ? ; 3 ? ; 4 ? ;
5 ? ; 6 Charlette Gabrielli ; 7 Annie Longo ; 8 ? ; 9 ?; 10 ? ;
11 Annie Cane ; 12 Claude Gerbaulet ; 13 ? ; 14 Evelyne Laforge ; 15 ? ; 16 ? ; 17 ? ; 18 Anne Fiteni ; 19 ?; 20 ? ; 21 ? ;
Est-ce que quelqu'un peut ajouter des noms à cette photo ?
Si OUI, contacter le webmaster, SVP, d'avance merci.
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« Piqûre de rappel »
LA GRANDE POSTE D’ORAN
Envoyé par M. Alain Algudo
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5 JUILLET 1962
Il est 11h30. Le soleil règne sur la place de la Grande Poste. Une légère brise marine empêche encore la grosse chaleur de dominer l’atmosphère.
Brusquement, alors qu’un silence lourd, compact, inhumain, vient de s’établir pour une seconde, un immense tapage, comme un brusque coup de tonnerre, déclenche l’enfer sur le centre ville.
Plus de klaxons, plus de voitures, de vélos, de poussettes, un ouragan recouvre tous les bruits.
Des rues adjacentes, de la place, de partout, des femmes, des vieillards, des enfants, des hommes de tous âges, se mettent à courir de tous les côtés, en tous sens, se croisent, se bousculent, paraissant agir comme des déments.
Déjà le sang est omniprésent, il gicle des gorges ouvertes, des poitrines, des bras, des jambes, des visages défigurés. De profondes blessures transforment les êtres humains en mannequins rouges.
La foule, dense à cette heure, se rue vers la Grande Poste, espérant y trouver un quelconque salut. Les employés n’ont guère le temps de fermer les lourdes portes d’entrée, les tueurs sont déjà mêlés aux victimes.
Tous pénètrent comme des bolides dans le hall. En un instant, il n’y a plus d’employés des Postes, plus de visiteurs, plus de clients. Ce n’est qu’un grand troupeau poursuivi par des hordes de bouchers hurlant, fous de rage et massacrant tout être vivant !
Le sang est partout. Il recouvre les comptoirs, les tables, les tableaux, les vitres. Il coule à flots. Les postiers, mêlés aux clients, tentent en vain d’échapper à l’holocauste débutant.
Les clients, d’abord, sont abattus, malgré leurs hurlements de douleur et de terreur, leurs supplications. Les femmes ont les seins coupés, puis sont achevées. On leur arrache les yeux, le nez. Les visages ne sont plus, bientôt, que bouillies sanglantes…
Après les clients, les fonctionnaires des deux sexes, par centaines, sont achevés de la même manière. Beaucoup tentent de survivre, aveuglés par leur sang, ils courent dans les couloirs, les toilettes, les moindre recoins … Ils sont tous tués !
Un homme a tout vu, il a compris que son heure était venue. Il est préposé à la radio, tout en haut de l’édifice :
IL ENVOIE IMMÉDIATEMENT DES S.O.S. AU MONDE ENTIER. Le bruit du massacre lui parvient de plus en plus fort. Il déverse dans l’unique escalier de fer, seul moyen de l’atteindre, le contenu de tous les extincteurs d’incendie qu’il détient. IL SAIT QU’IL A PEU DE TEMPS POUR ALERTER LES AUTORITÉS COMPÉTENTES et reculer ainsi, le plus possible, l’échéance atroce qui l’attend.
Sa longue agonie commence ! Il appelle à l’aide la police, l’Armée, les Autorités navales de Mers-el-Kébir, les journalistes du monde… Par tous les moyens, il essaie de faire comprendre la situation dans laquelle se trouve Oran.
Il hurle au monde entier ce qui se passe à Oran, il hurle que l’enfer s’y est déchaîné, qu’une ville entière sombre dans la folie ! Aucune réponse. Les ordres venus de l’Autorité supérieure française « Ne rien faire quoi qu’il se passe » seront appliqués * !...
Les assassins, au pied de l’escalier, hurlent de rage et essaient, en vain, de monter les marches… Pendant longtemps, ils piétineront et se bousculeront avant d’y arriver…
Alors, lentement, l’homme comprend que tout est fini, que le monde entier, ce monde dit civilisé, abandonne à un sort atroce toute une population dont le seul crime est d’être française. Il persiste pourtant à appeler sans cesse AU SECOURS !
Rien… Seul le silence… Un silence de mort …Pas une seule réponse ! Un silence qui le condamne à mort, après la multitude déjà sacrifiée, par l’obéissance aveugle à des ordres criminels, au nom d’une prétendue discipline militaire qui, à ce niveau, n’est plus qu’une complicité avec des assassins !
D’un instant à l’autre, sa porte sera abattue. Il prie. C’est un croyant. Il revoit sa chère chapelle du Saint Esprit, de l’autre côté de la place où il allait si souvent prier avec sa famille…
La porte s’abat avec fracas, l’escalier vient d’être franchi. En un instant, il n’est plus qu’une boule de chair et d’os… Ce nouveau martyr, dernier fonctionnaire des Postes d’Oran, se nommait M. Brosse. Ce sacrifié là fut, comme des milliers de Français d’Oran, livrés à une barbarie sans nom le 5 juillet 1962. POURQUOI ?
Deux jours après que l’indépendance de l’Algérie soit déclarée par Charles De Gaulle ! Qui portera, dans l’Histoire, la responsabilité d’avoir donné, ou d’avoir fait appliquer les ordres criminels de non-intervention, bien que sachant parfaitement ce qui allait se passer, et s’est bel et bien passé !
L’Histoire est têtue comme l’est aussi LA VÉRITÉ. Elles doivent tout remettre en place !
SI LA JUSTICE EXISTE, IL FAUT QUE CETTE ABOMINATION SOIT RECONNUE ET EXPIÉE !
Témoignage retrouvé et transmis par Alain ALGUDO
Nous possédons une Attestation sur l’honneur du témoignage Lieutenant Colonel Robert FOURCADE, Officier de l’Ordre National du Mérite à titre militaire à qui le Général KATZ a déclaré : « Le 5 juillet 1962, j’ai été mis au courant dont étaient victimes un grand nombre de citoyen Français d’Oran : J’ai téléphoné personnellement au Général DE GAULLE pour lui rendre compte de ces assassinats et pour lui demander si je pouvais faire intervenir les troupes placées sous mon commandement afin de rétablir l’ordre dans la ville. Le Chef de l’État m’a répondu simplement : « SURTOUT NE BOUGEZ PAS ! » Et une fois de plus j’ai obéi. »
• Le Comité VERITAS a alors entamé, contre le général Katz, une procédure judiciaire pour OBÉISSANCE A DES ORDRES CRIMINELS. Malheureusement Katz est décédé pendant la procédure !
• Charles De Gaulle, donneur de cet ordre criminel, alors qu’à Oran se trouvaient 22.000 soldats français consignés dans leurs casernes dont la seule présence aurait empêché les massacres, serait-il considéré, comme RESPONSABLE, MAIS PAS COUPABLE ???
Et pourtant voilà ce qu’avait déclaré DE GAULLE lors de son discours à ORAN le 7 juin 1958 :
« OUI, OUI, oui, La France est ici pour toujours, elle est ici avec sa vocation millénaire qui s’exprime aujourd’hui en trois mot : Liberté, Égalité Fraternité….Vive ORAN, ville que j’aime et que je salue, bonne, chère, grande ville d’ORAN, grande ville Française. »
• Extrait des déclarations, entre autres, de Charles De Gaulle :
• « Moi vivant, jamais le drapeau du FLN ne flottera sur Alger ! »
« Je ne livrerai jamais l’Algérie au FLN, cette clique de gens qui n’existent pas,
et qui sont incapables de se gouverner »
Puis, le 3 juillet, dans ses félicitations à l’état algérien :
« Cette indépendance nous l’avons voulue et aidée ! »
Cerise sur le gâteau, définition du Gaullisme par Michèle Alliot Marie :
« Le Gaullisme, ça n’est pas la détestation de l’autre, au contraire, c’est la main tendue à l’autre »
Vous apprécierez !!
En souvenir de la petite Myrthille DUBREUI qui, ce 5 juillet a perdu 14 membres de sa famille !
Alain ALGUDO ex Président fondateur Comités de Défense des Français d’Algérie
ex Vice Président du Comité et de la revue VERITAS VERITAS
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Un simple petit bouquet
Ce 5 juillet 2017 un soleil éclatant éclaire notre stèle décorée aux couleurs Nationale.
Ce temps resplendissant n'est pas sans rappeler celui où régna en 1962 à ORAN, le plus grand massacre de la guerre d'Algérie.
Ce fut ce 5 juillet une cérémonie émouvante devant notre magnifique monument à la gloire de nos martyrs combattants de l'Algérie Française et des innocentes victimes immolées par la seule volonté d'un monstre d'une cruauté cynique.
Les gerbes du Conseil Municipal de Béziers, de Madame le Député Emmanuelle MENARD, du collectif des Associations du Grand biterrois, des Associations VERITAS/CDFA, des Amis des victimes de l'Algérie Française, décorèrent notre lieu de recueillement.
Retourné le lendemain pour rendre hommage à Roger DEGUELDRE dont c'était l'anniversaire de son assassinat par les sbires à DE GAULLE, je trouvais parmi les gerbes un simple petit bouquet avec une carte de visite agrafée où on pouvait lire :
« En souvenir des 7 membres de ma famille disparus le 5 juillet 1962 à Oran. »
Signé Colette ARNARDI.
Pour moi ce fut un choc car il me rappelait la petite myrtille DUBREUIL, encore de ce monde, qui ce jour-là perdit 14 membres de sa famille, son père parti à leur recherche ramena sa jeune nièce les deux jambes coupées à la hache qui survécut et mourut de ses blessures en France après de multiples opérations.
Comment alors peut-on encore rester insensible à de tels drames, comment pouvons-nous ne pas mettre toutes nos forces, nos convictions, notre honneur, en deux mots « nos tripes » à faire rendre justice à ces victimes et à leurs familles ?
Comment peut-on pour des raisons de mercantilisme et de préséances abandonner en route cette volonté qui devrait animer chacun d'entre nous vers ce but de justice et de vérité ?
Comment peut-on, comme certains des nôtre le font, dénigrer notre ultime tentative de faire dénoncer officiellement ces crimes contre l'humanité, avançant comme argument un suicide financier ? Ont-ils pensé une seule fois aux deniers liés à leur carrière ceux qui, pour nous, ont fait tous les sacrifices en restant droit dans leurs bottes de la parole donnée ?
Car c'est bien de cela dont il s'agit et, comble de l'horreur, quand nous savons, preuves à l'appui que la complicité avec les égorgeurs est avérée, et que le crime a été dénoncé par une des plus éminentes personnalités de l'histoire de France, Madame Simone VEIL. Et là, merci à notre Ami et compatriote Louis ALBERTELLI d'avoir rappelé ces accusations mettant ainsi une autre pièce majeure au dossier du combat pour l'honneur que nous menons, envers et contre les prophètes de notre défaite.
Pour information à nos abonnés, sachez que l'Association Comités de Défense des Français d'Algérie et des Agriculteurs Expatriés, vient de décider en Assemblée Générale de mettre sa trésorerie à la disposition du procès que nous menons contre l’État Français.
Puisse ce geste fort faire prendre conscience que l'honneur ne se marchande pas et que ceux qui nous regardent d'outre-tombe ne comprennent pas les considérations partisanes qui motivent l'abandon de la reconnaissance que nous leur devons, ne serait-ce que pour l'honneur.
Oui, en ces journées des 5 et 6 juillet, la ville de Béziers et nos fidèles Associations ont encore honoré les victimes du génocide avéré d'une population innocente et d'un lâche assassinat-massacre d'un héros de l'Algérie Française : Roger DEGUELDRE.
A ces deux journées symboliques honorées par ceux qui n'oublient pas, à ceux pour qui notre ultime combat n'est pas une utopie et qui nous aident en refusant un renoncement à la parole donnée, nous dédions symboliquement, en souvenir de ces martyrs, ce..
« Simple petit bouquet »
Alain ALGUDO
6 juillet 2026
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| BOUCHEMENTS
De Jacques Grieu
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La bouche est expressive et trahit nos soucis :
Quand la bouche est tordue, la pensée l’est aussi.
La bouche sourit mal quand les yeux sont en pleurs ;
Vérité n’a de prix qu’en bouche de menteur.
Nous n’avons qu’une bouche mais le double d’oreilles :
C’est pour dire moitié de ce qu’elles éveillent.
Un met trop succulent met trop de mots en bouche…
Dans une bouche close, il n’entre pas de mouche !
De bouches louangeuses il sort beaucoup de miel,
Mais il faut s’en méfier car leur cœur est de fiel ;
Les bouches de métro paraissent accueillantes,
Et les bouches d’égoût pas vraiment répugnantes…
Les mots sortis des bouches, à vous ils ne sont plus :
Ils sont à tout le monde et vont courir les rues.
Qui veut voyager loin, bouche ménagera.
Motus, bouche cousue, évitent les tracas.
Parler la bouche pleine est preuve de sans-gêne,
Sauf pour les ventriloques et Monsieur Démosthène.
L’or que votre dentiste a mis dans votre bouche,
Tombe aussi dans sa poche ; il n’y a rien de louche…
Souvent la bouche accuse et le cœur, lui, absout
Et des mots de la bouche il méprise les coups.
La bouche du canon à certains fait moins peur
Que la bouche qui médit sentant le délateur.
Beaucoup, n’ouvrent la bouche en béant, extasiés,
Que pour la réouvrir pour bailler, fatigués.
Quand c’est fort mal élevé de roter bouche pleine,
On fait la fine bouche, indiquant de la gêne.
Le meilleur des média est le bouche à oreille
Et sa rapidité, toujours, nous émerveille.
Je ne veux pourtant pas en remettre une couche,
Et garde ce vers-là pour faire la bonne bouche…
Jacques Grieu
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Le général Franco et les Pieds-Noirs
Par José CASTANO - juillet 2026
Une page méconnue de notre histoire…
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Oran, le dernier embarquement
(Les ferries de l'espérance)
« À tous ceux qui ont quitté leur terre sans jamais cesser de l'aimer,
et à ceux qui ne sont jamais revenus. »
Les derniers jours de juin 1962 demeurent gravés dans la mémoire de nombreux Français d'Algérie comme l'un des épisodes les plus douloureux de leur exode.
À Oran, les quais étaient devenus le refuge d'une foule épuisée : des familles entières, des vieillards, des femmes, des enfants, des hommes qui ne demandaient plus qu'une chose, quitter une terre où ils étaient nés et qu'ils aimaient, pour sauver leur vie. Sous un soleil de plomb, ils attendaient depuis des jours un embarquement incertain, abandonnés à l'angoisse, sans assistance, tandis que la violence gagnait chaque heure davantage et se rapprochait, menaçante, des grilles du port.
C'est dans ces circonstances que, les 29 et 30 juin 1962, l'Espagne du général Franco envoya deux ferries, le Victoria et le Virgen de África, afin d'évacuer une partie de ces réfugiés… que les autorités françaises refusaient de voir partir.
La situation devenant alarmante, Franco prévint de Gaulle qu'il était prêt à l'affrontement militaire pour sauver ces pauvres gens sans défense abandonnés sur les quais d'Oran et menacés d’être exécutés à tout moment par les milices du FLN. Joignant le geste à la parole, il ordonna à son aviation et sa marine de guerre de faire immédiatement route vers Oran.
Afin d’éviter un grave incident diplomatique, l'autorisation d'accoster fut, enfin, accordée et le 30 juin, à 13h, les deux bâtiments accédèrent aux quais d’embarquement. À leur bord montèrent, épuisés, hagards, près de 2 200 passagers. Pour beaucoup, ils n'emportaient avec eux qu'une valise, quelques souvenirs... et toute une vie brutalement abandonnée derrière eux.
Lors de l'embarquement, les tensions ne cessèrent pas. Les capitaines espagnols s'opposèrent à l'intervention des autorités françaises qui désiraient contrôler les passagers à bord dans le but d’interpeller les membres de l’OAS fichés. Plus tard, ils diront n'avoir jamais compris cette détermination froide, dénuée de toute compassion, face à une tragédie humaine qui exigeait avant tout de secourir des civils en détresse relevant de la plus élémentaire « assistance à personne en danger de mort » …
Enfin, à 15h30, les amarres furent larguées et les bateaux espagnols prirent enfin la mer à destination du port d’Alicante.
Lentement, les quais d'Oran, noirs de monde quelques heures auparavant, s'éloignèrent. Derrière les navires disparaissait une terre natale que beaucoup savaient ne jamais revoir.
Sur le pont, nul ne parlait beaucoup. Les regards restaient tournés vers cette côte qui s'effaçait dans la lumière. Les larmes coulaient en silence. C'étaient des larmes de peur, de deuil, d'arrachement... mais aussi de soulagement et de gratitude. Le pire avait été évité in extremis.
Lorsque apparurent les côtes espagnoles, une émotion indescriptible, une liesse bienfaisante envahirent les passagers qui tombèrent dans les bras les uns des autres. Certains pleuraient sans pouvoir retenir leurs sanglots. Puis les cris fusèrent alors : « Viva España ! » … « Viva Franco ! ». Au-delà de toute considération politique, ces exclamations traduisaient, pour ceux qui venaient d'échapper au chaos et à une fin tragique, une profonde reconnaissance envers le pays qui leur ouvrait ses portes au moment où ils se croyaient abandonnés.
Ce souvenir ne les quittera jamais.
José CASTANO
De profundis :
À la mémoire de Jean Lopez, coiffeur à Aïn-el-Turck, près d'Oran, qui devait assurer mon embarquement et mon accompagnement jusqu'en métropole. J'avais quinze ans.
Au port d'Oran, Jean fut enlevé par des auxiliaires de police du FLN (ATO).
Il ne revint jamais.
En dédiant ces lignes à son souvenir, je pense aussi à son épouse et à ses deux filles, auxquelles j'adresse, aujourd'hui encore, toute mon affection.
Parce que les années passent...
Parce que les témoins disparaissent...
Mais parce que la mémoire, elle, demeure.
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Cette phrase-là, je ne veux plus l’entendre…
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À la fin de l’une de mes conférences, cette femme s’est approchée de moi et m’a dit : « Mon fils Alain est parti en Algérie pour vous défendre et il est mort en février 1961. »
Cette phrase-là, je ne veux plus l’entendre. Le fils de cette femme n’est pas parti en Algérie pour NOUS défendre mais pour défendre la France. Il n’est pas mort pour NOUS, il est mort pour la France.
Quand les Corps francs d’Afrique ont débarqué en Provence, quand les tirailleurs algériens ont libéré la Provence et Colmar, ce ne sont pas les Provençaux et les Alsaciens qu’ils venaient libérer, mais la France.
Ce n’est pas NOUS que les 400 000 appelés du contingent venaient défendre. Ce n’est pas pour NOUS que des milliers sont morts en Algérie. Jusqu’en 1959 ils sont morts pour défendre une terre française qui devait rester française, après cette date ils ont été sacrifiés pour une terre qui ne serait plus française, ils ont été « livrés » à l’ennemi par de Gaulle et sa politique. Ils se sont fait massacrer alors que les émissaires gaullistes « marchandaient » avec le FLN l’abandon de l’Algérie. Ils ont été sacrifiés comme l’ont été les harkis au nom de la grandeur gaullienne.
Chaque année est commémoré l’abandon de ces trois départements français qu’était l’Algérie. Beaucoup de choses se disent, s’écrivent, mais il est une priorité qui ne doit surtout jamais être occultée : la décision prise par le socialiste Guy Mollet d’envoyer le contingent en Algérie a été un acte criminel. Cette guerre devait rester une guerre de soldats de métier et non pas d’appelés novices. Cette guerre nous concernait et cette terre, c’était à nous de la défendre car c’était avant tout NOTRE terre. Jamais les Unités territoriales (UT) n’auraient dû être dissoutes mais au contraire notre mobilisation aurait dû être plus générale et plus active. Nous aurions dû garder les armes jusqu’au bout, jusqu’à la fin.
Je reste persuadé que, sans de Gaulle, une solution aurait pu être « négociée », avec ou sans la France, pour que nous restions « CHEZ NOUS » en Algérie et, que cela plaise ou non aux Algériens, ce pays ne s’en serait que mieux porté et serait aujourd’hui, comme l’avait prédit en 1956 un ministre syrien, l’équivalent d’un pays européen.
Mais il est non moins vrai que, tôt ou tard, ce serait produit « l’apartheid » tout comme en Afrique du Sud.
Une occasion historique a été manquée à l’époque et on ne peut réécrire l’histoire mais que le Gouvernement algérien et son Président actuel ne profitent pas de la lâcheté de notre Président et de son Gouvernement pour hausser le ton. Un « bémol » serait davantage de circonstances car dès 2027 la « donne » pourrait changer.
À bon entendeur, salut !
Manuel Gomez
30 juin 2026
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SALAOUETCHES
Envoyé par M. J.C. Gatto
Mai 2013 pages 27-43
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APERITIF
AU TANTONVILLE
OU HISTOIRE D'UN SYNDICAT
PAUL ACHARD chez Balland
- Ciri, M'siou ?
Le jeune décrotteur tourne autour de l'homme de Boufarik, gauchement planté sur ses grandes jambes perdues dans les tire-bouchons du large pantalon de drap noir ; le « blédard », clignant les yeux sous le vaste feutre qui couvre d'ombre sa figure tannée par le soleil de la Mitidja, cherche une place à la terrasse du Café Tantonville, où les complets de coutil, de tussor et d'alpaga, se mêlent aux uniformes d'été et aux toilettes claires ; çà et là, comme une tache de sang gravée en chevron moiré sur une poitrine surchargée de broderies d'or, une cravate de commandeur, obtenue ou gagnée, tranche, par sa teinte éclatante, sur la soie immaculée d'un riche burnous, au milieu d'un flot de laines au parfum puissant.
Une forte odeur d'anis monte aux narines, elle s'exhale de cent « cafés », se répand sur la place Bresson, sur toutes les places, passe les rampes du Boulevard qui domine le port incendié de soleil, gagne la mer dont le miroitement, comparable à celui d'un métal en fusion, repousse tout regard ; le parfum envahit la colline aux mille terrasses surchauffées par la canicule, s'engouffre dans les rues, flue des venelles, reflue aux impasses, s'élance, tourbillonne, vole et plane sur toute la ville. Alger n'est qu'une immense anisette.
A la fraîcheur diffusée par la circulation des carafes frappées et des seaux ruisselants d'une sueur froide, s'ajoute celle de la chaussée sans cesse arrosée par d'antiques tonneaux de zinc, montés sur roues et pis¬sant l'eau avec parcimonie, au pas lent des rosses assoiffées dont le regard désespéré luit dans le clair-obscur des œillères écornées, couvertes de mouches.
Midi sonne à l'église Saint-Augustin. La sirène d'un remorqueur annonce l'heure ; un pavillon est hissé au mât de l'Amirauté. Et le garçon, montrant, d'un coup d'œil furtif, l'horloge du refuge, au pied de laquelle un marchand de crème glacée s'évente avec l'une de ses savates, dit au client occasionnel, en esquissant un geste d'impuissance :
- C'est complet.
Dans le secret espoir de piquer l'amour-propre du gérant qui passe, affairé, le colon, d'un brusque mouvement de sa main brune et calleuse, tire pour l'enfoncer sur son crâne têtu, en matière de bravade, le large bord du haut chapeau qui le coiffe. Grave indice, car ce chapeau, l'homme le place sur sa tête tel qu'on le lui a remis dans la boutique le jour où il l'a acheté ; tel il le garde dans le fond d'une armoire de bois blanc, entre deux fusils de chasse et une paire de pistolets d'arçon, hérités du grand-père maternel, maréchal des logis du Train pendant la conquête ; tel il le portera jusqu'à la fin de ses jours lorsqu'il le mettra, c'est-à-dire chaque fois qu'il viendra à Alger ; tel quel, ainsi qu'un képi, tout raide, sans pli, sans une fente, sans un coup de poing, intact, tel qu'il est sorti de la boîte du chapelier. C'est sa façon à lui de porter un uniforme et l'on reconnaît entre mille l'homme « de l'intérieur », à son chapeau posé à la façon d'un casque ou d'un pot, sans le discuter, tout droit, comme ça, en fer. Alors, vous pensez, quand il y touche, le grand bougre, c'est qu'il n'est pas dans son état normal. Aussi son geste frondeur s'accompagne-t-il d'une boutade qui voudrait être goguenarde :
- Tant pis, j'irai en face, bougonne cet homme, d'ordinaire timide et taciturne.
Mais aussitôt l'énormité de cette menace lui apparaît : aller en face, c'est déroger, c'est se déclasser, c'est laisser croire qu'on n'a pas les trente hectares de vignes alignées au poil et qui donnent un vin aussi blond que les longues moustaches de ce fils d'un déporté de Lambèse, qui, pour l'heure, vient de toucher à la Banque de l'Algérie, une valeur de sept mille francs : une fortune. Aller en face, c'est se priver du droit et de l'orgueil de dire au retour : « Bien entendu, j'ai pris l'apéritif au Tantonville. Il y avait tout Alger. »
Le Tantonville, c'est l'âme d'Alger, une âme coloniale, héroïque ; c'est un bout d'Histoire, anisée et sanguinaire. Cinq cents mètres plus haut, à vol d'oiseau, les chaouchs des geôles de Khair-Eddine immolaient les chrétiens ; cinq cents mètres plus bas, les artilleurs espagnols du Penon mitraillaient les fils de l'Islam ; au milieu se tient la vertu : ici même, les deux anciens ennemis héréditaires se sont trouvés d'accord pour tomber sur les juifs. Le Tantonville, café symbolique, a connu les gloires de l'armée, de la marine, des lettres, des arts, des sciences, des affaires et de la politique, attablées devant l'aguardiente devenue natio¬nale. Café de plume et d'épée, il retentit longtemps du bruit des claques, au temps des absinthes remuées du bout des cannes, il fut le témoin de défis sportifs, de cartels lancés, relevés ou tombés en carence, de duels manqués, de mariages ratés, de scènes patriotiques et de menaces de mort ; il enregistra les provocations de Max Régis, les sarcasmes de Laberdesque bravant Régis ou se livrant à des démonstrations de force dignes de la parade foraine et du temps fabuleux des mousquetaires ; il résonna des pétarades du revolver de Le Talhouidec, Breton bretonnant défendant des Bretons moins authentiques que lui. Mondains, bretteurs, fiers-à-bras en tenue ou en civil, défricheurs d'empires et marchands d'œufs en gros usèrent de leurs culottes de peau et de leurs amples sarouels aux mille plis, des chaises que toute la « province » des trois départements, tout « l'intérieur », depuis les portes Bab-Azoun jusqu'à celles du Sahara, considérait un peu comme des pièces de musée.
Tout ce noble passé, en bouffées de gloire, remonte au cerveau du colon altéré d'honneur et de pernod, roule avec un fracas d'escadron dans cette tête de bois sonore et vide à l'heure apéritive, encore toute pleine de souvenirs chevaleresques. Alors, si c'était pour aller boire en face, ce n'était pas la peine, assurément, d'avoir acheté des cigarettes toutes faites, chaussé les souliers jaunes aux pointes carrées, nouvelle création de la mode, arboré la grosse chaîne de montre à franges, des grands jours, qui barre d'une traînée d'or pâle le noir du gilet, étrenné la cravate neuve, couleur arc-en-ciel, sacrifié la chemise blanche dont le col rigide emprisonne le cou sec, musculeux, ridé, sillonné, raviné comme la terre de là-bas dont il a la couleur, ce cou brûlé le long duquel monte et descend sans arrêt une pomme d'Adam proéminente, qui donne l'impression du mouvement perpétuel. Non ! Il crèvera sur place s'il le faut, en plein soleil, mais il ne bougera pas.
Tout cela, le jeune décrotteur, psychologue et d'une rare précocité, le sait fort bien. Il connaît comme pas un la mentalité du Frankaouï et surtout du blédard, puisqu'il en vit. Aussi réitère-t-il son invite en l'accompagnant d'une mimique expressive, privilège d'une mobilité de traits vraiment surprenante, mettant en jeu les prunelles, les sourcils, le nez, les oreilles et surtout la bouche qui semble tour à tour cousue ou fendue par un rire en tranche de melon blanc, selon que les lèvres violettes se nouent ou se dénouent sur le clavier d'émail, à la façon des cordons d'une bourse.
- Ciri, M'siou ? suggère la voix plus pressante du petit Bédouin.
De toute sa hauteur d'ancien cuirassier, le soldat-laboureur de Boufarik laisse tomber un regard olympien sur la petite chose accroupie à ses pieds : ce gamin, ce vaurien, ce grain de poussière, c'est le prétexte pour ne pas quitter les lieux, pour ne pas traverser la place, quinaud, bredouille, devant tout le monde. Pour tenir, coûte que coûte. Au prix même d'une hérésie, car l'on n'a pas idée de faire cirer des souliers qui sortent de l'éventaire, alors qu'il n'y a pas un gramme de boue à vingt lieues à la ronde depuis trois mois ; même pour un sou, c'est payer cher le droit de passer pour un fou ou un mégalomane. Aussi, afin de gagner du temps, on cause.
- Ciri, M'siou ? répète la voix obsédante du noiraud.
- D'où t'es, Ahmed ? de Biskra ?
- De Fornassoulail.
- De Fort-National ? Ah ! En Kabylie ? Oui, oui... Enta Kabylie ? Tiens, tiens ! Moi connaître Michelet.
Le cireur se fout de Michelet comme de l'an quarante. Au moins autant que de Palestro et de Tizi-Ouzou, autres perles de l'ancienne Numidie occidentale ; mais il feint de prendre un plaisir extrême à cette révélation ; il l'exprime par un « Anhhaanh ! » prolongé. Ce qui permet à l'Alsacien d'évoquer mentalement, par une série de « oui » de tons différents, des souvenirs qui n'ont d'autre intérêt que de faire durer l'entretien. C'est le moment que choisit le malin cireur pour faire scintiller les facettes de son esprit mercantile :
- Alli, pisque ti connis Micheli, fis-toi ciri... Comme la glace di Paris, hakk Rebbi ; chou f : boîte di cirage neuve ; ti en as l'picelage, alli, M'siou...
Il se tortille comme un ver. Déjà sa main sale s'avance vers le quarante-cinq à bout Carnot, qui semble tout juste fait pour être flanqué au derrière des yaouleds trop crampons ; un rapide geste de singe fait jaillir de la caisse quatre brosses et une lanière de velours, dérobée à la devanture du « Gaspillage ». Le sort en est jeté ; le colon est perdu ; le moment est venu de prendre une ferme décision.
A vingt pas de là, au bas des marches du Théâtre Municipal, un groupe de jeunes vauriens surveille le manège. Fraîchement descendus de la prison de Barberousse où ils purgeaient des peines légères, Mangiapano Salvator, dit « Girond » à cause qu'il a les « yeux de sa mère », Bastelica Virgile, dit « Kaïdar » en raison de son air chevalin, et Costaramone Baptistin, de Marseille, dit « Fartass » parce que son front commence à se dégarnir, trois drôles de lascars, reviennent d'une « virée de bonneteau » menée entre la caserne du 1er Zouaves et le Pavillon du Coup d'Eventail, sur une route souvent fréquentée par les touristes. La recette a été fructueuse ; aussi a-t-il été décidé qu'on va « faire cassouela ». Mais déjà la répartition des espèces sonnantes et trébuchantes s'est modifiée à la suite d'une sévère partie : on a joué aux sous devant la porte de l'entrée des artistes, au bas de la rampe à trompe-couillons qui descend du marché de la Lyre ; on a d'abord joué à la raie, puis à pile ou face, enfin à « parès ou nonès ». « Girond » a gagné, « Fartass » est quitte ; « Kaïdar » a perdu, et c'est avec un frémissement d'impatience qu'il désigne de sa main tatouée l'entreprenant décrotteur :
- Régarre-moi ça, dais ! (dis) ti as pas vu ce p'tit maq'reau de battaïni il va lui mettre à ce grand babaô qui vient de la campagne que sûr et certain il débarque de Sidi-ben-Atchoum ; j'veux pas voir ça, moi, la honte il me vient d'êt' Français.
D'une pichenette il a renvoyé en arrière son chapeau « à la chiqueur », il balance sa longue tête de mulet et parle entre ses dents :
- Manco je sais qu'est-ce que c'est qu'y me tient d'aller li fout' une callbote
- Laisse, va, Virgile, tu vas pas lui casser le travail, tout l'monde y faut qu'y mange, même les Bicots, conseille « Fartass », optimiste.
- Allez, allez, tu fais pas l'escanlade, renchérit « Girond », qui, ayant tout à craindre d'une bagarre, tient à conserver l'argent gagné.
Trop tard. Les avis de la raison et de la sagesse demeurent lettre morte auprès de Kaïdar qui se détache du groupe.
- Allez ! venez, on va rigoler.
Les deux autres lui emboîtent le pas. Le trio, les mains dans les poches des pantalons de flanelle crème, marche les pieds en dedans, compte les pas comme pour ne pas abîmer ses fines bottines à trois couleurs, traverse la rue, d'un air détaché, non sans rouler les épaules, par principe et par habitude. Sans se consulter, d'un simple regard échangé entre eux, les trois irréguliers ont convenu d'un scénario mystérieux mais précis, qui va se dérouler sans accroc. « Girond », le plus prudent, tournant dans tous les sens sa figure pâle, d'un petit mouvement souple de son cou blanc, exempt de col, regarde s'il n'y a pas d'agent à l'horizon. Rien. Le compte du décrotteur semble réglé : l'homme de Boufarik, poussant un gros soupir, va faire le sacrifice d'un de ces « bouts Carnot » qui le blessent au gros orteil, lorsque, tout à coup, un événement imprévu détourne le cours du destin.
Une voix fraîche et joyeuse, grasseyante, comme celle d'un titi, une voix maugrebine encanaillée par un accent de Paris à tout casser, lance aux quatre coins de la terrasse le boniment bien connu, déjà célèbre :
- Le Ri-re, le Souri-re, le Tutu, l'Indiscret, le Fris-son, l'A-a-a-mour ! ... Fé-é-é-mina ! .
Débouchant des arcades obscures, c'est Bitikhha, le marchand de journaux, joli gamin à l'œil malicieux et dont le génie commercial a causé la ruine de bien des concurrents. Bitikhha est une figure algéroise, un enfant gâté. Ses clients, surtout les étudiants, lui ont appris des mots « difficiles », dont certains fleurent l'Ecole de Médecine à plein nez. Il les crie à la volée, au petit bonheur, à gorge déployée :
- Fé-é-é-mina! Odor di fé-é-é-mina!... L'a-a-amour! Achetez-moi quéqu'soje di frigorifique, contradictoire et hé-morro-ï-dal!... C'est fa-meux! L'A-a-a-mour!... C'est pha-ra-mi-neux, fantastique, py-ra-mi-dal, outrancier, péristaltique, imaginaire et sper-ma-to-zu-ï-dal !
Une explication technique gueulée à tue-tête domine le concert de rires qui salue le bobard attendu chaque jour et qui fait partie de l'apéritif. Bitikhha s'applique à articuler, tout en vociférant ; il grimace, attentif à ne pas se tromper.
- Sper-ma-to-zu-ï-dal, c'est l'adjectif di sper-mato-zu-ï-de, sper-ma-to-zu-ï-de, c'est citt' microb' qui si trove dans la sperme, la sperme, c'est citt' liquide qui sort di phallis loukann y s'produit le coïïott'ment !
Ce ne sont que bouches hilares, sourires et gloussements étouffés sous des éventails parfumés ; petits et gros sous s'entassent dans la boîte que Bitikhha porte sur son ventre, en écharpe.
Ce n'est pas le moment de détourner l'attention lorsqu'une pareille vedette entre en scène. Nos trois compères se sont arrêtés et semblent prendre part à la gaîté générale, sans toutefois perdre de vue le numéro de charme qu'exécute le cireur. Quant à ce dernier, il voit ses chances diminuer du fait de la présence redoutable du marchand de journaux. Le viticulteur boufarikois, lui, a profité de l'heureux incident pour retirer son pied et s'avancer vers le crieur qui, pour la troisième fois, récite d'une voix tonitruante son précis physiologique. Le colon achète un illustré, deux illustrés, trois illustrés. Mais une étoile telle que Bitikhha ne s'attarde pas auprès d'un péquenaud du bled ; une belle dame l'appelle, il court vers elle, la chéchia en bataille, jouant de l'œil et de la dent. Pas un buveur ne se lève. L'homme de Boufarik rappelle le cireur :
- Vas-y ! ordonne-t-il simplement.
Un coup de brosse dure pour enlever la poussière théorique, un coup de brosse humide pour oindre le cuir rêche, un coup de brosse sèche pour polir, un coup de brosse soyeuse pour faire reluire, et toc, un coup sur la boîte ; c'est le signal traditionnel. Le colon le sait, il délivre son pied droit et donne son pied gauche.
« Pas si vite », ronchonne-t-il. Le décrotteur ralentit le mouvement. Mais Bitikhha est parti ; deux notables de la ville se lèvent lentement, leur table va être libre :
« Dépêche-toi donc, sacré lambin ! » grogne le colon. Le décrotteur ne cherche pas à comprendre à quels mobiles secrets obéit l'esprit versatile de son client ; depuis longtemps il a renoncé à saisir les contradictions de l'âme chrétienne.
« Un sou à toucher et barka, c'est tout ce qu'il voit. Mais il est en veine : c'est deux sous qu'il reçoit, car le vigneron, pressé de s'asseoir, n'a pas le temps de trier sa monnaie ; on le voit manœuvrer avec ses grandes jambes et ses longs bras pour atteindre la table convoitée. Du reste, sa personnalité, dès cet instant, passe au second plan, il ne sera plus qu'un long pernod qui s'attarde, une purée à répétition. Mais de nouveaux personnages ont pénétré dans le « champ » du cireur. Nos trois compères, soudain, se sont séparés. Tandis que Fartass feint de se laisser accaparer par l'attrait d'une conversation entamée avec un collègue, un plongeur qui est de repos, un d'Endoume, un insoumis qui se cache sous son sobriquet de « Laouère » bien mérité, car il louche, Kaïdar se plante sur le bord du trottoir et paraît absorbé par une préoccupation d'élégance inusitée : il se cure les ongles avec la pointe d'une « faca » berbère affutée comme un rasoir ;
« Girond », le moins voyant des trois, arrive, étonné, ébaubi, le faisant à « l'hiverneur » et près des stores, il interpelle le décrotteur, avec un fort accent anglais.
- Aoh ! volez-vô cirer moâ ?
Défiant par atavisme, le jeune indigène inspecte la coupe du veston serré aux hanches et du collant moulant la jambe. Par précaution « les beaux yeux à sa mère » a jeté un foulard soyeux autour de son cou d'éphèbe. Mais le petit bicot n'est pas dupe de cette ruse. « Un à ou f e », pense-t-il. Hélas ! déjà le pied, nerveux, impérieux et ravissant, se pose sur la caisse à cirage, pinçant un peu le pouce du décrotteur, pris par surprise sous la semelle fine.
- Aïe !... geint le moricaud.
Inutile de fuir, il faut cirer... Ce travail sera sans doute passé aux profits et pertes, sauf si une chance providentielle de rétablir l'équilibre survenait sous la forme d'autres Biskris toujours faciles à ameuter. Au reste, le colon a payé pour deux. Inch'Allah.
Toutefois, ne croyez pas que le jeune Kabyle consi¬dère la partie comme perdue pour lui. Il a plus d'un tour dans sa caisse : il use notamment d'un moyen souverain, qu'il réserve aux mauvais payeurs, ou simplement aux suspects : le premier soulier étant ciré, le chenapan lève la tête et lance un regard interrogatif. Si le sou ne tombe pas aussitôt dans sa main cirée, le décrotteur, d'un coup sec, tire sur sa boîte et s'enfuit à toutes jambes, emportant son matériel sous le bras et laissant son imprudent partenaire avec une seule chaussure propre ; puis, de loin, il le regarde, jouit de sa position ridicule exposée aux rires des badauds, toujours prêts à s'attrouper dans une ville où les trois quarts des habitants semblent n'avoir rien à faire.
Mais, cette fois, le cireur a affaire à forte partie. Le joli chiqueur connaît le truc. Il le prévoit ; il devance même le geste. Le dernier coup de fion n'est pas plutôt donné à l'une de ses bottines tricolores que, changeant de pied avec une vitesse qu'il n'a sûrement pas acquise à l'armée, il impose son autre petit pied cambré, en laissant tomber un sou, d'un geste hautain.
Le décrotteur est vaincu ; mais payé. Le match est terminé : il le croit du moins, car dans les vingt secondes qui précèdent la finition de la seconde chaussure du « Girond », les deux comparses de la beffa arrivent de deux directions opposées et s'approchent, chaloupant à qui mieux mieux. Inquiet, le petit bicot se presse, mais il plastronne pour dissimuler son anxiété :
- Ciri M'siou ? demande-t-il à Kaïdar.
- Cire mon zepp, répond Bastelica, qui ne mâche pas ses mots.
- Excusez-moi si je vous demande pardon, mais pourquoi vous êtes grossier comme ça avec cet Arabe ? observe doucement le Marseillais, en prenant l'accent de Paris et un ton des plus cérémonieux, nuancé toutefois d'une pointe de reproche.
- Ça vous régarre, à vous, d'abord, espèce d'étranger ? riposte Kaïdar, en se plantant, l'air provocant, à trois nez de Fartass.
- Allez, c'est pas la peine de se disputer pour se faire cirer, n'est-ce pas Ahmed ? observe gentiment Girond, avec un sourire de fille.
- Ti as raison, convient Kaïdar, et toi, châdi, ti as bientôt fini de le cirer à Monsieur ?
- Attends une minute, glapit le décrotteur qui a cru surprendre un clin d'œil au passage.
Tiens, j'attends ! s'écrie Virgile en envoyant dinguer d'un coup de pied, boîtes, brosses, chiffons et caisse sur la chaussée, en plein milieu d'un tas de crottin que piétinent avec résignation des chevaux de calèche, l’œil éteint, coiffés de petits chapeaux d'enfants, altérés et surtout fatigués de balancer vainement leurs organes pendants, ratatinés par le siroco.
- Lève-toi de là, dit Fartass au cireur.
En un clin d'œil, il l'écarte comme pour le venger et le mettre d'abord à l'abri des coups, mais en réalité il l'envoie sur une table chargée de pernods. Un bruit de jurons et de verres cassés accueille ce geste justicier que les consommateurs trouvent excessif. Dans le tumulte on entend :
- Imbécile !
- Toujours ces voyous !
- Naturellement, pas d'agent !
- C'est une honte !
- Oh ! ma robe !
- Sors-toi de là, sac à puces.
On perçoit les exclamations, les défis et les protestations des combattants.
- Bonne mère, ne séparez pas !
- Viens, la mort de tes morts !
- Prends pas le couteau, la figa de ta ouela.
Une bourrade, un coup de tête simulé, trois tables renversées, une masse roulante formée de trois corps faisant la bagarre « comme pour de vrai ». Les gens s'écartent. Le gérant accourt. Un garçon sauve les bouteilles, mais une voix coupante s'élève :
- C'est du chiqué ! Gare les poches !
C'est Monsieur de Saint-Martin, ce sacré Saint-Martin, comme on dit, un grand, fort digne, raide, l'œil torve et la lippe dédaigneuse, qui, déjà très saoul, mais infiniment distingué, se met aussitôt à juger le spectacle pugilistique en termes brefs aux syllabes gutturales, dans un arabe que sa parfaite connaissance des dialectes algériens lui permet d'employer en se jouant, performance qui stupéfie les trois caïds calés dans leurs fauteuils autour de la table voisine et qui, pareils à trois tas d'édredons surmontés de guennours monstrueux, sont capables de supporter sans transpirer quinze kilos de laine, de soie, de cuir, de haïk, de chamarrures et de corde de chameau.
On entend encore un « Mata la poulice ! » lancé d'une voix étouffée par un cocher, puis on assiste à une triple fuite vers la Marine, une course qui se donne les allures d'une poursuite, ponctuée par des injures abominables. On s'en amuserait enfin, lorsque, domi¬nant le hourvari, éclate une explosion de jurons :
- Sacré bon Dieu de nom d'une pipe de voleur de merde ! qui est-ce qui m'a barboté le billet de vingt francs que j'avais mis sur cette table pour payer ! rugit un colonel en retraite, dressé comme un arbre, furieux, cramoisi et toisant le garçon qui, à quatre pattes, cherche inutilement le fafiot envolé.
Un agent essoufflé accourt. La foule s'attroupe, commente, discute, rigole... Et déjà, on raconte l'histoire à la terrasse.
Depuis longtemps nos trois compères sont au port, c'est-à-dire introuvables, mais installés à boire, prêts à se disputer, tout à l'heure peut-être se battre. Quant au cireur, pleurnichant, barbouillé de larmes, de poussière et de morve, il englobe toute l'assistance dans une réprobation virulente, il crache en signe de mépris tout en s'éloignant du champ de bataille et, lorsqu'il est hors de portées des cannes et des siphons d'eau de Seltz, il entonne avec abondance et subtilité le mode de l'insulte, qu'une intarissable verve alimente durant dix minutes. Tous les ascendants des consommateurs y passent, jusqu'à la septième génération.
Attirés par les cris, d'autres décrotteurs accourus un à un des rues avoisinantes, se rassemblent face au Tantonville, forment un front menaçant d'où s'élève un concert d'injures rythmées par des gestes d'une indiscutable obscénité.
Il ne faut rien moins qu'une charge au pas gymnastique exécutée par l'agent, appuyé par une sortie du chasseur et du « pompier » de l'établissement, flanqués de l'homme de la plonge, pour disperser les cireurs, déployés maintenant en tirailleurs et réduits à l'invective individuelle, aussi longtemps qu'il y aura un buveur à la terrasse. Seule l'heure de la sieste apporte l'apaisement. Jusqu'à la prochaine fois...
Cela devait finir. Ces accidents du travail étaient trop fréquents et devenaient une entrave à l'exercice d'une profession utile, pittoresque, et honorable en soi. Bien des jours et des jours après cette époque barbare, des décrotteurs évolués jurèrent de se porter assistance et de faire cesser ces brimades qui avaient assez duré. Ils formèrent un syndicat ; et comme l'insigne de leur corporation restait la caisse à cirage (caisse, en arabe, se dit : senndouk), ils s'intitulèrent eux-mêmes « cireurs messendoukés » (participe passé d'un verbe fictif ayant pour racine senndek, d'où ils tirèrent également le mot Senndoucat, syndicat), ce qui eut le double avantage d'enrichir de vocables nouveaux et pleins d'astuce, le langage déjà riche des salaouetches, et de réparer officiellement une injustice flagrante en mettant fin, du moins en partie, à des pratiques regrettables autant que peu chrétiennes.
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LE 07 JUILLET 2026
Par Robert Charles PUIG,
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La date à retenir. Elle indique que la cour d'appel de Paris décidait que Marine Le Pen pouvait se présenter au mandat présidentiel à venir et aux deux tours des élections du 18 avril et du 02 mai 2027.
Ce même jour, n'avez-vous pas entendu comme un souffle de haine, de rage balayant la scène politique ? Ce 07 juillet va tout à coup exciter la nomenclatura politicienne de la droite molle, du centre avachi et de toute la gauche PS, PCT et LFI ! C'est l'hallali ! La charge fantastique des maldisants, des mous du slip ! A l'abordage contre Marine Le Pen ! " Peuple de gauche, proclament ils, souviens toi de sa condamnation, du trafic des finances de l'U.E.
Elle est de la droite qui fait peur " Ainsi, la propagande du mensonge et de l'abaissement de l'honneur du pays qui étouffent la France depuis 65 ans doit jouer son rôle de repoussoir à cette annonce ! Puis n'oublions pas son père, Jean-Marie Le Pen, de l'extrême droite !". Voilà les vomissements gauchistes que l'on va entendre tout au long de la campagne présidentielle, car pour la gauche et le centre mou qui ont fracturé, détruit la grandeur nationale et poussé le peuple français à l'abattoir depuis des décennies, la seule solution de ces politiciens fourbes, hypocrites et perfides c'est la soumission au nouveau monde, celui de la victimisation, de l'ouverture des frontières à l'étranger et d'une France perdue dans ce XXIe siècle de l'insécurité, des banlieues interdites à l'homme blanc parce que de plus en plus imprégnées du salafisme qui assassine.
Notons qu'Emmanuel Macron à toute sa place dans ce contexte anti France. Il aura tout fait pour que nous soyons les bourgeois de Calais, toujours une corde au cou !
Je regarde ce sac à merde et cette horde des malfaisants. Des politiciens, des journalistes progressistes ! Tous se ruent sur le FN en extrayant d'archives périmées les vieux thèmes le culpabilisant. Les vautours charognards veulent que le spectacle leur donne raison, à tout prix ! Pour cette raison, la propagande de gauche sortira quelques brulots qu'ils rongeront jusqu'à l'os, pour faire admettre leur point de vue qui a fait perdre son âme au pays depuis 1962. Ils sont vent debout ceux du bloque central, des gauches qui condamnent Marine Le Pen jugée certes, mais libre de ses décisions.
Rien ni fait. Ni le jugement, ni son envie de vaincre ce mur de verre qui la condamne. Pour ses opposants, il faut tirer à boulets "rouge sang sur elle et la partie ne fait que commencer. Ce sera une guerre contre le droit d'entendre la vérité. Tout sera utilisé par la fange des partis politiques liés contre elle pour salir, saboter l'émergence - ENFIN - d’une droite de l'honneur retrouvé et de la soumission interdite.
En vérité, l'objectif est d'éliminer celle qui gêne ceux qui ont sacrifié la Nation à leurs idées progressistes, Woke et gauchisantes en effaçant nos frontières pour un monde où les français de souche ou de cœur ne devront plus exister dans une Europe sans drapeau.
Robert Charles PUIG.
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LE 14 JUILLET 2026
Par Robert Charles PUIG,
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Un jour de victoire et un jour où la France et la Nation sont grandes dans le cœur du peuple.
Pourtant, parfois la population française ne sait plus si c'est sa terre qu'il faut défendre ou juste être un pion dans le jeu de l'Europe. Emmanuel Macron prouve combien c'est le fédéralisme européen qui doit remplacer l'hymne au trois couleurs. Depuis sa première mandature et de pire en pire, il nous conduit à notre perte, la fin de notre identité et pousse nos anciennes colonies à n'observer que nos défauts. Il semble qu'il ait pris la suite d'un Chirac et de l'annulation d'un article sur les aspects positifs de la colonisation.
Emmanuel Macron ? Deux mandats pour que nous ne soyons que des vaincus. Ceux qui doivent payer d'avoir dans un siècle différent été des conquérants. C'est triste cet état d'esprit défaitiste, cette façon de ne voir dans la France que du négatif. En ce 14 juillet le toujours président veut montrer la force du pays, son armée, mais pas pour l'honneur du pays, pour être aux ordres d'une cause extérieure, l'Ukraine. C'est pour cette raison que ses discours sont sans grandeur ni gloire même lorsqu'il évoque une France forte pour aller au combat... ailleurs, en Ukraine. En fait, il y a chez Emmanuel Macron une sorte d'obsession à voir notre jeunesse partir en guerre contre la Russie. Est-ce véritablement pour nous empêcher d'être envahis ? Faut-il craindre Poutine à Paris comme au temps ou Hitler foulait les Champs Élysées ?
Le 14 juillet a toujours eu ses instants d'outrance et de bêtise. Souvenons-nous qu'un ministre de Nicolas Sarkozy, au temps où l'Élysée frayait avec Alger, souhaitait que : l'ALN défile ce jour-là avec nos soldats ! Que de la honte !
Dans son fédéralisme, Macron ne rejoint il pas Mélenchon et sa "créolisation"?. L'un veut le mélange des races l'autre "Un Haut-commissaire à la diversité !". Dans les deux cas, pour qu'un jour le mot France n'existe plus, noyé par les guerres à venir, l'envahissement du sud ou le fédéralisme.
Avec Emmanuel Macron, la propagande "pour la guerre" prend de l'ampleur. Souvenons-nous du chef de l'état-major, Fabien Mandon en 2025, qui osa dire dans un style "la voix de son maître : "Accepter de perdre nos enfants". Pour quoi, pour qui ? Pour l'Ukraine ?
Bien entendu avec Emmanuel Macron qui adore se déguiser en militaire, aviateur ou marin, la propagande pour un "état de guerre" s'est multipliée par "X". Depuis son bunker élyséen, il nous veut au front et voir nos enfants mourir au combat. Son fatalisme ne touche que les français et sa jeunesse, pas lui personnellement. Il est trop égoïste pour cela.. Il souhaite à travers sa propagande relayée par les médias progressistes et de gauche que nous nous soumettions à ses ordres. Pour cette raison, dans son discours du 13 juillet il prononça cette phrase, "la liberté jusqu'au sang s'il le faut !".
Ainsi, nous avons un président de la république en fin de mandat qui, après avoir saboté notre économie ; augmenté notre endettement, fait de nos frontières une passoire pro algérienne et africaine, décide aujourd'hui que : "Nous devons être prêts au sacrifice ultime". J'ai des doutes sur sa manière de voir le peuple et son avenir.
Nota : Vous pouvez faire suivre. R
Robert Charles PUIG.
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L’HISTOIRE NE NÉGOCIE PAS AVEC LES FAIBLES
Sous la plume de Charles ROJZMAN, philosophe:
Envoyé par M. Alain Algudo
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Poutine ne me fait pas peur....Macron me terrifie
Je n'ai pas peur des forts...j'ai peur des faibles !
" Ils nous parlent de menace russe, de Poutine en spectre menaçant l’Europe.
C'est une diversion.
Le danger est ailleurs, ici, au cœur de la France, dans ses failles intimes, dans ses cités, dans ses écoles où l’on récite la litanie de la diversité au lieu d’apprendre l’Histoire, dans ses élites qui détournent les yeux, dans cette peur que chacun porte en lui sans oser la nommer.
La Russie, en vérité, n’est qu’un épouvantail dressé pour éviter de voir l’effondrement intérieur.
Le péril est domestique, quotidien, presque banal : un séparatisme rampant, une islamisation diffuse, une société où des territoires entiers n’appartiennent plus à la nation.
C’est la guerre larvée, cette guerre civile à bas bruit que nul ne veut reconnaître et qui avance comme un cancer, métastase après métastase.
Les couteaux dans les gares, les prières de rue, les insultes dans les cours d’école, les drapeaux étrangers brandis sur les places publiques : autant de signes que l’État refuse de lire, préférant accuser des ennemis lointains pour ne pas désigner le vrai.
La République parle de « valeurs », mais elle ne défend plus rien.
Elle laisse s’éroder l’autorité, elle abdique face au communautarisme, elle se couvre du voile d’une morale humanitaire qui n’est plus que la langue de bois d’une civilisation à l’agonie.
Ce peuple qui jadis a su être violent pour sa liberté, on le veut aujourd’hui soumis, docile, anesthésié par le discours des '' Droits de l’Homme '' .
On lui demande de tolérer l’intolérable, de fermer les yeux sur l’évidence, de croire encore aux mensonges de la coexistence heureuse.
Mais le peuple sait, au fond : il vit chaque jour la peur. Il la respire. Il la cache derrière ses volets fermés, derrière ses itinéraires déviés pour éviter tel quartier, derrière le silence honteux qui suit chaque attentat. Cette peur est devenue la seule vérité partagée.
Alors, de quoi parle-t-on encore ?
De démocratie ? Non : d’un mot vidé de son sang.
De justice ? Elle n’est plus qu’un théâtre où les coupables entrent et sortent sous les applaudissements des bons sentiments.
De liberté ? Elle n’est plus qu’un slogan à brandir dans les universités où l’on censure, dans les médias où l’on récite.
Il ne reste qu’un choix brutal : l’ordre ou la dissolution.
L’État doit se décider, non à « inclure » ou « dialoguer », mais à assumer ce qu’il est : une force.
Non pas contre tel ou tel groupe en raison de ce qu’il est, mais contre la barbarie, l’anomie, la haine qui rongent de l’intérieur.
La République ne survivra pas par la pédagogie ni par le sermon. Elle ne se sauvera que par l’autorité nue, exercée sans honte, retrouvée comme une arme.
Tout le reste n’est que bavardage.
La France n’est pas menacée par Moscou, ni même par quelque coalition extérieure : elle se détruit seule, par lâcheté, par refus de voir, par peur d’exercer la force qui la constitua jadis.
L’Histoire, elle, ne négocie pas avec les faibles.
La France est déjà à moitié morte.
La seule question est de savoir si elle acceptera de l’être tout à fait, ou si, dans un sursaut, elle redeviendra ce qu’elle n’ose plus être : une Nation. "
Charles Rojzman
19 juillet 2026
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Le temps de la vérité historique
Par José CASTANO juin 2026
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(Quand un média algérien reconnaît le drame des disparus français)
« La reconnaissance de la vérité historique ne divise pas les peuples ; elle leur offre un langage commun »
Lorsqu'une mémoire longtemps ignorée trouve enfin un écho de l'autre côté de la Méditerranée, ce n'est pas une victoire sur le passé ; c'est un pas vers la vérité historique.
La « Radio des Sans Voix », ce média algérien qui se présente avec justesse comme un « bastion de liberté dans un paysage médiatique bâillonné », m'a fait l'immense honneur de reprendre mon article consacré aux disparus d'Algérie. Je lui adresse, ainsi qu'à son équipe rédactionnelle, l'expression de ma profonde gratitude.
Il me faut toutefois décliner, avec un sourire autant qu'avec amusement et humilité, le prestigieux titre « d'historien » que son journaliste, Amine B…, a eu l'extrême bienveillance de m'attribuer. Je crains en effet qu'il ne m'aille un peu trop grand, comme un habit d'apparat revêtu par un modeste artisan des mots.
Je ne suis, en vérité, qu'un passeur de mémoire, un artisan de la plume, un conteur obstiné dont les écrits et les tribunes n'ont d'autre ambition que de servir la vérité historique et de raviver la flamme d’une mémoire que le temps, l'oubli ou le calcul politique ne devraient jamais ensevelir.
Depuis 1980... et ma machine à écrire, je ne saurais dire si j’ai suffisamment servi cette noble cause, mais je peux affirmer que je m’y suis consacré avec toute la ferveur de mon cœur, parfois maladroit, toujours sincère. J’ai porté ce flambeau avec la conviction que l'histoire ne doit jamais s'éteindre dans l'oubli.
Si mes écrits ont parfois trouvé un écho, c'est uniquement parce qu'ils étaient portés par cette certitude : les morts n'ont plus de voix, les disparus n'ont souvent plus de témoins, et il appartient aux vivants de refuser que le silence devienne leur seconde disparition.
La vérité historique n'appartient ni à la France ni à l'Algérie. Elle ne se décrète pas au gré des circonstances diplomatiques ni des mémoires sélectives ; elle exige que l'on regarde le passé sans détour, avec la même exigence de vérité pour tous, sans jamais occulter le drame des disparus.
Cette exigence a pourtant été une nouvelle fois bafouée le 8 mai 2026, lorsque Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, s'est rendue à Sétif pour participer aux commémorations organisées par les autorités algériennes autour des événements du 8 mai 1945, sans qu'un seul mot ne soit consacré aux victimes européennes tombées dans les violences qui précédèrent ces événements. Quelques semaines plus tard, le 29 mai, alors qu'elle se trouvait à proximité de Perpignan, elle déclinait l'invitation du maire de la ville et de la présidente du Cercle algérianiste à venir se recueillir devant le Mur des Disparus, élevé en mémoire de ceux dont les familles attendent toujours la vérité.
Ce double silence n'est pas un simple oubli. Il s'inscrit dans une continuité politique implacable et coupable, celle d’un État macronien — dans le droit fil de son prédécesseur — qui n'a cessé de multiplier les repentances unilatérales et les hommages sélectifs envers les anciens adversaires de la France, tout en condamnant à l'oubli le martyre des Français d'Algérie. Ce mépris institutionnel constitue une blessure vive et permanente pour eux. Il ne s'agit pas d'opposer des souffrances, mais de rappeler qu'aucune politique mémorielle ne peut prétendre servir la vérité lorsqu'elle choisit les victimes qu'elle honore et celles qu'elle condamne au silence.
Les familles des disparus ne réclament ni privilège ni revanche. Elles demandent seulement ce que toute nation doit aux siens : la vérité, la fidélité et le respect. Tant que ce drame sera relégué aux marges de la mémoire nationale par des dirigeants hermétiques à toute compassion, la réconciliation tant invoquée restera une mascarade bâtie sur le reniement.
Merci, du fond du cœur, pour votre confiance, votre indulgence… et pour ce si beau titre d’«historien» que je laisse à plus savant, tout en le recevant comme le plus touchant et le plus sympathique des hommages.
Soixante ans après les accords d'Évian, des milliers de familles de civils européens enlevés en Algérie en 1962 n'ont toujours reçu aucune reconnaissance officielle. Le refus récent d'Alice Rufo de s'arrêter devant le Mur des Disparus de Perpignan, dénoncé par l'historien et mémorialiste José Castano, rouvre une blessure que la diplomatie franco-algérienne a longtemps préféré tenir close.
Le 8 mai 1945, la répression française à Sétif fit plusieurs milliers de victimes algériennes. Ce fait est documenté, reconnu, commémoré. Le 8 mai 2026, la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo se trouvait à Sétif pour les célébrations officielles organisées avec les autorités algériennes. Personne, côté français, n'évoqua les victimes européennes des violences qui précédèrent ces événements. Personne non plus, trois semaines plus tard à Perpignan, ne fit le détour par le Mur des Disparus, pourtant à quelques centaines de mètres du Mémorial de Rivesaltes qu'elle inaugurait ce 29 mai. Louis Aliot, maire de la ville, et Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste, avaient formulé la demande explicitement. Elle resta sans réponse.
Dans un texte qui circule depuis ces commémorations, José Castano, auteur de nombreux ouvrages sur la mémoire des Français d'Algérie, pointe cette asymétrie sans détour. Il s'appuie sur une formule de Jacques Derrida placée en exergue : « Seules les victimes auraient éventuellement le droit de pardonner. Si elles sont mortes, ou disparues de quelque façon, il n'y a pas de pardon possible. » Le silence de l'État, dans ce cadre, n'est pas une position neutre. C'est un choix.
Derrière le Mur des Disparus de Perpignan figurent les noms de civils européens enlevés dans les mois qui suivirent la signature des accords d'Évian du 18 mars 1962. La paix était officiellement en vigueur. Les enlèvements, eux, se poursuivirent. Des hommes, des femmes, des enfants furent emmenés sans que leurs familles sachent jamais où, ni comment. Des témoignages concordants ont établi que certains d'entre eux étaient encore détenus plusieurs années après les faits, dans des camps dont l'existence ne fut jamais officiellement reconnue. Ces familles, rappelle Castano, « écrivirent, suppliaient, imploraient » aux autorités civiles, aux responsables militaires, aux organisations humanitaires. Elles ne reçurent que « le silence. Un silence administratif. Un silence politique. Un silence qui allait durer des décennies. »
L'État français n'a jamais comptabilisé ces disparitions, ni formulé la moindre demande d'explication à Alger. Le dossier a été avalé par la logique de la réconciliation bilatérale, dans laquelle toute revendication mémorielle pieds-noirs risquait d'être interprétée comme une manœuvre politique. Ce que Castano dénonce n'est pas l'équivalence des mémoires, notion qui a longtemps servi à bloquer toute discussion sérieuse. Il ne demande pas que la répression du 8 mai 1945 soit relativisée. Il note qu'un geste de compassion sans incidence diplomatique a été refusé deux fois de suite à des familles qui attendent depuis soixante ans. « L'oubli est la seconde tombe », écrit-il. « Et la mémoire est la dernière patrie des disparus.»
Le contexte franco-algérien complique ce qui pourrait sembler anodin. Depuis 2021, les relations bilatérales alternent crises consulaires, rappels d'ambassadeurs et tentatives de normalisation. Dans ce climat, chaque geste mémoriel côté français est pesé à l'aune de son effet sur Alger. Le Mur des Disparus n'entre dans aucun protocole, ne figure dans aucune feuille de route diplomatique. Ces familles n'ont pas d'interlocuteur. Pas de commission, pas de groupe de travail bilatéral. Un mur dans une ville du sud de la France, et des noms que personne du côté de l'État n'est encore venu lire.
Amine B.
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| À chaque fois que l’Allemagne s’est réarmée, cela a conduit à une guerre européenne
Le chancelier Allemand Friedrich Merz se voit attribuer le prix Jean Pierre Raffarin pour la canicule et brigue le prix Albert Speer pour le réarmement de l’Allemagne.
Ce qu’il y a de remarquable dans l’étude de l’histoire, c’est de constater à quel point celle-ci se répète, les dirigeants n’apprenant jamais des erreurs de leurs prédécesseurs et encore moins de celles de leurs voisins.
L’un des grands titres de gloire de notre Jean-Pierre Raffarin national est la contribution inactive mais réelle qu’il a apporté à l’équilibrage des comptes des retraites, ceci en laissant 15.000 vieux mourir de la chaleur lors de la canicule européenne de 2003 (pendant que l’Allemagne aurait eu durant cette même période entre 3500 et 7000 morts supplémentaires, excusez du peu).
Or l’Allemagne trop occupée à réarmer, reconstituer une armée qui dès 1939 a initié la construction européenne, pour s’en aller lutter contre le méchant rouleau compresseur russe, a négligé tout comme nous ses EPADH et ses hôpitaux ces dernières années.
Il en résulte actuellement un bilan très provisoire de 15.800 morts supplémentaires, le prix devant être rebaptisé du nom de son recordman une fois les véritables chiffres connus.
Suite à une énième panne d’alimentation en gare Montparnasse, Jean Pierre Raffarin n’assistera pas à la cérémonie mais par contre, rassurez-vous, lui a la clim, un ventilateur et une aide-soignante pour lui servir une genièvre on the rock après s’être régalé d’un pavé de bar dans son repaire de Châtelaillon-Plage.
Et les erreurs de l’histoire se répètent :
En 1939, l’Allemagne initiait une Aktion T4 en apparente faveur des personnes handicapées, puis des vieux, puis des Juifs et des Tziganes pour éviter à ces « vies ne valant pas la peine d’être vécues » de souffrir inutilement.
L’argument initial et principal était alors économique et pointait du doigt la charge financière que ces personnes représentaient pour la société.
Ce sont les mêmes arguments, l’empathie de façade et l’économie qui motivent notre loi sur l’euthanasie actuelle et cela entraîne les mêmes risques de dérives.
Le Conseil de l’Ordre des médecins français en est bien conscient et il poursuit actuellement des praticiens qui s’engouffrant dans cette faille idéologique, entendent refuser des soins à des patients blancs (concernant les personnes de couleur, ils n’oseraient pas), souvent affectés par des pathologies graves mais traitables (le diabète, par exemple), sous prétexte que ces personnes sont d’une classe sociale (supposée) inférieure ou qu’ils sont anticonformistes (ils affichent leurs idées sur des plateaux de télévision ou dans des médias complotistes).
De même, après avoir renoncé à rester occuper la région de Ruhr, nous encourageons aujourd’hui le réarmement de l’Allemagne : on va même leur donner la bombe.
Or, dans notre vœu pieu de lutter contre les méchants communistes hier et contre le vilain Poutine aujourd’hui on oublie trois faits historiques :
Premier fait : dans son histoire récente, la Russie a été attaqué deux fois par son flanc Ouest, une fois par Napoléon, une fois par Hitler. Il est donc parfaitement normal qu’elle entende se préserver de la menace européenne en défendant ses ressortissants ou assimilés. Et le peuple Russe pardonne mais n’oublie rien : les glorieux aviateurs de l’escadrille Normandie Niémen reposent dans le même cimetière que les poilus de Napoléon à Vvedenskoié.
Second fait : à chaque fois que l’Allemagne s’est réarmée, cela a conduit à une guerre européenne.
Troisième fait et non des moindres : la Russie n’a jamais perdu durablement face à ses adversaires.
L’âme Russe, le peuple Russe est doté – quels que soient les régimes – d’une volonté et d’une force farouche de résistance et de sacrifice, accompagnées d’une cruauté sans pareille.
Actuellement, comme en 39/45, le conflit semble s’étendre aux civils de plus en plus bombardés en lieu et place des objectifs militaires, et la tentation d’une extension vers une guerre européenne est réelle car motivée par des appropriations du pouvoir.
Notre système de santé européen et de lutte contre les incendies est-il prêt à affronter les conséquences sanitaires d’une guerre nucléaire ?
Emmanuel Goldstein, apôtre de l’Apocalypse
28 août 2026
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J’en ai marre, je lève le pied tout l’été !
« Le bonheur est une conquête permanente sur la lassitude et les découragements. Le bonheur est une toute petite flamme scintillant en plein jour, courageuse, précieuse, magique… ». (Jacques Salomé)
Depuis le début de la canicule, j’entends fanfaronner les écolos : la chaleur estivale serait, pour eux, la démonstration, la preuve évidente, indiscutable, incontestable, que les climato-sceptiques sont des idiots voire des inconscients qui nient que la terre est en surchauffe. Cet été la multiplication et l’importance des feux de forêt un peu partout – mais surtout dans le Sud – vient renforcer leurs convictions. Ils oublient, au passage, que la plupart de ces incendies dramatiques ont une origine criminelle – des pyromanes ou des incendiaires très lucides payés pour mettre le feu afin que des terrains deviennent constructibles – et que c’est aux gouvernements, qui ont ruiné ce pays depuis un bon demi-siècle, que nous devons le manque de moyens en camions, bombardiers d’eau, hélicoptères. De surcroît nous n’avons pas assez de pompiers et nos soldats du feu, aidés par l’armée, les paysans ou de simples citoyens, n’en sont que plus méritants. Le responsable de la situation catastrophique actuelle n’est pas le réchauffement climatique, c’est Macron (et sa clique d’incapables arrogants). Soyons honnête, certains de ces prédécesseurs ne valaient guère mieux !
Climato-sceptique assumé, j’ai toujours dit que je ne contestais pas le changement de temps mais rien ne me prouve que l’homme en soit responsable. J’ai écrit de nombreux articles sur ce sujet ; je ne crois pas utile d’y revenir. Comme les gens de mon âge, je souffre de la chaleur. Mais je m’efforce de survivre en fermant mes volets, en buvant beaucoup, et en allant me baigner dès que je peux puisque j’ai la chance d’habiter assez près de la mer. La chaleur me rend cossard. Je pense qu’elle se cumule avec la lassitude.
En quelques années, j’ai commis un bon millier d’articles pour différents sites. C’est un travail qui ne rapporte rien sinon quelques encouragements et des tonnes, des tombereaux, d’insultes. Aussi j’ai décidé, cet été, de lever le pied et rien ne dit que je ne continuerai pas à la rentrée, car j’en ai marre.
Au fil des années, je laisse transpirer mon pessimisme. Je ne crois plus à la capacité de réaction de notre pauvre pays. Il est gangrené, vérolé, pourri, perverti, envahi, avachi, abruti… Alors, disons que j’en ai marre d’assister, impuissant, au délitement et à la dégénérescence de notre nation :
J’en ai marre des envolées lyriques, des discours de matamore, des rodomontades guerrières, des appels à (se préparer à) mourir pour l’Ukraine de Macron et de ses larbins serviles.
J’en ai marre d’apprendre, chaque jour dans la presse, les faillites, les dépôts de bilan, de marques françaises, souvent très anciennes, et qui disparaissent victimes de normes drastiques imposées par l’Union européenne ou parce que leurs dirigeants délocalisent leur activité dans des pays où la main-d’œuvre est moins chère (et où les entreprises ne sont pas rackettées par l’État).
J’en ai marre de ce gouvernement totalement incapable de faire régner l’ordre dans les banlieues, de faire interdire une rave-party, mais qui ose envoyer les blindés de la gendarmerie contre des paysans.
J’en ai marre des escrocs, qui ont creusé la dette de la France de 1300 milliards d’euros en moins de 9 ans, et qui osent nous demander encore des efforts. Chaque Français est endetté par l’État à hauteur de 52.000 euros. Les responsables de cette gabegie devraient croupir en prison.
J’en ai marre du racket fiscal imposé aux classes moyennes ; classes qui se paupérisent d’année en année. Sachant que les très riches vont faire de l’optimisation fiscale à Luxembourg ou dans des paradis fiscaux ; que plus de la moitié des foyers français (51 %) n’est pas soumise à l’IRPP ; et que l’État-providence fait vivre avec NOS impôts des gens qui ne viennent en France que pour profiter de nos aides sociales. De plus, bien souvent, ces assistés clament leur haine et leur détestation de notre pays.
J’en ai marre d’un pays qui se dit civilisé autorise 220 à 230.000 avortements par an (soit plus de 10 millions depuis la Loi Veil en 1975), et qui fait semblant de s’inquiéter de la dénatalité.
J’en ai marre de voir les gauchistes faire la loi dans nos facs, dans l’audiovisuel public, dans presque tous les médias, et y exercer une tyrannie violente sans jamais rendre de compte à la justice.
J’en ai marre des harpies féministes qui appellent à « balancer (leur) porc » mais qui ne s’indignent pas quand des gens qui ne mangent pas de porc veulent voiler des fillettes de six ans.
J’en ai marre du refus de faire des statistiques ethniques par peur de mettre en évidence le lien entre l’insécurité et l’immigration. Notre pays connaît 120 agressions au couteau par jour mais on se garde bien de nous donner les prénoms des surineurs (qui sont rarement des Bretons, ou des Basques).
J’en ai marre que mon pays soit devenu un narco-État où la seule loi encore capable de s’imposer est celle des dealers dans les « territoires perdus de le République ». Lors des émeutes, ce sont pourtant les narcotrafiquants qui sifflent la fin de la partie, pas la police.
J’en ai marre de voir des flics poursuivis pour homicide (parfois volontaire) quand ils utilisent leur arme pour stopper une racaille qui refuse d’obtempérer au volant d’un véhicule (souvent volé).
J’en ai marre des végans, végétariens et antispécistes qui voudraient nous empêcher de manger de la viande et qui, pour ce faire, agressent les bouchers, les éleveurs ou les abattoirs. Pourquoi ces tordus n’attaquent-ils JAMAIS de boucherie halal ? Et puis, comment peut-on être défenseur des espèces animales (moustique et ver de terre compris) et être pour l’IVG et l’euthanasie ?
J’en ai marre des assassinats de Gaulois par des OQTF et autres allogènes clandestins « connus des services de police » et/ou multirécidivistes.
J’en ai marre qu’après chaque crime ou chaque attentat, le vulgum pecus ne manifeste sa colère qu’au travers de marches blanches, avec des fleurs et des slogans niaiseux comme Vous n’aurez pas ma haine. Dans la plupart des cas, la haine est un sentiment parfaitement légitime.
J’en ai marre de la violence des casseurs cagoulés de l’ultragauche, des antifas, des black blocs, qui agressent les flics, incendient des voitures, pillent les commerces et saccagent le mobilier urbain. On n’en attrape jamais aucun et quand par hasard on en prend un, les juges rouges s’empressent de le relâcher.
J’en ai marre des invertis – LGBT+++, mâles, femelles ou hermaphrodites – qui semblent n’avoir qu’un ennemi, l’hétérosexuel, et qui crient à l’homophobie dès qu’on ose leur dire qu’un couple normal est constitué d’un homme et d’une femme (ne serait-ce que pour la reproduction de l’espèce !).
J’en ai marre de ces laïcards forcenés et autres francs-maçons qui, tous les ans, partent en bataille contre les crèches de Noël, les calvaires, les statues de la Vierge dans l’espace public mais jamais contre les prières de rue, l’abattage rituel, le halal, le niqab ou l’implantation anarchique de mosquées.
J’en ai marre des oukases des Khmers verts. Ces gens qui osent qualifier ma modeste maison de passoire thermique, et qui me traitent d’assassin parce que je roule au diesel.
J’en ai marre des radars-tirelires le long de nos routes et du contrôle technique qu’on impose à nos véhicules (y compris les motos), alors que des racailles de banlieues, souvent des mineurs sans permis de conduire, s’autorisent des rodéos urbains sans jamais être sanctionnées. Accessoirement, j’aimerais qu’on m’explique comment des gens au RSA arrivent à rouler en Audi, Mercedes ou BMW ?
J’en ai marre aussi de devoir peser les mots que j’écris, les paroles que je prononce, par peur de devoir rendre des comptes aux juges (de gauche) qui musellent la parole des hommes libres.
J’en ai marre… d’un tas d’autres choses mais j’ai peur de lasser mes lecteurs.
Ce que nous vivons aujourd’hui, je l’annonce et je le dénonce depuis longtemps. Je me souviens de 1974 où des gens de droite (quelle droite ?) voulaient me convaincre de voter pour Giscard d’Estaing. Moi, j’avais déjà flairé le faisan. Or Macron – qui se compare à De Gaulle ou à Mitterrand – me fait surtout penser à Giscard d’Estaing : en 1974, les Français élisaient un jeune président qui n’était « ni de droite, ni de gauche ». Il nous promettait « le changement ». Il plaisait à la droite-cachemire par sa préciosité, que d’aucuns prenaient pour de la distinction, et sa particule (achetée par son père banquier en… 1929).
Il entendait « vider le programme commun (de la gauche) de son contenu » et prétendait que « deux Français sur trois voulaient être gouvernés au centre ». On lui doit entre autres méfaits et coups tordus :
1) L’entrée au gouvernement de ministres de gauche, lesquels, fidèles à leurs convictions, ont fait une politique… de gauche : une société libérale avancée de type permissive. On en voit le résultat !
2) La légalisation de l’avortement, qui depuis 1975, à raison de 230.000 avortements annuels, aura assassiné légalement plus de 10 millions de petits Français.
3) Le regroupement familial qui remplaçait une immigration de travail et qui est à l’origine de l’invasion afro-maghrébine incontrôlée (car incontrôlable) que nous subissons aujourd’hui.
4) Depuis Giscard, la France n’a plus jamais connu un budget en équilibre. Et depuis, la droite court après les idées progressistes et les avancées dites « sociétales » de la gauche : PACS, mariage gay, PMA et demain, GPA, euthanasie (et après-demain peut-être, pédophilie et zoophilie ?).
5) C’est encore Giscard qui, en 1975, créait le G7 et expliquait aux pays industrialisés que les peuples ne supportant plus l’hyper-fiscalité, il fallait les culpabiliser avec le réchauffement climatique et les taxer au nom de l’écologie. Depuis, l’écologie punitive est une manne pour nos dirigeants.
Beaucoup de gens de droite ont tendance à faire remonter tous nos problèmes actuels à l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand et des socialo-communistes, en 1981. On réalité, nous sommes passés d’un socialisme larvé à un socialisme avoué et assumé. L’un a fait le lit de l’autre, avec la complicité de Chirac.
N’oublions pas que c’est Giscard, européiste forcené, qui s’est opposé – avec Chirac – à ce qu’on inscrive les racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution européenne.
Giscard d’Estaing jouait de l’accordéon pour faire peuple. Macron, lui, joue du pipeau et se fout du peuple. Certes, Giscard avait une culture que n’a pas Macron, qui n’est qu’un crétin prétentieux, mais l’un est incontestablement le père spirituel de l’autre. Macron veut réussir là où Giscard a échoué : il rêve, il ambitionne, de devenir le tout premier président des États-Unis d’Europe. Et après avoir laminé et ruiné la France, il peut y arriver. Il est même prêt à déclencher une guerre pour ça.
J’ai dit ma grogne, ma colère, mon ras-le-bol, de voir mourir mon pays. Certains vont me trouver désabusé et ils auront presque raison. Disons qu’en réalité je suis désimpliqué. J’ai milité jadis dans différents partis de droite et je dois reconnaître, humblement, que j’y ai été d’une redoutable inefficacité.
On me serine régulièrement qu’il ne faut pas « baisser les bras ». Et je réponds immanquablement que je crains qu’on me demande un jour de les lever… pour me rendre.
Les optimistes ou les naïfs espèrent encore qu’il y aura un réveil, un sursaut, un retour de balancier. Je le souhaite mais sans trop y croire. On croit toujours avoir touché le fond, avec l’espoir qu’un coup de pied salutaire nous aidera à revenir à la surface, mais on continue, hélas, à s’enfoncer inexorablement.
Suis-je nostalgique ? Oui, un peu, mais pas plus que ça ! Je cite souvent Michel Audiard qui disait : « Penser à reculons, je laisse ça aux lopes et aux écrevisses… ». J’ai tendance à penser, comme Michel Onfray ou Eric Naulleau, que nous vivons la fin d’une civilisation. Alors, essayons de vivre ou de survivre le moins mal possible. C’est ce que je m’efforce de faire. Je viens d’avoir 77 berges. Il parait que c’est l’âge limite pour lire Tintin : le journal des jeunes de 7 à 77 ans. Mais, dans ma tête, je suis resté un gamin qui se contente de choses simples : l’amitié, un bon livre, la beauté d’un paysage, une bonne table, suffisent à mon bonheur.
Les jours de spleen, le meilleur remède reste un whisky single malt de 12 ans d’âge au moins. Et si le mal persiste, il suffit tout simplement de doubler la dose. Dans un pays dans lequel l’avortement ou le changement de sexe sont remboursés par la Sécurité Sociale, je trouverais normal que le Mac Callan (ou éventuellement son générique) soit lui aussi remboursé car il soigne beaucoup de maux.
Eric de Verdelhan - Le 4 août 2026
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MISE A JOUR
Par M. J.P.B.
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LIVRE D'OR de 1914-1918
des BÔNOIS et ALENTOURS
Par J.C. Stella et J.P. Bartolini
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Tous les morts de 1914-1918 enregistrés sur le Département de Bône et la Province du Constantinois méritaient un hommage qui nous avait été demandé et avec Jean Claude Stella nous l'avons mis en oeuvre.
Jean Claude a effectué toutes les recherches et il a continué jusqu'à son dernier souffle. J'ai crée les pages nécessaires pour les villes ci-dessous, des pages qui pourraient être complétées plus tard par les tous actes d'état civil que nous pourrons obtenir. Jean Claude est décédé, et comme promis j'ai continué son oeuvre à mon rythme.
Vous, Lecteurs et Amis, vous pouvez nous aider. En effet, vous verrez que quelques fiches sont agrémentées de photos, et si par hasard vous avez des photos de ces morts ou de leurs tombes, nous serions heureux de pouvoir les insérer.
De même si vous habitez près de Nécropoles où sont enterrés nos morts et si vous avez la possibilité de vous y rendre pour photographier des tombes concernées ou des ossuaires, nous vous en serons très reconnaissant.
Ce travail fait pour Bône, Guelma, Philippeville, etc. a été fait pour d'autres communes de la région de Bône et de Constantine.
POUR VISITER le "LIVRE D'OR des BÔNOIS de 1914-1918" et du Constantinois
Le site officiel de l'Etat a été d'une très grande utilité et nous en remercions ceux qui l'entretiennent ainsi que le ministère des Anciens Combattants qui m'a octroyé la licence parce que le site est à but non lucratif et n'est lié à aucun organisme lucratif, seule la mémoire compte :
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Les crevettes
Envoyé Par Jean Claude
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Dans un compartiment du train, un gars et une vieille femme sont seuls.
Le gars assis mange bruyamment des crevettes roses qu'il sort d'un sac.
Il les décortique et jette les carapaces par la fenêtre du train.
La vieille dame assise en face l'interpelle :
Arrêter de faire cela; c'est dégoûtant, et ça sent très mauvais !
Le gars lui répond :
Écoute Mémée ! Je n'ai rien contre toi, ne m'énerve pas !
J'ai payé mon billet pour ce voyage !
Enfin, quand il a fini son sac de crevettes, il le jette aussi par la fenêtre et décide de piquer un petit roupillon ....
À ce moment, la petite vieille sort ses aiguilles et se met à tricoter.
Le gars n'arrive pas à s'endormir à cause du cliquetis des aiguilles.
Au bout de quelques minutes, il se redresse et dit à la vieille femme :
Hé Mémé ! Tu ne veux pas arrêter ce bruit ? Tu ne vois pas que j'essaie de dormir !
La petite vieille lui répond :
Écoute mon Chou, je n'ai rien contre toi, ne m'énerve pas !
J'ai payé mon billet pour ce voyage et je ferai ce que je veux dans ce train !
Alors, le gars se lève, furax, arrache les aiguilles à tricoter et les jette par la fenêtre du train.
La petite vieille se lève à son tour et tire sur le signal d'alarme.
Elle se rassoit en déchirant volontairement son corsage et sa petite culotte
Le mec rigole et dit :
Ha ! ha ! Tu vas te prendre une amende de 200 euros pour avoir tiré sur le signal d'alarme.
Et la petite vieille lui répond :
Et toi, tu vas te prendre 10 ans de tôle pour tentative de viol, lorsqu'ils auront senti tes doigts !
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Notre liberté de penser, de diffuser et d'informer est grandement menacée, et c'est pourquoi je suis obligé de suivre l'exemple de nombre de Webmasters Amis et de diffuser ce petit paragraphe sur mes envois.
« La liberté d'information (FOI) ... est inhérente au droit fondamental à la liberté d'expression, tel qu'il est reconnu par la Résolution 59 de l'Assemblée générale des Nations Unies adoptée en 1946, ainsi que par les Articles 19 et 30 de la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948), qui déclarent que le droit fondamental à la liberté d'expression englobe la liberté de « chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ».
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